L'escole des filles réimpression complète du texte original sur la contrefaçon hollandaise de 1668
Part 6
_Susanne._ C’est pour les faire trouver meilleures, vois-tu. Car, par exemple, le mot besoigner, c’est qu’effectivement les hommes travaillent en nous quand ils nous font cela, et qu’à les veoir remuer et se tourmenter comme ils font, il semble qu’ils prennent un œuvre à tâche et qu’il y ayt beaucoup à gagner pour eux; enfiler, c’est qu’ils nous enfilent comme perles; engaigner, c’est que nous avons la guaine et eux le couteau, et ainsi des autres qui sont plus doux et ont aussi leurs significations plus douces et spirituelles. Mais, avec tout cela, penses-tu que quand les hommes sont entr’eux ils usent de tant de cérémonies? O nenni, vrayement; les mêmes libertés que nous avons à nous dire les choses comme elles sont, ils s’en servent (22) de mesme dans leurs entretiens privés, tellement que s’ils voyent passer quelqu’une dont ils ont desjà jouy, ils ne disent pas simplement: J’ay baisé une telle, mais bien: J’ay foutu une telle, je l’ay chevauchée; ma foi, elle y prenoit plaisir; non (si ce n’est la langue dans la bouche): Je l’ay possédée, j’ay pris les dernières faveurs; ou bien: Elle n’estoit point dégoustée, elle remuoit le cul comme il faut, elle avoit le con large ou estroit, et se pasmoit d’aise en le faisant. Quand tu les vois cinq ou six d’une bande sur le pas de leur porte, qui se tournent et retournent de tous costés pour voir passer les filles et qui se rient au nez quand ils en voyent quelqu’une qui leur plaist, c’est comme cela qu’ils parlent entre eux et qu’ils se disent librement ce qu’ils voudroient bien luy faire. Bref, ils s’entretiennent de nous dans les mesmes termes comme nous le ferions d’eux si l’occasion s’en présentoit.
_Fanchon._ Et comment, ma cousine, ils se disent donc les uns aux autres ce qu’ils nous font?
_Susanne._ Pourquoy non? quand tout le monde le sçait; car ils ne parlent point de celles dont il n’est point de bruict, comme de toy ou de moy.
_Fanchon._ Ah! bon donc, mais pourtant je ne me sçaurois resoudre, quand j’y pense, que l’on sçeut de moy ce que Robinet (23) m’a fait faire, ny qu’il l’allast dire, car il me fait agencer en tant de sortes de postures que j’en suis honteuse et ne puis m’empescher de rougir par après quand je le regarde.
_Susanne._ Mais ses caresses pour tout cela ne sont-elles pas bien douces?
_Fanchon._ Ouy, je l’avoue.
_Susanne._ Eh bien donc! que a-t-il d’avantage à tout cela? Ce sont des ragousts que les hommes prennent, et il leur faut laisser faire; s’ils ne nous trouvoient pas belles et s’ils ne nous aymoient pas, ils ne mettroient pas nos corps en tant de sortes de postures, et, pour ainsi dire, à la capilotade.
_Fanchon._ Il est vray, ma cousine, que je reconnois par là que Robinet m’ayme, car ce qu’il me fait faire est accompagné de tant d’apprest et d’inventions de sa part, que quoy que j’en aye de la honte en le faisant, je n’en ay pourtant point de regret et j’en reçois (24) une satisfaction incroyable. Entr’autres, ces jours passés, il me fit voir une certaine gentillesse d’esprit dont j’auray à jamais mémoire, parce qu’elle est judicieuse et plaisante au possible; il la fortifia par des instructions d’amour si plaisantes et qui sont si judicieuses à mon gré, que je crois que c’est là le meilleur moyen qu’on puisse trouver à une fille pour la rendre sçavante, tout d’un coup, à donner bien du contentement aux hommes.
_Susanne._ Et n’y a-t-il pas moyen de sçavoir ce que c’est?
_Fanchon._ Ma cousine, vous en rirez en l’apprenant, et je me trompe fort si vous ne vous servez de son invention.
_Susanne._ Et quelle est-elle donc?
_Fanchon._ La voicy, sans aller plus loing. Dimanche dernier, il y a trois jours, il vint me veoir sur les trois heures après midy, pendant que ma mère estoit sortie pour aller aux vespres et qu’elle m’avoit laissée seule à la maison. Je ne vous diray pas qu’il me fit cela une fois sur le coffre, à son arrivée, estant pressé, ny toutes les autres caresses qu’il me fit et devant et après, dont je fus contente à l’ordinaire. Je vous diray seulement qu’après avoir folastré quelque temps entre nous de diverses choses, et ri une bonne fois de la simplicité de ma mère qui ne s’appercevoit pas de nos folies, nous revinsmes aux baisers et de là aux embrassements. (25) Et m’ayant montré sa lance, qui estoit droite, il me prit à force de corps et me coucha à la renverse sur le lict, où il me troussa la cotte, et m’ayant fait escarquiller les jambes, il regarda si j’estois bien et me mit encore un oreiller soubs le cul, pour m’agencer mieux. Après, il me dit de ne point remuer, et ayant pris un petit toupet de bourre qu’il avoit apporté exprès, il me le mit sous la fesse droite; il en prit un de laine, qu’il me mit sous la gauche, et un autre de coton, qu’il me fourra soubs le croupion. Après, il s’ajusta entre mes jambes et approcha son vit en regardant, me le mit aux bords de la fente et me dit que je prisse bien garde à ce qu’il feroit, pour lui obéir en tout ce qu’il m’ordonneroit.
_Susanne._ Voilà qui est bien préparé.
_Fanchon._ Encore mieux exécuté.
(26) _Susanne._ Voyons.
_Fanchon._ Il me dit: Bourre, en poussant, et me fit remuer la fesse droite; il me dit: Laine, et il me fit remuer la gauche; il me dit: Coton, et me fit remuer le croupion.
_Susanne._ Bon.
_Fanchon._ Et d’effect il n’estoit pas tant mauvais. Nous reiterasmes deux ou trois fois sans changer l’ordre ny la mesure, pour me façonner toujours davantage, ensuite de quoy nous diversifiasmes le mouvement, et j’avois du plaisir à l’entendre dire: Laine, bourre, coton, bourre, coton, laine, coton, bourre, laine, coton, à quoy j’obéissois fort exactement. Et pour un simple mouvement qu’il observoit qui estoit le mouvement droit et du coton, il m’en faisoit exercer trois, à sçavoir (27), un droit et deux obliques ou de costière. Quelquefois nous ne nous pressions pas si fort, pour faire durer le plaisir plus long temps, et quand je manquois à quelque chose, il me reprenoit doucement, m’enseignant comme il falloit faire et disant que je remuois tantost la bourre pour la laine, et tantost le coton pour la bourre et la laine; au moyen de quoy je lui disois que le coton me plaisoit plus que les deux autres, dont il me tesmoignoit me sçavoir bon gré (et en effect j’avois raison), et s’efforçoit de me baiser.
_Susanne._ C’est que le coton faisoit entrer la cheville plus que les deux autres et par conséquent donnoit plus de plaisir.
_Fanchon._ Et par conséquent, ma cousine, vous sçaviez donc bien ce que c’est et je n’avois que faire de vous le dire.
_Susanne._ Achève, il n’importe, il y aura peut estre quelque chose à sçavoir que je ne sçais pas.
_Fanchon._ Que vous diray-je davantage? Quand il cessoit de parler je ne (28) bougeois et il le vouloit ainsi, et quand il disoit: Coton, ou les autres, moy de remuer aussi tost autant de fois qu’il lui plaisoit de l’ordonner. Nous continuasmes ainsi jusqu’à la fin, et parce que ce coup lui sembla plus long que les autres et que je fus preste, par deux fois, de faire auparavant luy, tout autant de fois il me retint et il m’apprit ainsi comment il faut faire pour retarder le plaisir quand il avançoit trop et pour l’avancer quand il retardoit. Et quand il fust prest de descharger, il poussa sa voix plus fort que devant, disant: Bourre, coton, laine, coton,—et tousjours plustost coton que les deux autres. Je fus contrainte, à la fin, luy dire qu’il ne criast pas si fort, crainte que l’on ne nous entendist d’en bas, et que je remuerois bien sans cela; et nous nous disions tant seulement tout bas l’un à l’autre, en l’ardeur du plaisir: Et tost, mon cœur, ma vie, ma pensée, m’amour, mon connaud; et pousse donc, et coton, et serre!... et puis je ne sais plus ce que tout devint.
(29) _Susanne._ Que je hais ces brailleurs-là qui font tant de bruict et qui n’ont nulle considération. Car il y en a qu’on ne sçauroit faire taire et qui, quand ils ejaculent, en mesme temps ne peuvent s’empescher de crier, et quand on leur demande pourquoy ils crient, ils disent que c’est le plaisir.
_Fanchon._ Comment, c’est le plaisir? Est-ce qu’ils prennent plaisir à crier pour s’y esbattre, ou bien si c’est que le plaisir qu’ils ont les contraigne à cela?
_Susanne._ Il est encore bon de la façon que tu le dis. Je crois que c’est la force du plaisir qui les y contraint, et comme il y a des gens qui crient de douleur quand on les escorche, il y en a aussi qui crient de plaisir quand on les chatouille amoureusement.
_Fanchon._ Et comment font-ils pour crier si fort?
(30) _Susanne._ Ils sont montés sur les filles comme des saint George, et tenant le vit au con avec un visage effaré, quand ils sentent le foutre couler, ils s’escrient à haute voix: Eh! la, la, la, la! donne donc, m’amie, m’amour, mon cœur, ta langue! allonge! et presse fort, eh! pousse donc! eh! tu ne pousses pas!... Et quelquefois les voisins qui entendent cela, ou les personnes, du logis, qui n’y sont pas accoustumez, viennent au secours avec du vin et du vin aygre, croyant qu’ils se meurent de douleur, et les trouvent après la besoigne, qui se meurent de plaisir. Or, regarde la belle veuë que c’est de les trouver ainsi.
_Fanchon._ Et il n’y auroit pas moins de plaisir à la fille pour cela, s’ils ne menoient pas tant de bruict (à voir toutes les simagrées qu’ils font). Et cela estant qu’ils ne s’en peuvent empescher, comme vous dites, je ne voudrois non plus avoir affaire à ces gens là qu’à des cloches, et je tascherois mesme d’éviter leur rencontre comme la peste, tant j’aurois peur qu’ils ne criassent, seulement à me voir, comme s’ils estoient après. Car enfin, il ne tiendroit donc ainsi qu’à scandaliser les pauvres filles, veu qu’ils ne sçauroient faire rien que tout le monde ne sçache, et qu’ils n’ont point de honte de tant faire le fou. Certes, il est bien permis de se divertir autant que l’on peut et de prendre du plaisir sans scandale, mais non pas de crier ainsi comme des perdus, à gorge déployée.
_Susanne._ Les filles aussi, pour ne pas mentir, y sont subjettes quelquefois aussi bien que les hommes, et tandis qu’elles font bien leur devoir de remuer du croupion et de pressurer la grappe soigneusement pour faire que le jus en sorte, elles cornent continuellement à l’oreille de celuy qui est dessus, emportées du plaisir qu’elles ont: Eh! hau! hau! mon fils, mon mignon, pousse le donc et mets-y tout! et disent quasi toutes les mesmes choses que les hommes. Mais pour ceux cy, ils ne sont pas si à craindre comme les autres sortes d’insensibles et ladres d’amour, que l’on fesse pour mettre en humeur, et c’est bien là une autre extrémité de malheur que d’avoir affaire à ces gens là (31); car, pour les premiers, on les peut corriger un peu, à force de remonstrances, ou s’ils sont incorrigibles, on les peut mener à la cave, au grenier, dans les bois, à la campagne et dans des lieux esloignés où ils auront beau faire du bruit avant que l’on les entende, mais pour ceux cy, ils ne se peuvent amender en façon quelconque et n’y a point de remède pour les guérir.
_Fanchon._ Quel malheur! et qui sont donc ces ladres là?
_Susanne._ Ce sont des gens qu’il faut fesser pour mettre en humeur. Ils se despouillent tout nuds en pleine place, et les filles prennent des verges et leur en donnent sur le ventre et partout et tant qu’elles voient que leur affaire vient à dresser, et quand l’ont fait dresser et venir en bon point, elles jettent là les verges, comme si de rien n’estoit, pour se la fourrer après ainsi dans le bas du ventre, et s’en donnent du plaisir par après.
_Fanchon._ Mais ne deschargent-ils pas aussi, eux?
_Susanne._ Vrayement ouy et plus que les autres; on ne les sçauroit tenir par après.
_Fanchon._ N’importe, oh! la peute chose quand une fille est assez malheureuse pour estre obligée de fouetter son amy pour le faire bander!
(32) _Susanne._ Ceux là que tu voulois dire qui ne deschargent point, sont les chastrez, à qui on a coupé les deux boullettes, et ne sont bons à rien qu’à bander quelquefois, mais en ce pays ci les dames n’en veulent point du tout et on n’entend pas dire qu’elles leur ayent jamais fait caresse; si ce n’est qu’au temps passé les dames grecques et romaines s’en servoient, faute de mieux, pour se faire chatouiller par le frottement du membre qui estoit roide, et à cause aussi que cela avoit quelque ressemblance à la vérité. Et encore de présent, en Turquie, elles ne laissent pas de s’en servir aussi quand elles en trouvent, d’où vient qu’on s’est avisé depuis peu, pour empescher cela, de les faire pour eunuques, de leur couper les trois pièces _rasibus_.
_Fanchon._ Fi, fi, de ces gens là, ma cousine, n’en parlons point. Disons plustost de ceux là qui sont bien fournis d’instruments à fouterie et qui sont propres à donner un plaisir par tout.
(33) _Susanne._ Il y en a d’autres qui ne disent mot et qui ne font que soupirer d’ayse, mais, il y a une troisième espèce d’amoureux qui sont bien à désirer, qui ayment s’entretenir bas, et ceux là plaisent bien davantage à la fille et se dorlotent aussi bien mieux dans le plaisir.
_Fanchon._ Eh là donc! voilà comme je les demande. Mais aussi les filles n’ont-elles rien à tesmoigner de leur costé pendant que les garçons leur font tant de caresses?
_Susanne._ Donne-toy patience; c’est là où je voulois venir, mais il estoit bon auparavant de te remettre sur ce que nous avions dit. Nous avons donc dit jusques (34) à cette heure comment on mettoit le vit au con et comment on ressentoit le plaisir en la descharge, et les autres satisfactions qui se tirent du baiser, du toucher, du parler et du regarder, mais nous n’avons pas encore fait d’application particulière aux lieux où il s’en falloit servir, quand et comment il le falloit faire, et c’est ce qu’il faut que tu apprennes ce jourdhuy, comme estant la chose la plus nécessaire et comme estant la seule en quoy principalement est compris l’art d’aymer, souverainement aux hommes.
_Fanchon._ Ma cousine, cecy doibt estre beau, sans doute, et c’est aussi ce que j’avois à vous demander.
_Susanne._ Or sus, posons le cas que tu sois aux prises avec ton amy et que tu ne sçaches comment te porter à l’escarmouche: (35) il faut que tu uses envers luy de petites affeteries de la voix, qui sont les vraies délices en amour. Par exemple, tandis qu’il remuera sur toy, dis-lui quelques paroles de douceur et sans contrainte et qui partent de l’essence du plaisir et de l’amour que tu auras; appelle-le ton cœur, ton âme et ta vie; dis-luy que tu es bien ayse et applique tout ton esprit à la pensée de vostre besoigne. Il y a des certains hélas! ou ah! qui sont faits si à propos et qui percent l’âme de douceur à ceux qui nous les causent; car nous faisons cecy, penses-tu, non pas comme les bestes, par brutalité et par nécessité, mais par amour et par connoissance de cause. Et fais quelque petit grattement de mains ou petit remuement de croupion qui le comble de joye infinie; si tu as quelque chose à luy demander, il le faut faire en ce temps-là où il ne te refusera pas, car il n’y a rien qui ouvre tant le cœur et la condescendance et confidence et à se déclarer mutuellement ses pensées, comme les actions secrettes de la fouterie, et il s’est trouvé telle fille, qu’on n’auroit pas regardée auparavant, à qui un simple remuement de fesses a valu l’honneur d’espouser un grand seigneur. Toutes ces mignardises donc, ainsi practiquées, rempliront ton amy d’une douce rage, et comme il fera son possible pour te contenter, il t’appellera son âme, sa déesse, son connaud, son ange, ses yeux. Il inventera des caresses pour te faire et souhaitera d’estre tout vit pour se couler tout en toy, et quand son plaisir sera venu au point qu’il le désire, il ne manquera point de t’en donner connoissance par ses soupirs et quelques paroles qu’il ne tranchera qu’à demy, en disant: Je vais faire!... Alors, prends garde soigneusement comme je te diray.
_Fanchon._ Ainsi feray-je, ma cousine, mais en quelle posture vous mettrez-vous?
_Susanne._ A l’ordinaire; tu serreras vistement les deux fesses vers luy, et lui mettant un bras au col, tu le baiseras et tascheras à lui lancer la langue dans la bouche, comme un dard, et qu’elle vienne à frayer le dessous de la sienne; tandis que tu coigneras du cul brusquement devers luy, et retirant ta langue et la repoussant vivement entre ses dents, en cent façons de mignardises, tantost mince et tantost espaisse, tu t’enlaceras autour de luy et de bras et de jambes; et appuiant ta main sur ses fesses, tu avanceras les doigts jusques à ses ballottes, et trémoussant tousjours du croupion, tu tascheras à le faire entrer le plus avant que tu pourras. Le reste de la besoigne, tu le feras aussi bien que moy, et je t’advise seulement qu’en usant envers luy de ces préparatifs pour le plaisir, il ne sçaura quelles caresses te faire par après, et quand il te donneroit tout son bien, il te donneroit encore son âme avec, et s’estimeroit, plus que tout cela, estre encore ton redevable.
_Fanchon._ Ma cousine, je vous remercie de tant de bontés, et je m’en serviray quand je seray en pouvoir de le faire. Mais, pour le présent, il faut un peu laisser couler le mauvais temps qui ne nous donne pas tant de loisir possible pour jouir de nos amours et auquel je luy puisse donner toutes les marques de mon affection.
_Susanne._ O bien! arrive quand il pourra, mais sçache que c’est la faute ordinaire des jeunes gens qui ne songent rien qu’au temps présent et ne pensent pas à faire durer leurs plaisirs long temps (36) en se pourvoyant pour cela de moyens utiles et nécessaires. Mais quoy enfin, ne vois-tu pas Robinet quand tu veux?
_Fanchon._ Nenny, ma cousine, et depuis quinze jours en ça que ma mère a fait porter mon lict en sa chambre, pour raccommoder la mienne, je ne l’ay veu quasi qu’en sa présence.
_Susanne._ Et comment as-tu donc fait pour avoir sa compagnie? T’en es-tu bien peu passer jusques icy?
(37) _Fanchon._ Nenny dà, mais je ne l’ay eue que fort rarement, et que si vous saviez les incommodités que nous avons eues pendant ce temps là, et que nous allons encore avoir pendant sept à huit jours pendant que ma chambre doibt estre raccommodée, vous en seriez tout estonnée.
_Susanne._ Je seray bien aise de les entendre, et selon que tu me diras je seray encore capable peut estre de te donner du conseil pour l’avenir.
_Fanchon._ Il y eut hier quinze jours justement que ma mère me fit aller coucher dedans sa chambre, et depuis n’en ay pas désemparé. Je le dis dès le lendemain à Robinet et luy fis veoir les incommodités que nous aurions à nous trouver seuls; à quoy il me demanda s’il n’y avoit point de moyen à me venir veoir la nuict, en faisant faire une fausse clef à la porte du petit jardin, mais je luy dis que non, d’autant que ma mère sort encore moins de la chambre la nuict que le jour et qu’elle m’entendroit si je voulois sortir. Il me dit que je ferois semblant d’aller à la garde-robe, et que là, sur le siége, nous ferions nostre affaire, mais je luy dis que cela ne se pouvoit point, d’autant que pour aller à la garde-robe il ne faut pas sortir de nostre chambre, à cause qu’il y en a une au bout de la galerie, où ma mère veut que j’aille de nuict, de peur de faire du bruict en ouvrant les portes. Ces raisons le rendirent estonné, tellement qu’il dit qu’il nous falloit prendre patience et l’occasion aux cheveux quand elle se présenteroit, et cependant nous visiter tous les jours.
_Susanne._ C’est à dire que vous avez esté autant avancés qu’auparavant. Hé bien! qu’arriva-t-il?
_Fanchon._ Sur ceste résolution, il me vint veoir le lendemain, mais nous espiasmes en vain l’occasion, sans la pouvoir rencontrer. Le jour après nous fusmes plus heureux, car estant arrivé que la servante estoit sortie, je luy allay ouvrir la porte par le commandement de ma mère, et me trouvant aussi ardente à cela que jamais, de peur de perdre le temps et que quand nous serions en haut nous n’aurions pas trouvé la commodité, il me poussa contre le mur, et m’eslargissant les cuisses, me troussa la cotte qu’il me fit tenir avec les deux mains, et ayant aproché son vit roide, en se baissant, il me le mit dedans le con le mieux qu’il put et s’efforça de pousser en la plus grande haste du monde. Je le trouvay bon comme cela, parce qu’il y avoit long temps que je ne l’avois fait, mais il eut plustost fait que moy, et comme il voulut se retirer, je le retins et le priay d’attendre que j’eusse fait aussi. Il en eut la patience, et quand nous eusmes achevé, incontinent nous montasmes en haut, sans que ma mère se doubtast de rien, sinon que, pour la forme, je luy dis qu’il m’avoit demandé si une certaine personne n’estoit point au logis, parce qu’il ne la vouloit point veoir. D’autres fois, nous fismes plus commodément, selon que l’occasion s’en présentoit, et quelquefois que ma mère estoit dehors, nous avions beau nous divertir, mais quand elle estoit au logis ou qu’il y avoit compagnie, c’estoit tout ce qu’il pouvoit faire de m’enconner une petite fois, pendant qu’elle alloit reconduire quelqu’un, tantost sur une chaise, tantost sur un coffre, et en cest estat nous nous pressions fort, et imaginez-vous si je me faisois bien prier d’ouvrir les cuisses et de me mettre en la posture qu’il vouloit pour avoir plustost fait. Mais il n’importe, quoy que nous fussions en crainte, nous ne laissions pas d’avoir bien du plaisir; encore estions-nous bien heureux quand cela arrivoit, car quelquefois que nous estions en train de remuer les fesses, nous entendions du bruict qui nous faisoit déconner, et pensez quelle rage cela nous donnoit. Quelquefois aussi c’estoit une fausse alarme; nous nous remettions et quelquefois nous achevions, quelquefois nous n’achevions pas, parceque quelque autre nous interrompoit. D’autres fois, la présence de ceux qui nous regardoient estoit si importune qu’il estoit assez heureux quand il me pouvoit toucher la cuisse en un jour ou, tout au plus, me mettre l’engin dans la main; c’estoit encore beaucoup quand nous le pouvions faire toucher au mien et les faire baiser ensemble. Quelquefois que nous estions assis sans nous toucher et que personne ne nous regardoit, il mettoit son manteau audevant et me le faisoit veoir en bon point, se complaignant avec les yeux, de quoy j’avois si grand pitié que je ne me pouvois saouler de le regarder. Cela m’obligeoit quelquefois à m’approcher de luy, et tenant ma chemise levée par dessoubs ma jupe, il couloit la main par la fente de derrière et me touchoit la chair depuis les fesses jusques aux hanches et tout autour du ventre, et se consoloit de cela. Or j’avois plus souvent (prévoyant son dessein) ma robe de dessus à demi troussée, comme ont la plupart des filles quand elles sont à la maison, et cela faisoit qu’il lui estoit plus facile de me passer ainsi la main, parceque ma robe, qui couvroit tout, faisoit penser, quand on le voioit, que c’estoit par dessus la jupe qu’il m’embrassoit, tellement qu’il luy estoit quelquefois aysé de la faire arriver jusqu’au con dans les attouchements. Il me chatouilloit avec le doigt; j’avois beau luy faire signe et luy dire à l’oreille qu’il s’arrestast, il n’en faisoit rien, et pour peu que ma mère eust le dos tourné ou qu’elle fist un pas à la fenestre, il me faisoit descharger. Cependant, quand je pouvois, je luy prenois l’engin sous le manteau, et regardant toujours ma mère, pour peu qu’elle eust destourné, je luy branlois à luy pendant qu’il me branloit à moy et qu’il me faisoit aussi descharger. Enfin, sans y penser, et à force d’imagination, nous trouvasmes une invention (38) pour chevaucher devant le monde sans qu’on s’en aperçoive.
_Susanne._ Et comment faites-vous cela?