L'escole des filles réimpression complète du texte original sur la contrefaçon hollandaise de 1668
Part 7
_Fanchon._ Une fois que j’empesois, debout sur la platine, et que ma mère estoit descendue en bas, il s’approcha aussi tost de moy, et troussant ma chemise par la fente de ma jupe, tout en discourant de diverses choses et de la cruauté de nostre destinée, il me mit le manche roide entre les fesses, s’efforçant de le faire aller jusques au con. Je sentis qu’il remuoit là auprès et demeuray attentive à ce qu’il faisoit, sans songer à ce que j’avois sur la platine, qui estoit un cotillon de fustaine blanche que je repassois parce qu’il n’estoit pas assez sec. Voyant qu’il n’y pouvoit arriver, il me mit la main sur le cul et me dit que je me baissasse, et qu’il prendroit bien garde s’il venoit quelqu’un, mais en me baissant la fente de ma jupe n’estoit pas assez longue et luy fit sortir l’engin par la raie du cul, si bien qu’il me fit redresser, maudissant son aventure, et se contenta de me descharger promptement entre les fesses.
_Susanne._ Quel dommage!
_Fanchon._ Son ardeur estant appaisée, il remit son engin dans sa brayette, et je m’apperçus aussi tost que le feu avoit pris au cotillon qui estoit sur la platine. Je fis un cry en l’ostant promptement de dessus, et ma mère arriva sur ces entrefaites, qui me querella bien fort de ma négligence et me dit qu’elle ne m’en donneroit point d’autre. Mais Robinet mit le holà le mieux qu’il put, disant que c’estoit une flammèche qui estoit sautée dessus pendant que j’avois regardé à la fenêtre, et que ç’avoit esté la faute de luy, qui n’y avoit pas pris assez garde. Et voilà comme l’affaire se passa.
_Susanne._ Mais où est donc cette invention que tu dis?
_Fanchon._ Entendez-moy, la voicy. Deux jours après, Robinet vint le soir au logis et trouva qu’on dançoit. C’estoit une petite compagnie ou réjouissance qui se faisoit pour le jour de la feste de ma mère. Il avoit trinqué ce soir là plus qu’à l’ordinaire, et faisant semblant qu’il vouloit dormir pendant que tout le monde dançoit, il se mit dans une chaise ou fauteuil bas, et trouvant à point nommé que j’estois si lassée que je n’en pouvois plus, il me tira par derrière et me fit asseoir sur luy pour l’entretenir. Je faisois semblant, en l’escoutant, de regarder les autres, et cependant il me coula la (39) main par la fente du cotillon et fit tant qu’il vint à me toucher le con. Je sentis aussitost son affaire roide qui poussoit dessous moy et cela me mit en humeur de ne luy rien refuser. Il eust bien voulu la passer par la fente du cotillon et me le dit bas à l’oreille, mais il ne pouvoit détrousser le cotillon et n’y avoit pas d’apparence devant tant de gens. Enfin, en mesurant avec la main combien il s’en falloit que ceste fente du cotillon n’estoit pas assez longue pour parvenir au con, il trouva justement à l’endroit qu’il falloit le trou que le feu avoit fait au cotillon, quand ma mère me querella si fort; il me le dit incontinent tout bas, et sans perdre de temps, rangeant ma chemise, poussa son affaire dans le trou et coula tout entre mes cuisses. Je m’accommoday dessus le mieux que je pus et fis tant qu’il en entra bien la moitié. Nous fusmes longtemps de la sorte sans rien opérer, car il n’osoit branler fort; néanmoins, s’aydant le mieux qu’il pouvoit, et tousjours appuyant doucement du croupion, la compagnie ne s’aperçeut point qu’il me avoit rien fait. Pour moy, je me tins ferme sur le pivot et fis bonne mine jusques à la fin que j’eus assez de peine à dissimuler le plaisir que je sentois. Il me le fit encore un coup, une heure après, dans la même posture, et du depuis elle nous a bien servy et j’ai béni cent fois le cotillon percé pour m’avoir causé tant de plaisir.
_Suzanne._ Cela estoit pourtant bien dangereux de la sorte, car comment faisois-tu, quand le foutre couloit dans ton con, pour empescher qu’on ne reconnust que ton plaisir venoit.
_Fanchon._ Ma cousine, je me contraignois furieusement et grinçois des dents en regardant contre terre.
_Susanne._ Vrayement, c’estoit là un beau moyen! Il ne falloit que mettre les mains, comme cela, sur le visage et faire semblant d’avoir mal à la teste.
_Fanchon._ C’est bien dit, ma cousine, mais, que voulez-vous, on n’a point tout savoir. Je n’ay reçeu jusques à ce jour d’instruction que de votre part, car pour Robinet, hélas! nous n’avons pas eu loisir de cela; c’est pourquoy vous sçavez bien tout ce que vous me pouvez avoir appris.
(40) _Susanne._ Eh bien! demande ce que tu voudras. Qu’est-ce qui t’empesche? Tu sais bien aussi si je t’ay jamais rien refusé; car comment veux-tu que je te devine si tu ne proposes rien.
_Fanchon._ Ma cousine, de tout ce que nous avons dit des plaisirs, j’ai recueilly que ceste partie de l’homme qu’on appelle le vit est celle qui donne le plus de satisfaction à la femme; (41) je voudrois bien maintenant que me disiez quelles sortes de vits sont les meilleurs et les plus divertissants.
_Susanne._ Je suis bien ayse que tu me proposes ainsi la chose par ordre, et nous en viendrons à bout facilement. Tu doibs sçavoir premièrement qu’il y a des vits de toutes les façons, mais tous généralement se réduisent à trois, qui sont petits, grands et moyens.
_Fanchon._ O bon! les petits comment sont-ils?
_Susanne._ Ils sont de quatre à six poulces de longueur et gros à l’advenant, mais ils ne sont pas de mise quand ils sont si petit, car outre qu’ils ne remplissent guère le con, n’estant pas assez gros, c’est que si la dame a le ventre un peu gros ou la mothe un peu trop grossette, ce qui est une imperfection en elle, ou le trou placé un peu trop bas, ce qui est un défaut pareillement, ils ne sçauroient entrer que deux ou trois doigts en profondeur dans le col de la nature de la femme.
_Fanchon._ Et les grands?
_Susanne._ Les grands escartent et entr’ouvrent trop la dame, par leur grosseur, et luy font mal, quand mesme elle ne seroit pas pucelle, et pour la longueur (42) ils atteignent trop avant dans la matrice, d’où vient qu’il y a des hommes qui sont contraints de mettre des bourrelets contre le ventre, ou bien la dame y met la main en les recevant, pour les marquer selon la longueur qu’elle en veut et empescher que le reste ne passe, et ceux là sont de dix à douze poulces.
(43) _Fanchon._ Et les moyen?
_Susanne._ Les moyens sont de six à neuf poulces et remplissent justement le conduit de la dame et la chatouillent doucement. Néanmoins, il y a des femmes qui sont plus ouvertes ou ont de plus grands cons les unes que les autres, et à celles là il leur faut un puissant engin, bien dur, long, gros et bandé, et qui soit bien proportionné (44) à leur fente naturelle. Mais après tout, ma cousine, soit grands, soit petits, c’est la vérité qu’il n’y a rien de si savoureux et de si bon que le vit d’amy, et quand un homme que l’on ayme bien n’en auroit pas plus gros que le petit doigt on ne le trouveroit meilleur que le plus grand d’un autre qu’on n’aimeroit pas tant. Cependant (45), pour l’avoir bien fait comme il faut, il doibt estre gros et renforcé sur la culasse, et venir en diminuant vers la teste.
(46) _Fanchon._ Une autre difficulté me survient.
_Susanne._ Et quelle?
_Fanchon._ D’où vient que les hommes, quand ils nous foutent, nous disent quelquefois des injures et des villaines paroles, au lieu de nous en dire de plus honestes, car je ne sçaurois concevoir que l’amour leur fasse dire cela; c’est enfin toute douceur que l’amour, et qui ne peut rien faire dire qui ne soit de luy.
_Susanne._ Il est vray, m’amie, et c’est en cela que tu ne le conçois pas. Tout ce qu’ils nous disent d’injurieux et de sale, c’est par amour, et je m’en vais te (47) monstrer comment. Tu doibs sçavoir que la principale cause de l’amour c’est le plaisir du corps, et sans cela il n’y auroit point d’amour.
_Fanchon._ Ha! je nie cela, ma cousine. Je sais bien tout ce que vous me direz, qu’il y a des amours brutales; il est vray, mais il y en a qui ne le sont point aussi, et la différence de les connoistre, c’est que les dernières durent longtemps là où que les autres ce n’est que feu de pailles; elles sont passagères avec le plaisir.
_Susanne._ Elles sont toutes brutales, m’amie, si tu le prends là, et je te le prouveray sur le champ, mais donne-moy le temps pour parler.
_Fanchon._ Tant que vous voudrez, ma cousine, je ne vous interrompray point.
_Susanne._ Le plaisir passe, mon enfant, il est vray, mais le désir en revient, et c’est ce qui nourrit l’amour. Ha! parlons tout de bon et sans feintise, aymerois-tu bien Robinet s’il estoit chastré, et l’aurois-tu voulu prendre, pour beau et bien fait qu’il puisse estre, si l’on t’avoit dit qu’il fust impuissant? responds.
_Fanchon._ Non, asseurément.
_Susanne._ _Ergo_, ce qui est vray à ton esgard ne le doibt-il pas estre aussi véritable quant au sien? tellement que si, tu n’avois point eu d’engin où loger le sien, si tu n’avois point eu de beauté pour le faire bander ou qu’il t’eust trouvée difforme à son gré, serois-tu si simple que de t’imaginer qu’il t’eust aymée? et pour qui au reste? pour tes beaux yeux? si tu n’en avois point? Non, non, cousine, il faut que tu te detrompes: les hommes n’ayment que pour leur plaisir, et quoy qu’ils nous tesmoignent le contraire quand ils nous recherchent, ils ont tousjours leurs désirs fichez entre nos cuisses, de mesme que nous à les baiser et accoller, par honte de demander le reste. As-tu jamais veu les bestes parmy les champs, combien amoureusement le masle grimpe sur la femelle, le taureau sur la genisse, le cheval sur la cavale (48)? c’est ainsi qu’il en prend des amours des hommes, et quelques simagrées que fasse un amant devant nous, quelques larmes qu’il répande, et quelques protestations d’honneur, d’amitié et de respect qu’il nous fasse, si le cas y eschet et que nous en soyons touchées, tout cela ne va qu’à nous renverser sur le lict, gaigner le dessus et nous trousser insolemment la cotte, nous saisir d’abord au poil qui nous croist au bas du ventre sur la mothe, se couler par force entre nos cuisses, et en nous empoignant à belles mains par les fesses, nous tirer à eux, malgré que nous le voulions bien. Et pour tout service qu’ils nous rendent, il nous mettent à la main un baston de chair (49), gros, long et estendu, dont toute l’ardeur et l’affection ne va qu’à engaigner au bas du ventre, dans un trou fait exprès pour cela, tandis que nature prompte en nous estre obéissante, malgré nos refus est tousjours preste à le recevoir. Voylà où se terminent (50) tant de souspirs, tant de plaintes et tant de désirs, qui est de s’entrefretiller les uns les autres, et quand ils ont fretillé qu’ils n’en peuvent plus, on voit que ce grand amour se passe et s’esteint, et ne reprend sa force et vigueur qu’à mesure que l’envie leur revient de recommencer. Il arrive de là que ceux qui ayment le plus, comme ces amoureux transis, sont ceux qui chevauchent le moins, et ceux qui trouvent ou chevauchent quand ils veulent n’épousent guère d’affections particulières pour les filles, ou s’ils ont attachement pour quelqu’une, leur amour n’a de la violence qu’à proportion de la difficulté qu’ils rencontrent à la chevaucher. Cela est estrange que les filles, pour la pluspart, qui ayment si constamment et qui font de l’amour un fondement à la vertu, en se chimérisant mille délicieuses pensées, ne sçavent pas pourquoy elles ayment, et cest amour qu’elles ont reçu, par une subversion de raison qu’on leur imprime de jeunesse (51), les séduit si finement qu’elles jureroient bien que ce n’est pas pour chevaucher, et que leurs désirs ont une plus noble fin et plus honeste. Mais cependant, quand ce vient au fait, elles esprouvent le contraire, et quand elles ont esprouvé ce que c’est, au plus loin de leur pensée, et connu la corne avec quoy les hommes choquent, il est force qu’elles prennent des sentiments plus modérez, et reconnoissent alors que cest accouplement charnel et grossier est le feu qui les anime et qu’il est la source et la fin de toutes ces belles pensées et imaginations d’amour spirituelles et eslevées, qu’elles croyoient provenir d’ailleurs que de la matrice.
_Fanchon._ Certes, je ne m’estonne plus, ma cousine, que vous soyez si habile dans les plaisirs d’amour, puisque vous en sçavez si bien les raisons, et je m’estonne comment et où vous les pouvez avoir aprises.
(52) _Susanne._ C’est mon amy qui a prins plaisir à m’instruire, pour son grand plaisir, et s’il m’a bien dit de plus que devant qu’il eust couché arec moy, lors qu’il sentoit que mon amour le pressoit trop, il s’en alloit, contre son gré, veoir quelque fille pour se divertir, et estant là s’efforçoit si fort dessus elle qu’il en estoit allégé; trouvant par une fin contraire à ses désirs celle de son amour, car, comme j’ay dit, l’amour a cela de fin et de merveilleux qu’il ne fait pas penser à chevaucher, et cependant c’est sa seule fin, où de soy il aspire, et qui seule peut guerir son ardeur. Voilà donc qui est résolu sur ce point.
_Fanchon._ Fort bien, il ne se peut pas davantage.
(53) _Susanne._ Or, la raison que tu m’as demandée pourquoy les hommes, en faisant cela, disoient des gros mots et villaines paroles, c’est qu’ils prennent plaisir à nous nommer par les choses qui participent à leur plaisir davantage et qu’ils ayment le plus, et comme en l’action de la fouterie ils ont toutes leurs pensées attachées au bas de nostre ventre, de là vient qu’ils ne peuvent s’exprimer qu’en disant: Hé! ma connaude, hé! ma couillaude, avec telles autres appellations qu’ils nous donnent selon la pensée qui les anime; et la langue, qui pourroit dire autrement, en est souvent empeschée par la trop grande attention de l’esprit, qui la fait fourcher et luy fait prendre un mot pour l’autre. En quoy se voit alors la vive peinture à l’esprit de l’objet aymé, et l’âme se réjouissant dans ceste connoissance, redouble les estreintes et les embrassements et fait entendre ces mots en baisant, dans le murmure et la douce union de deux langues qui se chatouillent, de: Ma bonne! c’est qu’ils admirent la bonté; que nous avons à leur départir nos faveurs; s’ils disent: Ma colombe! c’est qu’ils pensent à quelque ressemblance que nos caresses ont à celles des colombes; s’ils disent: M’amour! mon cœur! c’est qu’ils ayment leur dame de passion et qu’ils luy voudroient couler le membre jusqu’au cœur. Tous des mots dont ils se servent sont autant de mots hiérogliphiques dont chacun d’eux porte une sentence entière, car s’ils disent: Ma connaude! c’est qu’elle est bien pourvue de ceste partie en laquelle toute idée d’amour se convertit, ou qu’ils reçoivent un grand plaisir de cet endroit-là; s’ils l’appellent: Ma couillaude! c’est qu’ils la trouvent forte et vigoureuse et qui trousse un coüillon en masle, ou qu’ils croyent luy en avoir appliqué deux quand ils la joignent par en bas, et ainsi du reste. De plus, il y a deux raisons bien douces et gentilles pourquoy les hommes, quand ils sont aux prises avec nous, appellent toute chose par leur nom.
_Fanchon._ Sçavoir.
_Susanne._ La première, que nous possédant en toute liberté, ils s’égayent à nous dire les mots qui nous font le plus de honte (54), pour rendre leur victoire plus célèbre; la seconde, c’est que leur imagination estant toute confite en délices et dans la contemplation de leur jouissance, ils n’ont pas la parole libre, et suivant la promptitude de leurs désirs, ils s’expliquent par monosyllabes; d’où vient que ce qu’ils appelleroient en un temps: Paradis d’amour, le centre des délices ou des désirs amoureux, le trou mignon, ils l’appellent simplement un con, et ce mot de con, outre qu’il est bref et qu’il nous donne à leurs yeux de la confusion et de la honte (ce qu’ils sont bien ayses de veoir), c’est qu’il renferme en soy la représentation des plus douces conceptions d’amour. Il en est ainsi de l’engin de l’homme, qu’ils appellent simplement un vit, car autrement il faudroit dire: ce qui n’a point de nom, un membre viril, le membre génital, et autres telles explications sottes et longues, que la fureur d’amour ne donne point le temps de prononcer. Tellement qu’au lieu de proférer avec trop de langueur: Allons, ma chère amie, prenez-moy le membre génital ou nerf qui me pend au bas du ventre et l’adressez au centre des délices de l’amour! c’est plustost dit, dans l’ardeur de la passion: Sus, m’amour, mets-moy le vit au con! ou bien: Fais que je te foute, que je te chevauche! L’amour excuse tout, et il n’y a point de paroles sales à dire entre deux amants qui se baisent estant à chevaucher l’un sur l’autre; au contraire, toutes celles là, ce sont des douceurs.
_Fanchon._ Du moins, quand il ne seroit pas vray, ma cousine, vous le persuaderiez bien, à vous ouyr, et vous en feriez bien venir l’eau à la bouche, tant vous en sçavez discourir habilement et avec mignardise. Mais quoy enfin, après tout ce que vous m’avez dit, voudrez vous inférer que Robinet ne m’aymeroit que pour le corps?
_Susanne._ Je ne dis pas cela absolument (55): il y a de la modération partout; l’esprit sait bien aussi aymer quelquefois autant que le corps, de mesme que le corps l’esprit, et je t’apprendray ce que mon amy m’a confessé là dessus. Comme il croit que j’ay de l’esprit, et du plus fin, il m’a dit que quelquefois, quand il m’avoit entendu discourir sur des matières relevées et honestes, lorsqu’il me pouvoit tirer à l’escart, il estoit si animé à me chevaucher sur le champ, qu’il ne pouvoit plus commander à son vit roide, et ce pour la beauté de mon âme; qu’il luy sembloit qu’il me chevauchoit l’esprit en me chatouillant le corps, tant il prenoit plaisir à chercher ceste âme par le dedans.
(56) _Fanchon._ Je suis contente de cela, ma cousine, et me voylà suffisamment instruite ès amours et coustumes des hommes; mais à l’esgard des filles, sur qui l’amour n’a pas moins de pouvoir, d’où vient qu’il y en a qui sont si scrupuleuses de les baiser, quand mesme on n’en sçauroit rien, et que le bon Dieu, comme vous dites, n’y seroit point offencé?
_Susanne._ Ho! ho! c’est qu’elles ont peur d’engrosser.
_Fanchon._ Et comment, ma cousine, c’est donc cela qui engrosse? et si j’avois à le devenir par tant de foutre que Robinet m’a mis dedans le con?
_Susanne._ Va, va, n’aye pas peur; j’aurois trop de pitié de toy, si cela t’arrivoit, et j’ay des remèdes en ce cas qui ne te manqueront pas au besoin.
_Fanchon._ Il faut donc que vous m’en donniez, s’il vous plaist, ma cousine.
_Susanne._ Ouy, ouy, je t’en donneray quand il faudra, et de plus, pour t’oster toute crainte, il y a une chose à considérer encore: c’est que ce malheur n’est pas si extraordinaire qu’on le doibve tant apprehender. Et combien qu’il y ayt des filles grosses dont on ne s’aperçoit point, au moyen de certains busques et habillements faits exprès, dont elles se servent, lesquelles cependant ne laissent pas de se donner bien du bon temps autant qu’elles peuvent avec ceux qui les ont engrossées. Aussi, voylà bien de quoy! pour neuf mois que l’on passe en délices et plaisirs, on n’engrosse qu’une seule fois, et penses-tu, dame, tous les coups ne portent pas. Non, on est quelquefois bien un an, voire deux, quatre, six et le plus souvent jamais sans s’engrosser, et c’est le plus grand hazard du monde quand cela arrive ou que l’on n’a pas de moyens pour s’en empescher. Au pis aller, on a tousjours sept ou huit mois pour se préparer, et dans ceste intervalle on feint des maladies, des promenades, des pelerinages, et quand le temps est venu on se descouvre à une sage-femme qui est obligée, sur sa conscience, de tenir le fait caché secret. Un amy vous conseille et assiste au besoing, on fait des voyages d’un mois ou de six sepmaines, et quand mesme on serait espiée, il ne faut qu’un jour ou deux pour se descharger. Après, vous voylà aussi gaye que Perrot: on enlève l’enfant, que l’on donne à une nourrice, et tout cela aux despens de qui l’a fait. Va, va, tu ne connois pas toutes celles qui ont passé par là, et à qui il ne paroît point.
_Fanchon._ Ma cousine, je m’en doubte et ne craindray plus tant ce malheur, ce me semble, car je me représente encore que c’est une satisfaction bien grande d’avoir mis au monde une créature raisonnable, qu’on a faite avec une personne qu’on ayme.
_Susanne._ Il est vray cela.
(57) _Fanchon._ Mais après tout, ces filles qui sont si timides et qui ont si peur d’engrosser, comment peuvent-elles donc faire pour se passer d’hommes, quand l’envie leur en prend et les surmonte si fort que le con estant tout en chaleur il n’y a aucune allegeance de quelle façon vous le frottiez?
_Susanne._ Je te diray, cousine, il y en a qui n’ont jamais esté touchées d’aucun et qui ne laissent pas pourtant de se bien donner de bon temps à s’exciter à la volupté, sans crainte de cela.
_Fanchon._ Comment peuvent-elles donc faire?
_Susanne._ J’ai leu dans un livre d’histoire d’une fille de roy, qui se servoit d’une plaisante invention, au défaut de véritable masle. Elle avoit une statue d’homme de bronze, peinte, en couleur de chair et fournie d’un puissant engin d’une matière moins dure que le reste. Cest engin estoit droit et creux, il avoit la teste rouge et un petit trou par le bout, avec deux pendants en forme de coüillons, le tout imité au naturel. Et quand la fille avoit l’imagination eschauffée de la présence de ce corps, elle s’approchoit de cest engin qu’elle se fourroit dedans le con, elle empoignoit les fesses de ceste statue et les trémoussoit vers elle; et quand ce venoit à descharger, elle tournoit un certain ressort qui luy sortoit derrière les fesses, et la statue jettoit incontinent par l’engin une certaine liqueur chaude et espaisse, blanche comme bouillie, dans le con de la fille, dont elle estoit arrosée et satisfaite pour le coup.
_Fanchon._ De quelle invention l’amour n’est-il point capable, et qui se seroit jamais allé imaginer cela de la sorte?
(58) _Susanne._ Il est pourtant vray cela, et il n’en faut non plus doubter que de ces hommes qui ont des statues de belles femmes dans leurs cabinets, qui leur servent à mesme dessein, et les foutent, quand ils ont le vit roide, par la fente qu’elles ont au bas du ventre, et qui est profonde à proportion.
_Fanchon._ Il est aussi croyable que l’autre, mais achevez.
(59) _Susanne._ Les filles qui n’ont point le moyen d’avoir des statues se contentent de gaudemichis ou de simples engins de velours ou de verre, formés à la ressemblance d’un membre viril naturel, lequel elles emplissent de laict chaud et s’en chatouillent comme d’un véritable vit. Les autres se servent avec des cervelas, de grosses chandelles de quatre à la livre, ou, faute de cela, mettent le doigt au con tant avant qu’elles peuvent et se font ainsi descharger. Et tant de pauvres filles recluses malgré elles, et toutes les religieuses qui ne voient le monde que par un trou, sont bien contraintes d’en user ainsi, et ne peuvent chasser les tentations autrement, car le foutre estant naturel comme le manger et le boire, quand elles ont passé quinze ans elles ne sont plus dans l’innocence, et faut bien qu’elles appaisent leur chaleur naturelle vitale.
_Fanchon._ Aux autres, ma cousine, cela va sans dire.
(60) _Susanne._ Celles qui ont des amis et qui craignent de s’engrosser se contentent de les baiser et toucher, et elles souffrent aussi d’estre baisées et touchées et mesme que leurs amys leur manient les fesses, les cuisses, le con, les tetons, la mothe, qu’ils mettent l’engin auprès le leur, qu’ils les visitent par tout amoureusement, et qu’ils leur deschargent entre les cuisses, entre les fesses, entre les tetons ou dans la main. Pour porter dans le con, et s’engraisser de ce foutre tout le bas du ventre, point de nouvelle; ils les grattent seulement avec les doigts entre les babines du con, en les escarquillant et entr’ouvrant, tandis qu’elles les baisent et badinent de mesme avec leur vit roide entre les mains.
_Fanchon._ Après?