L'escole des filles réimpression complète du texte original sur la contrefaçon hollandaise de 1668

Part 3

Chapter 34,089 wordsPublic domain

(20) _Susanne._ Premièrement, tu doibs sçavoir que cest engin du garçon a une peau par dessus, douillette et unie, qui donne du plaisir à la fille quand elle y touche avec la main. Il est dur et plein de nerfs par dedans, et l’on sent cela par dessous la peau, qui est mouvante, en le frottant haut et bas, fors et excepté devers la teste, qui est composée d’une glande de chair tendre et délicate et qui ressemble proprement, comme j’ay dit, un gros bigarreau rouge. Par dessous et le long de cet engin, il y a un tuyau qui paroist enflé comme une grosse veine et qui aboutit à la teste, là où il y a une petite fente en long, comme d’un coup de lancette, et qui est tournée de mesme sens comme celle du con. Pour la fille, je ne sçais comment elle est faite, mais on dit qu’elle a un engin par dedans, fait comme celui du garçon. Or voicy ce qui arrive quand la fille reçoit le vit au con (c’est le mot): la peau du vit rebourse, qui ne peut entrer, et le membre coule par dedans toute la teste; le garçon cependant pousse tousjours avec le cul le membre, qui est pressé parce qu’il est trop gros, dans le conduit de la fille; cela fait que la peau qui le couvroit, et qui ne luy a descouvert que la teste, vient à frotter par dessous contre le tuyau que j’ay dit. A mesure qu’il pousse et retire le cul pour le faire entrer, la fille aussi, qui résiste, sent le frottement, et celuy que la peau et l’engin du garçon luy font dans son conduit, tout cela leur ameine du plaisir, avec les autres caresses qu’ils se font. Enfin, à force de frotter et de remuer le cul de part et d’autre, il arrive que tous deux viennent à s’eschauffer d’aise par une petite démangeaison et chatouillement qui leur vient le long de leurs conduits. Le garçon en avertit la fille et elle le garçon; cela les oblige à frotter plus fort et à remuer plus viste les fesses. Le chatouillement cependant s’augmente toujours, et, par conséquent, le plaisir, lequel enfin devient si grand petit à petit, qu’ils en soupirent d’aise et ne peuvent parler que par eslans; ils clignottent des yeux, et semblent expirer en s’embrassant de plus fort en plus fort. Alors le chatouillement les saisit de telle sorte que l’on les voit pasmer d’aise et à petites secousses (21) à mesure qu’ils viennent à descharger par les conduits ce qui les chatouilloit si fort, qui est une liqueur blanche et espaisse comme bouillie, qu’ils rendent tous deux l’un dans l’autre, avec un délice qui ne se peut exprimer.

_Fanchon._ Il faut, ma cousine, que ce plaisir soit bien furieux, puisqu’il les fait tant oublier de ce qu’ils sont. Mais qu’arrive-t-il par après?

(22) _Susanne._ Rien davantage. Tous deux sont contents pour ce coup, et le vit, qui estoit droit auparavant, sort du con tout lasche et abattu.

_Fanchon._ Cela est estrange, et ne leur prend-il point envie de recommencer?

_Susanne._ Quelquefois, quand, à force de baisers et d’attouchements, le vit se dresse, ou que la fille vient à le redresser avec la main, car alors, ils le remettent encore une fois dedans et esprouvent le même plaisir.

_Fanchon._ Comment, s’il estoit abattu, une fille le pourroit-elle bien redresser?

_Susanne._ Ouy dea, avec la main, en le frottant doucement, et si tu savois les vertus (23) de la main de la fille, et combien elle a de pouvoir à donner du plaisir aux garçons, tu en serois esmerveillée.

_Fanchon._ De grace donc, ma cousine, dites-moy comment et en quelle rencontre cela arrive.

_Susanne._ Voicy comment il arrive: quelquefois que le garçon et la fille sont seuls dans une chambre ou dans un jardin, il n’importe point où, et s’entretiennent de choses indifférentes, le plus souvent ils ne pensent point à se faire bien aises ny à se donner du plaisir, à cause de quelque autre soucy qu’ils auroient en tête, et le garçon voudroit seulement baiser une fois la fille avant de s’en aller, comme par manière d’acquit. La fille qui est faite à cela, si tost qu’elle sent la bouche du garçon contre la sienne, vient à pousser petit à petit sa langue en pointe dedans, et la fait frétiller contre ses lèvres avec un grand ragoust; que cela met en humeur le garçon, qui la prie de recommencer. Alors, la fille peut prendre un autre plaisir, qui plaist aussi encore au garçon, et ayant regardé tout autour d’elle si personne ne la voit, elle met la langue aussitost dans la bouche du garçon (24). Tandis qu’elle luy fait cela, elle le baise, coulant sa main sur son engin, qu’elle prend dans la braguette, et quand elle l’a patiné quelque temps, de mol qu’il estoit auparavant, elle le fait devenir dur comme un baston. Et on ne sçauroit dire pourtant comme cela se fait ny par quelle vertu, car elle le frotte seulement deux ou trois fois par dessus la peau, et le garçon qui sent cela ne sçauroit s’empescher de dresser, quand il voudroit. Et comme il faut que tout se fasse par ordre et dans les règles du plaisir, et que la fille est assez bien instruite à cela, si tost qu’elle l’a fait ainsi droit, elle le retire hors de la braguette, et le regarde et luy donne une petite secousse pour l’achever, et puis le laisse ainsi tendu en estat, pour s’en servir en après.

_Fanchon._ Ho! ho! je ne pourrois retenir tout cela, et faut-il, ma cousine, qu’une fille sçache toutes ces choses?

_Susanne._ Et bien d’autres encore; ce n’est pas là tout, et quand elle a demeuré quelques temps ainsi, elle essaye un autre plaisir pour faire encore au garçon.

_Fanchon._ Encore!

(25) _Susanne._ Ouy, encore; elle lui met la main sur les ballottes qu’il a au-dessous de cest engin et les soulève mignardement en les passant et repassant doucement entre les doigts, et quand elle a fait en cest endroit, elle lui vient manier les fesses et les cuisses, en gravonnant entre ses poils, revient à luy branler l’engin, en sorte que la teste, qui est tout en sueur, s’allonge et redresse et ressemble un qui voudroit vomir et qui ne peut. Mais le garçon ne sent aucune douleur de cela, au contraire: il est si ayse qu’il ne peut parler; il pousse le cul en avant, pour que la fille luy fasse toujours; il obéit à tout ce qu’elle veut et semble qu’il escoute tout ce qu’elle luy fait, et à voir comme son visage est attentif à toutes les caresses qu’elle lui départ de sa main, il semble qu’elle le gratte bien où il luy démange et qu’il n’a point d’autre soucy au monde que celui-là. Mais par après, quand il se voit chevauché par elle qu’il devroit chevaucher luy mesme, ô dame, c’est alors qu’il est bien plus ayse, et que cela luy est presque aussi doux à supporter que comme s’il deschargeoit continuellement.

(26) _Fanchon._ Certes, voilà bien des sortes de plaisirs, et je ne sçais si je pourray bien retenir tout. Et comment fait donc la fille, ma cousine, pour chevaucher le garçon quand il est si ayse?

_Susanne._ C’est alors qu’il se couche à la renverse, et que la fille monte dessus et se remue dessus luy.

_Fanchon._ Ho! ho! voilà encore une autre façon, et l’on fait donc ce doux jeu en bien des postures?

_Susanne._ De plus de cent, vois-tu, et l’on y prend plaisir à toutes, mais tu le sçauras plus à loisir.

_Fanchon._ Et pourquoy le garçon a-t-il plus de plaisir quand il est chevauché de la fille, que quand il chevauche?

_Susanne._ C’est qu’il dit qu’il luy est bien obligé de tant de peine qu’elle prend, et qu’il juge mieux par là de sa bonne volonté; et il dit qu’il se veut soumettre à elle par humilité et qu’il n’est pas digne de prendre le dessus, et la fille, qui est pleine de reconnaissance, elle fait un grand effort sur son courage.

_Fanchon._ Aussi vrayement elle le doibt, car voilà une grande civilité du garçon.

_Susanne._ Et qui est continuée jusqu’à la fin, car il ne se remue en façon du monde et luy laisse faire à elle ce qu’elle veut, qui n’y a pas moins de plaisir cependant que luy.

_Fanchon._ Cela estant, ma cousine, il me semble que la peine qu’elle prend luy doit estre bien agréable, car vous m’avez mise tout en humeur à vous entendre seulement dire qu’elle se remue ainsi sur le garçon.

_Susanne._ J’ay bien encore une autre raison que celle-là, mais j’attendray à la dire jusqu’à ce que tu sois mieux instruite des choses que tu doibs sçavoir auparavant.

_Fanchon._ Grand mercy, ma cousine, vous aurez la bonté donc de me l’apprendre. Cependant, puisque nous sommes en discours, dites-moy pourquoy, la pluspart des nuicts, je sens des démangeaisons en cet endroit (à sçavoir au con) qui ne me laissent presque point dormir. Je me tourne, je me vire d’un côté et d’autre, sans que, cela se puisse appaiser. Qu’est-ce qu’il me faudroit alors?

(27) _Susanne._ Il te faudroit un bon gros vit nerveux, et le fourrer dedans ta nature pour y faire le doux nectar qui appaiseroit ta chaleur. Mais, à faute de cela, quand cela te adviendra, il faut le frotter avec le doigt quelque temps; après tu sentiras le plaisir de la descharge.

_Fanchon._ Avec le doigt! est-il possible?

_Susanne._ Ouy, avec le doigt du milieu, en faisant sur le bord comme cela.

_Fanchon._ Certes, je ne l’oublieray pas. Mais, à propos, ma cousine, ne m’avez-vous pas dit que vous avez ce plaisir quelquefois?

_Susanne._ Ouy dea, quand je veux, et c’est un garçon que j’aime bien qui me le donne.

_Fanchon._ Vrayement, je le pense, et il faut bien qu’il soit vray que vous l’aimiez, car vous dites qu’il ne se peut autrement; mais que je suis esmerveillée! et cela vous fait-il donc bien ayse?

_Susanne._ Si ayse que je n’en puis plus.

_Fanchon._ Et comment ferois-je pour en avoir un qui m’en fist autant?

(28) _Susanne._ Il en faut prendre un qui t’aime bien, qui soit discret et qui n’en dise mot à personne.

_Fanchon._ Et qui pourrois-je prendre, à vostre avis, qui fust propre à cela?

_Susanne._ Pour moy, je ne sçay, je n’en connois point de plus propre que le jeune Robinet, car il t’aime bien et de plus il est beau et de bonne grâce. Et je l’ay veu une fois baigner en la rivière, où je fus tout esmerveillée, parce qu’il a une belle chair blanche, ni trop grasse ni trop maigre; il a les cuisses grosses et nerveuses, et les reins forts et larges, avec un grand et puissant engin par devant, cotonné d’un poil follet, et toutes ces bonnes qualitez contribuent beaucoup au plaisir de la fille.

(29) _Fanchon._ Mon cœur, je tremble, je ne sçay pourquoy, quand je suis si proche à me porter à cela; mais, ma cousine, n’y a-t-il point de mal à le faire?

_Susanne._ Et quel mal y auroit-il, sotte? regarde comme je suis.

_Fanchon._ Mais cela n’est-il donc point défendu?

_Susanne._ Pourquoy défendu, m’amour? il y a tant de plaisir! et puis l’on n’en sçaura rien, car qui est-ce qui le diroit? Je me fie bien à toy, ne te fieras-tu pas bien à moy? A ceste heure, Robinet n’aura garde de l’aller dire, parce qu’il est discret; outre que s’il l’avoit dit, il y perdroit autant que toy, car il ne te verroit plus, et on ne feroit plus compte de luy parmy la ville.

(30) _Fanchon._ Quel malheur! Mais quand on est marié (quand j’y pense), un mary ne fait-il pas donc moins cela à sa femme, et s’il venoit à reconnoistre qu’un autre luy eust desjà fait?

_Susanne._ Tu n’as que faire de craindre, car quand cela t’arriveroit, je te donneray un secret pour qu’il n’y paroisse plus.

(31) _Fanchon._ Mais y a-t-il d’autres filles qui le fassent aussi? car elles n’oseroient, et puis si on venoit à le sçavoir, on ne les marieroit plus par après.

_Susanne._ On n’a garde, m’amie, de le sçavoir, puisqu’elles le font en cachette, et on ne le sçait non plus d’elles que l’on le sçaura de toy, ou de moy aussi. Vrayement, il y a plus de la moitié qui le font, et si par hazard les parents viennent à le sçavoir de quelqu’une, ils n’en disent mot à personne, et ne laissent pas cependant de la marier à quelqu’un qui n’en sçait rien.

_Fanchon._ Et Dieu qui sçait tout?

(32) _Susanne._ Dieu qui sçait tout ne le viendra pas dire et ne descouvre rien aux autres. Et puis, à bien dire, ce n’est qu’une petite peccatille que la jalousie des hommes a introduite au monde, à cause qu’ils veulent des femmes qui ne soyent qu’à eux seuls; et croy-moy d’une chose, que si les femmes gouvernoyent aussi bien les églises comme font les hommes, elles auroient bien ordonné tout au rebours.

(33) _Fanchon._ Les hommes pourtant, à ce qu’il me souvient avoir entendu dire à ma mère, ne laissent pas de dire qu’ils font mal comme nous, et s’ils avoient estably cette loy, comme vous dites, ils ne l’auroient point establie contre eux-mesmes.

_Susanne._ C’est pour abuser d’autant plus qu’ils en ont fait. Car s’ils ne s’estoient pas soubmis à ceste loy qu’ils ont inventée, les femmes auroient dit: Ho! ho! et pourquoy ferons-nous mal là où les hommes n’en font point? Mais cependant ils n’ont pas laissé de se tirer de pair par une autre raison: c’est qu’ils disent que devant Dieu ce péché est un péché comme les autres; c’est pourquoy ils font tout de mesme et sans crainte d’estre punis, non plus que s’ils avoient mangé des œufs en carême (34). Mais, pour les femmes, ils y ont attaché un certain point d’honneur, afin de les tenir toujours en crainte devant eux, et une note d’infamie à celles qui contreviendroient aux lois de cet honneur, laquelle les prive (quand on le sçait) de plusieurs avantages qui sont parmy elles.

_Fanchon._ Quand on ne le sçait pas?

_Susanne._ Elles sont aussi honnestes que les autres.

_Fanchon._ Tellement donc qu’il n’y a que la croyance qu’on a de leur honnesteté qui les rende honnestes?

_Susanne._ Non certes, et il vaudroit mieux pour elles qu’elles eussent ce plaisir et que l’on n’en sçeut rien, car elles seroient aussi honnestes que si elles ne l’estoient point et qu’on vînt à se l’imaginer. Car il faut que tu sçaches encore qu’il y en a qui sont si malheureuses que l’on croit d’elles ce qui n’est point, et c’est le pis qui leur peut arriver que cela. C’est pourquoy, si j’estois d’elles, et que je visse que je ne pusse oster cette croyance du monde, je voudrois du moins la rendre véritable en effect et prendre un plaisir qui ne me cousteroit rien et dont il ne me sçauroit arriver pire, outre que j’empescherois que tant de monde, par un faux et mauvais jugement, fussent damnés, car il n’y a que l’opinion qui fait le mal.

_Fanchon._ Vrayement, c’est bien raisonné, et faire toujours le bien contre le mal. Et cela estant, si j’estois une fille comme vous dites, je n’en ferois pas moins pour esteindre la mesdisance, mais le meilleur à tout cela, comme vous avez desjà dit, c’est de se comporter si bien que l’on vienne à n’en sçavoir rien.

(35) _Susanne._ Dame ouy, et cela n’est point mal aysé quand on a un amy qui est discret et qui ne se vante de rien, et quand tu auras un peu accoutumée cette vie, tu auras un plaisir non pareil. Quant au reste des filles, tu en verras cent à l’église, dans les rues, dans les compagnies, qui passeront pour honestes, desquelles tu te mocqueras impunément, d’autant qu’elles n’auront garde de s’aller imaginer cela de toy. Tu passeras devant elles, selon ta condition, ne parlant que de choses bonnes et honestes; tu seras louée et estimée de chacun, car la connoissance intérieure de ce que tu auras expérimenté en cachette te donnera une certaine petite joye et suffisance de toy-mesme qui te rendra plus hardie en compagnie et mieux disante; d’où vient que l’on te préférera aux autres filles qui sont pour la pluspart honteuses et stupides. Et il ne se peut faire qu’à la fin, parmy tous ceux qui t’aimeront (envers lesquels tu useras toujours d’une petite sévérité honeste), il n’y en ayt quelqu’un qui donne dans le panneau pour t’épouser. Cependant tu verras ton amy indifféremment aux lieux publics et l’entretiendras sans scrupule, goustant avec luy la douce satisfaction de tromper tant de gens, et le bon de tout cela est qu’après que tu auras bien employé la journée à causer et discourir, et que tu te seras mise en humeur par les contes et bonnes chères qu’on t’aura faites, te mocquant en ton âme de la sottise de tes compagnes qui emploient si mal la nuict toutes seules, tu la viendras passer amoureusement entre les bras d’un amy qui la passera aussi doucement que toy et fera tous ses efforts de nature pour tascher de satisfaire ta passion.

(36) _Fanchon._ Certes, vous estes bien heureuse, ma cousine, à ce que je voy, et il me tarde bien desjà que je n’aye commencé de faire comme vous. Mais comment est-ce que je m’y doibs gouverner, car je ne le sçay pas et j’ay besoin de vostre courtoisie et conseil, et si vous ne m’assistez, je sens bien que je ne feray rien de ce que j’ay le plus à cœur.

_Susanne._ Hé bien! voions; mais pour qui est-ce que tu aurois le plus d’inclination?

_Fanchon._ Pour Robinet, n’en faut point mentir.

_Susanne._ Il faut donc s’arrester à luy et le prendre; il a toutes les qualitez d’un honeste homme.

_Fanchon._ Mais comment faire cela? je n’ai pas la hardiesse de le luy demander.

_Susanne._ Hé bien! je luy diray pour toy ce qu’il faudra; tu n’auras qu’à le laisser faire. Mais sur tout, quand vous serez ensemble une fois, avisez bien aux moiens de vous revoir souvent, car ce plaisir est si attachant de soy que depuis qu’on en a gousté on ne s’en pourroit plus passer par après.

_Fanchon._ J’entends bien, et quand est-ce que nous commencerons?

_Susanne._ Le plus tost que faire se pourra. Robinet ne viendra-t-il point te voir aujourd’huy?

_Fanchon._ Je l’attends, ma cousine, et voicy tantost son heure.

_Susanne._ Sans différer davantage, il faut le prendre en arrivant. Tu ne sçaurois trouver une plus belle occasion que celle-là. Ta mère est aux champs et ne reviendra qu’à ce soir, et il n’y a que la servante au logis. Pour elle, on trouvera bien moyen de l’employer à quelque chose, et quand Robinet viendra je luy parleray de toy ce qu’il faut et puis je m’en iray, et si quelqu’un te viendra demander, tu feras dire que tu n’y es pas: Voilà un lict qui est tout propre à vostre besoigne, et si l’on le trouvoit gasté, tu diras que tu t’es couchée dessus. Tu ne mentiras pas, car, si tost qu’il sera venu, il ne manquera pas de t’y adjuster d’une façon ou d’autre.

_Fanchon._ Mon cœur, je tremble. Et quand j’y seray, le laisseray-je faire, ma cousine?

_Susanne._ Vrayement ouy, il le faut laisser faire; il te mettra son engin dans le tien et te fera bien ayse.

_Fanchon._ Et cependant n’y aura-t-il plus rien à faire après cela, et ce plaisir me viendra-t-il comme à vous?

_Susanne._ Ne te l’ay-je pas desjà dit? tu n’auras à faire que ce qu’il t’enseignera.

_Fanchon._ Je vous demande pardon, ma cousine, c’est que je suis ignorante. Mais en attendant qu’il viendra, dites-moy un peu, je vous prie, comme vostre amy vous fait quand vous estes couchés ensemble, afin que je ne sois pas si novice quand le mien me voudra faire de mesme.

(37) _Susanne._ Volontiers pour cela. Tu dois savoir que le plaisir de mettre le vit au con est accompagné de cent caresses et assaisonnements en amour qui le font trouver meilleur. Une fois entre autres, mon amy m’en fit esprouver en une nuict la plus grande partie; je ne le vis jamais tant en humeur qu’il estoit ceste nuit-là.

_Fanchon._ Mais quand il vous approche, comment vous dit-il, comment vous fait-il?

(38) _Susanne._ Voicy à peu près la façon qu’il est accoustumé d’en user. Premièrement, il me vient voir la nuict, quand tout le monde est couché, par un petit escalier desrobé, et me trouve le plus souvent au lict, que je suis couchée et quelquefois endormie. Lors, sans perdre de temps, il se déshabille et met la chandelle allumée au chevet du lict, et cela fait, il se couche tout de son long à costé de moy. Quand il a esté un peu de temps à se réchauffer, il s’avise et commence à me dire: Dormez-vous, m’amie?—et allongeant une main sur mon estomach:—Je suis si fatigué d’aujourdhuy que je ne me saurois remuer. Et tout disant cela il me conte sa douleur, et me met la main sur le sein, et en me maniant les tétons à gogo, me conte tout ce qu’il a fait le long de la journée. Cependant il manie toujours mes mamelles, et quand il a fait à l’une il vient à l’autre et puis à toutes deux, et me dit quelquefois:—Que je suis heureux, m’amie, d’avoir un tel ordinaire. Lors je le sens qui se tourne sur le côté et qu’il prend la fantaisie, et je lui dis quelquefois:—Mon cœur, mon amy, je dormirois bien, laisse-moy. Et lui, sans faire semblant de m’entendre, me met la main sur le ventre, et quand il trouve la chemise, il la lève et m’appuye la main sur la motte qu’il pince et frise quelque temps avec les doigts. Après, il met sa bouche sur la mienne et me coule la langue dedans, et puis il vient me toucher les fesses et les cuisses, et de là il retourne au ventre, et tantost me succe une des mamelles. Et pour se donner au cœur joye, parce qu’il est bien ayse de voir, il esloigne le drap et la couverture, et quand ma chemise l’empesche il me la fait oster et me regarde partout avec la chandelle. Après, il me fait empoigner son chose, qu’il a roide, et quelquefois me prend à force de corps et me fait rouler sur luy, tantost dessus, tantost dessous, et me fait toucher son engin, ores entre les cuisses, ores entre les fesses, et de là revient à me baiser la bouche et les yeux, m’appelant son cœur et son âme. Ensuite de cela, il me monte dessus, et en me faisant entrer son gros vit bandé au con, il me chevauche jusqu’à ce que son foutre me coule au fond de la matrice.

_Fanchon._ Comment dites-vous l’autre mot que chevaucher? il ne m’en souvient plus.

_Susanne._ C’est à dire qu’il me fout.

_Fanchon._ Vous en estes donc bien ayse?

(39) _Susanne._ Je te laisse à penser! Or, il y a diverses manières de mettre cest engin-là dans l’autre, ainsi que je l’ay esprouvé avec luy, car tantost il me fait dessoubs, tantost dessus, tantost de costé, tantost de travers, tantost à genoux par devant, et par derrière comme si je prenois un lavement, tantost debout, tantost assise. Quelquefois, quand il est pressé, il me jette sur une forme, sur une chaise, sur un matelas ou au premier endroit qu’il rencontre. Et à toutes les sortes de façons il y a un plaisir différent, car son chose entre plus ou moins et est disposé autrement dans le mien selon les postures qu’il me fait tenir. La peine n’est pas aussi toujours mal plaisante à cela, et c’est ce qui nous donne plus d’envie à faire. Quelquefois que nous nous voyons de jour et que nous sommes seuls, il me fait baisser la tête sur une forme avec les mains, et me retrousse ma robe par derrière jusques par dessus ma tête. En cest estat, il a tout loisir de voir et considérer, et de peur que nous ne soyons surpris, il n’abaisse point son haut de chausse, mais tire son engin par la braguette, qu’il me vient montrer, et puis va escouter tout doucement à la porte s’il n’y a personne, et cela fait, il me fait signe du doigt que je ne bouge et puis il s’en vient à moy et m’enconne brusquement par dessoubs les fesses. Eh bien! il m’a juré cent fois qu’il avoit plus de plaisir de me le faire ainsi à la desrobbée qu’autrement.

_Fanchon._ Certes, il faut qu’il y ait bien du plaisir, ma cousine, puis qu’il y a tant de façons, car je m’imagine desjà bien toutes celles que vous me venez de dire, et puisque c’est seulement chercher à mettre un vit dans un con en diverses manières pour le plaisir que l’on y trouve, il me semble que j’en aurois bien tost imaginé d’autres que celles que vous avez dites, puisqu’il n’y a personne qui n’en puisse imaginer de nouvelles en la fantaisie. Mais il n’est pas question à ceste heure de cela. Je voudrois seulement sçavoir comment vous passastes ceste nuict avec votre amy, dans laquelle vous eustes avec luy tant de sortes de plaisirs.