L'escole des filles réimpression complète du texte original sur la contrefaçon hollandaise de 1668
Part 9
_Susanne._ Or sus, trefve de compliments, et disons encore cecy: l’amour a cela d’accommodant qu’il satisfaict entièrement tout le monde selon sa portée: les ignorans par une pleine jouyssance des plaisirs qu’ils y trouvent sans sçavoir d’où ils viennent, les habiles gens par les douces imaginations que l’esprit y conçoit en les recevant. Par exemple, dans ceste posture que l’homme faict tenir à la femme quand elle monte dessus, combien de douces considérations peuvent satisfaire l’esprit, causées par le seul eschange mutuel des devoirs et des volontez qui se practique entre eux; car de chevaucher simplement une femme qui se laisse faire et que la honte ou la froideur empeschent de passer outre dans la recherche du plaisir, c’est une satisfaction commune, et il n’y a que le plaisir de descharger dans son con qui chatouille les sens de l’un et de l’autre pour un peu de temps. Mais quand, au lieu de veoir que l’homme se tourmente pour venir au point désiré, c’est au contraire la femme qui prend ceste peine de chevaucher et qui prend la peine d’elle mesme de s’engaigner autour de sa forte et dure lance, en faisant pour cela, à ses yeux, les actions requises et nécessaires, ô! dame, c’est un bonheur qui n’a point d’esgal et qui les doibt ravir en des contentemens extrêmes. (80) Car il voit sur luy le ventre, le nombril, les cuisses, la mothe, le con et généralement tout le corps de sa mieux aymée, qui donne de vifs esguillons à sa flamme; il voit et sent l’agitation naturelle qu’elle faict sur luy en luy pressurant amoureusement la plus pretieuse partie de luy mesme; il l’admire en face, qui faict toutes ces choses; il semble qu’il doubte, il taste encore pour s’asseurer de son bonheur, il s’escrie de plaisir chaque coup qu’elle donne, il se transit d’ayse en sentant ses attouchemens, et estime plus son bon vouloir que le reste, asseuré qu’il est d’en estre aymé. Et quand l’amour après vient à payer le tribut deu à leurs contentemens, il voit fondre son plaisir dans ses yeux, et comparant les clairs rayons qui viennent de ces mêmes yeux, vrais miroirs de l’âme, avec les postures et grimaces naturelles qu’elle faict de son corps, de ses reins, de sa teste, de ses cuisses et de la partie la plus secrète où il a le contentement de loger son membre tout entier, croit que ses autres membres, bien qu’ils ne voyent goutte, ne laissent pas de sentir leur part du plaisir. La femme aussi, qui est dessus, considère de son costé et faict des reflexions particulières sur chasque posture, en suite à les conter toutes une par une, qui a son nom propre aussi bien que ses ragousts différents, sur lesquels on recommenceroit d’icy à dix ans.
(81) _Fanchon._ Ma cousine, ce ne seroit jamais faict qui voudroit icy rapporter les imaginations de tout le monde, car, pour moy, j’en puis bien concevoir des autres que celles là, et qui ne me semblent pas moins douces ny moins remplies de volupté et délectation; mais dites-moy seulement une chose, tandis que vous mettez votre coeffe pour vous en aller.
_Susanne._ Quoy?
(82) _Fanchon._ Quelles sont les qualitez plus requises à deux amans qui baisent, pour se rendre tout à fait heureux dans la possession qu’ils ont l’un de l’autre?
_Susanne._ Ha! ma foy, cela ne se dit pas en si peu de temps qu’en mettant ma coeffe, car il nous faudroit discourir premièrement de la beauté qu’ils doibvent avoir l’un et l’autre, et puis en venir à d’autres particularitez qui seroient trop longues à deduire maintenant.
_Fanchon._ Et qu’importe, ma cousine, plus vous y serez et plus le plaisir sera grand. Vous voylà bien malade! pour un quart d’heure que vous y serez. Soyez en plustost deux et accordez cela à ma prière; car qu’est-ce qui vous presse si fort? il n’est point encore si tard. Si c’est que tousjours mesme discours vous déplaise, vous avez beau faire, car c’est un effect de ma destinée aujourd’huy que je ne sçaurois entendre parler sinon d’amour.
_Susanne._ Tu auras encore cela de moy, veu que tu le veux, mais après cela n’attends pas de me retenir davantage, m’estant tout espuisée de ce que je sçavois. C’est pourquoy, aussitost la demy heure passée, à la première question que tu me feras, certes, je couperay court et m’en iray.
(83) _Fanchon._ Ma cousine, je le veux; c’est pourquoy remettons-nous dans le discours d’amour, et premièrement, par où commenceray-je? je ne sçay. D’où vient que quand je suis esloignée quelque temps de mon amy, et que je me représente à tout temps la jouyssance que j’aurois de luy, j’ay une telle imagination et amour pour son vit et ses coüillons que, sans songer à ses autres perfections, je me le figure tousjours tel que s’il me le fourroit dedans le con avec force et qu’il eust de la peine à entrer, tellement que mon engin se quarquillant et se desgluant, le dedans de ma nature me démangeast furieusement, et qu’enfin entré, je le sentisse tout au fond proche la matrice, et là opérant par de petits coups lors que la teste du vit rentre dans la peau et qu’elle ressort avec rage, tellement que je n’en puis plus? Une telle pensée me met en un tel goust de la fouterie que je ne suis jamais sans y songer, ou à moins que je tienne son vit dans ma main, à belle poignée, qui se bande tant qu’il peut.
_Susanne._ Cela est commun à tous ceux là qui ayment, et c’est un effect de ton désir qui te met aussi vivement les choses devant les yeux que si elles estoient en effect présentes; et par la représentation plustost que tu fais de ce vit que de toute autre chose, cela faict veoir que toute l’idée de la beauté que l’on renferme dedans l’object aymé et qui consiste dans une belle façon de visage et agreement des autres membres, lesquels sont incomparablement plus beaux que les deux natures générantes de l’homme et de la femme, néanmoins est effacée et comme soubmise à ceste autre idée qui faict imaginer le plaisir qu’on a quand un membre s’introduit dans un autre, tellement qu’elle est seulement une circonstance qui n’est au plaisir que la dernière et qui ne sert de rien. Par exemple, d’avoir un bel œil, une belle cuisse, une belle main, qui pour rendre plus grand le plaisir que l’on a de mettre le vit dans le con: sçavoir l’œil pour regarder l’action honteuse avec une chaleur vive, et représenter à la personne aymée l’image du plaisir de son âme lorsque le grand et indicible chatouillement arrive; la belle cuisse sert d’admiration à nos sens, dans la contemplation d’une structure si polie et qui excite merveilleusement nos appétits sensuels; enfin ceste main blanche, pourprine et délicate, est la cause que le vit s’enfle d’une telle vistesse que nous jugerions, avant que le foutre en soit dehors, qu’il deust crever: si bien que la beauté de ces parties et des autres cause un changement tout extraordinaire et incroyable.
(84) _Fanchon._ Ma cousine, je conçois ce que vous dites, et puisque nous sommes sur le chapitre de la beauté, je voudrois que vous m’en fissiez une description telle que vous la demanderiez si vous vouliez représenter une jouyssance parfaicte et qui fust accompagnée de tous les plaisirs qui peuvent provenir de ceste beauté.
(85) _Susanne._ Volontiers. La beauté consiste en deux choses: dans les traicts et perfections du corps, et dans les actions qui partent de luy.
_Fanchon._ J’ayme ces divisions qui sont nettes.
_Susanne._ Tellement qu’il y a des personnes qui ont la beauté du corps et qui n’ont pas celle des actions, et d’autres qui ont ce certain je ne sçay quoy qui plaist en tout ce qu’elles font, et cependant qu’on ne peut point proprement appeler belles.
_Fanchon._ Cela seroit trop long à disputer, si on y vouloit aller. Par exemple, Paris est tout plein de personnes qui ont une partie de la beauté et non pas l’autre, d’autres qui ont toutes les deux, et c’est de celles là que je demande que vous me fassiez une description qui soit le plus à vostre gré.
(86) _Susanne._ Je commenceray par la beauté du corps et des actions, et premièrement de celle de la femme.
_Fanchon._ Bon, après nous viendrons à celle de l’homme.
_Susanne._ Il y a encore des beautez qui sont plus propres à l’amour les unes que les autres, et c’est d’une de celles là que je vais faire la description.
_Fanchon._ Voyons.
_Susanne._ Je demande une fille à l’âge de dix et huict ans, médiocrement grasse, et qui ayt la taille droicte et haute, non pas trop, l’air du visage noble et majestueux; qu’elle ayt la teste bien plantée, les yeux doux et riants, de couleur noire, la bouche médiocrement grande, les dents blanches et bien rangées, le front plus petit que grand, mais doucement courbé dans ce qu’il monstre, les jouës pleines, les cheveux noirs, le tour du visage rond. Je veux à ceste heure qu’elle ayt le tour des espaules un peu large et fourny, la gorge pleine et unie, les tetons durs et séparés, qui se soustiennent d’eux-mesmes, les bras gros et postelés, la peau non pas trop blanche ny trop brune mais d’une teinture esgale entre les deux et qui avec l’embonpoint de la chair qui la faict pousser ne laisse paroistre aucune rudesse ny tacheture dessus, et je veux qu’à son bras soit joincte une main d’yvoire, qui estant fournie avec proportion à l’endroit du poignet, vienne en diminuant insensiblement jusqu’à l’extrémité des doigts. Quant aux mœurs, je veux qu’elle soit proprement vestue, qu’elle soit modeste, gaye dans ses actions, qu’elle parle peu et finement, et qu’avec tout cela elle paroisse estre spirituelle, ne disant pas tout ce qu’elle sçait, mais laissant deviner à ceux qui l’escoutent qu’elle entendroit mieux les matières seul à seul qu’elle n’en faict le semblant devant le monde; si bien que tous ses discours, soit à dessein ou autrement, ne tendent qu’à donner de l’amour et persuader en mesme temps qu’elle en peut prendre, se réservant pourtant tousjours devers soy un prétexte d’honnesteté qui ne donnera aucune prise à ses ennemis et qui la mettra à couvert toutes les fois qu’ils luy en voudront faire le reproche, promettant affirmativement qu’elle ne sçait ce que c’est dont on luy parle et qu’elle n’y entend point de finesse. Je veux aussi qu’elle soit sobre à table et aux festins où elle se trouvera, boive peu et mange médiocrement, parce que c’est là encore qu’on reconnoît mieux l’humeur d’une fille, selon qu’elle est plus ou moins portée aux autres plaisirs, et que les discours et les actions y sont ordinairement plus libres. C’est pourquoy elle prendra garde de ne point faire d’excès, et si elle est excitée à commettre quelques libertés pour donner carrière à son esprit, il faut qu’elle y soit emportée par l’exemple ou le consentement de toute la compagnie qui n’y trouvera rien à redire; autrement elle s’en doibt empescher. De plus, elle doibt sçavoir danser, chanter, aymer la lecture des livres d’amour, soubs prétexte de s’instruire à parler proprement sa langue naturelle, et n’y point faire de faute; avoir son esprit souple aux belles passions d’amour qui y sont représentées, en sorte qu’elle se laisse captiver comme pour soy-mesme aux incidens du roman et aux récits qui sont les plus capables d’insinuer l’amour dans les cœurs.
_Fanchon._ Cela est bien galand, ma cousine.
_Susanne._ Avec toutes ces dispositions tant intérieures qu’extérieures, car je n’ay pas encore descrit toutes les perfections du corps, je veux, quand elle sera déshabillée, que l’on voye reluire toutes les beautez que la robe cache, comme un soleil qui sort d’une nue, et qu’elle frappe la veuë et les sens de celuy qui la regarde, comme un beau lieu de délices qui se descouvre tout à plain à celuy qui le cherche avec impatience et qui le trouve infiniment plus beau qu’il ne se l’estoit imaginé. Je veux, parmy toutes ces grâces qui l’accompagnent, qu’on voye pousser son ventre plein et arrondy, comme l’escueil délicieux où se brisent tous les désirs amoureux; son estomach sera douillet et charnu; elle aura les pieds petits et bien mignons et bien tournés en dehors, pour dénoter qu’elle les a bien placés; la jambe grassette par le milieu, les genoux courts et menus, la cuisse grosse, en remontant, et bien garnie, où troussent deux fesses dures et rebondies et séparées comme à des statues de marbre; le croupion court, les hanches larges médiocrement, le corps menu par la ceinture, les reins forts et souples, pour le mouvement du con, et plus que tout cela, une mothe grassette et bien ferme, cotonnée d’un poil brun qui serve de haye et rempart à la fossette, laquelle sera fendue jusques à six doigts au dessoubs du nombril. Je veux qu’elle ayt tant de beautez espanchées sur le corps, et je veux que la peau en soit tellement bandée, unie et lissée soubs la main de celuy qui la taste, qu’elle ne se puisse tenir dessus non plus que le pied sur la glace, et que la faisant glisser tout autour du corps et par entre ses pilliers de marbre, où l’on ne verra partout pousser aucun poil, elle coule en un instant d’un lieu en un autre; les deux babines un peu retroussées et colorées d’un rouge attrahant qui passe un peu au dehors entre les cuisses, que le dedans soit bien replié de peau douillette qui soit encontinuée jusques à l’orifice du ventre, qui soit bien percé pour éjaculer la semence en temps et proportion, afin que, quand le vit aura forcé la première barrière, ayant reouvert l’entrée du con, venant un peu plus avant, il repousse toutes ces petites tayes et pousse jusqu’au milieu, où faisant derechef force, tout se puisse exécuter d’un costé et d’autre et donner place à ce vaillant capitaine qui a si valeureusement advancé jusques au logement du milieu, où y trouvant la place vide, il brusque la fortune si avant qu’il vienne jusques à l’entrée de la matrice où se fera le combat naturel qui causera tant de plaisir à ma belle depucellée; bref, je veux qu’elle ayt tant de beautez que le galant soit (87) desjà perdu d’ayse et de transport avant que d’estre arrivé jusques au noir.
_Fanchon._ C’est donc encore ainsi que vous appelez le con?
_Susanne._ Ouy, en paroles de philosophie et couvertes, en prenant la qualité pour la chose ou le corps.
_Fanchon._ Certainement il pasmeroit de douceur, comme vous dites. S’il arrivoit qu’il pourroit une fois mettre la main dessus, il n’auroit point la force d’y mettre autre chose. Quel crève-cœur ce seroit, s’il venoit à mourir sans avoir peu enfiler tant de beautez ensemble!
(88) _Susanne._ Ma foy, je le pense, mais le plaisir n’est pas moindre pour la fille quand toutes les qualitez requises se rencontrent en celuy qui la caresse.
_Fanchon._ Or, voyons donc celles qu’il doibt avoir aussi, et puis nous ferons un assemblé parfaict de ces deux moitiés accouplées.
_Susanne._ Presque toute la beauté de l’homme consiste en la belle taille et en la force du corps, non pas en la délicatesse, comme celle de la femme. Je veux pourtant qu’il soit propre en ses habits et en sa personne, qu’il ayt la face grave et majestueuse, les yeux doux et brillans, le nez un peu grandelet et rien de difforme en tout le visage. Je veux qu’il soit de l’âge de vingt-cinq ans, un peu plus maigre que gras, que son poil soit noir et vif, ses cheveux longs, pour la bonne grâce, et bouclez sur les espaules. Il aura le col court et libre pourtant, l’estomach un peu velu et douillet, s’il se peut; aux endroits du corps où il n’aura point de poil, comme aux espaules, aux reins et sur les fesses qu’il aura larges et bien formées, avec un peu de beauté il faut qu’on remarque beaucoup de force, c’est pourquoy il fera paroistre ses nerfs quelquefois en se remuant, afin qu’embrassant bien estroittement sa maistresse, il la porte où il voudra, la jette sur un lict à la renverse, luy prenne ses deux cuisses sur ses espaules et la porte en ceste posture, après qu’il l’a faict culebuter, et la demeine comme une marionnette que l’on agence à son plaisir. Car il arrive bien souvent que le premier soir qu’une jeune pucelle couche avec un garçon qui entend le jeu dont elle est entièrement ignorante, il aura beau la prier, la caresser, luy monter dessus, si elle n’ouvre pas bien les jambes il est impossible qu’il la puisse bien engaigner, et bien souvent est contraint de faire la première descharge sur la mothe, tellement qu’il faut qu’il ayt la force d’appuyer si fort ses cuisses sur les siennes qu’elle n’ayt moyen de remuer jusques à ce qu’elle se sent brouiller les opopondrilles avec son instrument, dont elle n’avoit point encore accoustumé de jouer pour se divertir. Et à cest effect il aura le pied bien petit et bien planté, la jambe droicte et advenante et non cagneuse, les cuisses grosses et nerveuses et un peu velues, et fera cognoistre, s’appuyant dessus, qu’il a beaucoup de vigueur en tout ce qu’il veut entreprendre. Tu t’estonnes en cest endroit (89), cousine, mais si tu sçavois combien ceste beauté masle et vigoureuse de l’homme a d’attraicts et d’alléchemens quand elle est unie avec ceste autre beauté plus délicate que la sienne, tu n’en voudrois jamais gouster d’autre, et particulièrement quand elle est ombragée au dessoubs du nombril d’un poil large et espais, du milieu duquel on voit sortir un bel ouvrier de nature, fort bandé, qui à bon droit mérite estre appelé membre, pour sa force et vertu, et qui estant accompagné de deux battans au dessoubs qui luy servent d’ornement et de parade, fasse paroistre toute sa beauté, quand il bande, à faire sortir la petite teste rouge et fendre deux doigts dehors sa peau, qui ne peut souffrir d’autres attouchemens que la peau délicate du con d’une fille, et n’entendant point raillerie en tel estat, il saccage tout ce qu’il rencontre dans le con d’une tendre pucelle, quand il pousse de vive force.
_Fanchon._ Quelle douce cruauté! J’enrage.
_Susanne._ Je veux donc que tu sçaches que je ne donnerois pas un festu d’un homme, pour beau et bien faict qu’il fust, s’il n’a les perfections de son manche, et qu’il estonne la femme par son regard tout enflammé, au premier coup qu’elle doibt estre percée, et voylà toute la beauté que je requiers en luy, pour l’accomparer à celle de la femme, car pour les autres vertus qu’il doibt avoir, nous en avons desjà assez discouru dans nos premiers entretiens.
(90) _Fanchon._ Et cela estant, trouvez-vous qu’une jouyssance consommée de ceux qui sont pourvus de toutes ces belles qualitez doibve estre accomplie en tous les points?
_Susanne._ Nenny dea, ce n’est pas assez, car je veux de plus que dans le temps de l’accouplement ils observent les convenances qui suivent. Je veux que la fille soit un peu honteuse à certaines choses et que l’homme soit plus hardy; je ne veux pourtant pas qu’elle soit si honteuse que de luy refuser sottement quelque chose que l’amour exige d’elle, mais je veux seulement que sa honte tesmoigne qu’elle n’oseroit faire ce qu’elle voudroit bien, et qu’elle ne serve à son amy que d’attraicts pour luy donner plus d’envie de faire, de rapiner des choses que elle luy voudroit refuser ou défendre. Il faut que le garçon ose tout, car la fille n’a pas bonne grâce de tout oser et est bien ayse d’estre prévenue dans le choix des plaisirs qu’elle voudroit sentir et qu’elle n’ose déclarer par crainte. C’est pourquoy il aura l’œil à tout, et qu’il prenne garde aux moindres indices qui partent d’elle, soit aux souspirs, aux gestes ou aux paroles ambiguës, pour conjecturer de là le véritable motif qu’elle a et la satisfaire en ce qu’elle désire. Au contraire, quand il luy aura mis le vit au con, comme il n’est plus temps de délibérer, je veux qu’il la secoue effrontément et sans garder aucune mesure pour considération d’honneur ny de bienséance, et qu’elle, en le regardant, tienne honteusement la veuë collée sur luy, feignant de s’estonner des douces violences qu’il commet en son endroit. Et je veux qu’en l’approchement des deux culs l’eschine du garçon se vienne à recourber en arc jusqu’au bout du croupion, comme à l’endroit où tient par devant la corde de l’arc qui se tire, qu’en suite elle vienne à s’ouvrir droicte en se relaschant et que, se rapprochant subitement à son premier estat d’être courbe, elle fasse juger que la nature est en souffrance quand elle est ainsi droicte, et qu’il lui est plus naturel et plaisant de retourner à son ply. Bref, je veux qu’il n’ayt point autre pensée en l’esprit que celle de practiquer aveuglément tous les moyens qu’il pourra pour l’enfiler mieux à son advantage; la fille de son costé, pour estre tendre et délicate, se plaindra un peu d’abord, par bienséance, de l’effort, et luy dira par forme qu’il luy faict mal, mais pourtant qu’il ne craigne rien et que le mal soit si grand que le plaisir. Et pour grand que soit son vit, pourveu qu’il soit assez bandé pour faire bresche, il entrera bien dedans, et alors le plaisir en sera tant plus grand par après, de sorte qu’il faut qu’elle soit souple et obéissante à ses volontez et qu’elle ne soit pas si sotte de luy rien refuser de tout ce qu’il luy demandera pour adoucir son plaisir, car elle seroit bien niaise et malheureuse d’un contentement qui luy en devroit tant causer. Et luy, pour cela, sans discontinuer de pousser, luy donnera courage, il la baisera et l’amadoüera par douces paroles, achevant l’ouvrage commencé. Je veux au reste que la fille soit souple et obéissante aux désirs du garçon, qu’elle s’agence en toutes les postures, qu’elle remue de toutes les façons, qu’elle fasse de ses mains tout ce qu’il voudra, bref, que son corps ne soit point à elle et qu’elle ne luy puisse rien refuser de tout ce qu’il luy voudra demander. Cela luy tournera tousjours à honneur et profit, de quelque façon que ce soit, car si elle est ignorante ou qu’elle la veuille faire, comme elle ne devra pas sçavoir ce qui est honneste de permettre ou ce qui ne l’est pas, elle aura tousjours bonne grâce de luy accorder tout par amour et de dire cependant qu’elle ne sçait si cela est bien; et si elle est sçavante et rusée, au contraire, elle auroit tort d’avoir honte d’une chose qu’elle auroit desjà faicte, et elle seroit bien sotte, encore bien que malicieuse, de se priver d’un plaisir qui en devroit tant donner à ce qu’elle ayme. Je veux donc qu’elle soit privée de tous ces scrupules qui vont directement à la destruction du plaisir. Je ne veux pas non plus qu’elle fasse sortir avec la main le membre de celuy qui est bien intentionné à la chevaucher, c’est un trouble qu’elle ne répareroit jamais, mais si elle a quelque chose à luy tesmoigner, que ce soit seulement de bouche, sans user de main mise, et qu’elle l’oblige à user de plus de douceur envers elle en luy disant ses raisons. Il sera peut estre sensible à la pitié; au pis aller, si elle ne le peut esmouvoir et qu’elle trouve le membre un peu trop gros, je veux qu’elle se contraigne pour l’amour de luy, et se laissant surmonter par son propre amour, qui est plus fort que toutes choses, à mesure qu’elle fera ses hélas! et ses complaintes, il faut qu’elle l’estraigne de plus en plus fort et luy laisse deviner, quand elle crie, si c’est de douleur ou de plaisir.
(91) _Fanchon._ Ma cousine, quand je vous escoute, ces leçons sont bien esloignées de celles qu’une mère faict à sa fille quand elle lui presche la vertu et l’honnesteté.
_Susanne._ Ainsi va le monde, ma pauvre cousine: le mensonge gouverne la vérité, la raison veut reprendre l’expérience, et les sottises s’érigent en titre de bonnes choses. La virginité est une très-belle chose en paroles et très-laide en ses effects; au rebours, la paillardise n’a rien de plus hydeux que le nom et rien de plus doux que les effects. Les gens mariés paillardent aussi bien que les autres, ils font toutes les mesmes actions et postures, et encore plus souvent que les garçons et les filles; les plus scrupuleux, c’est toujours le vit au con qu’ils agissent, et la cérémonie ne change rien au mistère d’amour. Mais c’est assez prescher pour un coup, nous ne sommes point icy pour corriger le monde: il faut qu’il y ayt des fols pour faire paroistre les sages, et ceux-cy ont d’autant de plaisir à cela qu’ils sont seuls à le cognoistre et qu’ils se mocquent de la folie des autres.