L'Histoire de France racontée par les Contemporains (Tome 3/4)) Extraits des Chroniques, des Mémoires et des Documents originaux, avec des sommaires et des résumés chronologiques

Part 1

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L'HISTOIRE

DE FRANCE

RACONTÉE PAR LES CONTEMPORAINS.

EXTRAITS DES CHRONIQUES, DES MÉMOIRES ET DES DOCUMENTS ORIGINAUX,

AVEC DES SOMMAIRES ET DES RÉSUMÉS CHRONOLOGIQUES,

PAR

L. DUSSIEUX,

PROFESSEUR D'HISTOIRE A L'ÉCOLE DE SAINT-CYR.

TOME TROISIÈME.

PARIS, FIRMIN DIDOT FRÈRES, FILS ET CIE, LIBRAIRES,

IMPRIMEURS DE L'INSTITUT, RUE JACOB, 56.

1861.

Tous droits réservés.

L'HISTOIRE

DE FRANCE

RACONTÉE PAR LES CONTEMPORAINS.

TYPOGRAPHIE DE H. FIRMIN DIDOT.--MESNIL (EURE).

RÉSUMÉ CHRONOLOGIQUE

DES PRINCIPAUX ÉVÉNEMENTS DE LA PÉRIODE DE L'HISTOIRE DE FRANCE CONTENUE DANS CE TROISIÈME VOLUME.

1285-1364.

PHILIPPE LE BEL, 1285-1314.

1291. Traité de Tarascon. Fin de la guerre avec l'Aragon. Charles de Valois renonce à la couronne d'Aragon; la maison d'Anjou conserve le royaume de Naples, mais cède la Sicile à l'Aragon.

1292. Rupture avec l'Angleterre; elle commence par des rixes entre des matelots anglais et normands à la Rochelle, à la suite desquelles des corsaires anglais pillent la Rochelle.

1293. Édouard Ier est cité devant la cour des pairs; son refus de comparaître est suivi de la confiscation du duché de Guyenne et du commencement de la guerre.

_Cinquième guerre avec l'Angleterre, 1293-1303._

1295-1296. Philippe le Bel a pour allié le roi d'Écosse Jean Baillol, qui occupe Édouard Ier en Angleterre. Pendant ce temps Philippe le Bel fait la conquête de la Guyenne.

1298. Trêve de Montreuil. Les deux rois resteront maîtres de ce qu'ils possèdent en Guyenne jusqu'à la paix.--Édouard (II), fils du roi d'Angleterre, épouse Isabelle, fille de Philippe le Bel.--De ce mariage viennent les prétentions des rois d'Angleterre à la couronne de France.

1303. Traité de Paris. La Guyenne est rendue tout entière aux Anglais.

_Lutte de Philippe le Bel contre Boniface VIII._

1296. Boniface VIII, qui a pris Grégoire VII pour modèle et veut soumettre toutes les couronnes à la tiare, somme les deux rois de France et d'Angleterre de faire la paix.--Philippe le Bel continue la guerre et établit un impôt sur le clergé. Boniface VIII lance la bulle _Clericis laicos_, par laquelle il défend aux ecclésiastiques de payer aucun impôt aux laïques.--Philippe le Bel riposte en défendant qu'aucunes sommes d'argent ne sortent de ses États; ce qui privait la papauté des revenus qu'elle tirait de la France.

1297. La lutte finit pour un moment. Le pape canonise Louis IX.

1301. Les démêlés entre le pape et le roi de France recommencent à propos de quelques empiétements de Philippe le Bel sur les droits de l'Église.--Le pape envoie auprès du roi, comme légat, Bernard de Saisset, évêque de Pamiers, qui traite Philippe le Bel avec hauteur et conspire contre le roi en voulant faire soulever le Languedoc contre la domination française.--Philippe le Bel fait arrêter le légat et le fait juger par le parlement.--Le pape défend au roi de faire juger le légat et lance la bulle _Ausculta fili_, dans laquelle il dénonce et flétrit justement tous les abus et toutes les iniquités du gouvernement de Philippe le Bel.

1302. Le roi fait brûler publiquement la bulle du pape. Il assemble les premiers états généraux, et maintient l'indépendance du temporel contre le pouvoir spirituel, pendant que le pape publie la fameuse décrétale _Unam sanctam_, qui proclame la soumission de la puissance temporelle à l'autorité spirituelle.

1303. Philippe le Bel lance un acte d'accusation contre le pape, qu'il appelle _Maleface_, dans lequel il l'accuse de plusieurs crimes.--Le pape est attaqué, pris et souffleté dans Anagni, par Guillaume de Nogaret, aidé de Sciarra Colonna, chef des Gibelins.--Boniface VIII est délivré par le peuple d'Anagni, et meurt.--Benoît XI est élu et meurt en 1304.

1305. Bertrand de Goth, archevêque de Bordeaux, est élu pape par l'influence de Philippe le Bel; il prend le nom de Clément V, et réside à Avignon.

_Guerre de Flandre, 1297-1305._

1297. Le comte de Flandre, Guy, allié du roi d'Angleterre, est vaincu à Furnes par les Français, et la Flandre est réunie à la France en 1299.--Jacques de Châtillon en est nommé gouverneur.--Les exactions et la tyrannie des Français soulèvent les Flamands.

1302. Les Français sont massacrés à Bruges et battus à Courtray. Robert comte d'Artois est tué dans cette bataille.--La bataille de Courtray est la première grande victoire gagnée sur la chevalerie par des milices et des troupes de pied.

1303. La flotte de Philippe le Bel, composée de vaisseaux génois, gagne la bataille de Zirickzée.

1304. Philippe le Bel gagne la bataille de Mons-en-Puelle.

1305. Philippe le Bel signe la paix avec les Flamands; il rend la Flandre au fils du comte Guy, et garde seulement la Flandre française (Lille).

1306. Révolte des Parisiens occasionnée par l'altération continuelle des monnaies et par les exactions de tous genres.

1307. Arrestation des Templiers. Ils sont jugés par l'inquisition; 54 sont brûlés.

1311. L'ordre est détruit par le concile de Vienne.

1314. Le grand maître et les dignitaires de l'ordre sont brûlés à Paris.--Soulèvement général contre Philippe le Bel, occasionné par ses violences de toutes espèces.

LOUIS X, 1314-1316.

1315. Le supplice d'Enguerrand de Marigny, premier ministre de Philippe le Bel, et les concessions faites à la noblesse apaisent le soulèvement occasionné par la tyrannie de Philippe le Bel.

1316. Affranchissement des serfs du domaine royal.

PHILIPPE V, 1316-1322.

1316. Les états généraux proclament Philippe V, frère de Louis X, et excluent du trône la fille de Louis X, parce que «les lys ne filent pas».--Première application de la loi salique.

CHARLES IV, 1322-1328.

PHILIPPE VI, 1328-1350.

1328. Les états généraux donnent la couronne à Philippe VI, fils de Charles de Valois, second fils de Philippe III, à l'exclusion de Charles le Mauvais, roi de Navarre, et d'Édouard III, roi d'Angleterre, qui descendent de Philippe le Bel, mais par les femmes.--Seconde application de la loi salique.

1328. Les Flamands, révoltés contre leur comte Louis de Nevers, sont vaincus à Cassel par Philippe VI, qui rétablit le comte Louis.

1329. Édouard III, roi d'Angleterre, fait hommage à Philippe VI, à Amiens, pour ses fiefs du Ponthieu et de la Guyenne; il reconnaît ainsi la loi salique.

1330-1332. Procès de Robert d'Artois.--Robert II, comte d'Artois, tué à la bataille de Courtray, avait eu pour successeur sa fille cadette Mahaud, à qui le parlement, en 1297, avait adjugé l'Artois. Robert II avait eu aussi d'un premier mariage un fils appelé Philippe, duquel était né Robert d'Artois (petit-fils de Robert II), qui disputa en 1330 le comté d'Artois à sa tante Mahaud, et le revendiqua devant le parlement. Robert produisit de faux actes et fit empoisonner la comtesse Mahaud. Assigné par le parlement, Robert se sauva en Angleterre, fut condamné à mort, et excita dès lors Édouard III à faire la guerre contre la France.

_Sixième guerre avec l'Angleterre_, appelée _la guerre de cent ans, 1337-1453_.

_Première partie de la guerre de cent ans, 1337-1360._

1337. Édouard III déclare la guerre à Philippe VI et s'allie avec les Flamands.

1339. Édouard III, sur le conseil de J. Artevelt, prend le titre et les armes de roi de France.--Les rois d'Angleterre renonceront au titre de roi de France en 1802, à la paix d'Amiens; mais ils conserveront encore les armes de la maison royale de France dans leur écusson.

1340. Bataille de l'Écluse. La flotte de Philippe VI est détruite.--La mer est aux Anglais, et le passage d'Angleterre en France leur est assuré.

_Guerre de Bretagne, 1341-1365._

1341. Mort de Jean III, duc de Bretagne. Sa succession est disputée entre Jean comte de Montfort, son frère consanguin, et Charles de Blois, mari de Jeanne sa nièce.--Édouard III soutient le comte de Montfort; Philippe VI soutient Charles de Blois.

1342. Siége d'Hennebon, défendu par Jeanne de Montfort.

1345. Le dauphin de Vienne, Humbert V, cède le Dauphiné à la France.--Les Gantois massacrent Artevelt.--La Flandre est perdue pour les Anglais, qui font les plus grands efforts pour s'assurer de la Bretagne et avoir ainsi en France même une base d'opérations.

1346. Bataille de Crécy.--Édouard III débarque en Normandie; poursuivi par Philippe VI, il bat en retraite, passe la Somme et se retranche à Crécy après une marche de quarante-cinq jours. Les fautes de Philippe VI lui font perdre la bataille.--Les Anglais ont quelques canons à Crécy; c'est le premier emploi de l'artillerie dans une grande bataille.--On constate l'existence de canons dès 1326 à Florence, et en 1338 en France. En 1346, l'artillerie de Philippe VI était employée au siége d'Aiguillon.

1347. Prise de Calais par Édouard III.

JEAN LE BON, 1350-1364.

1350. Combat des Trente. Victoire de Beaumanoir.

1354. Le connétable de la Cerda, favori du roi, est assassiné par Charles le Mauvais.

1355. Ravages des Anglais dans le Languedoc.--La noblesse exige une solde pour faire la guerre.--Dès lors nécessité de nouveaux impôts et de convoquer les états généraux pour consentir ces impôts.

Convocation des états généraux. Ils réforment et s'attribuent l'administration des finances, en proie aux désordres et aux dilapidations de toutes sortes. Sous l'influence d'Étienne Marcel, prévôt des marchands de Paris, les états généraux décident que les impôts seront levés sur toutes les classes de la société; qu'eux seuls ont le droit de voter les impôts; que le roi ne peut faire la guerre ni la paix, ni publier aucune loi sans leur consentement.--Le gouvernement représentatif était fondé en France, par cette déclaration, de même qu'en Angleterre, où il s'établissait à cette époque. Mais ces premiers essais de gouvernement représentatif ne durent que jusqu'en 1358.

1356. Le roi Jean arrête et emprisonne Charles le Mauvais.

Bataille de Poitiers. Le roi est prisonnier.--La France est épuisée par les rançons qu'elle paye pour la délivrance des chevaliers pris à Poitiers.--Le mécontentement est général contre la noblesse, qui s'est fait battre par une poignée d'archers anglais et gascons, et qui en dix ans a perdu deux batailles désastreuses.

Convocation des états généraux.--Luttes entre le Dauphin et Étienne Marcel.

1357. Le Dauphin prend le titre de régent.--Étienne-Marcel et Charles le Mauvais, délivré de prison, enlèvent tout pouvoir au régent.

1358. Toute-puissance d'Étienne Marcel; il se propose de donner la couronne à Charles le Mauvais.

Pendant ce temps, les paysans, écrasés par la guerre, dépouillés et foulés par leurs seigneurs, qui ont besoin d'argent pour les rançons de Poitiers, se soulèvent en masse et se livrent à d'atroces représailles. Cette révolte ou _jacquerie_ est terminée par le massacre en masse des paysans révoltés.

Étienne-Marcel est tué à Paris.--Le Dauphin redevient le maître.

1359. Paix de Pontoise entre le Dauphin et Charles le Mauvais. Traité de Londres signé entre Jean et Édouard III; il est rejeté par le Dauphin et par les états généraux.

1360. Invasion d'Édouard III; il arrive devant Paris; le Dauphin refuse de lui livrer bataille. La paix est signée à Bretigny. Le roi d'Angleterre possédera en toute souveraineté et sans aucune condition d'hommage: Calais, le Ponthieu et l'Aquitaine, comprenant le Poitou, l'Aunis, la Saintonge, l'Angoumois, le Périgord, le Limousin, le Quercy, le Rouergue, la Guyenne ou Bordelais, et la suzeraineté de toute la noblesse d'Aquitaine et de Gascogne.--Le roi payera une rançon d'au moins 250 millions de francs.

1362. Les Malandrins, Tard-Venus, Routiers, soldats licenciés après la paix de Bretigny, se forment en grandes compagnies ou armées, et ravagent la France à outrance. En 1362 elles gagnent la bataille de Brignais sur le duc de Bourbon.

1363. Jean donne en apanage à son fils Philippe le Hardi le duché de Bourgogne.

1364. Le duc d'Anjou, laissé par le roi Jean en Angleterre comme otage, s'enfuit; le roi retourne à Londres prendre la place de son fils et y meurt.

LISTE CHRONOLOGIQUE

DES ROIS DE FRANCE ET D'ANGLETERRE QUI ONT RÉGNÉ PENDANT CETTE PÉRIODE.

ROIS DE FRANCE.

_Suite des Capétiens directs._

Philippe IV, dit le Bel 1285-1314 Louis X, dit le Hutin 1314-1316 Philippe V, dit le Long 1316-1322 Charles IV, dit le Bel 1322-1328

_Maison de Valois._

Philippe VI 1328-1350 Jean le Bon 1350-1364

ROIS D'ANGLETERRE.

Édouard I, 1272-1307. Édouard II, 1307-1327. Édouard III, 1327-1377.

LES GRANDS FAITS

DE

L'HISTOIRE DE FRANCE

RACONTÉS PAR LES CONTEMPORAINS.

COMMENCEMENT DE LA LUTTE DE PHILIPPE LE BEL ET DU PAPE BONIFACE.

Coment l'évesque de Pamiés fu mis en prison.

1301.

Et aussi en icest an, le premier évesque de Pamiés[1], qui du roy de France paroles contumelieuses[2] et plaines de blasme et de diffame en moult de lieux avoit semé, et pluseurs, si comme l'en disoit, avoit fait esmouvoir contre sa majesté, pour ce fu appellé à la court le roy, et jusques à tant que il se fust espurgié, sous le nom de l'archevesque de Nerbonne, de sa volenté, fu en sa garde détenu. Et jasoit que[3] contre cel évesque les amis du roy de France fussent griefment esmeus, toutesvoies le roy de sa bénignité ne souffri pas icelui évesque en aucune chose estre molesté né[4] malmis, sachant et entendant de grant courage estre injurié en la souveraine poesté et le souffrir, né en seurquetout le prince estre blescié, aucun estre blescié, glorieux[5]. Et en icest an ensement[6], au moys de février, l'archédiacre de Nerbonne envoié de par le pape Boniface, vint en France dénonçant de par ice pape au roy de France qu'il rendist icelui évesque sans delay; et luy monstra les lettres ès quelles le pape de Rome mandoit au roy de France que il vouloit qu'il sceut, tant ès temporelles choses comme ès spirituelles, estre soumis en la jurisdiction du pape de Rome, et ensement au roy dist, si comme ès lettres estoit contenu, que des églyses des ore mais en avant[7] né des provendes vacans en son royaume, jasoit ce qu'il eust la garde de eux, les usufruits, les profis ou les rentes à luy, ne préist né présumast détenir, et que tout ce gardast le roy aux successeurs des mors; et, avec tout ce, rappelloit celui souverain pape de Rome toutes les faveurs, graces et indulgences lesquelles pour l'aide du royaume de France au roy avoit ottroié, pour la raison de la guerre, en dénéant luy que aucune collacion de provendes ou de bénéfices ne entreprist à lui usurper, tenir et poursuir[8]; laquelle chose des ore en avant sé faisoit, le pape tout ce vain et faux tenoit, et luy et ceux qui à ce seroient consentans, hérites les réputoit. Et lors icelui archédiacre devant dit, message du pape Boniface, semont[9] tous les prélas du royaume de France, avecques aucuns abbés et maistres en théologie et de droit canon et civil, à venir à Rome ès kalendes de novembre prochain venant, personelment pour eux devant le pape comparoir. Et en icest an ensement, au moys de janvier, l'éclipse de la lune du tout en tout horriblement fu faicte. Et après ce, Phelippe roy de France rendi au message le pape l'évesque de Pamiés, et leur commenda que hastivement de son royaume départissent. Et après ce, en la mi-caresme ensuivant, icelui roy de France Phelippe le Biau assembla à Paris tous les barons et chevaliers nobles, tous les prélas, les frères Meneurs, les maistres et le clergié de tout le royaume de France, auxquels il commanda que il déissent et demandassent vraiement et privéement[10] aux personnes ecclésiastiques de qui il tenoient leur temporel ecclésiastique, et aux barons et chevaliers de qui leur fiés appelloient né disoient à tenir: car adecertes[11] la magesté royale doubtoit, pour ce que le pape luy avoit mandé tant des temporels comme des espirituels à luy estre sousmis, que ne voulsist le pape de Rome dire que le royaume de France fust tenu de l'églyse de Rome. Et comme tous les prélas et ecclésiastiques déissent avoir tenu du royaume de France, lors le roy leur en rendi graces, et promist que son corps et toutes les choses qu'il avoit exposeroit et mettroit, pour la liberté et franchise du royaume en toute manière garder. Les barons et les chevaliers, par la bouche du noble conte d'Artois, après ce respondirent, disans que de toutes leur forces estoient près et appareilliés pour la couronne de France, encontre tous adversaires, estriver[12] et deffendre. Et ainsi quant celui concile fu deslié et finé, fist lors crier la magesté royale que or né argent né quelconque marchandise du royaume de France ne fussent transportés; et cil qui contre ce feroit tout perdroit, et toutes-voies à tout le moins en grant amende ou en grant paine de corps seroit puni. Et dès lors en avant fist le roy les issues et les pas et les contrées du royaume de France très-sagement garder.

[1] Bernard de Saisset, évêque de Pamiers.

[2] Offensantes.

[3] _Jaçoit que_ ou _jasois que_, quoique.

[4] Ni.--_Sé_, pour si; _finé_, pour fini.

[5] C'est-à-dire: Sachant et comprenant que c'était le fait d'un grand cœur de souffrir des injures, quand on était tout-puissant; et que surtout il était glorieux à un prince de ne laisser blesser nul autre que lui-même. (_Note de M. Paulin Pâris._)

[6] Pareillement, en même temps, ensemble.

[7] _Des ore mais en avant_, désormais, dorénavant, à l'avenir.

[8] Poursuivre.

[9] _Semondre_, commander.

[10] Secrètement, en particulier.

[11] _Adecertes_, _acertes_, certainement, assurément.

[12] Combattre.

_Les Grandes Chroniques de Saint-Denis._

BATAILLE DE COURTRAY.

De l'occision de Bruges et de la fuite Jacques de Saint-Pol.

1302.

Et en icest an ensement, à Bruges un chastel en Flandres, par les exactions non deues qu'il appellent maletoute, les gens du pays, par le gardien de Flandres, Jacques de Saint-Pol chevalier, contre le commandement du roy et la coustume de ce pays, estoient contrains et grevés. Et comme ne peust la clameur du peuple souventes fois estre oïe envers le roy de France, pour le très haut linage du devant dit Jacques, si en advint que le menu peuple s'esmut pour celle cause envers les grans et esleva, dont il y ot grant plenté[13] de sanc espandu; et tant de povres gens comme de riches furent occis les uns des autres. Desquiels aspretés et mouvemens fais, sé il peust estre fait apaisier, comme Phelippe le Biau roy de France, eust destiné et envoié nobles hommes mil et plus, appareilliés de toutes armes, avec Jacques de Saint-Pol; et fussent de ceux de Bruges, à grant révérence, dedens la ville paisiblement introduis; et disoient les Flamens de Bruges eux vouloir de toutes choses au commandement du roy de France pour bonne volenté et courage obéir: hélas! en icelle nuit du jour ensuivant que nos François estoient venus, comme il se reposassent et dormissent seurement, et ceux qui leur armes avoient ostées, furent tous traîtreusement occis. Car adecertes, si comme l'en dit, ceux de Bruges, en ce soir, avoient entendu Jacques de Saint-Pol de Flandres soi avoir vanté que l'endemain il devoit pluseurs de eux faire pendre au gibet. Pour ceci ainsi comme tous desespérés de très-grant paour, presumèrent et entrepristrent à faire telle desloyale felonnie: et toutes fois s'en eschapa le dit Jacques, par qui celle rage estoit esmeue, avec pou[14] de compaignie, céléement et occultement, fuiant hors de la ville. Et lors ainsi ceux de Bruges reprenant l'esprit du rebellement, la gent d'un port de mer prochain (que l'en appelle Dam) à eux tantost s'accordèrent, et de maintenant degastèrent et chacièrent d'avec eux les gens du roy vilainement qui députés estoient et establis à la garde du port. Et lors après ce fait, les Flamens de Bruges, et aucuns autres Flamens, Guy de Namur, fils Guy conte de Flandres, qui en France tenoit prison, appellèrent pour venir en leur aide, et icelui comme deffendeur et seigneur receurent; lequel enforcié de grant multitude de soudoiers Alemens et Tyois[15] venans à eux, les encouragea à eux plus fort rebeller; et en toutes les manières qu'il pot les esmut et atisa et donna conseil à eux esmouvoir.

[13] Beaucoup.

[14] Peu.

[15] Allemands et Allemands.

De la bataille de Courtray.