L'expédition de la Jeannette au pôle Nord, racontée par tous les membres de l'expédition - volume 1 ouvrage composé des documents reçus par le "New-York Herald" de 1878 à 1882

Part 9

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D'après ce qui précède, jamais plan de secours n'avait été combiné sur une aussi vaste échelle; néanmoins, on ne s'en était pas tenu là. Le secrétaire de la marine des États-Unis, voulant qu'aucun point de la circonférence du cercle arctique ne demeurât inexploré et comptant avec raison sur le bon vouloir de la Russie, dont le vaste empire borde près d'un tiers de l'Océan glacial, avait, à la date du 28 mai 1881, télégraphié au ministre américain à Saint-Pétersbourg:

«Priez gouvernement russe d'inviter tous les navires portant son pavillon et visitant les côtes de la Sibérie de vouloir bien veiller sur le steamer _la Jeannette_, équipé pour une exploration arctique par la munificence de M. James Gordon Bennett. Bien qu'on n'ait encore signalé aucun désastre arrivé à ce navire, notre gouvernement croit prendre une sage précaution en provoquant l'attention de gouvernements amis, à son sujet.

»BLAINE, secrétaire de la marine.»

Mais le peuple américain n'était pas seul à s'intéresser au salut de la phalange héroïque partie à bord de _la Jeannette_. En effet, comme pour associer le nom de l'Angleterre à celui de l'Amérique, qui déjà s'étaient donné la main dans une autre circonstance semblable demeurée célèbre, M. Leigh Smith, le hardi explorateur de la Terre de François-Joseph, avait aussi promis son concours. En 1880, M. Leigh Smith, avec son yacht de 360 tonneaux l'_Eira_, avait réussi, le premier après Payer et Weyprecht, à toucher à cette vaste terre encore inconnue en 1873, et, après en avoir exploré les côtes sur une centaine de milles, était revenu en Angleterre.

Au mois de juin 1881, il était reparti pour continuer son œuvre, se chargeant, en même temps, de faire tout ce qui serait en son pouvoir pour découvrir des traces de _la Jeannette_ et sauver son équipage, si celui-ci avait abordé sur la Terre de François-Joseph.

Pendant longtemps, on a pu se demander s'il ne faudrait point ajouter le nom de M. Smith au martyrologe des explorations arctiques. On savait qu'il n'avait emporté que pour quatorze mois de vivres, et ce laps de temps était écoulé, quand, au mois d'août dernier, M. Smith avec son équipages a été rencontré par le _Hope_, envoyé à sa recherche. Quant à l'_Eira_, elle avait subi le sort du _Tegethoff_ et tant d'autres. Elle avait été écrasée par les glaces l'année précédente.

Enfin, en terminant, citons encore le _Barentz_, que le gouvernement hollandais envoie depuis quelques années pour étudier le mouvement et l'état des glaces dans la partie de l'Océan glacial, qui s'étend de la Nouvelle-Zemble, à l'est, au Spitzberg, à l'ouest, et à la Terre de François-Joseph, au nord, et qu'on désigne aussi sous le nom de mer de Barentz. Au moment de partir, le commandant de ce navire avait aussi reçu pour instruction de recueillir tous les renseignements et tous les indices de nature à le mettre sur les traces de _la Jeannette_.

Malgré cet immense déploiement de moyens, la question de _la Jeannette_ restait à peu près aussi avancée pendant l'automne 1881 qu'au commencement de la même année.

A la vérité, on racontait que des Esquimaux prétendaient avoir vu quatre hommes blancs se diriger vers l'embouchure de la rivière Mackenzie, mais l'exactitude de ce fait était révoquée en doute.

En outre, on avait reçu, au _New-York Herald_, une dépêche du bureau de ce journal, à Londres, ainsi conçue:

«Londres, 14 octobre, 2 heures matin.

»Je viens de recevoir un télégramme du professeur Nordenskjold daté de cette nuit et ainsi conçu:

«Capitaine Johanneser, commandant la _Léna_ pendant l'expédition Nordenskjold, vient d'arriver à Yakoutsk. Il rapporte qu'un Yakoute du village de Boulouni raconte avoir vu, le 13 septembre 1879 (nouveau style), un steamer à l'embouchure de la Léna. On suppose que c'est _la Jeannette_.

»Le steamer _Louise_, arrivé le 19 septembre à Tromso, rapporte que les Samoyèdes de l'embouchure de l'Yenisséi ont trouvé, pendant l'hiver dernier, les cadavres de deux Européens, ayant une bouteille de whisky. Cette nouvelle mérite attention, vu qu'on ne signale la perte d'aucun navire européen, dans ces parages, pendant le cours de l'année dernière.

»NORDENSKJOLD.»

Le télégramme de Londres ajoute:

«Ceci est la copie exacte du télégramme dans lequel l'année 1879 est nettement indiquée.»

Malgré sa précision, et le nom du professeur Nordenskjold apposé au bas, ce télégramme n'inspira guère plus de confiance que les rumeurs qui circulaient parmi les Esquimaux. Il donna naissance à un plan de secours combiné avec une rare sagacité par un jeune officier de la marine danoise, le lieutenant de vaisseau Hogaard.[8]

[8] Le lieutenant Hogaard, qui accompagnait Nordenskjold à bord de la Vega, est aujourd'hui parti à la tête d'une nouvelle expédition au pôle nord.

Pour défendre son plan, résultat de l'induction et du raisonnement, le lieutenant Hogaard disait:

«Puisqu'un Yakoute prétend avoir vu la fumée d'un steamer en face de l'embouchure de la Léna, cette fumée doit être celle de _la Jeannette_, si cet homme dit la vérité. Certes, il n'est point inadmissible que de Long, après avoir essayé en vain de remonter au nord, le long des côtes orientales et occidentales de la Terre de Wrangell, se soit décidé à pousser de plus en plus à l'ouest. En second lieu, on retrouve des traces de l'expédition à l'embouchure de l'Yenisséi, où des Samoyèdes prétendent avoir trouvé les cadavres de deux Européens, ayant une bouteille de whisky. Si ce second fait est vrai, nous avons là une autre trace certaine de _la Jeannette_, et, dans ce cas, je pense que le lieutenant de Long a constamment suivi la côte de Sibérie vers l'ouest, sans pouvoir se frayer un chemin au milieu des champs de glace qui circonscrivent au nord la partie libre des eaux qui l'avoisinent. De cette façon, il est arrivé vers la partie la plus septentrionale de l'Asie. Me rappelant aujourd'hui les paroles qu'un de ses amis prononçait devant moi à Yokohama:--«Ou il atteindra le pôle, ou nous ne le reverrons jamais»,--je pense qu'il a dû se tenir le raisonnement suivant: «Jusqu'à présent il m'a été impossible de m'approcher du pôle; si je continue d'aller vers l'ouest, j'arriverai à la Terre de François-Joseph, où les chances ne sont pas meilleures; alors ici ou jamais!» Puis il a mis le cap au nord. La raison qui me fait croire--en me basant sur les deux rumeurs dont je viens de parler et dont je ne veux point garantir l'authenticité--qu'il est venu aussi loin vers l'ouest, c'est la présence de ces deux cadavres à l'embouchure de l'Yenisséi; c'est là une preuve certaine que _la Jeannette_ a été écrasée, ou, comme le _Tegethoff_, emprisonnée par les glaces sur la côte de quelque terre polaire inconnue, et qu'une partie au moins de son équipage a tenté de revenir en traîneau vers les régions habitées. Et ces cadavres sont ceux des deux infortunés qui sont allés le plus loin. _Si_ la Jeannette _a été abandonnée loin de l'est du cap Tscheliouskine, il eût été bien plus naturel d'aller chercher des contrées habitées à l'embouchure de la Léna; c'est pourquoi je pense que si son équipage a pu aborder quelque part, c'est dans le voisinage de cette rivière_.»

L'exposé des motifs qui avaient présidé à la conception du plan du lieutenant Hogaard nous dispense d'entrer dans de longs détails sur ce plan lui-même. Bornons-nous donc à dire que la suite montrera jusqu'à quel point ses prévisions furent justifiées.

A la fin de l'automne 1881, après le retour du _Corwin_ et de _l'Alliance_ dans leurs ports respectifs, aucune nouvelle précise de _la Jeannette_ n'avait encore franchi les limites du monde civilisé; les recherches étaient donc pour ainsi dire à recommencer et à recommencer sur un plus vaste plan encore: Le _Rodgers_ était resté à la baie Saint-Laurent, prêt à repartir pour le nord, dès la rupture des glaces; le lieutenant Ray et le lieutenant Greely veillaient, de leur côté, l'un au cap Barrow, l'autre à la baie de Lady Franklin. M. Leigh Smith, avec l'_Eira_, n'était point encore revenu de la Terre François-Joseph, mais entre ces différentes stations existaient de vastes lacunes. Il fallait en compléter le réseau. Les Anglais se souvenant de l'aide que lui avaient fourni les États-Unis pour les recherches de Franklin, proposaient de faire surveiller les abords de la baie d'Hudson et les parages de la rivière Mackenzie; en outre, l'opinion publique, en Angleterre, réclamait du gouvernement de la reine qu'on envoyât à la recherche de l'_Eira_ un navire qui pourrait, en même temps, secourir _la Jeannette_ ou son équipage. Les États-Unis, de leur côté, se préparaient à équiper un nouveau navire dans le même but. Enfin, le lieutenant Hogaard proposait de mettre à exécution le plan qu'il avait formé, d'explorer le nord de l'Asie jusqu'au cap Tscheliouskine vers l'est, et, au nord, jusques où les glaces lui permettraient d'avancer. Le réseau allait donc être presque complet. Cependant on semblait n'avoir pas pris garde aux dernières paroles prononcées par le lieutenant Hogaard devant la Société Royale de géographie de Londres. «Si _la Jeannette_ a été abandonnée loin de l'est du cap Tscheliouskine, il eût été bien plus naturel d'aller chercher des contrées habitées à l'embouchure de la Léna; c'est pourquoi je pense que si son équipage a pu aborder quelque part, c'est dans le voisinage de cette rivière.» Lui-même, pensant que de Long avait pénétré plus à l'ouest, avait l'intention de ne pas dépasser le cap Tscheliouskine. En Angleterre comme en Amérique, les meetings se succédaient pour activer les préparatifs et étudier les plans de secours, lorsqu'une nouvelle soudaine vint couper court à tout et jeter la joie et l'espérance dans le cœur de ceux qui s'intéressaient au sort des gens de _la Jeannette_.

Le 20 décembre le directeur du _New-York Herald_ recevait de Washington la dépêche suivante du secrétaire d'État:

«On vient de recevoir un télégramme ainsi conçu de M. Hoffman, notre chargé d'affaires à Saint-Pétersbourg:

«_Jeannette_ écrasée dans les glaces, 11 juin, par 77° de latitude nord et 157° longitude est. Équipage, embarqué sur trois canots, dispersé par vents et brouillards.--Canot no 3, avec onze hommes, commandé par ingénieur Melville, arrivé embouchure de la Léna le 19 septembre. Canot no 1, avec capitaine de Long, Dr Ambler et douze matelots, arrivé ensuite à la Léna dans un état pitoyable.--Prompts secours envoyés.--Pas de nouvelles du canot no 2.

»P.-T. Frelinghuysen, »Département de l'État.»

Le même jour (20 décembre 1881), le directeur du _New-York Herald_ à Londres télégraphiait à New-York:

«Le correspondant du _Central News_ à Londres est venu au bureau du _Herald_ pour nous remettre une copie d'un télégramme en français ainsi conçu:

«Gouverneur Sibérie orientale annonce bateau polaire américain _Jeannette_ trouvé, équipage secouru.»

Aussitôt que le président des États-Unis eut connaissance de la première de ces dépêches, il chargea le secrétaire d'État (ministre de l'intérieur) d'adresser au chargé d'affaires des États-Unis à Saint-Pétersbourg, M. Hoffman, le télégramme suivant:

«Département de l'État.

»Washington, 20 décembre 1881.

»Hoffman, chargé d'affaires, Saint-Pétersbourg.

»Présentez les sincères remercîments du président à toutes les autorités ou personnes qui, par quelque moyen, ont aidé à secourir les infortunés survivants de _la Jeannette_, ou fourni renseignements à notre gouvernement.»

En même temps que ces dépêches arrivaient à New-York, le correspondant du _New-York Herald_ à Paris en télégraphiait une autre plus explicite:

«Paris, 20 décembre 1881.

»Notre correspondant de Saint-Pétersbourg nous annonce par le télégraphe que le général Ignatieff a reçu ce matin la dépêche suivante, que je transcris littéralement:

«Irkoutsk, 19 décembre, 6 h. 25, soir.

»Le gouverneur d'Yakoutsk écrit que le 14 septembre, trois habitants de Hagan-Oulouss-de-Zigane, localité près du cap Barhay, ont découvert un grand canot contenant onze survivants de l'équipage du steamer naufragé _la Jeannette_, au cap Barhay, à 140 verstes au nord du cap Bikoff. Ces gens avaient beaucoup souffert. L'adjoint au chef du district a reçu aussitôt l'ordre de se rendre auprès d'eux, avec un médecin et des médicaments, pour leur donner les soins que réclamaient leur état, et de se mettre à la recherche du reste de l'équipage naufragé. Cinq cents roubles ont été aussitôt mis à sa disposition pour faire face aux dépenses urgentes.

»L'ingénieur Melville a expédié trois dépêches identiques: une au directeur du bureau du _Herald_ à Londres; une seconde au secrétaire de la marine à Washington, et une troisième au ministre des États-Unis à Saint-Pétersbourg. Les pauvres malheureux arrivés ici ont tout perdu. L'ingénieur Melville raconte que _la Jeannette_ était emprisonnée dans les glaces et fut écrasée par elles le 23(?) juin, par 77° de latitude nord et 157° de longitude est. L'équipage est parti dans trois bateaux. A cinquante milles de l'embouchure de la Léna, ils se sont perdus de vue mutuellement, pendant une violente tempête et au milieu d'un brouillard intense. Le canot no 3, sous le commandement de l'ingénieur Melville, est arrivé à l'embouchure du bras oriental de la Léna le 29 septembre, et fut arrêté pur des icebergs près du hameau d'Idolaciro-Idolatre; le 29 octobre, Ninderman et Noros, du canot no 1, sont aussi arrivés à Bolonenga (Boulouni). Ils apportaient la nouvelle que le lieutenant de Long, le Dr Ambler et une douzaine d'autres naufragés, avaient abordé à l'embouchure la plus septentrionale de la Léna, où ils se trouvent actuellement, dans la plus affreuse détresse. Bon nombre ont les pieds gelés. Des gens sont immédiatement partis de Bolonenga, pour s'occuper activement de retrouver ces malheureux, qui sont en danger de périr. Aucune nouvelle n'a encore été reçue du canot no 2. Dans sa dépêche à M. Bennett, Melville le prie d'envoyer immédiatement, par télégraphe, de l'argent à Yakoutsk ainsi qu'à Irkoutsk. Je vous prie de demander instamment que 6,000 roubles soient mis de suite à la disposition du gouverneur d'Yakoutsk, afin qu'on puisse aller à la recherche des morts et porter secours et assistance aux autres naufragés, qu'on veut faire venir dans la maison du gouverneur. Là, ils trouveront un médecin qui leur prodiguera tous les soins que la science pourra lui suggérer.

»_Signé_: Président PÉDACHENKO.

«_Contre-signé par le ministre de l'intérieur_: OBRESKOFF.»

CHAPITRE IX.

Dépêche adressée d'Irkoutsk au bureau du _New-York Herald_, de Londres, le 21 décembre, et signée Melville.--M. Melville demande de l'argent.--Réponse télégraphique de M. Bennett, contenant une dépêche du général Ignatieff annonçant envoi de fonds.--Réponse du secrétaire d'État des États-Unis.--Réponse du secrétaire de la marine.--De tous côtés on envoie de l'argent.

Nouvelle dépêche de M. Bennett.--Où ont été trouvés M. Melville et ses compagnons?--Par qui?

Par quelle route les canots de _la Jeannette_ sont-ils arrivés à l'embouchure de la Léna?--La _tundra_.--Fausses nouvelles démenties aussitôt.--Dépêche du général Anoutchine.--Danenhower et Melville reçoivent l'ordre de rester à l'embouchure de la Léna.--Résumé succinct du voyage de _la Jeannette_.--Arrivée du canot no 3 à l'embouchure de la Léna.--Il entre dans un des bras latéraux du fleuve.--Difficultés qu'il rencontre.

Envoi de Kusmah à Boulouni.--Nouvelles que ce dernier en rapporte.--M. Melville part pour cette localité.--Il croise en route Bieshoff, le commandant de la place.--Noros et Ninderman.--Ninderman, le héros de l'expédition.

_New-York Herald_, 22 décembre 1881.

«Londres, 21 décembre, 3 heures matin.

»La dépêche suivante a été reçue ce matin, à minuit 20, au bureau du journal à Londres:

«Irkoutsk, 21 décembre, 2 h. 05, soir.

»_Jeannette_ écrasée par les glaces par 77° 15' latitude nord 157° longitude est. Bateaux et traîneaux arrivés heureusement jusqu'à cinquante milles au nord de la Léna, où les bateaux furent séparés par une tempête. La baleinière, commandée par l'ingénieur en chef Melville, entra dans l'embouchure orientale de la Léna le 17 septembre. Elle fut arrêtée par les glaces dans la rivière. Nous trouvâmes un village indigène, et aussitôt que le fleuve fut pris, je me mis en communication avec le commandant de Bolonenga. Le 29 octobre, j'appris que le premier canot, portant le lieutenant de Long, le docteur Ambler et douze autres hommes de l'équipage avait abordé à l'embouchure septentrionale de la Léna. Le commandant de Bolonenga envoya immédiatement du secours aux gens de la baleinière. Nous sommes tous bien. Ninderman et Noros arrivés à Bolonenga le 29 octobre, cherchèrent du secours pour l'équipage du premier canot. Tous ceux qui le composent sont dans une triste condition et en danger de mourir de faim; tous ont cruellement souffert du froid. Le commandant de Bolonenga a dépêché des éclaireurs indigènes et va poursuivre courageusement les recherches jusqu'à ce qu'il les ait trouvés. Encore aucune nouvelle du second canot. Envoyez argent pour besoins urgents à Irkoutsk et à Yakoutsk. Voici la liste des gens qui montent les bateaux:

»_Premier canot_ (sauvé).

»Lieutenant George W. DE LONG. »Dr James M. AMBLER. »Jérôme J. COLLINS. »William NINDERMAN. »Louis NOROS. »Hans ERICKSON. »Henry KNACK. »Adolf DRESSLER. »Carl GORTZ. »Walter LEE. »Nelse IVERSON. »George BOYD. »ALEXIS. »Ah SAM.

»_Second canot_ (manquant).

»Lieutenant Charles W. CHIPP. »Captain William DUNBAR. »Alfred SWEETMAN. »Henry WARREN. »Peter JOHNSON. »Edward STAR. »SHAWELL. »Albert KUEHNE.

»_Baleinière_ (sauvée).

»Ingénieur George W. MELVILLE. »Lieutenant J.-W. DANENHOWER. »Jack COLE. »James BARTLETT. »Raymond NEWCOMB. »Herbert LEACH. »George LANDERTACK. »Henry WILSON. »MANSON. »ANEQUIN. »Long SING.

»_Signé_: MELVILLE.»

Cette dépêche ne resta pas longtemps sans réponse. De tous côtés, à Saint-Pétersbourg, à Washington et à Paris, on semblait rivaliser d'ardeur pour porter secours aux naufragés, et les dépêches se succédaient rapidement.

Celle de Melville était datée du 21 décembre, 2 h. 05, à Irkoutsk; le même jour, M. Bennett télégraphiait de Paris, à M. Frelinghuysen, secrétaire d'État à Washington:

«A la réception du télégramme de mon correspondant de Saint-Pétersbourg, m'apportant les premières nouvelles de _la Jeannette_ et m'annonçant qu'une somme de 6,000 roubles était nécessaire, j'ai expédié télégraphiquement cette somme, par l'entremise de MM. de Rothschild, au général Ignatieff, à Saint-Pétersbourg, en le priant de tirer sur moi pour toutes autres sommes qui seraient jugées nécessaires afin d'assurer le salut et le bien-être de de Long et de ses compagnons.--J'ai reçu aujourd'hui le télégramme suivant du général Ignatieff:--«Je me suis hâté de communiquer à votre correspondant les nouvelles reçues d'Irkoutsk. J'ai donné ordre au gouverneur de prendre les mesures les plus promptes pour qu'on porte secours à l'équipage naufragé; en même temps je l'ai autorisé à faire toutes les dépenses nécessaires, dont je lui ai promis le remboursement.

»IGNATIEFF.»

«Vous pouvez voir, par cette dépêche, que le gouvernement russe fait tout ce qui est en son pouvoir pour assurer le salut et le prompt retour du capitaine de Long et de ses hommes. Si vous, ou le secrétaire de la marine, avez quelques instructions à me donner, je ferai mon possible pour les suivre. J'ai l'intention d'envoyer un correspondant spécial au-devant des naufragés, qui prendra la route que ceux-ci doivent suivre pour venir ici. Comme il s'écoulera quelques jours avant son départ, peut-être vous ou le secrétaire de la marine, désirerez-vous profiter de l'occasion pour envoyer aux gens de l'équipage des lettres de leurs parents et de leurs amis.

»Mon correspondant de Saint-Pétersbourg me télégraphie que la distance à parcourir, pour arriver au lieu où se trouvent les naufragés, est de 4,000 milles; distance que, seul, un voyageur muni d'un _papier de faveur_, mettrait au moins un mois à franchir. J'apprends aussi de Saint-Pétersbourg que l'empereur a personnellement donné l'ordre que les vêtements, les provisions, l'argent ou les moyens de transport nécessaires soient mis à la disposition du personnel de _la Jeannette_, ce qui est pour nous une sûre garantie que tout sera mis en œuvre pour procurer aide et confort aux gens de l'équipage.

»James GORDON BENNETT.»

_Réponse du secrétaire Frelinghuysen._

«Département de l'État.

»Washington, 21 décembre 1881.

»James Gordon Bennett, Paris.

»Télégramme annonçant votre généreuse provision reçu. Avant réception, avais envoyé dépêche suivante à Hoffman:

«Le président désire que vous fassiez provision afin de procurer immédiatement assistance aux officiers et matelots de _la Jeannette_ et d'assurer leur retour. Télégraphiez promptement le montant de la somme que vous désirez et il y sera pourvu par le secrétaire de la marine et par moi. Télégraphiez aussi les mesures à prendre par le gouvernement pour sauver l'équipage du canot manquant.

»FRELINGHUYSEN, secrétaire.»

De son côté, le secrétaire de la marine télégraphiait à M. Melville, à Irkoutsk:

«Faites tous vos efforts et n'épargnez aucune dépense pour assurer le salut du canot no 2. Faites donner tous les soins aux malades et aux hommes gelés déjà trouvés, et aussitôt que possible faites-les transporter dans un climat plus doux. Département fournira fonds nécessaires.»

Dans ces diverses dépêches, il n'est encore question que des préparatifs de recherches et des moyens d'arriver à rendre celles-ci fructueuses; de tous côtés l'argent nécessaire arrive, et on peut être assuré qu'il ne fera pas défaut. Mais l'action va se suivre de près. M. Bennett télégraphiait, en effet, le 23 décembre, au secrétaire d'État à Washington:

«Paris, 23 décembre 1881.

»Honorable Frederick T. FRELINGHUYSEN, »Secrétaire d'État, Washington.

»Je viens de recevoir de mon correspondant de Saint-Pétersbourg le télégramme suivant:

«Général Ignatieff a envoyé à Yakoutsk l'ordre de faire partir deux nouvelles expéditions d'explorateurs à la recherche de l'équipage naufragé; il veut que tout soit mis en œuvre pour retrouver le canot no 2.

«Ainsi qu'on a déjà dit, Melville et les dix hommes qui l'accompagnent ont été rencontrés par trois Yakoutes. Les Yakoutes sont des nomades d'un caractère doux; ils sont, en outre, experts dans l'art de soigner les accidents et les maladies, causés par le froid. Les naufragés ne pouvaient donc tomber entre de meilleures mains. On doit, néanmoins, se rappeler que de Barchoï, où ils ont été rencontrés, à Yakoutsk, la distance est de 2,000 verstes, soit environ 1,400 milles, et qu'il n'existe aucun moyen régulier de transport. Vingt jours au moins sont nécessaires pour franchir cette distance. Les gens envoyés à leur secours étant partis depuis trois jours, mettront deux mois environ pour aller les joindre et les ramener à Yakoutsk.

»Il ne faut pas perdre de vue que tout ce qui concerne Melville et ses compagnons est à peu près connu, mais qu'on ne sait absolument rien touchant le sort de de Long et de sa troupe, qui se composait encore de treize personnes après le départ de Ninderman et de Noros. Il faudra beaucoup de temps pour arriver jusqu'à eux dans une contrée dépourvue de chemins. La distance de Yakoutsk à Irkoutsk est de 2,818 verstes. Le service postal établi entre ces deux villes étant fort défectueux, quinze jours au moins seront nécessaires pour transporter vingt-quatre personnes.