L'homme couvert de femmes

Part 11

Chapter 113,405 wordsPublic domain

Je m’ennuie avec Finette comme avec Jacqueline. C’est trop long ou trop court: ou il faut nous installer pour la vie, ou il faut nous séparer dès maintenant. Si nous plantons notre tente, alors j’ai le droit de penser à autre chose, mes fantaisies familières retrouvent leur cours, j’y mêle, j’y perds, j’y retrouve Finette. Mais en ce moment notre liaison est si active que je ne puis penser qu’à elle, il en résulte que je ne pense à rien et que je lui en veux. Je ne connais pas l’art des demi-mesures que requiert une telle situation: ou bien je noue une femme dans tous les nœuds de ma vie, ou bien je la bois comme un verre d’alcool d’une grande lampée brutale et je repose le verre (oh! toujours casser le verre!) C’est pourquoi je reviens toujours aux filles; j’aime mieux le leurre court et brutal de la débauche que ces mensonges lentement détortillés de Jacqueline ou de Finette. Je ne puis m’arranger avec un être humain selon la loi des saisons, c’est pourquoi j’ai des amours d’une heure.

Finette, malgré toute sa volonté de cynisme, ne laisse pas de croire quand je couche avec elle que c’est plus propre (il me vient aux lèvres de ces mots d’hygiène, la morale est fournie au monde aujourd’hui par les Anglo-Saxons, baignoires, lavabos, les gens n’ont plus que cette activité spirituelle: se laver) qu’avec une millième catin. Mais, je ne puis admettre qu’elle se gourme de la sorte, je veux lui faire sentir son ridicule. Il n’y a entre nous que des rapports de prostitution, plus délicats, mais plus pernicieux que ceux que j’ai avec les bêtes de somme, atroces. Non décidément, j’ai horreur des bourgeoises, des femmes du monde. Je ne puis leur pardonner: elles savent trop bien ce qu’elles feignent d’oublier. Je ne puis supporter que les filles... ou les jeunes filles, peut-être? il faudra voir.

Avec Jacqueline, j’avais pu me tromper, l’amour est assez vaste pour que, n’en découvrant qu’une partie, un jeune homme reste longtemps émerveillé. Profitant avec elle de ce départ irrésistible qu’il y a dans tout amour vers sa vraie fin, j’avais pu rouler longtemps sur la vitesse acquise. Mais avec Finette je ne puis renouveler une telle illusion. Et en me retournant vers Jacqueline je ne lui pardonne pas de m’avoir frustré et enfin, je me libère d’elle, et je vois que je ne l’ai pas aimée. Tout l’élan qu’il peut y avoir dans Finette et dans moi, vers la joie--non pas vers le plaisir, ô hommes, comment pouvez-vous préférer le plaisir à la joie?--cet élan, qui, si souvent, même s’il n’est pas achevé, nourrit tant d’amours qui ne semblent tirer leur sève que de sources plus fictives--cet élan est coupé. Car, depuis que je suis entré dans cette maison, depuis que j’ai vu cette femme, j’ai conscience qu’elle est stérile, corps et âme. Certes il ne s’agit pas de me marier avec elle, personne n’y songe. Mais d’abord l’exclusion pure et simple, si facile pour elle, de cette idée, l’évidence que cette idée ne lui a même pas effleuré ni le cœur, ni l’esprit, ni les entrailles; ensuite, ce que je sais: que Finette ne peut avoir d’enfant, que dans sa première jeunesse, elle en a refusé un que la nature lui offrait et que ce refus a fait entrer en elle un mal qui l’a débarrassée sans recours possible d’une responsabilité qu’elle ne voulait rencontrer qu’à son heure, mais notre sang entre toutes les forces de la nature est celle que nous plions le moins aisément à notre fantaisie--tout cela appuie de plus en plus sur moi la cruelle précision d’une limite. J’étouffe dans cette maison. Une monotonie implacable me tombe sur les reins. Toutes les nuits, recommencer le même geste. Ce n’était pas qu’il fût nécessaire de lui faire un enfant, à cette femme; mais le fait qu’elle ne peut m’en donner, figure pour moi tout à coup que cette sorte d’amour est une impasse. Finette ne se rattache à rien, elle a coupé les liens vivants autour d’elle. Elle est un joli vase clos, et elle veut que j’enferme ma force dans ce vase et cela fait un parfum qui la fait sourire. Je ne puis m’empêcher de me comparer encore aux autres, à tous ceux qui sont ici. Quelle différence y a-t-il entre nous? Aucune. Tous obéissent à la même pensée sévère, au même mot d’ordre absurde: jouir sur le champ, exercer sans répit, avec une frénésie inlassable une fonction qui, par suite d’un concours fatal des conditions présentes de l’univers, a pris à leurs yeux une importance monstrueuse, une majesté grotesque, dans le moment même où ils réduisent cette fonction comme les autres à sa résonance la plus faible.

On n’a jamais vécu aussi chichement; l’amour ici est coupé des étoiles, des arbres, du cri du coq, du fracas des armes, du rire des jeunes hommes, de la douce fureur des vierges.

Luc, Bernard, les gitons, les gouines; Jacqueline, les yeux fermés, précipitée aux doigts noirs; moi et Finette: tous pareils. Chant cassé, parce qu’ils ont perdu le goût de moduler, de donner forme à tous les gestes de la vie, parce que cela ne les intéresse plus de créer. Voilà de quoi ils n’ont jamais entendu parler. Mais on entend l’eau courir dans cette vieille solide bâtisse Louis XIV--Finette est si fière de l’avoir percée d’une tuyauterie compliquée--l’eau court et ces femmes et ces hommes se lavent sans cesse, ces femmes qui se sont arraché les œufs du ventre, ces hommes qui répandent leur semence comme Onan. Cette maison se ruine, je sens ses pierres se carier comme mes os. Tout ce qui se passe dans cette maison m’est intérieur.

Je vois Finette sortir le matin avec son chien. Finette va faire pisser son chien: elle lui dit des paroles comme à un enfant. Elle aime son chien comme un petit homme, elle ne souffre pas de la substitution, cette substitution la satisfait entièrement. Ce temps est celui des substitutions: chaque chose est remplacée par son faux. Tout tourne sur soi-même comme une monnaie à pile ou face. Tout d’un coup cela s’abattra, le monde s’abattant montrera au ciel: pile. Dieu aura perdu son pari. Il n’y a plus de méditation humaine ici pour nourrir l’apparition grandiose de l’enfance. Je vois Finette penchée, marmotante, sur un dieu-chien.

Dans cette maison, un jour, on a dit: «Gille ne peut pas faire l’amour.» Et on ricanait dans le quartier des gitons et des gouines. Un autre jour le bruit a couru: «Vous savez, ils font l’amour maintenant, Finette et Gille.» Pourtant rien n’avait changé.

Je suis là entre Finette et son chien. Je pourrais aussi bien qu’avec Finette m’amuser avec le chien, ou avec une pipe, ou avec moi-même. Je la vois, notre séquelle, dans son enchaînement déplorable, logique, irrémédiable, je vois la fin.

Il fallait que je visse de mes yeux, chez les autres, l’aboutissement de tout ce côté de moi-même: quelques-unes de mes années pourrissent ici comme ces quelques âmes.»

* * * * *

--Tu ne m’aimes pas, lui disait-elle avec un œil pétillant, qu’est-ce que cela fait? Si tu me disais «je t’aime» je ne te croirais pas. Si tu te tuais pour me le prouver, je ne te croirais pas. Je ne crois pas à l’amour.

--En disant cela, tu me prouves que tu aimes encore l’homme qui t’a mis dans la tête ces idées-là.

--Je les ai toujours eues, je les avais avant de le connaître. Freddy, il n’avait pas d’idées, tu sais, c’est plutôt moi qui lui en aurais données, mais quand on parlait il n’écoutait jamais.

--Un homme a toujours des idées.

--Il savait ce qu’il voulait, pas plus. Il avait besoin d’avoir une femme sous la main et de bien la tenir, voilà tout. Qu’est-ce que cela fait tout cela? Est-ce que les idées entrent dans la vie? Est-ce qu’en dépit de tes idées... et des miennes, nous ne passons pas des journées agréables? Tu as beau dire, du reste, nous avons des tas d’opinions communes sur le golf, la cuisine, les livres, les arbres.

--Oh! les arbres. Je ne sais pas si tu aimes les arbres!

--Et toi?

--Moi? J’aime l’Afrique, c’est vide.

--Oh! l’Afrique! Vas-y.

--Mais non, je suis très bien ici. Tu es maligne, jolie.

--Tu me plais, je vais gaîment vers le plaisir que tu me donnes. C’est toujours ça de pris. Tu sais que tu es un amant charmant. Tu ne vas pas me dire que tu n’aimes pas le plaisir dont tu connais si bien le chemin. J’ai vu tes yeux.

--J’y mets ma vanité!

--C’est que je te plais aussi. Non?

* * * * *

Mais ce n’était plus ce besoin, toujours, de se prouver qu’elle était libre, et, par exemple, à l’abri de toute jalousie et de toute envie à l’égard d’une femme qui avait tenu une grande place dans les pensées de Gille, qui attirait Finette chez Jacqueline.

En tout cas, elle prenait assez souvent le chemin du pavillon où vivaient les deux reclus, sombrement joyeux. Jacqueline la recevait avec cordialité, s’amusant de ses façons piquantes, attendant de voir apparaître une femme moins armée et plus nombreuse, derrière une pointe trop fine.

--J’ai envie de vous parler de Gille.

--Bon. Si vous voulez.

--Vous êtes bien la seule femme avec qui une telle conversation ne paraît pas inutile. Croyez-vous que je lui plaise? Mais ça, je crois que je lui plais. Je ne sais pas s’il m’aime autant qu’il a aimé ou qu’il peut aimer, mais enfin, en ce moment, c’est le mieux qu’il puisse faire. Mais voilà: croyez-vous qu’il soit heureux?

--Le bonheur et Gille? Oui, je crois qu’il peut être heureux. Il connaît évidemment de bonnes raisons pour ne pas l’être. Mais il pense au bonheur, ce qui est très rare, il sait que cela existe. C’est énorme, ça, vous savez.

--Oui, oui. Je ne m’en suis pas aperçue depuis bien longtemps qu’il se préoccupait de ça, du bonheur. Avant, je ne l’aurais jamais imaginé. Quel drôle de garçon. Il vous trompe si bien sur sa vraie nature. Au fond les gens sont tellement plus simples qu’ils n’en ont l’air: c’est ce qui fait qu’ils vous embrouillent.

--Gille est lent. Je suis comme vous, je ne le comprends pas depuis longtemps, c’est depuis que je l’ai revu. Il avance lentement mais sûrement, je crois.

--Oui. Eh bien! il ne sera jamais heureux avec moi.

--Pourquoi?

--Non, vous verrez, ça ne s’arrangera pas.

--Et pourquoi, mon Dieu?

--Je ne suis pas assez bonne fille. Ou plutôt si, mais je ne suis pas assez... Je ne sais pas. Enfin! il lui faudrait une jeune fille. Non... Si, tout de même, quelque chose comme cela. Une femme très simple à qui il ferait un enfant... Je suis trop fatiguée. Il est très frais au fond, avec ces airs fripés. Je ressemble trop à quelque chose qui est bien lui, mais dont il a assez. Et pourtant l’amour rend si souple, moi surtout, et il me plaît. Mais je vous ai dit que je lui plaisais, au fond, je ne sais pas.

* * * * *

Finette se retenait sur cette pente qui menaçait de la faire rouler jusqu’aux pieds d’un homme. Un bon moyen de se défendre, c’était de retourner à ses vieilles habitudes de famille, de remonter sur les tréteaux intimes où l’attendait encore son frère. Elle se reprenait à ces dialogues, à ces pantalonnades, où livrant Gille à leur malice commune, elle se prenait à rager et à souhaiter de le voir sous leurs coups perdre sa prestance et vider la scène.

Pour cela elle attachait son esprit à ce qui la choquait si facilement dans les opinions un peu confuses mais solennelles que Gille dépliait à moitié et assez brusquement devant eux, dans des moments d’impatience. Mais Luc, fatigué de jouer les confidents et bien placé pour voir la direction que prenaient les événements, déclarait:

--Il va te plaquer, ton amant, un de ces quatre matins.

--C’est généralement comme ça que ça se passe.

--Ça m’agacera tout de même un peu de voir ce garçon s’en aller avec son air dégoûté; tu aurais dû lui faire passer cet air-là. Tu as bien voulu jouer son petit jeu parce que tu n’avais rien de mieux à faire cet été, et puis voilà tout.

--Bah! il faut laisser les gens. Et puis il se dépêcherait de me détester, pour se donner le droit de ne pas me croire.

--Non, non, il est sensible. Une bonne rosserie fait toujours son chemin chez lui.

--Non, il fait semblant.

--Enfin, il exagère.

--Il sait qu’il va trop loin. Et puis? Il y a bien des ridicules, va, qu’il nous montre, dont il ne s’embarrasse guère. Sais-tu pourquoi? parce qu’il les met sur le dos du personnage qu’il joue ici.

--Ça c’est vrai. Il est assez dissimulé. Au début, je voyais bien qu’il avait la prétention d’en prendre et d’en laisser, mais je m’aperçois qu’avec ses airs débraillés et tout ce qu’il vous raconte sur lui-même à tort et à travers et qui a l’air de le livrer entièrement, il reste bien rentré. C’est ça qui me met en rogne et qui me donne envie de l’embêter un peu.

--Mais aussi par moments cela ne lui plaît plus de nous mettre dedans. Est-ce parce qu’il a senti que je le découvrais, mais je trouve ça assez chic, il a très vite abattu ses cartes avec moi, avec un vrai dédain.

--Oui, mais tu sais bien que c’est son truc de ménager des petites victoires à l’adversaire pour l’engluer dans une situation flatteuse.

--Enfin, deux ou trois fois il a eu une attitude assez étonnante.

--Il a une sorte de style. Mais tout ça, pour pas grand’chose. Cette perpétuelle dérobade, ces petits airs d’enfant gâté, qui a honte de l’être, mais qui veut bien que ça continue, ça tourne tout doucement à la niaiserie.

--Oh! bien sûr.

XVIII

Un soir, dans les bras de Finette, comme il recevait son dernier baiser, un baiser délicat, en dépit du sommeil, de femme vigilante et qu’une douceur méditée lui faisait sentir qu’en s’endormant on songeait à le retenir, Gille lui avait caché une pensée sournoise: il savait ce qu’il allait faire le lendemain.

Il la laissa aller seule au golf et il dit à Luc: «Je m’en vais. Je ne peux pas tout le temps être là. Je ne reviendrai peut-être pas. On ne peut pas se voir pendant des mois et des mois.

--Mais, oui, foutez le camp. Vous vous embêtez. Filez, vous deviendriez embêtant vous-même.

--Justement, voilà ce qui est à craindre. Mais je vous aime bien.

--Mais non, pas du tout, vous ne m’aimez pas. Vous me trouvez... frivole.

--Mais non, je vous aime bien, je vous comprends assez bien, vous savez.

--Mais non, vous ne me comprenez pas, vous avez horreur de moi. Qu’est-ce que comprendre et haïr?

--Mais non! Finette et vous m’avez séduit. Tout ce qui remue séduit, d’une façon ou d’une autre, que cela vienne de naître ou que cela s’en aille vers la mort.

--Allons, bon, encore la mort. Si vous saviez comme je m’en fous, de savoir si je suis vivant ou mort. Je suis ce que je suis.

--Si vous saviez comme vous me faites mal, comme votre présence me gêne.

--Foutez le camp, cher ami.

--Mais ne trouvez-vous pas que règne ici quelque chose d’inhumain?

--Humain, inhumain! Je suis humain.

--Oui, c’est atroce pour moi. Vous êtes en moi: certains de mes tissus qui se fatiguent. Ah! vous ne me rendez pas heureux.

--Croyez-vous que je le sois.

--Si c’est moi qui vous dis que vous ne l’êtes pas, vous crânerez.

--Mais personne n’a jamais été heureux.

--Je hais qui dit cela.

--C’est vous qui crânez. Au fond, vous sentez comme moi, du reste vous l’avouiez à l’instant, mais vous vous raidissez.

--Non, je vous assure, il y a au fond de moi quelque chose de merveilleusement sûr.

--En moi aussi. Je sais bien que je ne puis être autrement que je suis, et qu’on doit me laisser vivre.

--Adieu.

* * * * *

Finette, en rentrant le soir, apprit à sa porte le départ de son amant. Elle tourna les talons et alla se promener dans le bois avec son chien. Elle pleura. Le poids véritable de Gille pesait sur elle, depuis une minute, deux minutes.

«Trop tard, ma vie est finie», s’écria Finette. «C’eût été, s’il avait voulu, un amant comme je les aime, il aurait aimé mon amour, et pourtant il serait resté inaccessible, un homme! Nous aurions joui ensemble, en camarades, de mon esclavage.»

Ainsi mêlait-elle encore un Freddy lointain et un Gille qui s’éloignait.

Plus tard, la pensée l’attendrit, que par cette brusquerie il lui épargnât l’injure dont, elle le savait bien, son cœur éclatait contre elle. A certaines heures, il l’avait flattée comme d’une complicité, mais, maître négligent, il n’avait pas voulu anéantir ce qui lui déplaisait en elle, et elle n’était pas fière de rester, à cause de cette retenue méchante, la femme d’hier.

Elle pleurait. Elle se disait encore du bout des lèvres: «Non, c’était impossible.» Mais son cœur sanglotait: «Mais si, mon amour, c’était possible. L’amour est toujours possible. Ai-je donc prétendu autre chose?»

* * * * *

Plus tard, la nuit dans son lit où elle s’était couchée sans dîner, elle murmurait: «Voilà ce que je lui aurais dit: «Gille, prends-moi, pourquoi ne me prends-tu pas? Alors, qu’est-ce que tu veux, tu ne veux rien? Non, la vérité, c’est que tu n’es capable de rien faire. Tu t’en vas quand ça commence. Et tu t’en vantes, tu es aussi fat que pédant, vantard. Si seulement tu n’étais qu’un propre-à-rien, mais il faut encore que tu fasses des discours sur tout ce que tu ne connais pas, car tu es ignare comme un collégien de quinze ans. Tu fais des phrases et tu n’as même pas encore deviné ce que c’est que la vie, à vingt-sept ans. Tu peux bien t’en aller, recommencer plus loin tes boniments et tes bourdes. Non, ne t’en va pas. Pourtant, par instants, on dirait que tu vas comprendre, que tu comprends même quelque chose. Mais un instant après, mauvaise tête, ni vu ni connu. Gille, tu ne seras pas heureux... Tu crois qu’une autre... Gille.»

* * * * *

Comme elle était au golf, il avait bouclé ses sacs. Les domestiques s’apitoyaient. La Bernard, à une fenêtre, regardait vaguement, tandis qu’il partait.

Tout à coup, Bernard s’éveilla, elle cria à Gille, en ricanant: «Madame de B... arrive ce soir!»

Gille laissa tomber une valise. Bernard le regardait avec avidité. Mais il la ramassa et la jeta dans la voiture.

* * * * *

Sur la route, il eut horreur de la solitude: il la sentait comme sa paresse.

FIN

ACHEVÉ D’IMPRIMER LE 27 OCTOBRE 1925 PAR EMMANUEL GREVIN A LAGNY-SUR-MARNE

ÉDITIONS DE LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE Revue mensuelle de Littérature et de Critique Directeur (1919-1924): Jacques Rivière Directeur: Gaston Gallimard.--Rédacteur en chef: Jean Paulhan Paraît le 1er de chaque mois

LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

a publié, entre autres depuis 1919, les œuvres suivantes de:

DRIEU LA ROCHELLE: LA VALISE VIDE (Août 1923) LE PIQUE-NIQUE (Octobre 1924) LA VÉRITABLE ERREUR DES SURRÉALISTES (1925) L’AUMONE (Novembre 1925)

et les romans et nouvelles suivants:

AMANTS, HEUREUX AMANTS, par Valery Larbaud (Nov. 1921) LA NUIT DES SIX JOURS, par Paul Morand (Janv. 1922) SILBERMANN, par Jacques de Lacretelle (Août, Sept. 1922) FINALE DE SIEGFRIED ET LE LIMOUSIN, par Jean Giraudoux (Nov. 1922) CELLES D’ALGER, par Eugène Marsan (Déc. 1923) LE FLEUVE DE FEU, par François Mauriac (Nov., Déc. 1922, Janv. 1923) L’IMPUDENTE, par Henri Deberly (Avril, Mai, Juin, Juill. 1923) MON PLUS SECRET CONSEIL, par Valery Larbaud (Sept., Oct. 1923) VISITE CHEZ LE PRINCE, par Jean Giraudoux (Oct. 1923) AMOUR SANS FORCE, par Jacques Sindral (Déc. 1923, Janv. 1924) JEAN DARIEN, par Léon Bopp (Avr., Mai, Juin, Juill. 1924) LE BAL DU COMTE D’ORGEL, par Raymond Radiguet (Juin, Juill. 1924) LES AMIS NOUVEAUX, par Paul Morand. (Juill. 1924) SURPRISES, par Raymond Fernandez (Sept., Oct. 1924) CŒUR DE TÉNÈBRES, par Joseph Conrad, traduit de l’anglais par André Ruyters (Déc. 1924, Janv., Févr. 1925) DIX JOURS A ERMENONVILLE, par Jacques de Lacretelle (Mai 1925) LES FAUX MONNAYEURS, par André Gide (Mars, Mai, Juin, Juill., Août 1925)

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