L'escole des filles réimpression complète du texte original sur la contrefaçon hollandaise de 1668
Part 4
_Susanne._ Ah! ce fut hier que m’arriva ceste bonne fortune, et tu vas entendre mille folastreries d’amour et qui ne se pratiquent qu’entre les personnes qui s’aiment beaucoup. Tu as donc à sçavoir qu’il y avoit deux nuicts que mon amy n’estoit venu pour me voir, et je m’impatientois qu’une partie de la troisième fust desjà escoulée sans en avoir des nouvelles, lorsque je le vis entrer dans la chambre, avec une petite lanterne sourde qu’il a tousjours coutume de porter pour s’éclairer, et qu’il tenoit soubs son manteau (40) quelques douceurs et confitures, pour nous mettre en bonne bouche.
_Fanchon._ Il ne faut pas demander si vous fustes bien ayse alors.
_Susanne._ Or il se deschargea premièrement de son paquet, et me trouvant en cotte, que je n’estois pas encore couchée, il la troussa incontinent, et sans parler, me renversa là sur le lict, me le fit là sur le champ et me fit taster son gros nerf, qui estoit extrêmement dur, et, en moins de six coups de cul, je me vis arrouzée largement de la liqueur amoureuse.
_Fanchon._ Mais on n’est donc jamais plus ayse que quand ceste liqueur vient à sortir, et on ne prend jamais tant de peine pour se remuer qu’afin de la mettre dehors?
_Susanne._ Non certes. Et quand il eut fait (41), je me mets aussi tost au list, pendant qu’il se deshabilloit, là où je n’avois pas si tost commencé à fermer les yeux (car il faut que tu sçaches encore qu’il n’y a rien qui fasse si bien dormir que cela), quand je le sentis à mon costé qui m’embrassoit amoureusement et me mettoit le vit à la main. Je perdis aussitôt l’envie de dormir.
_Fanchon._ Mais combien est donc cet engin (42) de temps à se redresser depuis qu’il est abattu, et combien le met-on bien dedans le con en une seule nuict?
_Susanne._ Foin, si tu m’interromps toujours. C’est selon les personnes qu’il y a, vois-tu, et comme ils sont plus esmeus à certains temps qu’à d’autres; car quelquefois il y a des hommes qui feront deux coups sans desconner, et cela fait grand bien à la fille; d’autres feront leur descharge sept ou huict coups, dix ou douze; mais cela n’est pas croyable, et cinq ou six coups raisonnables suffisent pour la contenter. Il y en a qui ne peuvent faire que deux ou trois coups, et sont prompts ou longs à descharger. Il faut remarquer que ceux qui en font le moins rendent plus de liqueur que les autres et donnent et reçoivent plus de plaisir, mais quoy qu’il puisse en estre vray des uns et des autres, la fille trouve toujours en si peu qu’il y en a matière d’une très grande satisfaction. La beauté de la fille contribue aussi beaucoup à cela et fait faire un coup ou deux davantage, mais il y a la coustume qui gaste tout et lasse le garçon quand il faut faire cela tous les jours, et alors ce n’est pas mal aller que de le faire tous les soirs une fois et une autre tous les matins. Voilà ce que je t’avois à dire là dessus. Quand tu m’as interrompue, je ne sçai où j’en étois.
_Fanchon._ C’est alors qu’il vous prit endormie et qu’il vous mit son engin roide en la main.
(43) _Susanne._ Ah! il m’en souvient à ceste heure. Je ne l’eus pas plustost senty roide comme il estoit, que je ne songeai plus à m’endormir, mais respondant à ses caresses, m’appelant son cœur et son âme, nous roulasmes longtemps l’un sur l’autre, entrelassez de bras et de jambes, et nous démarames tant que nostre couverture en cheut à bas; néanmoins, comme il ne faisoit pas froid, nous ne songeames pas à la ramasser, mais nous eschauffant de plus en plus, il me fit oster ma chemise en ostant la sienne, et fit cent bonds sur le lict en me monstrant son vit qui estoit roide. Puis m’ayant demandé permission de folastrer en tous lieux et liberté, il répandit et sema par terre cent boutons de roses, et me les fit aller ramasser toute nue, au beau milieu de la place, me tournant d’un costé et d’autre, et considérant à la lueur du feu et de la chandelle qui estoit en divers endroits de la chambre les diverses postures que je faisois en me baissant et me haussant après. Il me frotta avec une essence de jasmin par tout le corps, et luy s’en frotta pareillement; et nous estant remis sur le lict, nous fismes vingt culbutes pour nous esgayer. En suite de quoy, me tenant agenouillée devant luy, il me consideroit partout, les yeux ravis en extase. Il exaltoit tantost mon ventre, puis mes cuisses, puis mes tétons, et tantost l’enflure de ma motte qu’il trouvoit ferme et rondelette, y portant quelquefois la main, et je ne dis point que toutes ces petites fantaisies ne me plaisent infiniment. Et puis me tournant par derrière, il contemploit tantost mes épaules, puis mes deux fesses, et puis me faisant baisser les mains sur le lict, il montoit à cheval sur mon dos et me faisoit aller; et quand il eut ainsi demeuré quelques temps, il descendit de son cheval, non pas de costé, mais à reculons (car il ne craignoit pas, disoit-il, que je luy ruasse des coups de pied), et ainsi tout d’un temps, en descendant son membre par entre mes deux fesses, il me le fichoit dans mon con. Au commencement, je me voulois lever et faisois la rétive, mais luy me prioit, me conjuroit, se désesperoit, si bien que j’en avois pitié; je me remettois, et luy prenoit son plaisir à me le fourrer dedans et le retirer tout d’un coup, se délectant à le voir entrer et sortir, et (44) cela faisoit un bruict, cousine, comme les boulangers qui enfoncent leur poing dedans la paste et le retirent soudain, ou comme les petits enfants qui retirent leur baston de leur canonnière où ils ont desjà mis un tampon de papier.
_Fanchon._ Quel dévergondage, ô Dieu! de part et d’autre. Et aviez-vous du plaisir à cela aussi, vous?
_Susanne._ Pourquoy non? Quand on s’aime bien, ce sont de petites coyonneries qui plaisent toujours et qui ne laissent pas de chatouiller un peu, et cela fait passer autant de temps agréablement, outre que l’on le trouve meilleur par après.
_Fanchon._ O bien donc, poursuivez, si vous le trouvez bon.
_Susanne._ Enfin, quand il fut las de me chatouiller de la sorte, nous allasmes, aussi nuds que nous estions, auprès du feu, où il me fit asseoir dans une chaise auprès de luy, et aussi tost alla prendre dans un coin de la chambre une bouteille d’hypocras avec certaines confitures dont il me fit manger, et je me sentis merveilleusement restaurée. Or cependant que nous mangions, il s’estoit remis auprès de moy en posture humble et suppliante, et me cajolloit comme s’il ne m’avoit jamais vue, me contant son martyre et qu’il se mouroit pour l’amour de moy, avec les plus douces paroles du monde. Si bien que, feignant d’en avoir pitié, je lui ouvrois mes cuisses, ainsi mise que j’estois, et luy, tenant son engin au poing, se traînoit à genoux entre deux, disant qu’il le vouloit seulement mettre à couvert. Et ayant aussi tost pourveu à cela, me tenant enfilée sans mouvoir davantage, ainsi en mangeant toujours nous raisonnions doucement de chaque chose, et quand il estoit à moitié mangé nous le renvoyions de bouche en bouche. Tant qu’estans lassés de ceste posture nous en recommençasmes une autre, et tantost une autre, et ainsi à l’infiny, me considérant partout, et il sembloit qu’il ne l’avoit encore jamais fait et qu’il ne s’en deust jamais soûler. Ensuite de quoy il se ravisa et prit un verre sur la table, qu’il remplit d’hypocras, et voulut que je beusse la première. Je le vuiday entièrement, et l’ayant aussitost remply pour luy il en fit autant que moy. Nous continuasmes deux ou trois fois, en sorte que les yeux nous pétilloient d’ardeur et ne respiroient que le combat naturel. Nous fismes donc trève de bonne chère, et retournant à me caresser, me prist soubs les bras et me fit lever, et quand je fus debout il fit mine de me chevaucher ainsy, et se trémoussa vers moy en se baissant et moy vers luy en me haussant; les culs nous alloient à tous deux comme s’il eust desjà le vit au con, et voyant qu’il ne pouvoit rien faire entrer à cause de l’incommodité d’estre debout, il m’apprit au moins que ce qu’il en faisoit estoit pour m’enseigner à remuer les fesses (45) de mesure pour quand nous serions accouplez, et que le remuement de deux fesses bien accordées, qui s’approchent et se retirent quand il est temps, est un grand assaisonnement à la volupté. Il m’apprit ensuite plusieurs autres choses à faire, qu’il trouvoit agréables devant et pendant le déduit. Que diray-je davantage? il ne nous manquoit qu’un miroir pour mieux contempler nos postures, à faute de quoy il me monstroit tous ses membres qu’il avoit les mieux faits, et vouloit que je les maniasse, prenant autant de plaisir d’estre touché de moy qu’il en avoit à me toucher. Bref il n’avoit jamais mis tant d’apprêts à me chevaucher comme il fit ceste fois là, et luy en ayant tesmoigné ma pensée, je le priay de mettre fin à toutes choses. Il estoit las de baiser, manier, fouiller et farfouiller, c’est pourquoy il m’escouta et nostre plaisir ne put souffrir un plus long delay. Je l’empoignay par le manche et le menay au pied du lict, où je me couchay à la renverse, l’attirant dessus moy; je m’enconnay moi-même son vit dans mon con jusques aux gardes; il faisoit craqueter le lict en poussant, et je luy repoussois de toutes mes forces. Bref, tout estoit en agitation parmy nous, et ne pouvions plus rien faire entrer par le remuement des fesses; je sentois les coüillons d’ayse qui battoient la cadence contre les miennes. Enfin, il eslance de plaisir contre moy et me dit qu’il alloit faire un grand coup, dont je serois toute ravie. Je luy dis qu’il se despeschât vistement, et nous nous dismes en suite plus de vingt fois l’un à l’autre: Et tost, m’amour, mon cœur, et quand feras-tu? lors il commença à faire la descharge et m’en donna le signal en me baisant et me poussant de force toute sa langue dans la bouche. Il me semble (46) encore que j’y suis, quand il eslanca par plus de six fois la liqueur amoureuse en moy, et cela se faisoit à petites secousses, et chaque secousse me faisoit mourir autant de fois. Je fis aussi ma descharge avec luy, et pour bien exprimer quel estoit nostre plaisir, tiens, ma cousine, tu aurois esté ravie en extase en voyant seulement comme il toussoit et se tourmentoit sur moy dans le temps que nous achevions de fournir notre carrière.
_Fanchon._ Non seulement je le crois, ma cousine, mais je sens une émotion toute pareille dans la description que vous m’en faites, et pour vous dire franchement mon advis, j’aimerois mieux les conclusions en ces sortes d’affaires que de m’amuser autant de sortes d’apprêts que vous m’avez là racontés.
(47) _Susanne._ C’est au contraire de ce que tu dis. La conclusion ne peut manquer, et cela estant, il faut estre plus mesnagère de ce plaisir, qui autrement seroit de courte durée sans la préparation qu’on lui apporte. Or si je croyois assez avoir de temps avant que Robinet fust venu, je te ferois un petit discours qui te serviroit encore bien d’instruction là-dessus.
_Fanchon._ Hé! de grâce, ma cousine, puisque nous y sommes, achevez, et faites que je vous aye l’obligation entière.
_Susanne._ Apprens donc qu’il y a cent mille délices en amour qui précèdent la conclusion, et lesquelles on ne peut autrement gouster que dans leur temps, avec loisir et attention, car autre chose est le baiser que l’attouchement, et le regard que la jouissance parfaite. Chacun de ces quatre a ses différences ou divisions particulières. Il y a premièrement le baiser du sein et de la bouche et des yeux, bref de tout le visage; il y a le baiser mordant, qui se fait par l’attouchement et impression des dents dedans la chair; le baiser de la langue, qui est le plus suave, et le baiser des autres parties du corps, selon que la fantaisie amoureuse, qui n’a point de bornes, est capable d’emporter la raison; et chacun de ces baisers a ses goûts différents et qui sont capables d’amuser longtemps par la nouveauté et douceur qui s’y rencontrent. Pour l’attouchement, il est divisé selon la division des membres et ses plaisirs sont aussi différents. Le téton ferme et rebondi remplit agréablement la main et fait aussitost dresser le vit par imagination d’autre délices; du téton l’on vient aux cuisses, et l’on gouste un autre plaisir à sentir deux colonnes d’albâtre, vives et charnues, quand la main se pourmeine autour. Bref, la main va agissant par tout: tantost sur le ventre plein et arrondy, tantost sur la motte velue, qu’elle empoigne et tire par les poils, fouillant et farfouillant des doigts à l’entrée du con, en faisant entr’ouvrir les deux lèvres de nature avec des émotions vives et ardentes, et de là faisant le tour par les hanches, elle est emportée sur les fesses, qui sont d’aimant pour elle et qui l’attirent avec tant de vertu que l’on voit le membre amoureux se tendre roidement vers le centre velu qui l’attire. Ce membre aussi a ses plaisirs particuliers d’attouchement et se plaît d’estre logé tantost dans la main de la dame, tantost entre les cuisses, tantost entre les fesses et tantost entre les mamelles. Si tu sçavois quel plaisir que c’est, quand un corps nud se vautre sur un autre et que les bras, les jambes, les cuisses sont entrelacés les uns parmy les autres d’une douce estrainte, à la façon des anguilles, tu ne voudrois jamais faire autre chose. Pour les regards amoureux, il n’y a rien si plaisant à considérer qu’un beau corps en la personne aymée, la structure de ses membres, ses postures et ses dispositions lascives; il n’y a rien qui excite davantage au plaisir, autant à voir qu’à estre veu; toutes les passions s’expriment par là, et l’âme se donne entièrement à connoistre en furetant les lieux qui luy sont plus plaisants à voir. A ceste heure, la joye est si grande de regarder aux yeux de la personne aymée et de luy faire cependant quelque lasciveté au corps, dont elle soit honteuse ou esmue de quelque autre passion, qu’il n’y a langue humaine qui le puisse dignement exprimer. Quelle joye aussi de se montrer nud aux yeux de ce qu’on ayme, et de plus, luy causer ainsi d’abord de l’estonnement et de la confusion par un spectacle qui ne luy doit donner par après que du ravissement. La jouissance vient ensuite dans son rang, comme la dernière, et elle doibt donner lieu et temps que ces premières se soyent passées auparavant, car après elle les autres n’ont presque plus de goust ny de pointe, et elles luy doivent toujours servir d’avantcoureurs. Or cette jouissance dernière comprend et surpasse tous les autres plaisirs, et a ses façons particulières de mettre le vit au con, qui sont de plusieurs sortes: dans le glissement d’un vit dans un con large ou estroit (et il est toujours plus plaisant qu’il soit trop estroit que trop large), dans la considération du temps et des lieux, dans le mouvement prompt ou tardif, dans les delays qu’on prend pour descharger, dans la quantité de la liqueur que l’on répand, dans les accolades et embrassements. Et parmy tout cela, depuis le premier moment qu’on a commencé à baiser, regarder, toucher et enconner, jusques à l’entier accomplissement de l’œuvre, il faut donner place et entremesler cent mille mignardises et agréments: jalousies et petits mots, lascivetés, pudeurs, frétillements, douceurs, violences douces, querelles, demandes, responses, remuements de fesses, coups de main, langueurs, plaintes, soupirs, fureurs, action, passion, gesticulation, souplesse de corps et instruction d’amour, commandements, prières, obéissance, refus, et une infinité d’autres douceurs qui ne peuvent pas être pratiquées en un moment (48). Voilà ce que je t’avois à dire là dessus, ma cousine; or regarde donc maintenant si toutes ces sortes de douceurs et caresses ne sont pas douces à supporter et si je n’ay pas occasion de me louer de ma bonne fortune qui m’a procuré un amy qui en sçait si bien user dans le temps et qui est si raisonnable d’ailleurs.
_Fanchon._ Certainement je reconnois que c’est un art bien difficile à apprendre que celui-là, ma cousine, et il y auroit bien encore plus de choses à dire, ce me semble, si l’on demandoit les raisons particulières de chaque point.
_Susanne._ Vrayement il ne faut pas que tu doutes qu’on n’y puisse adjouster, et quand je te reverray, j’espère bien de t’en raconter davantage. Mais parlons encore de mon amy; à propos, que t’en semble, encore une fois?
_Fanchon._ Je vous dis que vous estes bien heureuse, ma cousine, et que vostre mérite aussi vous rend digne en partie du bien qu’il vous fait recevoir.
(49) _Susanne._ Point du tout, mon cœur, car mon mérite ne le rend point sage comme il est. Tu ne sçaurois croire au reste la discrétion qu’il a pour moy: quand nous sommes devant le monde, il n’oseroit presque me regarder, par respect, et il semble qu’il n’auroit pas la hardiesse de baiser le bas de ma robe, tant il a peur de m’offenser, et cependant, il faut advouer qu’il sçait si bien bannir le respect quand il est temps, qu’il n’y a sorte de mignardises et de lascivetés qu’il ne commette et ne fasse commettre, pour me donner du plaisir et à tous deux du contentement.
_Fanchon._ Eh! paix!
_Susanne._ Qu’y a-t-il donc?
_Fanchon._ Ah! ma cousine, le cœur me bat, et j’entends Robinet qui vient icy.
_Susanne._ Eh! tant mieux! réjouis-toi; de quoy as-tu peur? Que je porte desjà d’envie à ton bonheur et au plaisir que tu vas recevoir. Cependant rasseure-toy toujours un petit et te dispose à luy faire bonne chère de tes faveurs; je m’en vais au devant de luy pour le recevoir. Tandis que tu l’attendras sur le lict, feignant de travailler à ton ouvrage, je lui conteray comment il se doibt comporter, afin que tu ne sois pas surprise. Adieu.
_Fanchon._ Adieu, ma chère cousine, je me recommande bien à vous.
FIN DU PREMIER DIALOGUE.
ADVERTISSEMENT AUX DAMES
_Mes belles dames, il y aura encore quelque chose à profiter icy pour vous, et après avoir contenté les plus pressées dans le précédent discours, vous verrez que ce dialogue icy ne mérite pas moins de porter le titre, sur la fin, de_ la Philosophie des Dames, _pour les belles et rares difficultés qui y sont expliquées, que celuy qu’il continue de porter, de_ l’Escole des Filles. _Je ne doute point, mes dames, que vous ne soyez assez bien instruites à toutes les mignardises et délicatesses de l’amour, et que vous ne sçachiez mettre en pratique, encore mieux que l’on ne sçauroit dire, tout ce que l’art et la nature ont inventé de plus ingénieux pour les rendre plus désirables. Mais il y en a toujours quelques unes entre vous qui font déshonneur à leur sexe, et c’est une honte de les voir ainsi belles, grandes et bien formées qu’elles sont, néanmoins, pour avoir esté mal instruites, après plusieurs années d’escole et d’apprentissage, se tenir immobiles au lict comme des souches aux plus vifs attouchements, ne respondre que froidement aux plus chaudes caresses qui leur sont faites, et n’avoir pas l’esprit de dire seulement ce qu’elles sentent. La faute vient sans doute de ce qu’elles n’ont pas eu la théorie avant la practique, et elles méritent pour cela d’estre renvoyées à l’Escole, pour y apprendre les commencements avec les filles. Pour vous, mes dames, qui estes montées jusques à la première classe et qui estes passées maistresses dans ceste Escole, et qui sçavez les moyens, quand il vous plaist, pour enyvrer un amant de vos moindres faveurs et luy faire sentir mille morts délicieuses avant qu’il soit venu jusques à la dernière, c’est à vous que je dédie ces hauts raisonnements, tirés de la plus subtile doctrine de l’amour. Ils ne sont pas indignes de vostre attention, et vous y trouverez infailliblement des nouveautés qui occuperont vostre esprit à les lire et à les examiner, pour peu que vous incliniez aux belles choses. J’ose mesme croire, mes dames, que vous en ferez vostre profit, comme j’ay dit, et que dans vos esbats particuliers, ayant l’imagination remplie de ces agréables idées, ceux qui auront l’honneur de vous posséder prenant part à vos pensées, vous unirez vos corps par de plus douces estraintes et ferez des embrassements plus mols et plus voluptueux, à vostre grande satisfaction._
L’ESCOLE DES FILLES
OU
LA PHILOSOPHIE DES DAMES
SECOND DIALOGUE
SUSANNE ET FANCHON, personnages.
_Susanne._ A ceste heure que nous voylà seules, conte-moy comment il va depuis le temps que je ne t’ay point vue.
(1) _Fanchon._ Fort bien, ma cousine, dont je vous rends grâces, et en dépit de ma bonne bigotte de mère qui m’avoit tant de fois preschée de fuir les garçons, disant qu’ils ne valoient rien et qu’ils trompoient les filles, car je vous asseure que celuy que j’ay ne m’a pas encore trompée.
_Susanne._ Ho! ho! vrayement, il n’auroit guère de cœur et il faudroit qu’il fust bien malheureux pour en user de la sorte. Mais tu n’es pas faschée de luy avoir permis ce que tu sçais, à ce que je me puis imaginer?
_Fanchon._ Non, aussi vray, ma cousine, tant s’en faut; et si c’estoit à recommencer, je le ferois de bon cœur, sçachant ce que je sçay, car je vous asseure que c’est un grand soulagement d’estre aimée, et je trouve, pour moy, que je m’en trouve mieux de la moitié depuis que je me suis appliqué la peau d’un garçon dessus.
_Susanne._ Tu en es seulement plus gaillarde à te voir comme tu es, et tu me portes la mine d’estre un jour bien fine et rusée à ce jeu.
_Fanchon._ Ma cousine, ce n’est rien que cela, et j’apprends tous les jours. On est un peu honteuse au commencement, parce qu’on n’a pas accoutumé de le faire, mais, à la fin, je mettray soubs pieds toute honte, car mon amy m’apprend peu à peu à n’en point avoir. Il dit qu’il me veut rendre une des plus habiles filles qui soient capables de donner du contentement aux hommes.
_Susanne._ O bien! il faut espérer cela de son amitié et de ton bon naturel. Or, pour t’y porter encore plus, il faut considérer l’avantage que tu as sur les autres filles, d’avoir un si grand plaisir qu’elles n’ont point, et t’ouvrir d’ores en avant l’esprit, pour en faire un petit commerce et considérer les raisons qu’il y a d’en user ainsi.
(2) _Fanchon._ Ma cousine, cela est estrange: depuis que Robinet a couché avec moy et que j’ay veu et senty les choses, en examinant les raisons, tout ce que m’a dit par cy devant ma mère ne me paroist plus que sottises et des contes pour amuser les petits enfants. Comment, il semble que l’on ne soit garçon et fille que pour cela, et l’on ne commence de vivre au monde que depuis que l’on sçait ce que c’est et que l’on en a gousté, et tout ce que les garçons et filles font, tout ce qu’ils pensent, tout ce qu’ils disent, il semble qu’il ne doive aboutir que là, quelle hypocrisie donc et quelle rigueur à ceux qui le veulent empescher! Je n’estois bonne auparavant qu’à filer et me taire, et à présent je suis bonne à tout ce que l’on voudra. Quand je parle maintenant avec ma mère, je me fonde en raisons et je discours comme si c’estoit une autre, au lieu qu’autrefois je n’osois desserrer les dents. Pour ce qui est de cela, l’esprit commence à me venir, et je mets mon nez dans les affaires où à peine aurois-je pu rien connoistre auparavant, et quand ma mère y trouve à redire, je luy responds bravement et luy fais voir son bec jaune; enfin, elle est tout estonnée de me veoir et conçoit de là une meilleure opinion de moy.
_Susanne._ Et cependant elle n’a rien descouvert de vos affaires?
_Fanchon._ Non, point du tout. O! qu’elle n’a garde, vrayement; j’y donne trop bon ordre.
_Susanne._ Mais en quel état sont-elles à présent?
_Fanchon._ Très-bien, ma cousine, excepté seulement que Robinet ne me vient pas veoir si souvent que je le voudrois bien.
_Susanne._ Tu es donc bien accoutumée avec luy, à ce que je vois?
_Fanchon._ O! qu’ouy vrayement, nous sommes en la meilleure intelligence du monde.
_Susanne._ Et n’as-tu pas eu un peu de peine auparavant, et n’as-tu pas trouvé estrange du commencement de ses façons de faire?