L'évolution actuelle du monde: illusions et réalités

Part 6

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«Sans doute, ces temps sont passés; mais le drapeau de la foi islamique, abandonné par les vainqueurs de Smyrne, qui oublient qu’un peuple ne renonce pas impunément à ses dieux, doit être arboré par quelqu’un. Les deux cent cinquante millions de Musulmans dispersés dans le monde ont besoin d’un chef spirituel. Pourquoi ne serais-je pas ce chef? Je suis prisonnier mais ma destinée n’est peut-être pas terminée encore.»

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Le conflit marocain acquiert une grande importance quand on le rapproche des événements récents dont la Turquie musulmane a été et est encore le siège.

Le canon ne constitue pas uniquement, comme on le dit quelquefois, l’_ultima ratio regum_, mais aussi la dernière raison des idéals qui cherchent à triompher.

L’Orient musulman traverse aujourd’hui une de ces rares époques où les peuples renoncent aux dieux qu’ils adoraient pour en choisir d’autres.

On connaît l’influence colossale jouée par l’Islamisme dans les annales du monde. Il sut donner à des nomades ignorés de l’histoire une communauté d’idées, de sentiments et de pensées qui leur permit, en quelques années, de conquérir une partie de l’Empire romain et de fonder un royaume étendu de l’Espagne aux rives du Gange.

A la suite d’événements divers qui amenèrent, beaucoup plus tard, la conquête de Constantinople par les Turcs, cette grande ville était devenue le centre de l’Islam. La parole sainte du commandeur des croyants restait révérée du Maroc jusqu’à l’Inde.

L’Islamisme continuait ainsi à unir la pensée de races les plus diverses. C’est au nom de cette puissante foi que les cinquante millions de Musulmans de l’Inde formaient un bloc si dangereux pour l’Angleterre, et au nom de la foi musulmane encore qu’un chef marocain put lancer ses tribus contre les chrétiens considérés comme ennemis de leur croyance.

Or voici que les héritiers du vieil empire ottoman renoncent, en Turquie, aux forces religieuses qui unissaient leurs âmes et prétendent lui substituer un nationalisme étranger à toute religion, ne tenant compte que des intérêts de chaque peuple.

Après avoir chassé le chef suprême des croyants de Constantinople, les fondateurs de la nouvelle république turque, établie à Angora, croient pouvoir remplacer l’ancien idéal musulman par des principes démocratiques européens. Une politique exclusivement localisée à la Turquie entraîna l’abandon de toute solidarité religieuse et c’est pourquoi, pendant les différends de l’Égypte avec l’Angleterre, le Parlement turc renonça à la fraternité musulmane.

Les républicains d’Angora ont-ils raison de croire la politique fondée sur le nationalisme plus forte que celle établie sur le panislamisme religieux? L’expérience seule pourra répondre.

En changeant d’idéal, c’est-à-dire en substituant l’idée d’une patrie locale, basée sur la communauté de race, à l’idée d’une patrie générale basée sur la communauté de croyance, les Turcs sont évidemment entrés dans une voie nouvelle. L’Europe civilisée y gagnera sûrement, mais il est douteux que les pays orientaux y gagnent quelque chose, puisque si les principes d’Angora s’étendaient à tout le monde islamique chaque contrée musulmane se trouverait réduite à elle-même.

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La révolte du Maroc ne s’est prolongée qu’en raison de la protection que lui accordèrent les socialistes. Si on les avait écoutés, la Tunisie et l’Algérie eussent été bientôt menacées d’une guerre d’invasion destinée à l’expulsion des chrétiens. Le fait que les socialistes n’aient pas perçu de telles évidences montre une fois encore à quel point les idées les plus claires peuvent devenir inaccessibles aux esprits hypnotisés par une croyance.

Quoi qu’il en soit de son évolution sur un point encore très localisé du monde musulman, l’Islam constitue toujours une grande force et il en coûterait cher aux Européens de la méconnaître. C’est pour l’avoir ignorée qu’un ministre anglais fit perdre à l’Angleterre l’espoir de posséder définitivement Constantinople en lançant les Grecs contre la Turquie.

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Bien que fort supérieurs aux Russes et à la plupart des populations balkaniques, les Musulmans en général, ceux de Turquie en particulier, sont considérés par beaucoup d’écrivains, un peu trop ignorants de la politique et de l’histoire, comme des peuples demi-barbares dépourvus de culture. Leur opinion est assez bien résumée dans une publication: _Étude Franco-Grecque_, dont voici un passage:

«Quoi qu’on en puisse dire, l’Islam a été et sera toujours un grand destructeur; il n’admet d’autre science que la connaissance du Coran. Brutal, intolérant, il est l’un des plus grands fléaux qui jamais se soient abattus sur le monde.»

Évidemment, l’auteur de pareilles diatribes n’a jamais vu un des merveilleux monuments musulmans de l’Espagne, de l’Égypte et de l’Inde. Il ignore le rôle prépondérant joué par les universités musulmanes dans la civilisation européenne.

C’est pourtant avec de telles ignorances que s’écrivent les livres servant de guides aux politiciens modernes. Le chef du gouvernement anglais n’en connaissait probablement pas d’autres quand il songeait à expulser les Musulmans de l’Europe.

Sans doute, les Turcs ont successivement perdu--le plus souvent au profit de l’Angleterre--les plus importants fragments de leur empire: Bulgarie, Syrie, Mésopotamie, Palestine, Égypte, Chypre, Malte etc., mais ils paraissent décidés, aujourd’hui, à en sauver le reste.

Le gouvernement bolcheviste, qui avait tenté d’étendre sa propagande en Turquie, n’y a obtenu aucun succès. Ses visées sur les détroits et Constantinople, conformes aux anciennes prétentions des tzars, inspirent naturellement aux Turcs une profonde méfiance.

La France pourrait en profiter pour renouer ses anciennes relations avec la Turquie, mais l’influence des socialistes entrave toute sa politique extérieure.

CHAPITRE V

LES MENACES DE CONFLITS ASIATIQUES

Pondant que se multiplient en Europe congrès et conférences destinés à rendre la paix moins précaire, des dangers plus graves, peut-être, que les menaces de guerres européennes, grandissent en Orient.

Notre petite planète est habitée, on le sait, par 1700 millions d’hommes, sur lesquels 500 millions de blancs exploitent plus ou moins à leur profit, depuis des siècles, 1200 millions d’hommes de couleur: nègres, jaunes, etc., considérés comme des races inférieures.

Aujourd’hui, ces populations, si longtemps demi-asservies, prétendent repousser leurs anciens maîtres. L’Inde et d’autres colonies réclament l’indépendance. L’Égypte, qui tient la route de l’Inde par le canal de Suez, la réclame également. La Chine ne veut plus subir l’influence étrangère.

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L’hégémonie de l’Europe sur l’Orient se trouve d’autant plus ébranlée que la solidarité européenne qui maintenait cette hégémonie s’est désagrégée. L’Asie sait les États européens profondément divisés et incapables d’union. Elle n’ignore pas que les blancs ne pourraient plus, comme à l’époque de la révolte des Boxers, envoyer une expédition internationale en Chine.

La défaite écrasante infligée par les Japonais aux Russes a d’ailleurs montré aux Asiatiques que l’Europe n’était plus invincible.

En Orient comme en Occident, certains mots possèdent un magique empire. Des formules telles que: «L’Inde aux Hindous, l’Afrique aux Africains», soulèvent les âmes, bien que ne correspondant à aucune possibilité. Que deviendrait, par exemple, l’Inde, sans la domination anglaise? Ce qu’elle était à l’époque de la puissance mogole: une collection de royaumes profondément séparés par la race, la religion, la langue, sans industrie, sans commerce et constamment en guerre. On connaît également le sort misérable des républiques nègres: Haïti, Libéria, etc., que les hasards des guerres coloniales avaient fait naître.

Les illusions sur le pouvoir transformateur des institutions européennes que les Orientaux rêvent d’adopter, menacent également, nous l’avons vu, de désorganiser la Turquie, et les pays soumis à la loi du prophète.

Les soixante millions de musulmans qui prétendent ravir aux Anglais la domination de l’Inde deviendront peu dangereux le jour où ils auront perdu leur foi. Le bloc encore unifié par la communauté de croyances ne serait bientôt plus qu’une poussière d’hommes.

Les Orientaux sont, d’ailleurs, bien excusables de commettre des erreurs dont tant d’Européens sont victimes quand ils oublient que les phases politiques, comme les phases biologiques, ne peuvent être franchies que par étapes successives.

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Cette évolution, ou plutôt cette révolution de l’Orient, a surtout inquiété l’Angleterre, qui espérait conserver l’hégémonie commerciale du monde définitivement conquise par la dernière guerre.

On sait que la Grande-Bretagne, pays surtout industriel, est obligée de se procurer au dehors les produits nécessaires à son alimentation, alors que la France, pays agricole, pourrait, à la rigueur, vivre des produits de son sol. Il est donc naturel que les questions coloniales, un peu négligées en France, jouent un rôle capital en Angleterre.

Sans doute, les colonies anglaises constituent pour elle, comme le disait Disraéli, un moyen de s’enrichir, mais elles sont d’abord un moyen de vivre. Isolés du reste de l’univers, les Anglais périraient bientôt de famine dans leur île.

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Dans une intéressante conférence, M. Albert Sarraut, ancien ministre des Colonies, envisage comme fort menaçante une guerre que pourraient faire, sans trop de difficultés, les peuples de l’Orient à ceux l’Occident.

Les luttes guerrières dont l’Asie semble menacer l’Europe, et qui ont vivement frappé cet homme d’État, ne sont pas les plus redoutables. Les luttes économiques seraient peut-être plus meurtrières.

Ce côté essentiel de la question ne paraissant pas avoir attiré l’attention de M. Sarraut, je vais résumer quelques-unes des pages que j’écrivis, jadis, à ce sujet, dans mon livre sur l’Inde, publié à la suite d’une mission en Asie dont m’avait chargé le gouvernement français.

Les luttes militaires font périr en bloc un grand nombre d’hommes, mais les luttes économiques comme celles qui se préparent entre l’Orient et l’Occident, pour être plus pacifiques en apparence, n’accumuleraient pas moins de ruines.

Par suite de l’évolution industrielle qui transforme aujourd’hui le monde, l’Orient tend à devenir l’envahisseur commercial de l’Occident, au lieu d’être, comme jadis, envahi par lui.

Invasions d’autant plus redoutables qu’elles n’amèneraient avec elles ni hommes, ni canons, c’est-à-dire rien de ce qu’on puisse vaincre, mais seulement des forces que l’on ne peut pas vaincre.

Dans la phase actuelle du monde, les armes avec lesquelles combattaient autrefois les peuples tendent de plus en plus à se transformer. Ils lutteront probablement beaucoup plus, désormais, avec leurs produits industriels et agricoles qu’avec leurs canons.

Dans une telle lutte, l’avantage cesse de plus en plus d’appartenir à l’Occident. Le rapprochement des deux mondes sous l’influence de la vapeur et de l’électricité aura bientôt pour conséquence une égalisation générale de la valeur des produits industriels et agricoles, et, par conséquent, des salaires à la surface du globe.

Naturellement, le taux moyen de ces salaires sera déterminé par celui de la journée de travail dont se contentent les peuples ayant le moins de besoins et pouvant, par suite, produire à meilleur marché.

Dans une telle concurrence, les Orientaux, qui forment la majorité du monde et qui sont en même temps les plus sobres de tous les peuples, deviendront fatalement les régulateurs des salaires. Ces salaires s’élèveront probablement un peu, mais ceux des Européens devront s’abaisser considérablement.

Nos descendants se trouveront en face d’une lourde tâche s’ils veulent demeurer quelque temps encore à l’avant-garde de l’humanité, et ne pas sombrer trop vite dans l’abîme éternel où les lois de l’évolution conduisent fatalement les hommes, les empires et les dieux.

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Le bref exposé qui précède explique comment les problèmes de l’Orient seront bientôt plus graves que les maigres questions politiques qui préoccupent tant les Européens aujourd’hui. Un des plus importants, peut-être, résultera du développement rapide de la puissance du Japon. Cette nouvelle puissance paraît devoir exercer en Orient une hégémonie analogue à celle rêvée par l’Allemagne et l’Angleterre en Occident.

Libéré, maintenant, de toutes influences étrangères, le Japon traite d’égal à égal avec les grandes puissances européennes. Sa flotte est une des premières du monde. Les États-Unis jettent des regards inquiets vers ce minuscule pays, dont il y a moins d’un siècle l’Europe connaissait à peine l’existence, et dont le rôle est devenu aujourd’hui considérable. Le petit peuple japonais resta dédaigné jusqu’au jour où, à la stupéfaction universelle, il obligea le plus vaste empire du monde à signer une humiliante paix.

Grâce à ses incessants progrès, l’Empire du Soleil Levant est capable, aujourd’hui, de tenir tête aux grandes puissances et vise à devenir maître de l’Asie.

Une de ses forces principales réside dans l’accroissement rapide de sa population. Alors que plusieurs peuples de l’Occident voient diminuer leur natalité, celle du Japon augmente annuellement de près d’un million. Nous avons rappelé déjà que les trente millions d’habitants de 1870 dépassent soixante millions aujourd’hui.

Ce surpeuplement rapide oblige impérieusement le Japon à chercher des territoires pour y verser l’excédent de sa population. Impossible de caser cet excédent en Chine, déjà trop peuplée. La place ne manquerait pas aux États-Unis et dans les Dominions anglais: Australie, Canada, etc. Mais Anglais et Américains ne veulent à aucun prix accepter l’invasion des jaunes et leurs raisons ont une grande force.

Ils soutiennent, en effet, que le jaune pouvant, grâce à sa sobriété, travailler à des prix beaucoup moins élevés que ceux des blancs, ferait aux ouvriers de race blanche une concurrence désastreuse. Ils remarquent ensuite que la race japonaise se multipliant beaucoup plus vite que la race blanche, les États-Unis et l’Australie deviendraient, en peu d’années, par ce seul fait, de véritables colonies japonaises.

On conçoit donc que les États-Unis ne soient nullement disposés à suivre le conseil humanitaire donné par M. Albert Sarraut, de se serrer un peu pour faire place aux Japonais.

Les Japonais, étant bien forcés de déverser quelque part l’excédent d’une population que, prochainement, ils ne pourront plus nourrir, entreront fatalement en lutte avec les peuples refusant de les accepter sur leurs territoires.

Dans l’état actuel du monde, et à moins de découvertes scientifiques imprévues, cette lutte semble aussi inévitable que le furent, jadis, celles de l’empire romain contre les invasions germaniques déterminées, elles aussi, par un excédent de population.

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J’ai beaucoup de sympathie pour le peuple japonais, depuis que j’ai appris à le connaître. J’étais très lié avec un de ses plus éminents représentants, le baron Motono, alors ambassadeur à Paris. Cet éminent homme d’État voulut bien traduire en japonais plusieurs de mes ouvrages et publier une longue étude d’ensemble sur mes livres de psychologie politique. Nous avons souvent causé du problème qui vient d’être exposé, sans y découvrir de solution claire. Ce sont justement les remarquables qualités des Japonais, leur sobriété, leur ingéniosité et aussi leur fécondité, qui les rendent si dangereux pour des peuples ne possédant pas des aptitudes pareillement développées. Il faut donc laisser à l’avenir le soin de résoudre un problème dont aucune solution pacifique n’apparaît encore.

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Dans la conférence à laquelle nous faisions allusion plus haut, M. Albert Sarraut envisage non seulement la lutte entre le Japon et les États-Unis, mais aussi celle de l’Europe contre tous les peuples de l’Orient, et il écrit:

«Si la conciliation n’intervient pas entre les forces antagonistes, éclatera le plus formidable conflit de l’Histoire, auprès duquel la guerre que nous avons subie cinq ans n’aura que la valeur d’une escarmouche.»

Il est évidemment possible que les peuples de l’Orient, ayant les armées russes à leur tête, envahissent un jour l’Occident. Un journaliste assurait que le traité russo-japonais serait le prélude d’une alliance entre le Japon, la Russie et l’Allemagne.

On peut échafauder sur de tels sujets une foule d’hypothèses effrayantes. Mais leur réalisation doit être envisagée comme appartenant à la série des événements sur lesquels nous ne pouvons rien, tels qu’un tremblement de terre ou le refroidissement inévitable de notre planète.

CHAPITRE VI

LES GUERRES INTÉRIEURES ET LES VOLONTÉS POPULAIRES

Les trente congrès réunis à Londres et à Paris pendant dix ans, et les règlements de la Société des Nations, avaient pour but d’empêcher les guerres entre peuples rivaux; mais personne ne paraît s’être préoccupé des conflits entre les partis politiques d’un même peuple.

Ces conflits intérieurs sont pourtant aussi dangereux que les guerres extérieures. Si le triomphe momentané du communisme en Hongrie, en Allemagne et en Italie, s’était prolongé, il serait devenu plus destructeur encore que des guerres d’invasion.

Un coup d’œil rapide jeté sur la situation actuelle de quelques grands pays de l’Europe montrera à quel point les guerres sociales deviennent menaçantes.

Ne pouvant faire l’historique de toutes les révolutions sociales, dont la plupart des pays de l’Europe,--Allemagne, Russie, Autriche, Hongrie, Grèce, Bulgarie, Turquie, etc.--ont été récemment victimes, nous ne considérerons que les trois grandes nations latines: l’Italie, l’Espagne et la France.

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On sait dans quel désordre les succès du communisme et du syndicalisme avaient plongé l’Italie. Le pillage des propriétés et des usines ainsi que les assassinats étaient journaliers. L’armée devenait hésitante, l’action du pouvoir royal complètement nulle.

Devant l’imminence d’une catastrophe, d’anciens combattants se réunirent sous le commandement d’un chef vaillant, M. Mussolini, pour tenter de sauver leur pays de l’anarchie. A la tête d’une nombreuse milice, le futur dictateur marcha sur Rome et força le roi à l’accepter comme chef du gouvernement.

L’énergie du nouveau maître lui conquit bientôt tous les suffrages. Les socialistes eux-mêmes se déclarèrent ses partisans.

Grâce à cette intervention, l’Italie fut sauvée des guerres intérieures.

L’Espagne a été--comme l’Italie--menacée d’une guerre civile et n’en fut également préservée que par un dictateur. Le coup d’État réalisé, en septembre 1933, par le général Primo de Rivera, et le Directoire militaire qui en est sorti ont totalement supprimé les partis politiques espagnols, toujours en luttes acharnées. Constitution, ministres, Sénat, tout a été balayé et, il faut bien le constater, à la grande satisfaction du pays.

La France n’a pas encore, depuis la paix, subi de révolutions analogues à celles de l’Italie et de l’Espagne, mais elle en est menacée par l’intervention croissante de socialistes extrémistes chaque jour plus nombreux. Son avenir, comme celui de divers pays de l’Europe, dépendra des résultats de la lutte entre les partis qui préparent les guerres intérieures et ceux qui tâchent de les prévenir.

Le conflit entre les forces de destruction et celles de cohésion grandit chaque jour. Ces deux forces s’équilibrent à peu près en France; c’est pourquoi il sera relativement facile d’y faire pencher la balance d’un côté ou de l’autre.

On en eut la preuve lorsque, pour obéir aux théories de jacobins qui préféreraient voir périr le pays plutôt que leurs principes, un gouvernement dominé par les socialistes s’aliéna tous les catholiques en supprimant l’ambassade du Vatican, et aussi, la majorité des Alsaciens en prétendant supprimer leurs anciennes libertés. Un nouveau gouvernement, comprenant que l’art de gouverner ne consiste pas à appliquer des théories, mais à tenir compte des réalités, réussit, en quelques jours, à pacifier l’Alsace en lui laissant ses libertés et à calmer les catholiques en rétablissant l’ambassade auprès du pape. C’était fort simple; mais, à un certain moment, le fanatisme des extrémistes inspirait une telle crainte que les ministres timorés n’osaient pas résister à des suggestions devenues bientôt des ordres.

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L’action des foules est aujourd’hui prépondérante dans tous les états modernes, et c’est en partie pour cette raison que les gouvernements européens deviennent si instables. Leur existence dépend de votes populaires toujours incertains.

Un des grands dangers de l’âge actuel résulte de l’influence des masses dans la conduite des nations. Leurs sentiments sont violents, leur raison faible et leur aptitude à prévoir complètement nulle.

L’incapacité des foules à prévoir les conséquences de leurs actes et surtout de leurs votes, fut toujours un péril pour les gouvernements populaires. Elles obéissent aux impulsions du moment comme jadis Ésaü vendant son droit d’aînesse futur pour un plat de lentilles présent. Cette mentalité est celle du barbare, et l’homme le plus intelligent mêlé à une foule agissante redevient un barbare.

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On s’illusionnerait fort sur l’importance des votes populaires en oubliant que le vote d’un électeur traduit beaucoup plus son mécontentement que ses opinions. C’est surtout en s’appuyant sur ce mécontentement que les meneurs conduisent les hommes.

Les électeurs qui donnèrent jadis leurs votes à un capitaine condamné à mort pour trahison, puis à un autre officier ayant voulu livrer un bâtiment à l’ennemi professaient-ils vraiment les opinions subversives que de pareils votes sembleraient supposer? En aucune façon. Ces électeurs révolutionnaires étaient simplement des mécontents.

Les votes qui en 1924 amenèrent un grand nombre de socialistes au parlement eurent pour origine de tels mécontentements exploités par les meneurs.

Du groupe des mécontents faisaient partie des fonctionnaires irrités de ne pas obtenir les salaires réclamés, des universitaires sourdement indignés de ne pas voir reconnaître les qualités qu’ils se supposaient, de petits bourgeois exaspérés de l’élévation constante du prix de la vie, qu’ils attribuaient au gouvernement, etc.

Les candidats députés utilisèrent ces mécontentements, et firent de si brillantes promesses de réformes que les électeurs se laissèrent facilement séduire.

Les sentiments populaires sont généralement perturbés par les flatteries des politiciens. «Le peuple ne se trompe jamais», disait déjà Robespierre. Les politiciens modernes répètent cette assertion, et enseignent aux foules qu’étant les vrais souverains, elles doivent tout obtenir. Le résultat de cette propagande est d’avoir fait naître des espérances et des haines aveugles dans l’âme des multitudes.

Le mécontentement, la défiance, la jalousie et la haine sont ainsi devenus les véritables mobiles d’action des gouvernants obligés de suivre les impulsions populaires.

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L’extension dans tous les pays de l’Europe, y compris les plus rationalisés, tels que l’Angleterre et le Danemark, des sentiments que je viens d’énumérer, explique l’orientation universelle vers des partis extrémistes riches en promesses.

Il est donc naturel que la religion socialiste, avec ses mystiques espérances de bonheur, se généralise. Le communisme, qui promet aux âmes simples le retour à ces temps primitifs où le sol et les femmes étaient en commun fait également des progrès dans les couches inférieures des populations.