Part 2
Jules César 48-30 av. J.-C. Auguste 30 av. J.-C.--14 ap. J.-C. Tibère 41 Caligula 37 Claude I 41 Néron 54 Galba 68 Othon _id._ Vitellius _id._ Vespasien 69 Titus 79 Domitien 81 Nerva 96 Trajan 98 Adrien 117 Antonin 138 Marc-Aurèle et Verus 161 Commode 180 Pertinax 193 Didius Julianus _id._ Albinus _id._ Pescennius Niger _id._ Septime Sévère _id._ Caracalla et Géta 211 Macrin 217 Héliogabale 218 Alexandre Sévère 222 Maximin 232 Les deux Gordiens 237 Maxime _id._ Pupien et Balbin _id._ Gordien III 238 Philippe 244 Dèce 249 Gallus, Hostilianus et Volusien 251 Émilien 253 Valérien _id._ Gallien 260 Les trente Tyrans 260-268 parmi lesquels _Postumius_, dans la Gaule. Claude II 268 Quintilius 270 Aurélien _id._ Tacite et Florien 276 Probus _id._ Carus 282 Carin et Numérien 283 Dioclétien 284-305 Maximien Hercule lui est associé en 286
291. _Partage de l'Empire en 4 préfectures._
CÉSARS CHARGÉS DE GOUVERNER LA PRÉFECTURE DE LA GAULE, BRETAGNE ET ESPAGNE.
_Constance Chlore_ 291 _Constantin_ 306 Constantin 323-335 _Constantin II_ 337-340 _Constant_ 337-350 Constance II 353-361 _Julien_ 355 Julien 361-363 Jovien 363 Valentinien I 364-375 Gratien 375-383 Valentinien II 375-392 Maxime 383-388 _Eugène_ 392 Théodose 394
395. _Partage de l'Empire._
EMPEREURS d'OCCIDENT.
Honorius 395-423 Jean 423-425 Valentinien III 425-455 Maxime 455 Avitus 455 Majorien 457-460 Libius Sévère 461 _Égidius_ } _Syagrius_ } règnent en Gaule. Anthémius 467 Olybrius 472 Glycerius 473 Oreste et Augustule 475-476 Odoacre, chef des Hérules, renverse Oreste et Augustule, prend le titre de roi d'Italie, et met fin à l'empire d'Occident.
II. ROIS DE FRANCE
de 428 à 840.
I. _Mérovingiens._ 428. Clodion. 448. Mérovée. 458. Childéric. 481. Clovis. 511. Le royaume est partagé entre les fils de Clovis.
ROIS DE PARIS.
511. Childebert, [+] 558.
ROIS DE SOISSONS.
511. Clotaire, [+] 561.
ROIS D'ORLÉANS.
511. Clodomir, [+] 524.
ROIS D'AUSTRASIE.
511. Thierry. 537. Théodebert. 548. Théodebald, [+] en 555.
538. Clotaire I, maître de toute la monarchie. 561. Le royaume est partagé entre les fils de Clotaire I.
ROIS DE PARIS.
561. Caribert, [+] 567.
ROIS DE SOISSONS.
561. Chilpéric II. 584. Clotaire II.
ROIS D'ORLÉANS ET DE BOURGOGNE.
561. Gontran [+] 593. 593. Childebert II. 596. Thierry II, [+] 613.
ROIS D'AUSTRASIE.
561. Sigebert. 575. Childebert II. 596. Théodebert II, [+] 612.
613. Clotaire II réunit toute la monarchie. [+] 628. 628. Dagobert. A sa mort, 638, la monarchie est partagée en deux royaumes.
ROIS DE NEUSTRIE ET DE BOURGOGNE.
638. Clovis II, [+] 656. 656. Clotaire III. 670. Thierry III. 691. Clovis III. 695. Childebert III. 711. Dagobert III. 716. Chilpéric II. 717. Clotaire IV. 720. Thierry IV. 737-742. Interrègne. 742. Childéric III, déposé en 752.
ROIS D'AUSTRASIE.
638. Sigebert II, [+] 656. 660. Childéric II. 674. Dagobert II, [+] 679.
_Maires du palais de la famille d'Héristal, ducs d'Austrasie._
Pépin d'Héristal, [+] 714. Charles Martel, [+] 741. Pépin le Bref.
2. _Carlovingiens._
752. Pépin le Bref. 768. Charlemagne et Carloman. 771, Charlemagne seul. 800, Charlemagne empereur. 814. Louis le Débonnaire, meurt en 840.
III. ROIS DES WISIGOTHS
_qui ont régné en Aquitaine_.
412. Ataulphe. 415. Wallia. 420. Théodoric I. 451. Thorismond. 452. Théodoric II} 467. Euric } conquièrent l'Espagne. 484. Alaric II, tué à Vouillé, 507. Ses successeurs ne possèdent plus en France que la Septimanie, et résident en Espagne.
IV. ROIS BURGONDES.
413. Gondicaire. 443-470. Gondioche et _Chilpéric_. 470. Gondebaud et _Chilpéric_, _Godomar_, _Godesegil_. 516. Sigismond. 524. Godemar.--En 534 le royaume des Burgondes est conquis par les Franks.
LES GRANDS FAITS
DE
L'HISTOIRE DE FRANCE
RACONTÉS PAR LES CONTEMPORAINS.
LES PEUPLES DE L'ANCIENNE GAULE.
50 ans avant J.-C.
Toute la Gaule est divisée en trois parties, dont l'une est habitée par les Belges[1], l'autre par les Aquitains[2], la troisième par ceux que nous appelons Gaulois, et qui dans leur langue se nomment Celtes. Ces nations diffèrent entre elles par le langage, les mœurs et les lois. Les Gaulois sont séparés des Aquitains par la Garonne, des Belges par la Marne et la Seine. Les Belges sont les plus braves de tous ces peuples; étrangers aux mœurs élégantes et à la civilisation de la Province romaine[3], ils ne reçoivent point du commerce extérieur ces produits du luxe qui contribuent à énerver le courage; d'ailleurs, voisins des peuples de la Germanie qui habitent au delà du Rhin, ils sont continuellement en guerre avec eux. Par la même raison, les Helvétiens[4] surpassent en valeur le reste des Gaulois; ils luttent chaque jour avec les Germains pour les repousser, et pour pénétrer eux-mêmes sur leur territoire.
CÉSAR, _Commentaires ou Mémoires sur la guerre des Gaules_, liv. I, ch. 1. Traduction de M. Baudement.
Jules César naquit à Rome 100 av. J.-C., et fut assassiné l'an 44 av. J.-C. Il est célèbre pour avoir conquis la Gaule, renversé la république romaine et établi l'empire. César a laissé de précieux Mémoires ou Commentaires sur la guerre des Gaules et sur la guerre civile qu'il soutint contre les derniers défenseurs de la république.
[1] La plupart des peuples de la Belgique étaient d'origine germanique (CÉSAR, liv. II, ch. 4), mais les Belges (Bolgs) étaient de race celtique.
[2] Les Aquitains diffèrent absolument des deux autres peuples, non-seulement par leur langage, mais encore par leur figure, qui approche plus de la figure des Ibères (Espagnols) que de celle des Gaulois. (STRABON, IV, 1.)
[3] La Provence, qui avait été soumise par les Romains cent ans avant le reste de la Gaule.
[4] Les Helvétiens habitaient la Suisse.
DESCRIPTION DE LA GAULE.
Sous Auguste, vers le commencement de l'ère chrétienne.
Toute la Gaule est arrosée par des fleuves qui descendent des Alpes, des Pyrénées et des Cévennes et qui vont se jeter, les uns dans l'Océan, les autres dans la Méditerranée. Les lieux qu'ils traversent sont pour la plupart des plaines et des collines qui donnent naissance à des ruisseaux assez forts pour porter bateau. Les lits de tous ces fleuves sont, les uns à l'égard des autres, si heureusement disposés par la nature, qu'on peut aisément transporter les marchandises de l'Océan à la Méditerranée et réciproquement; car la plus grande partie du transport se fait par eau, en descendant ou en remontant les fleuves; et le peu de chemin qui reste à faire par terre est d'autant plus commode qu'on n'a que des plaines à traverser. Le Rhône surtout a un avantage marqué sur les autres fleuves pour le transport des marchandises, non-seulement parce que ses eaux communiquent avec celles de plusieurs autres fleuves, mais encore parce qu'il se jette dans la Méditerranée, qui l'emporte sur l'Océan[5], et parce qu'il traverse d'ailleurs les plus riches contrées de la Gaule.
[5] Strabon dit en effet, au liv. II, que les avantages de la Méditerranée sont d'avoir des côtes situées sous un meilleur climat et habitées par des nations policées.
Quant aux productions de la Gaule, la Narbonnaise[6] entière donne les mêmes fruits que l'Italie. Cependant, à mesure qu'on avance vers le Nord et les Cévennes, l'olivier et le figuier disparaissent, quoique tout le reste y croisse. Il en est de même de la vigne, elle réussit moins dans la partie septentrionale de la Gaule; tout le reste produit beaucoup de blé, de millet, de glands, et abonde en bétail de toute espèce. Aucun terrain n'y est en friche, si ce n'est les parties occupées par des marais ou par des bois; encore ces lieux mêmes sont-ils habités; ce qui néanmoins est l'effet de la grande population plutôt que de l'industrie des habitants; car les femmes y sont très-fécondes et excellentes nourrices. Mais les hommes sont portés à l'exercice de la guerre plutôt qu'aux travaux de la terre. Aujourd'hui cependant, forcés de mettre bas les armes[7], ils s'occupent d'agriculture.
[6] Roussillon, Languedoc, Provence et partie du Dauphiné.
[7] Depuis que la Gaule était soumise aux Romains.
Je l'ai déjà dit et je le répète encore: ce qui mérite surtout d'être remarqué dans cette contrée, c'est la parfaite correspondance qui règne entre ses divers cantons, par les fleuves qui les arrosent et par les deux mers[8] dans lesquelles ils versent leurs eaux; correspondance qui, si l'on y fait attention, constitue en grande partie l'excellence de ce pays, par la grande facilité qu'elle donne aux habitants de communiquer les uns avec les autres et de se procurer réciproquement tous les secours et toutes les choses nécessaires à la vie. Cet avantage devient surtout sensible en ce moment où, jouissant du loisir de la paix, ils s'appliquent à cultiver la terre avec plus de soin et se civilisent de plus en plus. Une si heureuse disposition de lieux, par cela même qu'elle semble être l'ouvrage d'un être intelligent plutôt que l'effet du hasard, suffirait pour prouver la Providence.
STRABON, _Géographie_, liv. IV, ch. I et 12. Trad. par Letronne.
Strabon, célèbre géographe grec, né en Asie Mineure, à Amasée, 50 ans av. J.-C.
[8] L'Océan et la Méditerranée.
MŒURS ET USAGES DES GAULOIS.
Dans toute la Gaule, il n'y a que deux classes d'hommes qui soient comptées pour quelque chose et qui soient honorées; car la multitude n'a guère que le rang des esclaves, n'osant rien par elle-même, et n'étant admise à aucun conseil. La plupart, accablés de dettes, d'impôts énormes et de vexations de la part des grands, se livrent eux-mêmes en servitude à des nobles qui exercent sur eux tous les droits des maîtres sur les esclaves. Des deux classes priviligiées, l'une est celle des druides, l'autre celle des chevaliers. Les premiers, ministres des choses divines, sont chargés des sacrifices publics et particuliers, et sont les interprètes des doctrines religieuses. Le désir de l'instruction attire auprès d'eux un grand nombre de jeunes gens qui les ont en grand honneur. Les druides connaissent de presque toutes les contestations publiques et privées. Si quelque crime a été commis, si un meurtre a eu lieu, s'il s'élève un débat sur un héritage ou sur des limites, ce sont eux qui statuent; ils dispensent les récompenses et les peines. Si un particulier ou un homme public ne défère point à leur décision, ils lui interdisent les sacrifices; c'est chez eux la punition la plus grave. Ceux qui encourent cette interdiction sont mis au rang des impies et des criminels, tout le monde s'éloigne d'eux, fuit leur abord et leur entretien, et craint la contagion du mal dont ils sont frappés; tout accès en justice leur est refusé; et ils n'ont part à aucun honneur. Tous ces druides n'ont qu'un seul chef, dont l'autorité est sans bornes. A sa mort, le plus éminent en dignité lui succède; ou, si plusieurs ont des titres égaux, l'élection a lieu par le suffrage des druides, et la place est quelquefois disputée par les armes. A une certaine époque de l'année, ils s'assemblent dans un lieu consacré sur la frontière du pays des Carnutes (pays Chartrain), qui passe pour le point central de toute la Gaule. Là se rendent de toutes parts ceux qui ont des différends, et ils obéissent aux jugements et aux décisions des druides. On croit que leur doctrine a pris naissance dans la Bretagne, et qu'elle fut de là transportée dans la Gaule; et aujourd'hui ceux qui veulent en avoir une connaissance plus approfondie vont ordinairement dans cette île pour s'y instruire.
Les druides ne vont point à la guerre et ne payent aucun des tributs imposés aux autres Gaulois; ils sont exempts du service militaire et de toute espèce de charges. Séduits par de si grands priviléges, beaucoup de Gaulois viennent auprès d'eux de leur propre mouvement, ou y sont envoyés par leurs parents et leurs proches. Là, dit-on, ils apprennent un grand nombre de vers, et il en est qui passent vingt années dans cet apprentissage. Il n'est pas permis de confier ces vers à l'écriture, tandis que, dans la plupart des autres affaires publiques et privées, ils se servent des lettres grecques. Il y a, ce me semble, deux raisons de cet usage: l'une est d'empêcher que leur science ne se répande dans le vulgaire; et l'autre, que leurs disciples, se reposant sur l'écriture, ne négligent leur mémoire; car il arrive presque toujours que le secours des livres fait que l'on s'applique moins à apprendre par cœur et à exercer sa mémoire. Une croyance qu'ils cherchent surtout à établir, c'est que les âmes ne périssent point, et qu'après la mort, elles passent d'un corps dans un autre, croyance qui leur paraît singulièrement propre à inspirer le courage, en éloignant la crainte de la mort. Le mouvement des astres, l'immensité de l'univers, la grandeur de la terre, la nature des choses, la force et le pouvoir des dieux immortels, tels sont en outre les sujets de leurs discussions: ils les transmettent à la jeunesse.
La seconde classe est celle des chevaliers. Quand il en est besoin et qu'il survient quelque guerre (ce qui, avant l'arrivée de César, avait lieu presque tous les ans, soit pour faire, soit pour repousser des incursions), ils prennent tous part à cette guerre, et proportionnent à l'éclat de leur naissance et de leurs richesses le nombre de serviteurs et de clients dont ils s'entourent. C'est pour eux la seule marque du crédit et de la puissance.
Toute la nation gauloise est très-superstitieuse; aussi ceux qui sont attaqués de maladies graves, ceux qui vivent au milieu de la guerre et de ses dangers, ou immolent des victimes humaines, ou font vœu d'en immoler, et ont recours pour ces sacrifices au ministère des druides. Ils pensent que la vie d'un homme est nécessaire pour racheter celle d'un homme, et que les dieux immortels ne peuvent être apaisés qu'à ce prix; ils ont même institué des sacrifices publics de ce genre. Ils ont quelquefois des mannequins d'une grandeur immense et tissus en osier, dont ils remplissent l'intérieur d'hommes vivants; ils y mettent le feu et font expirer leurs victimes dans les flammes. Ils pensent que le supplice de ceux qui sont convaincus de vol, de brigandage ou de quelque autre délit, est plus agréable aux dieux immortels; mais, quand ces hommes leur manquent, ils se rabattent sur les innocents.
Le dieu qu'ils honorent le plus est Mercure. Il a un grand nombre de statues; ils le regardent comme l'inventeur de tous les arts, comme le guide des voyageurs, et comme présidant à toutes sortes de gains et de commerce. Après lui ils adorent Apollon, Mars, Jupiter et Minerve. Ils ont de ces divinités à peu près la même idée que les autres nations. Apollon guérit les maladies; Minerve enseigne les éléments de l'industrie et des arts; Jupiter tient l'empire du ciel, Mars celui de la guerre; c'est à lui, quand ils ont résolu de combattre, qu'ils font vœu d'ordinaire de consacrer les dépouilles de l'ennemi. Ils lui sacrifient ce qui leur reste du bétail qu'ils ont pris; le surplus du butin est placé dans un dépôt public; et on peut voir, en beaucoup de villes, de ces monceaux de dépouilles entassées en des lieux consacrés. Il n'arrive guère, qu'au mépris de la religion, un Gaulois ose s'approprier clandestinement ce qu'il a pris à la guerre, ou ravir quelque chose de ces dépôts. Le plus cruel supplice et la torture sont réservés pour ce larcin.
Les Gaulois se vantent d'être issus de Pluton, tradition qu'ils disent tenir des druides. C'est pour cette raison qu'ils mesurent le temps, non par le nombre des jours, mais par celui des nuits. Ils calculent les jours de naissance, le commencement des mois et celui des années de manière que le jour suive la nuit dans leur calcul. Dans les autres usages de la vie, ils ne diffèrent guère des autres nations qu'en ce qu'ils ne permettent pas que leurs enfants les abordent en public avant d'être adolescents et en état de porter les armes. Ils regardent comme honteux pour un père d'admettre publiquement en sa présence son fils en bas âge.
Autant les maris ont reçu d'argent de leurs épouses à titre de dot, autant ils mettent de leurs propres biens, après estimation faite, en communauté avec cette dot. On dresse conjointement un état de ce capital, et l'on en réserve les intérêts. Quelque époux qui survive, c'est à lui qu'appartient la part de l'un et de l'autre, avec les intérêts des années antérieures. Les hommes ont, sur leurs femmes comme sur leurs enfants, le droit de vie et de mort. Lorsqu'un père de famille d'une haute naissance vient à mourir, ses proches s'assemblent, et s'ils ont quelque soupçon sur sa mort, les femmes sont mises à la question des esclaves; si le crime est prouvé, on les fait périr par le feu et dans les plus horribles tourments. Les funérailles, eu égard à la civilisation des Gaulois, sont magnifiques et somptueuses. Tout ce qu'on croit avoir été cher au défunt pendant sa vie, on le jette dans le bûcher, même les animaux; et il y a peu de temps encore, on brûlait avec lui les esclaves et les clients qu'on savait qu'il avait aimés, pour complément des honneurs qu'on lui rendait.
Dans les cités qui passent pour administrer le mieux les affaires de l'État, c'est une loi sacrée que celui qui apprend, soit de ses voisins, soit par le bruit public, quelque nouvelle intéressant la cité, doit en informer le magistrat, sans la communiquer à nul autre, l'expérience leur ayant fait connaître que souvent des hommes imprudents et sans lumières s'effrayent de fausses rumeurs, se portent à des crimes et prennent des partis extrêmes. Les magistrats cachent ce qu'ils jugent convenable, et révèlent à la multitude ce qu'ils croient utile. C'est dans l'assemblée seulement qu'il est permis de s'entretenir des affaires publiques.
CÉSAR, _Guerre des Gaules_, liv. VI, ch. 13 à 21.
MÊME SUJET.
En général, tous les peuples connus aujourd'hui sous le nom de Gaulois sont belliqueux, vifs, prompts à se battre, d'ailleurs d'un naturel plein de candeur et sans malice. Aussi, pour peu qu'on les irrite, ils courent en masse aux armes; et cela sans dissimuler leurs projets, et sans y apporter la moindre circonspection. Cela fait qu'on peut aisément les vaincre en employant les ruses de la guerre; car, qui veut les provoquer au combat, quel que soit le temps ou le lieu, et sous quelque prétexte qu'il lui plaise, les trouvera toujours prêts à l'accepter, sans qu'ils y portent autre chose que leur force et leur audace. Néanmoins ces qualités n'empêchent point qu'ils ne soient dociles et qu'ils ne se laissent facilement persuader, lorsqu'il s'agit de ce qui peut leur être utile. Aussi est-on parvenu à leur faire goûter l'étude des lettres.
Leur force vient, non-seulement de l'avantage de la taille, mais encore de leur nombre. La franchise et la simplicité de leur caractère font que chacun ressent les injustices qu'on fait à son voisin, et qu'elles excitent chez eux une telle indignation qu'ils se rassemblent promptement pour les venger. Il est vrai qu'à présent, soumis aux Romains, ils sont obligés de vivre en paix et d'obéir à leurs vainqueurs.
Par ce caractère des Gaulois, on peut expliquer la facilité de leurs émigrations. Dans leurs expéditions, ils marchaient tous à la fois, ou plutôt ils se transportaient ailleurs avec leurs familles, toutes les fois qu'ils étaient chassés par des ennemis supérieurs en force. Aussi ont-ils moins coûté de peine à vaincre aux Romains que les Ibères[9]. La raison en est que les Gaulois combattant en grand nombre à la fois, leurs échecs devenaient des défaites générales, au lieu que les Ibères, pour ménager leurs forces, morcelaient pour ainsi dire la guerre en plusieurs petits combats qu'ils livraient tantôt d'un côté, tantôt de l'autre, à la manière des brigands. Tous les Gaulois sont naturellement bons soldats; mais ils se battent mieux à cheval qu'à pied. Aussi les Romains tirent-ils de la Gaule leur meilleure cavalerie. Les plus vaillants d'entre les Gaulois sont ceux qui habitent vers le Nord et près de l'Océan. Les Belges, surtout, passent pour être les plus braves. Seuls ils ont soutenu les incursions des Germains, des Cimbres et des Teutons. Les Belges les plus vaillants sont les Bellovaques[10] et les Suessons[11]. La Belgique est si peuplée, qu'on y comptait autrefois[12] jusqu'à trois cent mille hommes en état de porter les armes.
[9] La guerre des Ibères dura deux cents ans.
[10] Les habitants du Beauvaisis.
[11] Les habitants du Soissonnais.
[12] Au temps de César.