Part 27
Au bout des marches, une troisième porte, une porte de fer, s'encastrait dans une solide maçonnerie. Une porte parfaitement plane, sans verrou, boulon, ni serrure. Ainsi cuirassée, elle datait de l'époque où les derniers soldats de l'indépendance lorraine opposaient une résistance désespérée aux troupes victorieuses de Louis XIV, commandées par le maréchal de Créquy. A la suite de la prise de Lamotte, leur suprême boulevard, rasé après un siège héroïquement soutenu, ces hardis partisans avaient établi là une sorte de place d'armes et de dépôt de munitions. Plus tard, les prédécesseurs de Jean-Baptiste Arnould s'étaient servis de ces substructions pour soustraire à la vigilance de la gabelle un entrepôt de sel et de tabac de contrebande.
* * * * *
Agnès Chassard pressa du pied une dalle--à elle connue--qui faisait mouvoir un ressort. Aussitôt, la porte se dédoubla, ou plutôt une armure de tôle qui recouvrait la véritable porte, en chêne massif, s'abîma lentement dans une rainure pratiquée entre les marches. La véritable porte avait une large serrure, dont les quatre pênes s'enfonçaient profondément dans leurs gâches.
L'hôtelière eut de nouveau recours à son trousseau de clefs. Pendant qu'elle choisissait dans le nombre celles qu'elle allait employer:
--C'est égal, poursuivit-elle, la Marianne est encore debout... Une terrible gale, celle-là, et qui me rongera jusqu'à mon dernier sou, si elle ne me met à la torture, un jour ou l'autre, pour me faire suer mon secret... Mais bah! je lâcherai Joseph sur la Marianne, et je les enterrerai tous les deux.
La serrure grinça sous son poignet nerveux. La porte céda sous une pesée de son épaule, robuste en dépit de l'âge. La veuve pénétra dans une espèce de galerie, ventilée par des soupiraux en forme de meurtrières, et dont les profondeurs s'évanouissaient dans un fond de ténèbres humides. C'était l'ancien arsenal des _Partisans_.
Au premier plan de cette galerie s'alignait une rangée de ces hauts pots de grès dans lesquels les ménagères de la campagne tassent le beurre fondu qu'elles conservent pour l'usage de la maison ou qu'elles envoient vendre à la ville.
La lanterne sourde jetait de vagues lueurs qui miroitaient à l'orifice de ces pots, sur un trop-plein de petits disques de métal, rutilants dans l'ombre comme des yeux de lion...
C'était, en effet, dans ces récipients rustiques qu'Agnès Chassard amoncelait ce qu'elle appelait _ses économies_...
C'était par pots qu'elle comptait,--comme les Hindous par laks de roupies. C'était devant ces idoles de grès qu'elle venait s'agenouiller toutes les nuits, tremblant au moindre bruit qui s'élevait derrière elle, au sable qui craquait sous ses pas, au vent qui s'engouffrait dans les soupiraux, à la chauve-souris qui cognait son aile contre la muraille. C'était pour ajouter à son trésor sacré un louis, un écu, un liard, qu'elle allait vêtue comme la plus misérable des servantes; qu'elle eût laissé volontiers son buffet vide, son âtre froid; qu'elle se nourrissait de miettes, qu'elle n'était prodigue que de verrous, qu'elle tuait et pillait ses hôtes, et qu'elle s'arrangeait pour «enterrer» ses enfants! Est-ce qu'on a besoin de famille avec une passion comme la sienne? Est-ce qu'on a besoin d'amour? Est-ce qu'on a de besoin de Dieu? L'avarice est à la fois sans bornes et sans désirs: elle s'accroît et elle se suffit d'elle-même.
* * * * *
Pour le moment, la veuve songeait aux choses présentes.
--Je vais, murmurait-elle, porter là-bas dans l'autre caveau, un ou deux de mes pots de pièces de six francs. Puis, je cadenasserai la porte sur le reste,--et lorsque Joseph arrivera, je lui dirai: _Voici ta part_...
Elle eut un rire silencieux.
--Une part qui me reviendra plus tard. Je suis forte et sobre. Je vivrai cent ans...
Son sourcil se fronça sous une idée subite:
--Si Joseph allait ne pas vouloir se contenter?...
Elle réfléchit une minute; puis, avec une grimace de satisfaction:
--Bon, la tôle de la porte défierait le canon. Moi seule j'en connais le ressort. D'ailleurs, je donnerai à espérer à Joseph qu'il aura tout après ma mort...
Elle prit un des pots dans ses bras comme un marmot chéri et se mit en devoir de regagner la première salle...
Mais comme elle dépassait le seuil de la galerie, quelque chose comme le rugissement d'une tigresse à qui l'on arrache ses petits sortit de sa bouche rentrée: sa fille aînée, Marianne, était debout sur l'une des marches de l'escalier.
* * * * *
Lorsque Agnès Chassard s'imaginait être d'accord avec son fils aîné pour se défaire de François et de Sébastien, c'était au contraire Joseph et la grande fille qui s'étaient entendus pour se débarrasser des jumeaux d'abord, et de la vieille femme ensuite.
Seulement, chacun des deux associés avait modifié--à son profit--le plan de son complice.
L'androgyne comptait fuir, en compagnie du prétendu Joë Blagg, sans attendre les résultats de l'incendie nécessaire pour faire disparaître--avec celui de la matrone--les cadavres des deux cadets empoisonnés. Elle se chargeait de venir à bout de l'hôtesse. Tout l'argent monnayé caché par cette dernière devait être son lot de butin. De son côté, Joseph se réservait _in petto_ d'empêcher sa sœur de partir avant qu'elle n'eût rendu gorge.
Nous avons vu comment son aventure au pavillon du garde l'avait placé dans l'impossibilité absolue de donner suite à ses projets. Au _Coq-en-Pâte_, on ignorait encore cette aventure.
Approchant minuit, Marianne avait quitté le bal pour venir heurter à la chambre du soi-disant domestique de mynheer Van Kraëck:
--Etes-vous prêt? avait-elle demandé à voix basse.
La chambre s'était ouverte sur-le-champ:
--Toujours prêt à l'invocation de la beauté, avait répondu Joë Blagg. Débagoulez, mon cœur. Qu'est-ce qu'il y a à brocanter pour votre adorable service?
--Votre homme est-il à son poste,--l'ami de Contrexéville, dont vous m'avez parlé,--avec une voiture?
--Mon ami Pascal Grison?... Un peu qu'il doit y être, à son poste!... Réglé comme un papier de musique!...
La grande fille avait allongé la tête.
--Voici la vieille qui sort du _poêle_ pour se rendre à l'endroit où elle croit que Joseph va venir la retrouver... Ne bougez pas: quand j'aurai fini ma besogne, je vous appellerai pour m'aider à transporter le magot.
Elle était redescendue rapidement au rez-de-chaussée et s'était faufilée sur les pas de sa mère. En marchant, elle ne faisait pas plus de bruit qu'une mouche. Jamais Indien n'avait rampé plus silencieusement sur le sentier de la guerre.
A peine avait-elle disparu, que son interlocuteur était rentré dans la chambre, avait couru à la fenêtre, s'était penché au dehors et avait fredonné _mezza voce_:
A la Monaco L'on chasse et l'on déchasse...
Quelques minutes plus tard, Joë Blagg et les trois commis-voyageurs suivaient la piste des deux femmes.
Dans la cuisine, il n'y avait plus que le corps du chien Turc, raide comme un bâton et déjà froid, sous un bahut.
* * * * *
A l'aspect de Marianne, les bras d'Agnès Chassard se desserrèrent d'épouvante et lâchèrent le pot de grès, qui se brisa avec fracas sur le granit de l'escalier.
Une cascade d'écus ruissela de degré en degré, avec un bruit argentin.
L'androgyne se baissa vivement et ses mains s'abattirent sur l'argent éparpillé.
La veuve la regardait, immobile. Il n'y a point de mot pour peindre la détresse qui l'écrasait. La vigueur, dont elle avait fourni la preuve quelques instants auparavant, s'était affaissée d'un seul coup. Le sang-froid, qui était sa maîtresse force, semblait l'avoir abandonnée. Il ne restait en elle qu'un misérable débris humain, incapable de toute résistance.
Lorsque Marianne se redressa, elle avait au poing un couteau dont la lame jetait des étincelles.
Un frisson courut de la plante des pieds de la vieille femme jusqu'à son crâne, où ses cheveux blancs, agités, soulevèrent le capuchon de sa mante.
--Je t'offre le partage, balbutia-t-elle.
--Pas de partage! répondit l'androgyne.
Les mains de l'hôtesse se tordirent en rendant le bruit sec des osselets qu'on remue. Sa voix piteuse sanglota:
--Turc!... Joseph!... Personne ne vient! Personne ne m'entend! Personne ne me défendra!... C'est la fin!... Je vais mourir!... Je n'ai pas peur de mourir... Mais mon bien! mon bien! mon bien!...
Deux larmes rayèrent le parchemin plissé de sa face...
--Tiens, je te donne tout, supplia-t-elle, pourvu que tu me laisses te le garder...
--Je prends tout et je le garde moi-même, riposta Marianne.
Elle fit un pas, le couteau levé.
--Tout! fit une voix goguenarde; eh bien! qu'est-ce qui va nous rester?...
La mère et la fille poussèrent une exclamation de terreur:
--François!...
--Sébastien!...
Les jumeaux s'avancèrent, souriants et ironiques:
--Bonsoir, petite sœur, dit le premier. Excellente l'eau de cerises droguée. Demande aux cendres du foyer: elles l'ont absorbée jusqu'à la dernière goutte.
--Serviteur, la maman, ajouta le second. Inutile de s'égosiller. Le caniche a _goinfré_ la moitié du gâteau. _Defunctus est_. Respect et paix à sa mémoire.
* * * * *
La vue des survenants, des survivants, remua Agnès Chassard comme une décharge d'électricité. Elle parut grandir sur ses jarrets raffermis. Ses joues maigres s'enflèrent. L'énergie lui revenait avec l'espérance. Il allait y avoir bataille pour la conquête du trésor. Si les deux gars et la grande fille s'entretuaient, par bonheur!
Et, de fait, la furie de l'or flambait dans tous les yeux. On pressentait un duel _à quatre_, sans retard, sans trêve ni merci...
L'hôtesse, qui avait repris courage, fouilla sous les plis de sa mante et la batterie d'un pistolet craqua entre ses doigts noueux. Marianne n'avait que son couteau. Elle se rangea résolument du côté du pistolet contre François et Sébastien, qui brandissaient, celui-ci une hache, celui-là un merlin...
Comme les deux groupes se préparaient à se ruer l'un sur l'autre, la lanterne sourde s'éteignit brusquement...
La nuit se fit,--soudaine, épaisse, impénétrable...
Puis un coup de feu retentit...
On entendit un cri de femme, suivi de la chute d'un corps...
Puis, encore, un organe gouailleur éclata dans le silence et dans l'obscurité:
--Hé! là-bas, douces gens de l'aimable famille, est-ce qu'on se déchire sans y voir clair? Patientez-un brin, _palsambluche_! On va vous tenir la chandelle!...
* * * * *
Le caveau s'emplit de lumière, de bruit et de foule...
Et une demi-douzaine de torches,--qui firent irruption du dehors, portée par des paysans,--éclairèrent l'ami Joë Blagg, ou, si vous préférez, Décadi Fructidor et ses trois acolytes, les prétendus commis-voyageurs, couchant chacun en joue--car eux aussi avaient des pistolets,--un membre de la famille Arnould empoigné au collet...
Derrière eux étaient entrés le lieutenant Philippe, le sabre nu, le brigadier Jolibois--physiquement parlant--et les gendarmes, la carabine en arrêt, au milieu desquels Joseph Arnould était mené en laisse par les deux agents Rossignol et Pascal Grison.
Enfin, sur le seuil de la cave apparaissaient M. de Bernécourt, les citoyens Thouvenel et Pommier, et le docteur Huguenin soutenant Denise Hattier, qui avait son enfant dans ses bras...
Entre le groupe des aubergistes et celui des gendarmes un cadavre gisait...
C'était celui de Florence Arnould, dans ses atours de mariée tachés de sang.
Comme la force armée et les magistrats envahissaient le _Coq-en-Pâte_, la fillette leur avait échappé. Elle ne doutait point que sa mère, sa sœur aînée et ses deux frères ne fussent dans le souterrain. Elle voulait leur crier de fuir. Et, se glissant entre Décadi et ses hommes, qui atteignaient la porte du caveau, elle s'était précipitée à l'aveuglette.
En ce moment, Agnès Chassard tirait--du haut de l'escalier--dans la direction où elle supposait être François et Sébastien...
Mais les jumeaux s'étaient jetés à plat ventre pour éviter le coup. La balle avait frappé la Benjamine au cœur!...
La stupeur générale se concentra, d'abord, sur ce corps sanglant qu'Agnès Chassard et le reste des Arnould considéraient avec un étonnement dépourvu de toute espèce d'émotion.
Puis, tous les regards s'en furent--du même mouvement--chercher le visage de Philippe.
Quelle explosion de sentiments allait déterminer chez le brave garçon cette catastrophe inattendue, dont on devinait l'auteur,--le pistolet fumait encore dans la main de la vieille femme,--mais dont on ne pouvait, pour l'instant, s'expliquer la cause et les circonstances préliminaires?
Le lieutenant se montra sublime d'impassibilité et de résignation. Il marcha--droit et ferme--à Florence expirée, et, comme le docteur Huguenin faisait mine de s'approcher:
--C'est inutile, dit-il. J'ai vu plus d'un de mes camarades tomber ainsi à l'ennemi,--et la balle qui tua l'héroïque Desaix était entrée à la même place.
Il s'agenouilla près de la pauvre morte, lui souleva la tête et l'embrassa au front. Puis, se redressant, il murmura:
--Il vaut mieux qu'il en soit ainsi. Le nom que m'a légué mon père n'ira point devant les tribunaux.
Denise l'étreignit en sanglotant. Il lui désigna le cadavre:
--Prie sur cette malheureuse et demande au Seigneur de la recevoir dans le sein de sa miséricorde. Moi, je vais aider la justice à la venger...
Ensuite, se retournant vers M. de Bernécourt:
--Vos ordres, citoyen directeur?
--Mon cher Hattier, fit le magistrat, tout déferré de cette force d'âme, il me semble que le brigadier Jolibois pourrait vous suppléer dans le triste devoir qui vous reste à remplir.
--Et pourquoi cela, je vous prie?...
--L'immense douleur que vous devez éprouver, et à laquelle nous compatissons tous... Les soins à prendre des restes de cette infortunée... Les liens de famille qui vous attachent aux coupables...
Philippe montra la Benjamine:
--Le lien est brisé, citoyen. Ma sœur s'occupera de ma femme. Les assassins et les voleurs ne seront jamais de ma famille.
Et, s'adressant à Décadi Fructidor et à ses compagnons:
--Remettez vos prisonniers entre les mains de mes hommes. C'est à la gendarmerie qu'appartient la garde de ces misérables. J'avais juré de les conduire à l'échafaud: rien ne m'empêchera de tenir mon serment.
XX
ÉPILOGUE
Le lendemain de l'arrestation des propriétaires de l'_Hôtellerie sanglante_,--tel est le nom dont fut dès lors baptisé le _Coq-en-Pâte_,--des fouilles pratiquées dans le verger y attenant, sous la direction des citoyens Thouvenel et Pommier, amenèrent la découverte d'une quantité d'ossements suffisante pour reconstituer près de _soixante_ cadavres. Songez que la famille Arnould avait exercé pendant plus de vingt ans son abominable industrie.
Ajoutons, avec les pièces du procès, que l'identité de la majeure partie de leurs victimes n'ayant pu être légalement établie, les aubergistes de Vittel eurent à répondre, devant la cour d'assises des Vosges, du fait d'assassinat «_commis sur nombre de personnes demeurées inconnues malgré toutes les recherches opérées à cet égard_.»
L'instruction de l'affaire se prolongea près d'un an. Elle fut confiée au citoyen Pommier, dont il existe encore, je crois, des descendants à Mirecourt, et de la juridiction duquel dépendait le canton, théâtre de ces atrocités. Les débats durèrent trois jours. La déclaration du jury fut affirmative, _à l'unanimité des voix_, sur toutes les questions posées. En conséquence, Agnès Chassard, veuve Arnould, ses fils Joseph, François et Sébastien, et sa fille Marianne furent condamnés à la peine de mort. En outre, la Cour, «voulant élever le spectacle de l'expiation à la hauteur des forfaits qui avaient motivé celle-ci,» décida que les condamnés seraient menés au supplice _vêtus de longues robes rouges_ et que lecture de leur arrêt leur serait faite au pied de l'échafaud.
* * * * *
La quintuple exécution eut lieu à Epinal une année, presque, jour pour jour, après la découverte et l'arrestation des coupables.
* * * * *
Extraits à midi de la prison départementale, _pendant que la cloche de l'église sonnait le glas des agonisants_, les «gens de Vittel» furent conduits dans deux charrettes sur la petite place de Grève où la guillotine se dressait. Joseph, François et Sébastien avaient pris place dans la première; Marianne et la veuve dans l'autre. Les trois hommes «paraissaient plus morts que vifs»: les deux femmes, fermes et vaillantes, se disputaient à voix basse, malgré les exhortations de leurs confesseurs. Tous cinq, du reste, en dépit de l'évidence des preuves qui les accablaient et des témoignages écrasants recueillis au cours de l'instruction, n'avaient cessé de se renfermer dans un système de dénégation dont le moment suprême ne put les déterminer à se départir.
* * * * *
Le grand-père de celui qui écrit ces lignes faisait partie du peloton de cavalerie qui escortait les condamnés. Nous tenons de sa bouche les détails suivants:
«Les exécuteurs de Nancy, de Metz et de Colmar assistaient leur confrère d'Epinal dans sa funèbre besogne Joseph, François et Sébastien subirent leur peine les premiers. La vie semblait les avoir abandonnés depuis la sortie de la geôle. Suivant l'expression de l'un des bourreaux qui les dépêchèrent, _on ne guillotina que leurs cadavres_. Marianne vint ensuite. En montant les degrés de l'échafaud, la grande fille se tourna vers sa mère qui descendait de la charrette:
»--C'est pourtant vous, lui cria-t-elle, qui nous avez conduits ici!
»Agnès Chassard ne répondit point. Mais en gravissant à son tour les marches de la fatale machine, elle murmura assez haut, en embrassant du regard la foule qui s'entassait aux fenêtres et qui se pressait jusque sur les toits des maisons:
»--Si, au commencement de mon commerce, j'avais eu autant de petits écus que voilà de curieux et de désœuvrés, je n'aurais pas eu besoin de faire le mal pour vivre.
Sa tête tomba la dernière.»
* * * * *
L'enfant de Denise Hattier n'ayant survécu que quelques mois aux terribles émotions qu'il avait éprouvées, la jeune femme était entrée au couvent des Dames de la Visitation de Nancy.
Le lieutenant Philippe, de son côté, avait quitté le corps de la gendarmerie et avait obtenu de passer avec son grade dans un régiment de cuirassiers. Il se fit tuer à Wagram.
* * * * *
Pendant le trajet de la prison à l'échafaud, un plaisant--il s'en trouve partout et dans toutes les circonstances,--avait dit, en faisant allusion à la robe écarlate qui drapait les condamnés:
--Ne dirait-on pas des _Cardinaux_?
Ce sobriquet resta aux assassins de Vittel. Aujourd'hui, quand un marmot de nos campagnes se fâche ou geint outre mesure, sa mère n'a qu'à prononcer ce mot:
--Voici les _Cardinaux_ qui viennent pour t'emporter!...
Et le marmot se tait aussitôt,--tremblant de voir surgir un spectre à manteau rouge...
Et longtemps encore, dans les provinces de l'Est, cet épouvantail de terroir frappera davantage l'imagination de nos enfants que le souvenir évoqué des Suédois de la guerre de Trente Ans, des Cosaques de 1814 et des uhlans de 1870.
FIN
TABLE
PREMIÈRE PARTIE
LES ASSASSINS
I.--Deux voyageurs 1
II.--Dragon de la République et chasseur de Bourbon 10
III.--Inter pocula et dapes 19
IV.--Contrée maudite 32
V.--Revue rétrospective 44
VI.--Au Coq-en-Pâte 57
VII.--Deux personnes qu'on n'attendait pas 75
VIII.--La personne que l'on attendait 83
IX.--Souper de famille 92
X.--La chambre numéro 1 101
XI.--La chambre numéro 6 108
XII.--Au pavillon du Garde 117
XIII.--Florence et Denise 124
XIV.--Frère et sœur 130
XV.--L'Épreuve 143
XVI.--Rubriques scélérates 156
XVII.--Confession 172
XVIII.--Ennemis en présence 172
XIX.--Où le juge de paix Thouvenel, le lieutenant Philippe Hattier et le citoyen Joseph Arnould prennent la parole chacun à leur tour 184
DEUXIÈME PARTIE
LES ATRIDES DE VILLAGE
I.--La grand'messe 191
II.--Forum rustique 197
III.--Cabri 204
IV.--Dissensions intestines 216
V.--Nouveaux visages 226
VI.--Décadi Fructidor et Pascal Grison 239
VII.--Dans le parc 250
VIII.--Demandes en mariage 264
IX.--L'enfant 275
X.--L'abbé Brossard et le citoyen de Bernécourt. 281
XI.--Mynheer Van Kraëck et Master Joë Blagg. 296
XII.--Chapitre des confidences 301
XIII.--L'ultimatum de Denise Hattier 314
XIV.--Où le terrain brûle 335
XV.--La veille des noces 347
XVI.--Le jour des noces 353
XVII.--L'enfant parle 360
XVIII.--La montre parle 371
XIX.--Autour du trésor 376
XX.--Épilogue 390
Imprimerie Générale de Châtillon-sur-Seine.--A. Pichat.