L'esprit dans l'histoire: Recherches et curiosités sur les mots historiques

Part 1

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L'ESPRIT

DANS L'HISTOIRE

LIBRAIRIE DE E. DENTU, ÉDITEUR

PALAIS-ROYAL

DU MÊME AUTEUR:

L'ESPRIT DES AUTRES RECUEILLI ET RACONTÉ, 6e édition, 1 vol. in-18 5 fr. »

LA COMÉDIE DE JEAN DE LA BRUYÈRE. 2 vol. in-18 6 fr. »

HISTOIRE DU PONT-NEUF. 2 vol. in-18 6 fr.

LE VIEUX-NEUF. Histoire ancienne des inventions et découvertes modernes. 3 vol. in-18 15 fr. »

PARIS-CAPITALE, 1 vol. in-18 3 fr. 50

Paris.--Typ Ch. UNSINGER, 83, rue du Bac.

L'ESPRIT

DANS L'HISTOIRE

RECHERCHES ET CURIOSITÉS

SUR LES MOTS HISTORIQUES

PAR

ÉDOUARD FOURNIER

CINQUIÈME ÉDITION

PARIS E. DENTU, ÉDITEUR

LIBRAIRE DE LA SOCIÉTÉ DES GENS DE LETTRES PALAIS-ROYAL, 15-17-19, GALERIE D'ORLÉANS

1883 Tous droits réservés.

L'ESPRIT DANS L'HISTOIRE

I

Je veux tenter de faire aujourd'hui, pour les _mots_ soi-disant _historiques_ qui courent par le monde et dans la plupart des ouvrages sur l'histoire de France, ce que j'ai entrepris pour les _citations_ dans le petit livre _l'Esprit des autres_. Je veux encore ici, mais dans une matière plus sérieuse, tâcher de rendre à chacun ce qui lui appartient, et surtout de lui enlever ce qui ne lui appartient pas; car, je le prévois d'avance, j'aurai plutôt à dépouiller le mensonge qu'à enrichir la vérité. Heureusement celle-ci trouve surtout son compte dans chaque erreur que l'on détruit. Elle gagne tout ce que l'autre perd.

II

Je me donne là, je le sais, un labeur rude et téméraire; cependant, tant est vif mon désir de démolir le faux et d'arriver au vrai, tant est grande ma haine pour les banalités rebattues, pour les héroïsmes non prouvés, pour les scandales et pour les crimes sans authenticité, je voulais étendre ce petit travail bien au-delà des limites que je me suis définitivement assignées, et qui sont celles de l'_histoire de France_.

C'est à l'histoire tout entière que je voulais d'abord me prendre, principalement pour les époques anciennes, les beaux temps des mensonges; mais j'ai reculé devant ce grand effort, après l'avoir un peu mesuré.

J'avoue toutefois qu'il m'en coûte d'y renoncer et de circonscrire ma tâche. Il eût été si bon de dauber d'importance sur ces immortelles erreurs! Refaisant en grand le livre ébauché au XVIIe siècle par l'abbé Lancelotti, _Farfalloni de gli antichi historici_[1], j'aurais trouvé tant de plaisir et peut-être tant d'honneur à émietter l'un après l'autre tous ces menus mensonges de l'antiquité, toutes ces fables légendaires du moyen âge, nos siècles héroïques à nous autres gens des temps modernes: je me serais si bien complu à repasser, flambeau en main, à travers ces ombres menteuses, qui ne se sont faites si épaisses et si impénétrables que pour mieux cacher des erreurs, que pour voiler plus sûrement de faux héros!

[Note 1: _Venezia_, 1636.--Il en parut chez Costard, en 1770, sous ce titre: _Les Impostures de l'histoire ancienne et profane_, 2 vol. in-12, une traduction due à l'abbé J. Oliva, et revue par le président Rolland et Charpentier sur le manuscrit cédé à Costard par Luneau de Boisjermain (Barbier, _Dict. des Anonymes_, 2e édit., t. II, p. 166).--Baudelot, dans sa querelle avec l'abbé de Vallemont (_V. Mém._ de d'Artigny, t. II, p. 221), attaqua vivement Lancelotti pour son livre, mais l'abbé le défendit bien (_Réponse à M. Baudelot_, 1705, in-12, p. 57): «Les _Farfalloni_ de Lancelotti, dit-il, sont un livre des plus agréables, et ils renferment une critique fine, judicieuse et savante. Rien n'est plus sensé que son système, par lequel il pose que les plus exacts et les plus sages des anciens historiens contiennent des faits ridicules, et qu'il faut mettre au rang des contes les plus fabuleux.»]

J'aurais, par exemple, abordé franchement l'histoire grecque. J'aurais dit à l'égyptien Cécrops: Vous en avez menti quand vous avez prétendu que vous veniez d'Égypte; au phénicien Cadmus: Il n'est point vrai que vous soyez arrivé de Phénicie[2]. J'aurais cherché ce qu'il faut croire de la grande affaire des Thermopyles[3]. M'aventurant dans une autre série de souvenirs, j'aurais dit à Ésope son fait; tout au moins l'aurais-je dépouillé de sa bosse proverbiale, et cela de par l'autorité tout académique de M. de Méziriac[4]. Pour le procès que les fils de Sophocle firent à leur père[5], j'en aurais appelé devant la Vérité. Je me serais encore curieusement enquis de ce qu'était Sapho, et peut-être aurais-je ramené son fameux suicide du saut de Leucade à la réalité toute prosaïque d'une mort très naturelle[6]. J'aurais voulu chercher un peu ce qu'il y a de vrai dans l'histoire de Denys le Tyran devenu maître d'école à Corinthe[7], et aussi dans la fameuse lettre que Philippe aurait écrite à Aristote pour le charger de l'éducation de son fils Alexandre[8]; serrer de près, en compagnie de MM. Littré, Rossignol et Paul de Rémusat, l'histoire d'Hippocrate refusant les présents d'Artaxerces[9]; voir ce qu'étaient le prétendu tonneau[10] de Diogène et sa fameuse lanterne[11], enfin mille autres choses encore; car je ne détaille ici, bien entendu, que le très maigre sommaire de mon programme.

[Note 2: Pour ces deux faits, _V. De la Colonisation de l'ancienne Grèce_, par Henri Schnitzler, dans le tome Ier de la _Littérature grecque_, par Schœll.]

[Note 3: _V._, à ce sujet, l'introduction au _Voyage du Jeune Anacharsis_, 1re édit., p. 134 et p. 252, note VIIe. L'abbé Barthélemy prouve qu'au lieu de trois cents hommes, c'est sept mille au moins que Léonidas commandait, selon Diodore; et même douze mille, s'il fallait en croire Pausanias. Voyez aussi un curieux article du _Magasin pittoresque_, juin 1844, p. 190. Le combat des trois cents Spartiates y est mis au rang des préjugés et des erreurs historiques, ainsi que le fameux _colosse de Rhodes_.]

[Note 4: _Vie d'Ésope_, dans les _Mémoires_ de Sallengre, t. I, p. 91.--_Dict._ de Bayle, in-fol., t. IV, p. 389.--Bentley, _Dissertation sur les Fables d'Ésope_.--Un autre _bossu_ d'esprit, le jongleur Adam de la Halle, se trouve avoir été non moins gratuitement paré de l'éminence ésopique. Dans une de ses pièces, _C'est du roi de Sézile_ (mss. de La Vallière), il dit de lui-même:

On m'appelle _bossu_, mais je ne le suis mie.

Simple erreur de _forme_. Ce qui est plus grave, c'est celle de M. Beuchot, qui, dans sa _Biographie universelle_, confond le trouvère Adam de la Halle avec le chanoine Adam de Saint-Victor, mort cent ans auparavant.]

[Note 5: _Mélanges_ de Malte-Brun, t. III, p. 55.]

[Note 6: _Les Saisons du Parnasse_, t. VI, p. 164.--_Sapphonis Mytilenææ Fragmenta_, par C.-F. Neue, 1827, in-4º.--M. J. Mongin, dans son remarquable art. _Sapho_ de l'_Encyclopédie nouvelle_, a dit: «L'histoire merveilleuse du jeune Phaon, telle que la rapporte Polyphatus, et la _tradition du saut de Leucade_ sont des récits populaires qui ne manquent pas, je crois, d'une certaine antiquité; mais c'est après coup, et au temps de l'épicuréisme qu'ils auront été rattachés au nom de Sapho. Pour ce qui est au moins du saut de Leucade, la chose m'est évidemment prouvée.»]

[Note 7: _V._ le curieux travail de M. Boissonade, _Notice des Manuscrits_, t. X, p. 157 et suiv.]

[Note 8: M. Egger, dans un article du _Journal des Savants_ de 1861, a coulé à fond cette anecdote, ainsi que la plupart des faits sur lesquels s'était appuyé l'allemand R. Geier pour écrire près de 250 pages avec ce titre: _Alexandre et Aristote dans leurs rapports réciproques, d'après les documents originaux_.]

[Note 9: «Rien n'est mieux établi, dit M. Littré, que la fausseté de toute cette histoire, concernant Hippocrate et le roi des Perses.» (_Œuvres_ d'Hippocrate, t. I, p. 429.)--«Le seul fondement de ce récit est la prétendue correspondance d'Hippocrate et du roi de Perse, par l'intermédiaire du satrape Histanès. Ces lettres sont l'œuvre d'un faussaire.» (P. de Rémusat, _Les Sciences naturelles_, in-18, p. 140.) Ce qu'on savait de la vie d'Hippocrate, qui fut vraiment le médecin des pauvres; ce que l'on connaissait «de l'exclusion absolue des riches et des grands de sa clientèle hippocratique», ainsi que l'a dit M. Rossignol, a donné lieu à ce conte. (_Journal de l'Instruction publique_, 7 juillet 1858, p. 427.)]

[Note 10: Spon, _Miscellanea_, p. 125.--_Notices et Extraits des manuscrits_, t. X, p. 133-137.--Spon a donné, d'après un monument ancien, la figure de l'amphore fêlée dans laquelle Diogène s'était fait un gîte. Elle a été reproduite à la p. 50 du t. I de notre _Histoire des hôtelleries et cabarets_.]

[Note 11: Les lanternes existaient, puisqu'il en est parlé dans l'_Agamemnon_ d'Eschyle (v. 284) et dans un fragment d'Aristophane, cité par Pollux (_Onomasticon_, l. IX, 2, 26); mais cela ne suffit pas pour la vérité de l'anecdote. Diogène Laërce n'en a pas parlé, et par conséquent je n'y crois guère. M. Ch. Loriquet est de mon avis. (_Essai sur l'Éclairage des anciens_, Reims, 1853, in-8º, p. 34.)]

Pour l'histoire romaine, j'aurais fait bien davantage, sans même avoir besoin de recommencer les destructions historiques de Niebühr, ni ces profanations dont s'indignait Ampère, lorsqu'il voyait par exemple ce qu'on aurait voulu faire, en Allemagne, de l'histoire de Lucrèce: «Il y a, dit-il[12], des savants allemands qui ont supposé que Lucrèce, vraiment coupable, s'était tuée pour se dérober au jugement de ses proches. C'est, ajoute-t-il, renouveler le crime de Sextus, comme Voltaire, en souillant le nom de Jeanne d'Arc, a imité les soldats qui voulurent la déshonorer dans sa prison. La pureté de la Pucelle d'Orléans, la chasteté de Lucrèce font partie du trésor moral de l'humanité.»

[Note 12: _L'Histoire romaine à Rome_, 1855, in-8º, t. II, p. 242.]

C'est aussi juste que bien dit, la légende de Lucrèce n'aurait donc certainement eu à craindre de ma part aucun attentat.

Pour beaucoup d'autres, dans l'entreprise de rectification dont j'esquisse le sommaire, ma discrétion n'eût pas été si grande.

J'aurais tâché de prouver le fort et le faible de la _légende_ des Horaces et des Curiaces[13], ainsi que la fausseté de l'invention intéressée à laquelle l'imaginaire Mucius Scævola dut une immortalité dont les réfutations de Beaufort auraient dû avoir raison depuis cent trente ans déjà[14].

[Note 13: _Magasin pittoresque_, juin 1844, p. 190.--Du temps même de Tite-Live, on était déjà si peu sûr de la vérité du fait, que l'historien écrit: «On ne sait auquel des deux peuples appartenaient, soit les Horaces, soit les Curiaces.» (_Décades_, liv. I, ch. XXIV.) M. H. Taine constate cette incertitude de Tite-Live, et peu s'en faut qu'il ne l'en félicite: «Il est encore mieux en garde, dit-il, contre la vanité d'auteur, que contre les préférences du citoyen. Il avoue librement ses incertitudes et ses ignorances, ne voulant point paraître plus instruit qu'il n'est, ni affirmer au delà de ce qu'il sait.» (_Essai sur Tite-Live_, 1856, in-18, p. 46.)]

[Note 14: Beaufort, _Dissertation sur l'Incertitude des cinq premiers siècles de Rome_, 1738, in-8º, p. 330.--«A chaque page, écrit d'après lui M. H. Taine (_Essai sur Tite-Live_, p. 93-94), on reconnaît d'anciennes légendes, inventées ou embellies par amour-propre: celle de Mucius Scævola, par exemple. Les Mucii plébéiens trouvèrent commode de se donner une origine patricienne, et d'expliquer leur surnom de Scævola.»--Bien avant Beaufort, Catherinot avait eu raison de ce mensonge. (_V._ ses _Opuscules_, in-4, t. II.)]

Dans l'histoire des fils de Brutus envoyés à la mort par leur père, j'aurais montré sans peine le crime et la férocité où l'on a cherché la vertu et la force d'âme[15]; dans celle de Virginie et d'Appius Claudius, qui est une question de droit[16] autant qu'une question d'histoire, je me serais mis en peine de savoir qui a dit vrai de Denis d'Halicarnasse ou de Tite-Live; et, pour une fois, c'est celui-ci peut-être qui se serait le plus rapproché de la vérité[17], en s'éloignant le moins de la vraie question juridique, si utile à bien connaître dans cette affaire, comme dans celle des Gracques[18].

[Note 15: _Bibliotek für Denker..._ 1786.--_Esprit des journaux_, juin 1786, p. 414.]

[Note 16: M. de Caqueray, professeur de Droit romain à la faculté de Rennes, a donné _l'explication juridique du récit de Tite-Live_ dans le _Journ. génér. de l'Instruction publique_ du 30 avril 1862, p. 301-303.]

[Note 17: On peut consulter à ce sujet une excellente brochure de 96 pages in-8º, publiée à Vienne en 1860, sous ce titre: _Der Prozess der Virginia_. L'auteur, M. V. Puntschard, prouve que le récit de Tite-Live est le seul authentique, le seul croyable.]

[Note 18: On ne comprend l'action des deux Gracchus qu'en sachant bien ce qu'ils demandaient. Qu'était-ce que leur _loi agraire_? une simple et très juste revendication. L'_ager publicus_, propriété commune de la plèbe latine, avait été peu à peu usurpé par quelques grandes familles pour créer les _latifundia_, dont la culture, livrée aux esclaves, excluait les travailleurs libres. Au nom de la plèbe spoliée, les Gracques réclamèrent l'_ager publicus_ usurpé. Voilà leur crime, on devrait dire leur vertu. Ils furent vaincus, et l'_ager publicus_ périt avec eux, au profit des grands propriétaires qui furent la plaie de l'Italie. Pline avait bien raison de dire: _Latifundia perdidere Italiam_. _V._ sur tout cela un très bon article de M. Rapetti, _Moniteur_, 9 juillet 1862.]

J'aurais aussi étudié à fond dans son mensonge probable la fable héroïque de Régulus[19]. Je me serais ingénié, avec Montesquieu, de découvrir ce qu'il y a de vrai ou plutôt de complètement faux dans l'opinion qui accuse Annibal d'avoir commis une lourde faute en n'attaquant pas Rome après la bataille de Cannes, et en s'allant perdre dans les délices de Capoue[20]. J'aurais voulu voir, en compagnie de Dutens, s'il fut possible au héros carthaginois de fondre des rochers avec du vinaigre[21], et si le même dissolvant fut assez énergique pour réduire en liqueur l'une des perles qui pendaient aux oreilles de Cléopâtre[22]. Je me serais fait un devoir d'élucider, après le savant Mongez[23], ce qu'il y a de fausseté romanesque dans le récit de Claudius Donatus, qui veut qu'Octavie soit tombée pâmée de douleur en écoutant Virgile lui lisant le _Tu Marcellus eris_. Je vous aurais aussi fait prouver, par un très curieux passage de Bulwer, comment Archimède ne dut pas dire: «Donnez-moi un point d'appui, et avec un levier je remuerai le monde:» il était trop grand mathématicien pour cela[24]. M. Alfred Maury, invoqué à propos, serait venu vous démontrer que César ne dit pas et ne put pas dire au pilote qu'effrayait la tempête: _Quid times_? _Cæsarem vehis_ (Pourquoi craindre? tu portes César)[25], et Lebeau[26], tout classique qu'il est, m'eût aidé à prouver très facilement que la disgrâce de Bélisaire et son aveuglement, sur lequel nous nous sommes tant apitoyés, sont, en dépit du poète J. Tzetzès, encore du roman dans l'histoire. J'aurais enfin passé au crible les vertus de Scipion l'Africain: sa fameuse continence, examinée ainsi d'un peu près, eût peut-être couru de grands risques[27].

[Note 19: _V._ une _Dissertation_ de M. Rey dans les _Mém. de la Société des antiquaires_, t. XII, p. 154-162.--«Tite-Live atteste le fait», lit-on dans Moréri (art. RÉGULUS): or, la _décade_ où Tite-Live en aurait pu parler est perdue! L'erreur vient de Cicéron et de Florus. Polybe, «si voisin des faits, si exact», et qui, ayant ainsi plus d'autorité, aurait dû obtenir plus de créance, proteste, sur ce point, par son silence.--«Si l'on pouvoit, dit Beaufort, conjecturer le vrai à travers tant de contes, on trouveroit peut-être que ce supplice de Régulus fut supposé pour excuser celui que ses fils firent subir aux prisonniers carthaginois.» (_Dissertat. sur l'Incertitude des cinq premiers siècles de Rome_, p. 436.) Beaufort n'est guère connu chez nous. Les Allemands en ont profité pour nous faire croire que ce qu'ils lui prenaient venait d'eux. C'est de Beaufort et de Lévesque que Niebühr est sorti. _V._ à ce sujet un article de Ch. Labitte, dans la _Revue des Deux-Mondes_, 1er oct. 1840, p. 135.]

[Note 20: Montesquieu, _Grandeur et décadence des Romains_, ch. IV.]

[Note 21: _Dutensiana_, p. 35.--_V._ aussi: Eus. Salverte, _Les Sciences occultes_, édit. Littré, p. 448, et l'_Intermédiaire_, année 1864, p. 143, 175.--M. Rey a publié, dans le _Recueil industriel de Moléon_ (1828), une _Dissertation sur l'emploi du vinaigre à la guerre_.]

[Note 22: _V._ la traduction du livre de J. Oliva, cité plus haut, p. 3.--La manière dont mourut Cléopâtre a été aussi mise en question. M. Georges, de Château-Renard, la prit, en 1846, pour sujet d'une étude présentée à la _Société des Belles-Lettres d'Orléans_, et analysée dans le 7e volume, p. 64-79, des _Mémoires_ de cette Société, par M. L. de Sainte-Marie, dont voici la conclusion: «Comme M. Georges, nous pensons que la reine et ses femmes eurent recours au poison dans un breuvage.»]

[Note 23: _Moniteur_ du 10 août 1819, et _Mém. de l'Acad. des Inscript._, nouv. série, t. VII. M. Quatremère lut à la même Académie un Mémoire qui condamnait celui de Mongez.]

[Note 24: _Revue de Paris_, août 1833, p.210: ce qu'y dit Bulwer n'est que la reproduction d'un très curieux calcul de Fergusson, _Astronomy explained_, London, 1803, in-8º, ch. VII, p. 83.--On va répétant qu'Archimède, lorsqu'il eut trouvé la fameuse vis qui porte son nom, courut dans Syracuse en criant: _Euréka_. C'est lorsqu'il eut découvert _la gravité spécifique_, à l'occasion de la couronne de Hiéron, qu'il poussa ce cri triomphant. Une autre question a souvent été posée aussi au sujet d'Archimède. A-t-il incendié la flotte romaine avec des miroirs? Un article du _Magasin Encyclop._ (1802, t. II, p. 534) a traité ce point avec esprit et savoir.]

[Note 25: _Revue de Philologie_, vol. I, nº 3, et _Revue de Bibliographie_, avril 1845, p. 331.--M. Maury se demande pourquoi César n'en a pas parlé dans ses _Commentaires_; puis il prouve qu'en effet, vu le peu de vérité de l'aventure, il lui eût été assez difficile d'en faire mention. Napoléon n'y croyait pas non plus et s'en moquait. (_Souvenirs diplom._ de lord Holland, tr. franç., 1851, in-12, p. 233.)]

[Note 26: _Hist. du Bas-Empire_, l. XLIX, ch. LXVII.--_V._ aussi le P. Griffet, _Traité des différentes sortes de preuves qui servent à établir la vérité de l'histoire_, 1770, in-8º, p. 194.]

[Note 27: _V._ un fragment des _Annales_ de Valerius, dans les _Noctes Atticæ_ d'Aulu-Gelle, liv. VI, ch. VIII.--Napoléon rangeait encore ce conte parmi «les niaiseries historiques, ridiculement exaltées par les traducteurs et les commentateurs.» (_Mémorial de Sainte-Hélène_, sous la date du 21 mars 1816.)]

Quant à quelques autres contes, comme celui de Porcia qui se tue en avalant des charbons, il m'eût suffi d'en prouver l'invraisemblance[28]. Le possible est l'important. Si l'on prouve par exemple que Julien, blessé à mort, n'eut la force que de pousser quelques cris inarticulés, on n'aura plus besoin de disserter longuement pour savoir laquelle des deux phrases: «Tu as vaincu, Galiléen!» ou celle-ci: «Soleil, tu m'as trompé!» il prononça en mourant. On mettra tout le monde d'accord, en faisant voir qu'il ne put rien dire[29]. Or, pour Julien, comme pour Desaix, quinze siècles plus tard, c'est ce qu'il y a de plus probable.

[Note 28: C'est ce qui a déjà été fait dans le _Carpenteriana_, 1741, in-8º, p. 159-161. Martial dit que Porcia s'étouffa en avalant les cendres du foyer; cela du moins est possible. La vérité n'est pas toujours aussi heureuse avec ce poète. Elle est plus souvent altérée que rétablie dans les _épigrammes_ qu'il a faites sur des événements ou sur des mots historiques. C'est lui qui a gâté, par exemple, le mot qu'Arria dit à Pœtus. (_V._ une note du _Tacite_ de l'édit. Nisard, p. 514.)]

[Note 29: M. Albert de Broglie est de cet avis, dans son excellent travail sur Julien (_Correspondant_, 25 fév. 1859, p. 299-300).--Il existait déjà, sur ce sujet, une dissertation de Christ.-Aug. Heumann: _Dissertatio in quâ fabula de Juliani voce extremâ_: VICISTI, GALILÆE, _certis argumentis confutatur, ejusque origo in apricum profertur_. Gœtting., 1740, in-4º. «_In apricum_» doit se traduire par _lumineusement_.]

Plus d'un grand homme eût perdu à mon analyse quelque vertu peu authentique, quelque belle parole devenue célèbre sans contrôle; en revanche, il serait arrivé aussi que les maudits de l'histoire, à la scélératesse plus fameuse que suffisamment prouvée, se seraient souvent bien trouvés de mon examen, et en seraient sortis déchargés de quelques crimes. Il y aurait eu ainsi compensation, et d'ailleurs, comme a dit Lessing, «il faut rendre justice même au diable.»

Je ne réponds point, par exemple, que Néron, bien que je n'eusse pas refait, en sa faveur, le plaidoyer de Cardan[30], n'eût pas été quelque peu innocenté; mais ce qui est tout à fait certain, c'est que, par la haute autorité de Heyne[31], _le farouche_ Omar--l'épithète est consacrée--serait sorti absous du grand crime qui l'a rendu fameux: l'incendie de la bibliothèque d'Alexandrie. Ici, je trouve deux impossibilités pour une: Omar ne vint pas à Alexandrie; et s'il y fût venu, il n'eût plus trouvé de livres à brûler. La bibliothèque avait cessé d'exister depuis deux siècles et demi[32]!

[Note 30: Je veux parler de son curieux traité: _Neronis Encomium_. Amsterd., Blaeu, 1640, in-12.]

[Note 31: _Opuscula Academica_, t. I, p. 129, et t. VI, p. 438.]

[Note 32: Avant Heyne, Renaudot et Gibbon avaient justifié Omar de cet acte de vandalisme, mais on ne prit pas la peine de les écouter, pas plus qu'on n'écouta Heyne, pas plus qu'on ne m'écouta moi-même pour ce que j'avais dit à ce sujet dans la première édition de ce livre. Six mois après qu'il avait paru, en mars 1857, M. le baron Ch. Dupin, rendant compte, à l'Académie des sciences, des Mémoires de MM. Linant-Bey, Paulin Talabot, etc., sur le canal maritime de Suez, écrivit: «Omar, le compagnon de Mahomet, ayant conquis la vallée du Nil, son lieutenant Amrou lui présenta l'idée d'un canal direct de Suez à Peluze... Mais, ajouta M. Ch. Dupin, un conquérant ignare, qui brûlait la bibliothèque d'Alexandrie, cet esprit borné n'était pas fait pour comprendre une si grande idée.» Or, Omar ne conquit pas la vallée du Nil; Amrou ne lui présenta pas le plan d'un canal, puisque ce canal existait déjà, et qu'il n'y eut besoin que de le nettoyer, ce qu'Amrou fit faire en effet; Omar enfin, nous l'avons dit, ne brûla pas la bibliothèque d'Alexandrie. En tout cela, c'est la plus grosse erreur; et, comme l'a fort bien dit M. Tamizey de Larroque, il n'est pas pardonnable à un académicien de l'avoir répétée. (_La Correspondance littéraire_, 5 fév. 1858, p. 84.) On a trop médit aussi des Barbares, notamment des Vandales; Rome, après leur passage, était encore magnifique et peuplée de monuments. (_V._ le _Mémoire_ de l'abbé Barthélemy _sur les anciens monuments de Rome_, et surtout un très curieux article de M. Ampère, _Revue des Deux-Mondes_, 15 nov. 1857, p. 228-229.)--Les Barbares n'ont détruit dans Rome que l'empire romain; il est vrai que cette ruine entraîna peu à peu toutes les autres.]