Part 30
Au projet de mariage de Clovis avec Clotilde les catholiques rattachaient de vastes espérances. Ils y voyaient dans l'avenir leur délivrance du joug arien et la réunion de toute la Gaule sous un prince de leur foi. Mais les mêmes raisons politiques avaient éveillé la défiance de Gondebaud. Maître des destinées de la jeune princesse, il la tenait dans une sorte de captivité, l'entourait d'une active surveillance, et n'aspirait qu'à éteindre dans un cloître les derniers restes du sang de Chilpéric. Comment aurait-on pu s'attendre qu'il consentît à donner à sa nièce un époux dans lequel ses sujets mécontents devaient trouver un appui et son frère assassiné un vengeur?
Ces difficultés, en apparence insurmontables, ne découragèrent pas les partisans de Clovis. Les mœurs germaniques, favorables à la liberté des femmes, donnaient un caractère sacré au libre engagement pris par une jeune fille envers l'homme auquel elle promettait de s'unir un jour. Un anneau donné et reçu suffisait pour constater ce lien respecté par tous les peuples barbares. Dans leurs codes, les droits des fiancés étaient presque assimilés à ceux des époux, et la violation des promesses de mariage, de quelque part qu'elle vînt, était sévèrement punie. Les amis de Clovis pensaient donc que, s'il était possible de déterminer Clotilde à recevoir l'anneau du roi des Franks, et à lui promettre la foi de mariage, on pourrait, en invoquant le lien sacré des fiançailles, arracher à Gondebaud un consentement forcé. Mais le plus difficile était d'approcher de la jeune recluse, dont toutes les démarches étaient soigneusement épiées. Aurélien, noble romain, de la province sénonaise, animé du généreux désir de mettre un terme aux malheurs de son pays, se chargea de cette mission périlleuse; et, pour y réussir, il eut recours à la ruse.
Déguisé en mendiant, il se rendit à pied aux environs de Genève, et se mêla dans la foule des pauvres auxquels la pieuse fille de Chilpéric distribuait elle-même chaque jour d'abondantes aumônes dans la chapelle de son palais. Lorsqu'elle arriva devant Aurélien et qu'elle lui eut mis dans la main une pièce d'or comme aux autres malheureux qui imploraient sa charité, il la retint par un coin de son manteau, et lui fit entendre qu'il désirait lui parler sans témoins. Dans ces temps de ferveur chrétienne, les haillons de la misère, qui ne provoquent partout aujourd'hui qu'un sentiment de répulsion et de mépris, étaient le moyen d'introduction le plus assuré, même auprès des grands. Admis dans l'appartement de la princesse, en présence seulement de ses femmes, Aurélien se fit connaître et déclara l'objet de sa mission. Mais il rencontra un obstacle sur lequel il n'avait pas compté. Élevée par de saints évêques, Clotilde était parfaitement instruite des lois de l'Église; elle n'ignorait pas que le premier concile d'Arles, en 314, avait défendu, sous peine d'excommunication, aux filles chrétiennes d'épouser des païens; elle répondit sur-le-champ qu'elle ne pourrait donner sa main à Clovis tant qu'il n'aurait pas reçu le baptême. Sans doute, pour combattre ces scrupules, Aurélien fit valoir les grands intérêts de la religion et le vœu des prélats catholiques qui peut-être avaient déjà prévenu secrètement la princesse, car elle se laissa facilement ébranler; elle consentit à recevoir de l'envoyé du roi des Franks l'anneau d'or, gage des fiançailles, et lui remit le sien en échange. Aurélien, joyeux de ce succès inespéré, s'en retourna sous le même déguisement, portant dans sa besace les destinées de la Gaule et l'avenir du monde chrétien. Une circonstance bizarre manqua pourtant encore de faire tout échouer. Dans le cours de son voyage, et comme il approchait des limites de la Sénonaise, il fut obligé de marcher en compagnie d'un mendiant qu'il rencontra sur la route, et pendant la nuit cet homme lui déroba la besace qui renfermait un si inestimable trésor. Par bonheur, l'ambassadeur n'était plus qu'à quelques heures de marche d'un de ses domaines, situé près de la frontière; il y courut et dépêcha ses esclaves dans toutes les directions à la poursuite du mendiant. Le voleur fut saisi et amené devant son camarade de la veille, qui le força de rendre le précieux anneau, et lui infligea une sévère correction. Délivré enfin de toute inquiétude, Aurélien s'empressa d'instruire Clovis de ces heureuses nouvelles; mais le roi des Franks était alors éloigné de ces contrées. Après avoir conclu, vers la fin de l'année 490, une trêve avec les cités sénonaises, il avait porté ses armes vers le Nord, où l'ancien patrimoine de sa nation, le territoire de Tournai, avait beaucoup à souffrir du voisinage des Tongriens. Clovis les combattit pendant toute l'année 491, et réussit à les dompter. La cité de Tongres subit la loi du vainqueur.
Au retour de cette expédition, il manda près de lui Aurélien, qui avait si bien justifié sa confiance, et le chargea de se rendre à la cour de Gondebaud, mais cette fois avec les insignes et la pompe d'un ambassadeur, pour réclamer solennellement la remise de la royale fiancée. Le secret du premier voyage avait été parfaitement gardé, et Gondebaud n'en avait aucun soupçon; aussi reçut-il fort mal l'ambassadeur; il le menaça de le traiter comme espion, et ne vit dans ses paroles qu'un prétexte mensonger mis en avant par Clovis pour provoquer une guerre. Sans se déconcerter, Aurélien persista dans ses assertions, et représenta l'anneau de Clotilde. Alors la jeune princesse fut elle-même appelée, et ne fit pas difficulté d'avouer tout ce qui s'était passé, en montrant à son tour l'anneau de Clovis. Troublé par cette découverte inattendue, Gondebaud se trouva d'autant plus embarrassé qu'il n'avait pas auprès de lui son ministre de confiance, le plus habile de ses conseillers, le romain Arédius, qui était allé à Constantinople porter les félicitations du roi à l'empereur Anastase, élevé au trône le 11 avril 491, après la mort de Zénon. Les chefs burgondes qui entouraient Gondebaud s'écrièrent avec la loyauté des mœurs germaniques qu'on ne pouvait refuser de rendre une fiancée à son époux, et firent sentir au roi les dangers d'une guerre injuste, où le sentiment national se prononcerait contre lui. Vaincu par leurs représentations, Gondebaud céda, malgré son dépit d'avoir été joué. Les envoyés du roi des Franks présentèrent le sol d'or et le denier, prix symbolique de la fiancée, selon les formes de la loi salique, et la princesse fut remise entre leurs mains.
Ce n'était point sans une vive répugnance que le prince burgonde s'était laissé arracher ce consentement involontaire. Dans sa perplexité, il déplorait plus que jamais l'absence d'Arédius, lorsque ce fidèle ministre débarqua à Marseille. Instruit du grand événement qui venait de se passer, il accourt auprès de son maître: Qu'avez-vous fait, lui dit-il; avez-vous oublié que le père de Clotilde et ses deux frères ont été massacrés de vos mains; que, par vos ordres, sa mère a été précipitée dans l'eau avec une pierre au cou, et vous faites de votre nièce une reine! Pouvez-vous douter que le premier usage qu'elle fera de sa puissance ne soit de venger ses parents?
A ces mots, Gondebaud épouvanté comprend toute l'étendue de sa faute, dont il n'envisageait que vaguement les conséquences, et sur-le-champ il envoie une troupe de cavaliers à la poursuite de Clotilde. On pouvait espérer de l'atteindre. Elle était partie de Châlon dans un de ces chariots pesants appelés _bastarnes_, qui, traînés par des bœufs, conduisaient majestueusement au temple les matrones romaines. Les cavaliers dévorent l'espace; arrivés près de la frontière, ils aperçoivent la lourde voiture, ils la devancent, ils l'arrêtent; mais elle était vide. Aurélien, pressentant le repentir de Gondebaud, avait fait monter la princesse à cheval, et, traversant rapidement le territoire burgonde, l'avait déposée entre les bras de son royal époux, qui l'attendait au village de Villiers, sur les confins de la cité de Troyes. Au moment de quitter les États de Gondebaud, les Franks qui escortaient Clotilde mirent le feu aux maisons qui se trouvaient sur leur passage: «Dieu soit béni, s'écria la princesse, j'ai vu commencer ma vengeance[291]!» Clovis la conduisit à Soissons, et là des fêtes solennelles annoncèrent à toute la Gaule cette union qui consacrait pour la première fois l'alliance du principe catholique et de l'élément barbare[292].
DE PÉTIGNY, ouvrage cité.
[291] Dans les mœurs germaniques, venger le meurtre de ses parents était un devoir qu'on ne pouvait négliger sans encourir l'infamie et l'exhérédation.
BAPTÊME DE CLOVIS.--LA SAINTE AMPOULE.
Cependant on prépare le chemin depuis le palais du roi jusqu'au baptistère; on suspend des voiles, des tapisseries précieuses; on tend les maisons de chaque côté des rues; on pare l'église; on couvre le baptistère de baume et de toutes sortes de parfums. Comblé des grâces du Seigneur, le peuple croit déjà respirer les grâces du paradis. Le cortége part du palais; le clergé ouvre la marche avec les saints Évangiles, les croix et les bannières, chantant des hymnes et des cantiques spirituels; vient ensuite l'évêque, conduisant le roi par la main; enfin la reine suit avec le peuple. Chemin faisant, on dit que le roi demanda à l'évêque si c'était là le royaume de Dieu qu'il lui avait promis: Non, répondit le prélat, mais c'est l'entrée de la route qui y conduit. Quand ils furent parvenus au baptistère, le prêtre qui portait le saint Chrême, arrêté par la foule, ne put arriver jusqu'aux saints fonts; en sorte qu'à la bénédiction des fonts le Chrême manqua par un exprès dessein du Seigneur. Alors le saint pontife lève les yeux vers le ciel et prie en silence et avec larmes. Aussitôt une colombe blanche comme la neige, descend, portant dans son bec une ampoule pleine de Chrême envoyé du ciel. Une odeur délicieuse s'en exhale, qui enivre les assistants d'un plaisir bien au-dessus de tout ce qu'ils avaient senti jusque-là. Le saint évêque prend l'ampoule, asperge de Chrême l'eau baptismale, et aussitôt la colombe disparaît. Transporté de joie à la vue d'un si grand miracle de la grâce, le roi renonce à Satan, à ses pompes et à ses œuvres, et demande avec instance le baptême. Au moment où il s'incline sur la fontaine de vie: Baisse la tête avec humilité, Sicambre, s'écrie l'éloquent pontife, adore ce que tu as brûlé, et brûle ce que tu as adoré. Après avoir confessé le symbole de la foi orthodoxe, le roi est plongé trois fois dans les eaux du baptême, et ensuite, au nom de la sainte et indivisible Trinité, le Père, le Fils et le Saint-Esprit, le bienheureux prélat le reçoit et le consacre par l'onction divine. Alboflède et Lantéchilde, sœurs du roi, reçoivent aussi le baptême, et en même temps 3,000 hommes de l'armée des Franks, outre grand nombre de femmes et d'enfants. Aussi pouvons-nous croire que cette journée fut un jour de réjouissance dans les cieux pour les saints anges, comme les hommes dévots et fidèles en reçurent une grande joie sur la terre.
FRODOARD, _Histoire de l'église de Reims_, ch. XIII (traduction de M. Guizot).
[292] Grégoire de Tours ne parle de ces faits que très-succinctement et en termes généraux. Nous en connaissons les détails par les récits de Frédégaire (_Histoire_, ch. 17 et 18) et de l'auteur des _Gestes des rois franks_ (chap. 11 et 12), qui sont le résumé des traditions de famille de la dynastie mérovingienne. J'ai pris alternativement dans ces deux récits les circonstances qui m'ont paru les plus vraisemblables. (_Note de M. de Pétigny_).
Frodoard naquit en 894, à Épernai, et mourut en 966. Frodoard fut évêque de Noyon: il avait étudié dans les écoles de Reims, et était l'un des hommes les plus instruits de son temps. Il est auteur de l'_Histoire de l'église de Reims_, et d'une chronique qui s'étend de 919 à 966.
LETTRE DE SAINT REMI A CLOVIS,
au sujet de la mort de sa sœur Alboflède.
Au seigneur illustre par ses mérites, le roi Clovis, Remi évêque.
Je suis vivement affligé de la tristesse que vous inspire la perte de votre sœur, de glorieuse mémoire, Alboflède[293]. Mais nous pouvons nous consoler, parce qu'elle est sortie de ce monde si pure et si pieuse, que nos souvenirs doivent lui être consacrés bien plutôt que nos larmes. Elle a vécu de manière à laisser croire que le Seigneur, en l'appelant aux Cieux, lui a donné place parmi ses élus. Elle vit pour votre foi; si elle est dérobée au désir que vous avez de sa présence, le Christ l'a ravie pour la combler des bénédictions qui attendent les vierges. Il ne faut pas la pleurer maintenant qu'elle lui est consacrée, maintenant qu'elle brille devant le Seigneur de sa fleur virginale, dont elle resplendit comme d'une couronne récompense de sa virginité. A Dieu ne plaise que les fidèles aillent pleurer celle qui mérita de répandre la bonne odeur du Christ, afin de pouvoir, heureuse médiatrice, appuyer efficacement leurs demandes. Bannissez donc, seigneur, la tristesse de votre âme; commandez à votre affliction, et, vous élevant à de plus hautes pensées, pour ramener la sérénité dans votre cœur, donnez-vous tout entier au gouvernement de votre royaume. Qu'une sainte allégresse reconforte vos membres; une fois que vous aurez dissipé le chagrin qui vous assiége, vous travaillerez mieux au salut. Il vous reste un royaume à administrer, à régir, sous les auspices de Dieu. Vous êtes le chef des peuples, et vous tenez en main leur conduite. Que vos sujets ne voient pas leur prince se consumer dans l'amertume et le deuil, eux qui sont accoutumés, grâce à vous, à ne voir que des choses heureuses. Soyez vous-même votre propre consolateur, rappelez cette force d'âme qui vous est naturelle, et que la tristesse n'étouffe pas plus longtemps vos brillantes qualités. Le trépas récent de celle qui vient d'être unie au chœur des vierges, réjouit, j'en suis sûr, le monarque des cieux.
[293] Elle mourut presqu'aussitôt après son baptême.
En saluant votre gloire, j'ose vous recommander mon ami le prêtre Maccolus que je vous adresse. Excusez-moi, je vous prie, si, au lieu de me présenter devant vous, comme je le devais, j'ai eu la présomption de vous consoler en paroles. Néanmoins, si vous m'ordonnez par le porteur de cette lettre de vous aller trouver, méprisant la rigueur de l'hiver, oubliant l'âpreté du froid, ne regardant pas aux fatigues de la route, je m'efforcerai, avec le secours du Seigneur, d'arriver jusqu'à vous.
Traduction de MM. Collombet et Grégoire. (Le texte est dans Duchesne, _Script. Francor._, 1, 849.)
LA LOI SALIQUE.
_Prologue._
Les Franks, peuples fameux, réunis en corps de nation par la main de Dieu, puissants dans les combats, sages dans les conseils, fidèles observateurs des traités, distingués par la noblesse de la stature, la blancheur du teint et l'élégance des formes, de même que par leur courage et par l'audace et la rapidité de leurs entreprises guerrières, ces peuples, dis-je, récemment convertis à la foi catholique, dont jusqu'ici aucune hérésie n'a troublé la pureté, étaient encore plongés dans les ténèbres de l'idolâtrie, lorsque, par une secrète inspiration de Dieu, ils sentirent le besoin de sortir de l'ignorance où ils avaient été retenus jusqu'alors et de pratiquer la justice et les autres devoirs sociaux. Ils firent en conséquence rédiger la loi salique par les plus anciens de la nation, qui tenaient alors les rênes du gouvernement. Ils choisirent quatre d'entre eux, nommés Wisogast, Rodogast, Salogast et Widogast, habitant les pays de Salehaim, Bodohaim, Widohaim, qui se réunirent pendant la durée de trois assises, discutèrent, avec le plus grand soin, les sources de toutes les difficultés qui pouvaient s'élever; et traitant de chacune en particulier, rédigèrent la loi telle que nous la possédons maintenant.
A peine le puissant roi des Franks, Clovis, eut-il été appelé, par une faveur céleste, à jouir, le premier de sa nation, de la grâce du baptême; à peine Childebert et Clotaire eurent-ils été revêtus des marques distinctives de la royauté, qu'on les vit s'occuper à corriger les imperfections que l'expérience avait fait découvrir dans ces lois.
Gloire aux amis de la nation des Franks! que le Christ, le souverain des rois, veille sur les destinées de cet empire; qu'il prodigue à ses chefs les trésors de sa grâce; qu'il protége ses armées, et fortifie ses peuples dans la foi chrétienne; qu'il leur accorde des jours de paix et de bonheur!
C'est, en effet, cette nation qui, forte par sa vaillance plus que par le nombre de ses guerriers, secoua par la force des armes le joug que les Romains s'efforçaient d'appesantir sur elle; ce sont ces mêmes Franks qui, après avoir reçu la faveur du baptême, recueillirent avec soin les corps des saints martyrs que les Romains avaient livrés aux flammes, au fer et aux bêtes féroces, et prodiguèrent l'or et les pierres précieuses pour orner les chasses qui les contenaient.
TITRE XIX.
_Des blessures._
1. Si quelqu'un a tenté de donner la mort à un autre, et qu'il n'ait pas réussi dans son projet; ou s'il a voulu le percer d'une flèche empoisonnée et qu'il ait manqué son coup, il sera condamné à payer 2,500 deniers, ou 62 sous d'or et demi[294].
[294] Le sou d'or valait 90 francs.
2. Quiconque aura blessé quelqu'un à la tête, de telle sorte que le sang ait coulé jusqu'à terre, sera condamné à payer 600 deniers, ou 15 sous d'or.
3. Si quelqu'un a blessé un homme à la tête, et qu'il en soit sorti trois esquilles, le coupable sera condamné à payer 1,200 deniers, ou 30 sous d'or.
4. Si le cerveau a été mis à découvert, et que trois fragments du crâne aient été détachés, le coupable sera condamné à payer 1,800 deniers, ou 45 sous d'or.
5. Si la blessure a été faite au milieu des côtes et qu'elle ait pénétré jusque dans l'intérieur du corps, le coupable sera condamné à payer 1,200 deniers, ou 30 sous d'or.
6. Si la gangrène s'empare de la blessure, et que le mal ne se guérisse point, l'agresseur sera condamné à payer 2,500 deniers, ou 62 sous d'or et demi, outre les frais de maladie qui sont évalués 360 deniers, ou 9 sous d'or.
7. Si un ingénu[295] a frappé avec un bâton un autre ingénu, l'agresseur sera condamné, si le sang n'a point coulé, à payer pour chacun des trois premiers coups qui auront été portés, 120 deniers, ou 3 sous d'or.
[295] Homme libre, né de parents libres.
8. Mais si le sang a coulé, l'agresseur paiera une composition pareille à celle qu'il aurait payée si la blessure eût été faite avec un instrument de fer quelconque, c'est-à-dire qu'il paiera 600 deniers, ou 15 sous d'or.
9. Quiconque aura frappé une autre personne à coups de poing sera condamné à payer 360 deniers, ou 9 sous d'or, ou autrement 3 sous d'or pour chaque coup.
10. Si un homme en a attaqué un autre sur la voie publique, dans le but de le dévaliser, et que celui-ci soit parvenu à s'échapper par la fuite, l'agresseur sera condamné à lui payer 1,200 deniers, ou 30 sous d'or.
11. Si l'homme attaqué n'a pu s'échapper et qu'il ait été dépouillé, le voleur sera condamné à payer 2,500 deniers, ou 62 sous d'or et demi, outre la valeur des objets volés et les frais de poursuite.
TITRE XXXI.
_Des mutilations._
1. Quiconque aura coupé à un autre homme la main ou le pied, lui aura fait perdre un œil, ou lui aura coupé l'oreille ou le nez, sera condamné à payer 4,000 deniers, ou 100 sous d'or.
2. Si la main n'est pas entièrement détachée, il sera condamné à payer 1,800 deniers, ou 45 sous d'or.
3. Mais si la main est entièrement détachée, il sera condamné à payer 2,500 deniers, ou 62 sous d'or et demi.
4. Quiconque aura abattu à un autre homme le gros doigt du pied ou de la main sera condamné à payer 1,800 deniers ou 45 sous d'or.
5. Si le doigt blessé n'a point été entièrement détaché, le coupable sera condamné à payer 1,200 deniers ou 30 sous d'or.
6. Quiconque aura abattu le second doigt qui sert à décocher les flèches, sera condamné à payer 1,400 deniers, ou 35 sous d'or.
7. Celui qui d'un seul coup aura abattu les trois autres doigts, sera condamné à payer 1,800 deniers, ou 45 sous d'or.
8. Celui qui aura abattu le doigt du milieu, sera condamné à payer 600 deniers, ou 15 sous d'or.
9. Celui qui aura abattu le quatrième doigt, sera condamné à payer 600 deniers ou 15 sous d'or.
10. Si c'est le petit doigt qui a été abattu, le coupable sera condamné à payer 600 deniers, ou 15 sous d'or.
11. Quiconque aura coupé un pied à un autre homme, sans l'avoir entièrement détaché, sera condamné à payer 1,800 deniers, ou 45 sous d'or.
12. Mais, si le pied est entièrement détaché, le coupable sera condamné à payer 2,500 deniers ou 62 sous d'or et demi.
13. Celui qui a arraché un œil à quelqu'un sera condamné à payer 2,500 deniers ou 62 sous d'or et demi.
14. Celui qui aura coupé le nez à quelqu'un sera condamné à payer 1,800 deniers ou 45 sous d'or.
15. Quiconque aura coupé l'oreille à un autre homme, sera condamné à payer 600 deniers, ou 15 sous d'or.
16. Si quelqu'un a eu la langue coupée de manière à ne plus pouvoir parler, le coupable sera condamné à payer 4,000 deniers ou 100 sous d'or.
17. Celui qui aura fait tomber une dent à un autre homme, sera condamné à payer 600 deniers, ou 15 sous d'or.
TITRE XXXII.
_Des injures._
1. Quiconque aura appelé un autre homme, infâme, sera condamné à payer 600 deniers, ou 15 sous d'or.
2. S'il l'a appelé embrené, il sera condamné à payer 120 deniers, ou 3 sous d'or.
3. S'il l'a appelé fourbe, il sera condamné à payer 120 deniers, ou 3 sous d'or.
4. S'il l'a appelé lièvre (lâche), il sera condamné à payer 240 deniers, ou 6 sous d'or.
5. Quiconque aura accusé un homme d'avoir abandonné son bouclier en présence de l'ennemi, ou de l'avoir, en fuyant, jeté par lâcheté, sera condamné à payer 120 deniers ou 3 sous d'or.
6. Celui qui aura appelé un homme dénonciateur et qui ne pourra justifier cette imputation, sera condamné à payer 600 deniers, ou 15 sous d'or.
7. S'il l'a appelé faussaire, sans pouvoir appuyer de preuves cette qualification, il sera condamné à payer 600 deniers, ou 15 sous d'or.
TITRE XLIII.
_Du meurtre des ingénus._
1. Si un ingénu a tué un Frank ou un barbare vivant sous la loi salique, il sera condamné à payer 8,000 deniers, ou 200 sous d'or.
2. Mais s'il a précipité le corps dans un puits ou dans l'eau, il sera condamné à payer 24,000 deniers ou 600 sous d'or.
3. S'il a caché le corps sous des branches vertes ou sèches, ou de tout autre manière, ou s'il l'a jeté dans les flammes, il sera condamné à payer 24,000 deniers, ou 600 sous d'or.
4. Si quelqu'un a tué un antrustion du roi[296], il sera condamné à payer 24,000 deniers, ou 600 sous d'or.
[296] Antrustion (_in truste regis_, sous la protection du roi), ou convive du roi, personnage élevé aux plus hautes dignités de la cour des rois franks.
5. S'il a précipité le corps de cet antrustion dans un puits ou dans l'eau, ou s'il l'a recouvert de branches vertes ou sèches, ou enfin s'il l'a jeté dans les flammes, le meurtrier sera condamné à payer 72,000 deniers, ou 1,800 sous d'or.
6. Quiconque aura tué un Romain, convive du roi, sera condamné à payer 12,000 deniers, ou 300 sous d'or.
7. Si l'homme qui a été tué est un Romain possesseur, c'est-à-dire qui a des propriétés dans le pays qu'il habite, le coupable convaincu de lui avoir donné la mort sera condamné à payer 4,000 deniers, ou 100 sous d'or.
8. Quiconque aura tué un Romain tributaire sera condamné à payer 1,800 deniers, ou 45 sous d'or.
TITRE LXII.
_De l'alleu._
1. Si un homme meurt sans laisser de fils, son père ou sa mère survivant lui succédera.
2. A défaut du père et de la mère, les frères et sœurs qu'il a laissés lui succéderont.
3. A défaut des frères et sœurs, les sœurs de son père lui succéderont.
4. A défaut des sœurs du père, les sœurs de la mère lui succéderont.
5. A défaut de tous ces parents, les plus proches dans la ligne paternelle lui succéderont.