L'Humanité préhistorique

Chapter 13

Chapter 133,072 wordsPublic domain

Dans les kjoekkenmoeddings de l'Égypte et de nos pays, dans les cavernes, on trouve des amas considérables d'os brisés, restes de repas que les hommes de ces temps ne prenaient pas la peine d'écarter de leur demeure; et ces débris varient suivant les époques, fournissent, pour chaque temps, la liste des animaux sauvages dont l'homme faisait sa nourriture. À Solutré l'on n'a pas trouvé moins de cent mille équidés, dont les os étaient amoncelés autour des anciennes habitations. Mais, alors que dans les régions extra-européennes on voit sur les rochers figurer l'homme à la poursuite du gibier, ces sortes de représentations n'existent pas chez nous pour les temps quaternaires, bien que nos cavernes soient couvertes de peintures; c'est plus tard seulement, avec l'industrie néolithique, qu'elles se montrent. Cette remarque est d'importance en ce qui regarde l'esprit dans lequel ont été dessinées les représentations magdaléniennes.

L'introduction de l'élevage et de l'agriculture chez les peuples de tous les pays n'a pas arrêté les exploits des chasseurs; mais dès lors, la capture du gibier, n'étant plus indispensable à la vie, n'a plus joué qu'un rôle secondaire dans les occupations. Les néolithiques, semble-t-il, tiraient autant de ressources des animaux sauvages que de leurs troupeaux, si nous en jugeons par les ossements qu'on rencontre dans la vase sous les cités lacustres; et ce n'est que beaucoup plus tard, aux temps historiques, que la chasse est devenue un agréable passe-temps, un luxe que les plus grands rois ne dédaignaient pas. Mais, avec l'apparition des métaux, l'armement devenant plus puissant, l'abondance du gibier diminua et bien des espèces disparurent. C'est ainsi que la cavalerie romaine de Julien le philosophe abattait de ses flèches les dernières troupes d'autruches du désert euphratique, que le lion disparut de la Grèce continentale et de l'Asie mineure, lors des débuts de l'histoire dans ces pays, que les _bos urus_ de l'Europe occidentale furent exterminés dans les premiers siècles de notre ère.

Aux temps de l'industrie du fer, nous voyons paraître dans la Transcaucasie l'emploi du faucon pour la chasse (_fig. 82_), et cet usage si cher à nos seigneurs du moyen âge, est demeuré en vigueur jusqu'à nos jours chez les Orientaux.

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_La pêche._--Si l'homme poursuivait le gibier, il ne négligeait certainement pas le poisson, alors d'une abondance extrême dans les lacs et les cours d'eau; abondance que nous ne connaissons plus aujourd'hui que dans les pays neufs, où les moyens de pêche modernes n'ont pas encore été appliqués.

Pour les temps les plus anciens, contemporains de l'industrie paléolithique, les documents nous manquent pour apprécier les méthodes de pêche; mais dès l'apparition du harpon, c'est-à-dire dès les débuts des industries archéolithiques, nous sommes assurés que nos prédécesseurs sur le sol des Gaules chassaient le poisson. Quant aux lignes de pêche de ces temps, nous n'en avons pas rencontré de traces; il est juste de dire que l'hameçon pouvait être fait de deux esquilles d'os ou de bois dur attachées ensemble et formant un angle aigu; cependant les microlithes géométriques (Tardenoisien ou Tourassien) paraissent avoir été taillés pour armer des engins de pêche.

Le harpon (_fig. 83_, n°1 à 5), en usage dès les derniers temps quaternaires, se montre dans toutes les industries moins anciennes, jusqu'à nos jours; il est fait d'os, d'ivoire ou de métal, et certains petits instruments de silex qu'on rencontre, à Hélouan (Égypte) entre autres localités, peuvent être considérés comme des armatures de harpons.

Quant aux hameçons (_fig. 84_, nos 1 à 10), ils se montrent nombreux dans toutes les industries du cuivre et du bronze, affectant les formes que nous leur donnons encore de nos jours.

Les filets (_fig. 83_, n° 6) paraissent avec l'industrie néolithique des cités lacustres ou, du moins, est-ce dans les lacs qu'on a jusqu'ici rencontré les plus anciens spécimens de filet. Ils semblent avoir été faits «au pouce» plutôt qu'au «petit doigt». Des morceaux de bois léger (_fig. 83_, n° 7) tenaient lieu de flotteurs, et des cailloux percés (_fig. 84_, n° 11) ou de ces grosses perles de terre cuite qu'on nomme fusaïoles (_fig. 84_, nos 12 et 13) remplaçaient nos plombs pour les lignes comme pour les filets.

Dans certains pays, riches en lacs et en cours d'eau, ou situés sur les côtes, la pêche était la ressource principale des habitants; les kjoekkenmoeddings danois en font preuve et les bas-reliefs qui nous ont été laissés par les Pharaoniques des premières dynasties fournissent de nombreuses représentations de scènes de pêche au filet dans le Nil, ou dans les marais latéraux de sa vallée (_fig. 85_). D'ailleurs les restes de cuisine égyptiens contiennent tous des débris de poissons en grand nombre; et certains de ces os, des vertèbres, indiquent qu'on capturait alors dans le fleuve sacré de véritables monstres, mesurant parfois deux et trois mètres de longueur.

En Chaldée, pays de fleuves et de marais, voisins de la mer, la pêche était également en grand honneur et, suivant les textes archaïques, les rois légendaires s'y livraient. Aujourd'hui encore, au Japon, en Chine, dans la Polynésie, voire même certaines régions de l'Europe, la pêche fournit aux habitants une partie fort importante de leur nourriture.

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_L'élevage_.--La domestication des animaux, dans nos régions, débute, pour quelques espèces, à l'époque où l'industrie mésolithique était florissante. Le plus ancien animal domestique semble avoir été le chien, compagnon du chasseur, gardien de la hutte, dont on rencontre les squelettes dans les kjoekkenmoeddings danois. Quant aux hypothèses attribuant aux Solutréens le dressage du cheval, de même que toutes les suppositions relatives à la domestication dans les temps quaternaires, elles ne reposent sur aucune base sérieuse. Ce n'est donc, semble-t-il, que fort tardivement, que l'homme fit des animaux des auxiliaires de sa vie et des réserves pour sa nourriture.

À l'époque des palafittes, le cochon, le cheval, le boeuf, la chèvre, le mouton et le chien étaient apprivoisés; le sanglier, le daim, le cerf, un grand boeuf, l'élan, le castor, le chat, le renard, le loup, le putois, la martre, le blaireau et l'ours brun vivaient à l'état sauvage; et l'homme, toujours chasseur, ne rapportait le plus souvent à son habitation que les parties les plus utiles du gibier, après l'avoir dépecé sur la place où l'animal était tombé. Cet usage, que nous voyons pratiqué dès les temps quaternaires, et qui s'est perpétué chez les peuples sauvages jusqu'à nos jours, a permis aux zoologistes de distinguer entre les bêtes capturées à la chasse et celles qui, domestiquées, étaient tuées dans les villages. On retrouve toutes les parties du squelette de ces dernières dans les restes laissés aux alentours des habitations, alors que ce sont toujours les mêmes os qu'on rencontre quand il s'agit du gibier[164].

[Note 164: Cf. XXVI, I, 341.]

Quant aux pays d'origine de la domestication des animaux, nous ne les connaissons pas. Certains auteurs[165], sans preuves d'ailleurs, les placent en Orient; mais il est plutôt à croire qu'elle s'est produite sur un grand nombre de points. Les Péruviens, comme le fait observer M. S. Reinach, avaient domestiqué le lama, et les Astèques, le dindon, avant la conquête espagnole[166].

[Note 165: Cf. ZABOROWSKI, _L'origine des animaux domestiques en Europe et les migrations aryennes_: XIII, Grenoble (1905) II, 1034.]

[Note 166: LXI, 13.]

En Égypte, j'ai retrouvé, alors que j'explorais les kjoekkenmoeddings, non seulement des traces de la domestication des animaux parmi les restes des habitations, mais aussi les enceintes où les Prépharaoniques enfermaient leurs troupeaux pour la nuit, et ces troupeaux étaient composés en majeure parte d'antilopes (_Bubalis buselaphus_), de gazelles (_Gazella dorcas_ et _isabella_), de chèvres (_Hircus thebaicus_), de moutons (_Ovis longipes_) et de mouflons à manchettes (_Ammotragus tragelaphus_)[167]. Le boeuf était également connu, car on trouve ses restes dans les débris de cuisine. Reste à savoir si, à cette époque, il vivait à l'état sauvage, ou s'il était domestiqué.

[Note 167: LI.]

Parmi les troupeaux qui figurent sur les bas-reliefs de l'ancien Empire, on remarque certains boeufs (_Bos macroceros_ et _Bos brachyceros_) ainsi que le mouton d'Asie, et leurs squelettes se rencontrent en abondance dans les kjoekkenmoeddings de Toukh. Ce bétail a fort probablement été importé[168] à des époques fort anciennes.

[Note 168: LXVII; PIÉTREMENT, _Les chevaux dans les temps préhistoriques_, I (1906), 658.]

[Note 169: Les représentations humaines sont plus récentes que celles des animaux. H. BREUIL (_in litt._, 10 janv. 1923), la relation entre les deux sujets est donc illusoire.]

Pour les autres pays, nous ne possédons pas d'éléments permettant de trancher la question de la domestication des animaux; nous ne savons pas, entre autres, à quelle époque le renne, qui a joué un si grand rôle comme gibier, à la fin des temps quaternaires, est devenu le serviteur de l'homme.

_L'agriculture_.--C'est aux temps des industries néolithiques, dans les cités lacustres de la Suisse, qu'il faut nous reporter, pour apprécier l'état de l'agriculture; parce que la vase des lacs nous a conservé en fort bon état les substances végétales, alors que dans les autres stations elles ont disparu.

Le Dr Herr[170], dont les travaux sur la question méritent toute confiance, a constaté que les habitants des cités lacustres récoltaient les noisettes, les prunelles, les fraises, les pommes, les poires, les châtaignes d'eau, les faînes, les glands et le raisin, soit pour leur nourriture, soit pour celle de leurs troupeaux; et plus dernièrement Neuweiler[171] a dressé une liste de près de cent vingt espèces préhistoriques, sans compter les céréales telles que le seigle, l'orge, le froment et l'avoine, qui abondent dans les palafittes, soit en grains, soit en épis. «Les habitants des villages lacustres, dit Sir John Lubbock[172], cultivaient trois variétés de froment, deux espèces d'orge et deux espèces de millet.»

[Note 170: _Die Pflanzen der Pfahlbauten. Neujahr. Naturf. Gesellsch_., 1886.]

[Note 171: LXXII.]

[Note 172: IX, 4e édit., I, 204.]

Nous ne pouvons pas savoir si toutes ces espèces était indigènes, ou si elles avaient été importées d'autres pays tels que la Mésopotamie, contrée où les graminées abondent; constatons seulement qu'on a signalé dans les palafittes de la Suisse le froment égyptien (_Triticum turgidum_) et l'orge à six rangées (_Hordeum hexasticon_), espèce que cultivaient les peuples de l'antiquité en Grèce, en Italie, en Égypte et dans l'Asie antérieure.

Dans tous les pays, en Égypte, en Chaldée, en Italie, dans les contrées helléniques, on rencontre, dès les temps les plus anciens de la hache polie, la meule à bras (_fig. 90_) qu'on retrouve également dans les stations mésolithiques et néolithiques, ainsi que dans les palafittes. Cette meule est simplement composée d'une large pierre plate, en roche dure, et d'un broyeur de forme allongée, aplati sur l'une de ses faces. C'est à l'aide de cet instrument primitif, qu'on rencontre d'ailleurs aujourd'hui encore chez quelques peuplades peu avancées, que les gens des cités lacustres fabriquaient cette farine grossière avec laquelle ils faisaient les pains dont on a trouvé bon nombre de spécimens au fond des lacs, sorte de galette sans levain, analogue à celle dont se nourrissent aujourd'hui bien des populations africaines et asiatiques.

Mais la découverte la plus curieuse, faite en ces dernières années et relative à l'agriculture préhistorique, est celle de Flinders Petrie en Égypte. Cet archéologue a trouvé une faucille de bois armée sur toute sa partie tranchante de petites lames de silex munies de dents (_fig. 91_). Jusqu'alors on avait pensé que ces instruments de silex, extrêmement abondants dans toutes les stations néolithiques et énéolithiques de l'Égypte, étaient des scies. Il n'en est rien: et sur presque tous ces éléments de faucille aujourd'hui dispersés on reconnaît un polissage spécial des dents, non pas obtenu par friction sur un corps dur, mais causé par une substance souple, la paille, qui, à la longue, a émoussé toutes les arêtes saillantes de l'instrument. En Chaldée (à Yokha), en Élam (à Suse) et à la base de tous les tells, on rencontre ces éléments de faucilles en prodigieuses quantités; presque tous sont usés, tout comme ceux de l'Égypte et patinés par les intempéries depuis leur abandon; on les retrouve en Syrie et en Espagne (_fig. 92_).

L'existence de cet instrument de bois, armé de silex, montre combien il importe d'être prudent dans nos appréciations quant à l'usage des silex taillés dont nous ne connaissons pas l'emmanchement.

Avec la venue des métaux nous voyons changer la forme de la faucille; elle diffère quelque peu suivant les pays, mais se présente toujours comme une lame courbée, garnie d'un épais dos saillant (_fig. 93_).

L'époque de l'apparition de la charrue (_fig. 94_) ne peut être précisée, parce que primitivement cet instrument dépourvu de socle se composait seulement d'un morceau de bois fourchu, dont l'une des branches était attachée au joug, tandis que l'autre pénétrait dans le sol; ce n'est que tardivement qu'on arma la charrue d'une garniture métallique; on connaît un assez grand nombre de socles de fer. En Égypte cependant on rencontre de volumineux silex taillés que l'on considère comme ayant servi de socles à des charrues.

Quant aux chars, on les rencontre en Chaldée, en Égypte, en Italie, en Hellade et dans presque tous les pays méditerranéens au cours de l'industrie du bronze. Dans le Nord et l'Ouest européens, ils sont fréquents dès l'apparition du Hallstattien (_fig. 95_), bien qu'existant déjà depuis longtemps; les chars votifs scandinaves en sont la preuve.

Ces progrès s'opérant peu à peu, soit par suite de conceptions indigènes, soit par contact avec des peuples plus avancés, l'homme, s'attachant au sol qu'il cultivait, modifia son genre de vie et, de chasseur, devint sédentaire; cependant, dans bien des pays montagneux, les besoins de ses troupeaux l'obligèrent à conserver quelque peu de son ancienne existence nomade et à rechercher les pâturages dans les diverses saisons. C'est ainsi que vivent aujourd'hui la plupart des tribus kurdes et tartares de l'Asie antérieure; pour la plupart, elles possèdent leurs villages, bâtis au milieu de leurs terres de culture et de leurs pâturages d'hiver; mais elles quittent ces parages, dès les chaleurs venues, pour gagner la montagne, y reviennent momentanément pour les moissons, au coeur de l'été, puis s'y installent à nouveau, dès que les neiges chassent leur bétail des hauts pâturages.

CHAPITRE III

LE VÊTEMENT ET LA PARURE

D'après les très rares représentations humaines que nous possédons des temps quaternaires, il semble qu'à ces époques l'homme de l'Europe occidentale vivait nu, ou peu s'en faut; car si, par les grands froids, il se couvrait de peaux d'animaux tués à la chasse, ce que n'indiquent pas, d'ailleurs, ses figurations, cela ne l'empêchait certainement pas de s'exposer aux intempéries; peut-être même que la nature, prévoyante à son endroit comme elle l'était pour les pachydermes, l'avait-elle gratifié d'une véritable toison, certaines gravures sur bois de renne permettraient de le penser. Or, s'il en était ainsi dans les régions froides, _a fortiori_ n'en pouvait-il pas être autrement dans les contrées chaudes. D'ailleurs, en Égypte, même aux temps de l'industrie néolithique, l'homme ne paraît pas s'être vêtu; les plus anciennes figures nous le montrent nu ou simplement protégé par une sorte de pagne, fait qui se retrouve, de nos jours encore, chez la plupart des peuplades sauvages des pays chauds, et même chez quelques-unes des terres où, comme en Patagonie, le froid sévit avec intensité.

Aux niveaux des industries archéolithiques, dans les cavernes, on rencontre en grand nombre des aiguilles d'os et d'ivoire, et l'on peut en déduire que les gens de ce temps cousaient les fourrures et s'en couvraient le corps lors de la mauvaise saison venue, comme le font encore les Kamtchadales; mais il serait très hasardeux de leur attribuer la connaissance des tissus.

Quoi qu'il en soit, c'est au cours des industries néolithiques et énéolithiques que nous voyons avec certitude paraître les étoffes. Les Proto-Susiens fabriquaient une toile assez fine. Il est probable même que sous les premiers dynastes de la vallée du Nil on portait de ces étoffes de coton dont nous trouvons des échantillons si bien conservés sur les momies, dès la troisième dynastie. Les sépultures des premiers princes de Haute-Égypte ayant été livrées aux flammes, toutes les matières périssables qu'elles renfermaient ont disparu; et dans les tombes du peuple on ne trouve pas trace de tissus, qui, s'ils existaient déjà devaient être fort précieux.

En Europe occidentale, les gens des palafittes filaient et tissaient le lin, ils ne connaissaient pas encore le chanvre; et ce n'était pas le lin que nous cultivons aujourd'hui qu'ils employaient; c'était une espèce à feuilles étroites (_Linum angustifolium_) qui croît spontanément encore dans les régions méditerranéenes, et que, fort probablement, ils se contentaient, dans les débuts, de récolter dans les prairies.

Cependant la nudité semble avoir persisté bien longtemps encore; car la coutume de se tatouer et de se peindre le corps demeura, tant en Europe qu'en Afrique et assurément aussi en Asie, jusqu'aux temps historiques. Il suffira de citer les figurines de terre cuite découvertes en Roumanie (_fig. 96_, nos 1 à 3) et celles de la Haute-Égypte (_fig. 96_, nos 4 et 5) représentant des danseuses; toutes appartiennent à l'industrie néolithique ou, au plus tard, énéolithique.

Les ornements corporels sont de deux natures: le tatouage indélébile, obtenu à l'aide d'une pointe faisant pénétrer la couleur sous la peau, et la peinture superficielle. Ces deux procédés sont encore en usage chez tous les peuples primitifs; mais, d'après les figurations qui nous ont été léguées par les hommes préhistoriques, il est impossible de faire la séparation entre les deux procédés. En Égypte et en Chaldée ces usages semblent avoir de très bonne heure perdu beaucoup de leur importance. De même, dans le monde Égéen comme en Crète, si le tatouage et la peinture corporelle existaient, ce ne paraît avoir été qu'à l'état d'exceptions. La peinture, dans tous les pays et en tous les temps, n'a d'ailleurs jamais été qu'accidentelle, et le plus souvent voulue soit par des rites religieux, soit à certains jours seulement.

Le costume caractéristique des peuples était, dès qu'il fut en usage, extrêmement varié, et il l'est resté jusqu'aux débuts du XIXe siècle, à qui appartient le triste honneur, au point de vue artistique, d'avoir commencé son unification. Mais les habillements en usage aux temps préhistoriques nous sont presque entièrement inconnus, parce que nous n'en pouvons juger que par les très rares représentations parvenues jusqu'à nous et par les figurines archaïques dont les costumes montrent quelles étaient les modes dans quelques pays (_fig. 97_). Pour les autres contrées, nous en sommes réduits à des suppositions basées sur les objets qu'on rencontre dans les tombeaux, mais qui éclairent plutôt sur la bijouterie que portaient hommes et femmes, en ces temps, que sur la forme du costume.

Assurément hommes et femmes se paraient dès les temps des industries quaternaires; mais leur bijouterie, si primitive qu'elle soit, nous est encore presque inconnue; c'est avec les restes des industries néolithiques que nous voyous paraître, dans les sépultures et dans les cités lacustres, de nombreuses amulettes et des perles de colliers (_fig. 98_). En Égypte, dans les tombes néolithiques et énéolithiques, on rencontre fréquemment des colliers composés de perles ou de coquilles, des pendeloques et des bracelets d'ivoire, d'albâtre, de nacre, voire même de silex merveilleusement taillés (_fig. 99_, n° 5). Mais c'est avec l'industrie du bronze que débute la véritable bijouterie.