Chapter 10
La destruction des roches mères et des affleurements filoniens par les agents atmosphériques, a produit des alluvions dans lesquelles le minerai d'étain se trouve à l'état de sables; un lavage de ces alluvions suffit, en raison des différences de densité, pour en extraire la cassitérite. C'est ainsi qu'on procède dans les exploitations de la Malaisie, à Brangka, Pérak et ailleurs. L'or natif s'obtient par les mêmes procédés.
Les premiers métallurgistes, trouvant les gisements de cuivre et d'étain vierges encore, n'avaient donc affaire qu'à des produits oxydés qu'il leur suffisait de traiter au charbon de bois, dans un feu réducteur, pour voir couler le métal. Ce sont d'ailleurs les procédés métallurgiques encore employés de nos jours, et, en particulier pour l'étain, les Malais ont conservé l'usage des fours primitifs, dits bas foyers.
Quant à l'exploitation des mines, elle était fort simple; les affleurements des filons étant encore vierges, il suffisait de prendre, presque sans efforts, les roches filoniennes fendillées par les agents atmosphériques, de ramasser les blocs détachés dans les éboulis, pour le cuivre comme pour l'étain et, pour ce dernier métal, de laver les sables.
La cassitérite est toujours naturellement dans une gangue siliceuse, gangue qui s'éclate au feu. Quant aux cuivres carbonatés, que leur gangue soit calcaire ou siliceuse, elle se fend également à la chaleur.
Le procédé du feu a été employé de très bonne heure pour la désagrégation des roches contenant des métaux; on en rencontre des traces dans tous les districts miniers; les gisements aurifères de la Bohême et de la Transylvanie en montrent des milliers d'exemples. D'ailleurs le travail en galeries était en usage déjà du temps des néolithiques pour l'extraction du silex; aussi ne devons-nous pas être surpris de rencontrer de véritables mines datant des premiers temps de la connaissance des métaux.
Il suffisait donc de circonstances favorables, fortuites, pour que l'homme découvrît les deux métaux qui constituent cet alliage dont le rôle a été si grand dans les temps anté-historiques. Or, les gisements de cuivre étant beaucoup plus répandus sur la surface du globe que ceux d'étain, c'est le cuivre qui fut découvert le premier, en même temps que l'or dont les pépites brillaient dans les sables et les grèves des cours d'eau.
Si nous pointons, sur la carte du monde, les principaux gîtes naturels des minerais cuivreux (_fig. 51_), nous voyons que ce métal est de distribution universelle; aussi le cuivre a-t-il été découvert aussi bien dans l'Ancien Monde que dans le Nouveau; le Sud-Africain et l'Australie cependant n'ont pas profité de bonne heure de ces richesses que leur offrait la nature.
Mais, parmi les pays producteurs du cuivre, il importe de distinguer ceux qui ont reçu les connaissances métallurgiques de ceux où ces notions ont pu naître. Tout d'abord les deux Amériques doivent être mises hors de cause; et nous savons par de nombreux témoignages archéologiques que ce n'est ni l'Algérie, ni l'Espagne, ni la France, les îles Britanniques, la Scandinavie, ou l'Europe centrale qui ont vu couler le premier lingot de cuivre. Restent donc les îles Égéennes, l'Asie Antérieure et l'Égypte; car nous avons vu qu'il ne peut être question de la Chaldée, et que l'Égypte a fort probablement reçu de l'Asie la connaissance du cuivre.
En ce qui regarde l'Égypte, une légende[132] causée par une erreur du savant allemand Lepsius s'est établie et dure encore quant à la richesse des mines de cuivre de la presqu'île Sinaïtique[133]. Cet archéologue, qui n'était versé ni dans la minéralogie ni dans la géologie, a pris pour des scories résultant de l'exploitation intense de mines de cuivre supposées, les bancs naturels de minerais de manganèse de Sérabout-el-Khadim; et cette grossière erreur a fait loi parmi ceux qui ont parlé de l'Égypte: or, par leur constitution géologique, les couches dont la presqu'île Sinaïtique est formée ne peuvent contenir de grands gisements cuivreux, et les turquoises disséminées dans des grès sont la seule richesse de ces montagnes. À Wadi Maghara sont bien des restes d'industrie métallurgique; mais cette industrie n'a jamais porté que sur des quantités insignifiantes de minerais carbonatés existant en rognons dans les grès avoisinant ceux où se rencontrent les turquoises. Il faut donc absolument rayer l'Égypte des pays producteurs du cuivre.
[Note 132: Cf. XXVI, II, 1re partie, 176.]
[Note 133: Cf. XXXIX, 216 sq. Tous les documents relatifs à la question des mines du Sinaï, rapportés par l'auteur, sont dans ses collections au Musée de Saint-Germain.]
Que reste-t-il alors comme contrées où l'invention de la métallurgie a pu se produire? les îles Égéennes, l'Asie Mineure, la Transcaucasie, l'Arménie et l'Iran, d'une part; le groupe extrême-oriental d'autre part; or il est certain que le métal, en Chaldée et dans l'Élam, est beaucoup plus ancien que dans les pays Sino-Japonais et Indo-Chinois.
L'Altaï et le Pamir sont également riches en cuivre; mais l'antiquité de la métallurgie dans ces régions paraît être peu reculée. C'est donc, suivant toute vraisemblance, dans le nord de l'Asie Antérieure que se serait produite cette grande découverte; de là, elle serait descendue en Chaldée, bien rudimentaire encore, avec les hommes qui, les premiers, sont venus habiter les îlots vaseux de ce qui fut plus tard l'empire de Sargon l'ancien et de Naram-Sin; puis elle aurait gagné l'Égypte, les côtes phéniciennes et les îles Égéennes, foyers de leur connaissance dans l'Europe.
Ce ne sont là, certainement, que des conjectures, mais elles reposent sur des bases sérieuses, sur un ensemble de faits que ni la géologie, ni les traditions asiatiques, ni les premières données historiques et l'archéologie ne viennent combattre.
En ce qui regarde l'étain, le problème est d'une solution plus difficile encore; car les régions stannifères sont très peu nombreuses[134]. Les rares gisements d'étain signalés au Maroc, en Espagne occidentale, en Auvergne, en Bretagne et en Finlande ne peuvent entrer en ligne de compte, et il en est de même pour ceux de l'Angleterre, par suite de l'éloignement de ce pays et de son isolement au milieu des mers. La cassitérite se rencontre, suivant certains auteurs, dans le Nord-Est de la Perse, au Khoraeân et dans plusieurs districts de l'Arménie; mais je n'ai pas été à même de vérifier ces renseignements. Madagascar, le cap de Bonne-Espérance, l'Australie doivent être rayés de la liste des pays où la découverte du métal blanc a pu se produire. En Amérique du Nord, la cassitérite se montre (fig. 52) sur la côte de l'océan Pacifique. Au Mexique elle a produit une industrie spéciale du bronze: elle paraît enfin dans l'Amérique méridionale, mais on ne peut faire état des gisements du Nouveau Monde dans une étude relative aux vieux continents.
[Note 134: Cf. XXXVIII: _Études archéol. et histor._, 22, et carte, pl. II (p. 34).]
Il ne reste donc que le groupe malais, indo-chinois et chinois, dont la richesse est immense; peut-être que dans des temps plus rapprochés de nous l'étain a suivi la même voie que les grandes invasions mongoles du Moyen Âge pour arriver dans nos pays.
L'Indo-Chine et la Chine étaient particulièrement favorisées par la nature pour que se fit dans ces pays la découverte du bronze: car là se trouvent réunis, et en grande abondance, les minéraux cuprifères et stannifères; mais nous devons borner là ces considérations et attendre que le Centre asiatique et la Chine soient mieux explorés. Peut-être même découvrira-t-on quelque jour dans les montagnes du nord de l'Asie Antérieure des gisements stannifères oubliés depuis des milliers d'années: en ce cas la présence de la cassitérite dans cette région réduirait à néant toutes les hypothèses qu'on serait tenté de hasarder aujourd'hui sur la position du foyer initial de la métallurgie.
Les archéologues se demandent si la préparation du bronze se faisait en dosant les proportions des deux éléments (_fig. 53_) à l'état métallique[135], ou bien si les minerais étaient mélangés avant la mise au four, et ils expliquent par cette dernière hypothèse les notables différences dans la teneur en étain des bronzes. Ce ne sont là que conjectures qui, pour être appuyées, exigeraient qu'on pût étudier avec certitude, et dans les moindres détails, une fonderie de cette époque, et analyser les scories laissées par les opérations.
[Note 135: ZEUGHELIS, _Sur le bronze préhistorique, Mélanges Nicole_, Genève, 1905.]
Il convient d'ajouter que si les Anciens ne se sont pas servis du laiton, c'est-à-dire de l'alliage du cuivre avec le zinc, bien que la calamine soit fort abondante en Europe, c'est parce que le zinc brûle au contact de l'air quand il est porté au rouge, même à l'état d'alliage, et que les procédés métallurgiques de ces temps ne permettaient pas de toujours traiter dans une atmosphère réductrice; l'étain au contraire est fort stable, soit à l'état métallique pur, soit sous forme d'alliage. Quant au plomb, il s'oxyde, et c'est cette propriété qui fait la base de la coupellation, dont les Anciens, dans les temps historiques, ont fait si grand usage pour extraire l'or des quartz, avant que l'emploi du mercure fût en usage.
Quoi qu'il en soit de l'origine des métaux, nous voyons, dans presque tous les pays, l'usage du bronze succéder à celui du cuivre pur; et disparaître peu à peu les instruments néolithiques de pierre. Mais de même que l'industrie de la pierre polie se subdivise en provinces, de même le bronze se montre-t-il façonné de diverses manières suivant les régions et suivant les temps. Les nombreuses peuplades, qui occupaient le monde aux temps de l'introduction du métal, ont, avec le temps, accentué de plus en plus leurs caractères régionaux. Ce n'est pas la naissance des nationalités, car elles sont beaucoup plus anciennes que le métal, mais c'est l'affirmation définitive des clans, des tribus, des peuples, des empires. Les moyens puissants de domination que procurent les connaissances métallurgiques, les progrès rapides d'ordre matériel et intellectuel qu'elles provoquent permirent à certains peuples d'atteindre à l'hégémonie dans leur sphère d'influence, l'Histoire commence en Asie, en Égypte, dans l'Orient méditerranéen, peu après la diffusion de la métallurgie, elle se répand peu à peu aux alentours de ses premiers foyers, le monde moderne débute.
En Chaldée et dans l'Élam, l'industrie du bronze naît en même temps que l'usage de l'écriture (_fig. 54_). Ces pays entrent dès lors dans le domaine de l'Histoire: toutefois, chez eux, cette phase de l'industrie se continue pendant bien des siècles encore, jusqu'à ce qu'insensiblement le fer vienne remplacer l'airain dans l'armement. Les formes de ces régions demeurent très longtemps spéciales, elles n'ont rien de commun avec celles usitées chez les peuplades encore barbares du Nord. Sous Naram-Sin, au milieu du quatrième millénaire avant notre ère, la lance, l'arc et la hache sont encore les principales armes offensives; le glaive ne paraît que beaucoup plus tard, pour devenir d'un usage courant en Assyrie, au temps seulement des rois d'Assour, chez les Hellènes avec l'invasion dorienne.
Il en est de même dans la vallée du Nil (_fig. 55_), où le bronze demeure en usage pour bien des emplois jusqu'à l'époque de la conquête alexandrine parallèlement à celui du fer (_fig. 56_). Là aussi les formes archaïques sont spéciales; elles semblent découler de celles des instruments de pierre taillée (_fig. 57_). En Syrie (_fig. 58_) et dans les îles de la Méditerranée orientale (_fig. 59_), bien que l'influence égyptienne se fasse parfois sentir, les formes sont, dans la plupart des cas, très personnelles.
Nous ne sommes malheureusement que fort mal renseignés sur les industries des peuples de l'Asie Antérieure, autres que les Chaldéens, les Élamites et les Assyriens. Mille peuplades diverses se pressaient dans les montagnes et les hauts plateaux du Nord. Ces gens, sauf les Ourartiens, n'usaient pas de l'écriture, et, par suite, leur étude appartient à la préhistoire; les Annales assyriennes fournissent leurs noms; mais ces noms, nous ne pouvons que rarement les placer sur la carte avec sécurité: quant aux pays où ils ont vécu, ils demeurent encore inexplorés au point de vue archéologique.
D'ailleurs, si l'on en juge par les résultats de mes propres études dans le nord-ouest de l'Iran et la Transcaucasie, recherches qui, à bien peu de chose près, ont fourni tout ce que nous savons sur ces régions, ce n'est pas vers les industries chaldéo-élamites qu'il convient de tourner ses regards pour découvrir les origines de la culture nordique, mais vers les pays encore inconnus de l'Asie centrale. Les diverses cultures du bronze, dont on rencontre les vestiges dans les dolmens du Talyche russe et persan, se relient plus ou moins étroitement aux civilisations de l'Europe centrale et occidentale; on y rencontre l'usage général du poignard et de l'épée, le torque, la céramique incisée, l'ornementation géométrique. À l'exclusion des représentations animales et humaines, beaucoup de ces goûts sont caractéristiques de nos populations néolithiques de l'Occident: il semblerait que, dès avant les temps de la pierre polie, un grand courant se soit établi entre les pays de l'Asie centrale et ceux de l'Europe, que ce courant n'ait pas été affecté d'une manière importante par les grands foyers de civilisation du sud de l'Asie Antérieure, mais qu'en passant d'est en ouest il ait, pour certains détails, emprunté des idées au monde Égéen. Il s'ensuit qu'en parvenant dans nos pays, il ne possédait plus complètement cette allure que nous révèlent les sépultures monumentales des rives méridionales de la mer Caspienne.
Il convient donc, pour l'Ancien Monde, de partager l'industrie du bronze en diverses régions au développement personnel. La Chaldée et l'Élam, dont l'Assyrie fut la fille, l'Égypte, l'île de Crète: ces foyers semblent être les plus anciens; puis viennent les civilisations nordiques, toutes parentes, plus ou moins proches, qui couvrent tout le nord de l'Asie Antérieure et toute l'Europe, divisant ces vastes régions suivant les lieux et les temps. Là, tout en conservant les grandes lignes directrices de l'industrie nordique du bronze, les divers peuples font preuve de leur génie personnel, de leurs goûts, de leurs tendances. On voit, en des temps divers, se montrer les industries caspiennes, caucasiennes, mycéniennes, de la steppe russe, du Danube (Hongrie), de la Scandinavie et du nord de l'Allemagne, de la Gaule, de l'Espagne, du nord de l'Italie, etc.; et, dans les régions méditerranéenes, les influences minoenne, égéenne, égyptienne même se font très largement sentir, alors que dans les pays du nord elles sont moins accentuées ou, dans tous les cas, plus tardives.
Dans chacune de ces provinces du Nord, de l'Europe comme de l'Asie, l'industrie du bronze a évolué sur elle-même, suivant des phases successives. Dans le nord de la Perse et dans la Transcaucasie on distingue aisément plusieurs époques pour lesquelles les industries diffèrent par les détails, et il en est de même pour toutes les provinces dont il vient d'être question.
Dans nos pays, la forme des premiers instruments de bronze est le plus souvent inspirée par celles des outils de pierre; puis paraît l'épée qui, dans les derniers temps, devient d'un usage courant. Alors se montrent les armes défensives, le casque, la cuirasse, le bouclier, depuis longtemps en usage chez les Orientaux.
La fibule ne paraît en Occident que vers la quatrième industrie du bronze, alors que l'Égypte, la Chaldée, l'Élam et l'Assyrie ont toujours ignoré cette forme de bijou, tandis que le monde hellénique l'a connue dans des temps fort anciens.
L'espace manque dans cet exposé pour examiner un à un tous les objets des industries du bronze, pour rechercher leur parenté, voire même leur origine; une semblable étude nous entraînerait bien au delà des limites qui nous sont assignées pour ce volume, elle conduirait à distinguer entre les formes originelles de chaque peuple, et celles qui lui sont parvenues par contact avec les habitants des provinces voisines. Il suffit de dire que, dans nos industries du bronze, on rencontre de nombreuses traces de mélanges montrant qu'à ces époques les peuples entretenaient entre eux des relations très étendues.
Quant aux temps où l'industrie du bronze a débuté dans les pays divers, ils sont fort variés et bien souvent difficiles à préciser. En Élam, en Chaldée, en Égypte ce semble être vers la fin du cinquième millénaire avant notre ère; dans l'Orient méditerranéen ce serait au cours du troisième; à Mycènes, vers la même époque; en Gaule, vers 2000 avant J.-C., et dans le nord de la Perse et le Caucase probablement un millier d'années plus tôt; mais toutes ces évaluations ne sont qu'approximatives, notre documentation étant encore beaucoup trop imparfaite pour que nous soyons à même d'établir une chronologie certaine.
CHAPITRE VII
LES INDUSTRIES DU FER
Le passage de l'industrie du bronze à celle du fer ne s'est, dans aucun pays, produit subitement. Longtemps encore après l'arrivée des formes hallstattiennes, nous voyons se perpétuer l'usage des armes et des instruments de bronze. Souvent même, dans les tumuli, rencontre-t-on en même temps des épées et des poignards de bronze et de fer mélangés. Cependant les formes se modifièrent rapidement, et les modèles hallstattiens, reconnus comme supérieurs aux anciens, furent copiés en airain.
Les armes offensives sont l'épée, longue et mince, le poignard, la lance, l'arc et la flèche; glaives et poignards sont remarquables par la forme de leur poignée souvent munie d'antennes, fréquemment aussi d'un pommeau conique d'aspect spécial; quant aux têtes de lances et de javelots, elles sont inspirées des types de bronze.
Il en est de même pour les pointes de flèches. Les types néolithiques de pierre persistent en même temps que ceux de bronze; c'est que, principalement dans les débuts du hallstattien, on ménageait le fer, métal encore rare et précieux. Il n'était guère d'usage que pour les armes, glaives, lances, etc., qui tenues en main, ne se perdent pas.
Comme armes défensives, aussi bien qu'aux temps du bronze, la cuirasse se montre parfois; mais elle est, soit d'origine grecque ou italiote, soit copiée par les Celtes sur des modèles méditerranéens. D'ailleurs l'importation d'ustensiles et d'armes de facture méridionale faisait alors l'objet d'un commerce très étendu: sistules en cuivre battu, cistes et vases de toutes les formes sont fréquents dans les nécropoles hallstattiennes de l'Europe centrale et de la Gaule. Certains de ces récipients sont même fort ornés, montrent des sujets compliqués obtenus, soit au repoussé, soit par la fonte et, pour la plupart, les motifs qu'ils portent se retrouvent en Grèce et en Italie. Puis ce sont des coupes et des vases de verre de divers profils, souvent ornés de zones colorées, et dont la provenance ne peut soulever aucun doute. L'or lui-même intervient dans le mobilier comme dans la parure.
L'outillage et la batterie de cuisine se perfectionnent rapidement et montrent, par leur développement, que les exigences de la vie se sont accrues depuis la fin de l'industrie du bronze. On rencontre des scies, des ciseaux de sculpteur, des couteaux courbes, d'autres qui se replient dans le manche, tout comme ceux dont nous faisons encore usage. Les casseroles de bronze sont nombreuses, les broches réunies en faisceaux ne sont pas rares dans les sépultures étrusques; on fabrique des chenets, voire même des portes-broches, et, parmi les instruments rituels, il convient de citer les grandes fourches à rôtir les viandes.
Quelques tumuli de pays européens divers ont livré des chars[136], le plus souvent à quatre roues ferrées, et dans d'autres sépultures on a rencontré des socs de charrue. Les mors de chevaux et les bridons sont abondants.
[Note 136: J. DE MORGAN, VII, 1921. J'ai trouvé moi-même un char dans un tumulus hallstattien de la forêt des Moidons (Jura).]
Les bijoux, très variés, sont faits d'or, de bronze et de fer; ce sont des torques, des colliers de perles de verre coloré ou d'ambre, de corail, d'ivoire, de nacre; des bracelets aux formes multiples, des anneaux d'oreilles, des pendeloques, des épingles, des fibules variées à l'infini, des trousses de toilette, des amulettes représentant des animaux, le plus souvent des chevaux, parfois montés; enfin, des ceintures de bronze, plus ou moins larges, couvertes de gravures ou de figuration au repoussé. Presque tous les bijoux métalliques sont finement ornés de dessins géométriques gravés auxquels viennent souvent se joindre des représentations animales, humaines, ou des symboles religieux, tels que le disque solaire, la roue, le swastika, et beaucoup d'autres encore dont la signification nous échappe.
La forme des vases et l'abondance de la poterie varient suivant les régions. Cette céramique est généralement ornée de gravures géométriques, auxquelles vient se joindre une grossière peinture couvrant un enduit, mais on y voit également figurer l'homme et les animaux sommairement rendus par des traits droits, comme dans les représentations caucasiennes.
Les écrivains de l'antiquité classique, grecs et romains, nous entretiennent d'un peuple ligure, mal défini, mais dont le souvenir était resté vivace dans tout l'Occident. Ces Ligures se composaient assurément de toutes les anciennes races indigènes de nos pays, groupées et fondues dans un élément étranger que les auteurs modernes les plus judicieux [137], dans leurs hypothèses, considèrent comme les auteurs de la civilisation néolithique et pensent qu'ils font partie de ces vagues successives de parler aryen qui se sont abattues sur l'Europe à tant de reprises différentes; les Ligures seraient les constructeurs des dolmens et, peut-être aussi, les premiers habitants des palafittes; mais en même temps que des tailleurs de pierre émérites, ils seraient devenus métallurgistes, vraisemblablement sous des influences extérieures.
[Note 137: Cf. XXX, I (1908), chap. IV, 110 sq.]