L'escole des filles réimpression complète du texte original sur la contrefaçon hollandaise de 1668

Part 2

Chapter 23,657 wordsPublic domain

89. Paragon de la beauté masle et vigoureuse de l’homme à la beauté molle et délicate de la femme, et suite de la dernière description.

90. Convenances nécessaires à garder aux deux amants sus dits dans le temps de l’accouplement pour rendre leur plaisir parfait, avec une exhortation pour les suivre, et les filles qui voudront s’instruire prendront ainsy la peine de lire cecy, s’il leur plaist.

91. Réflexion morale et civile sur la malice et l’ignorance de ce siècle, qui condamne les plaisirs d’amour ouvertement et les approuve en secret, avec la conclusion finale de cet œuvre par deux ou trois petites questions qui ne sont pas hors de propos.

92. Qui sont les personnes les plus habiles à traiter l’amour, les hommes ou les filles, et d’où naissent les différents appétits des hommes sur ce sujet.

93. Qu’il fait mauvais se jouer aux filles, et pourquoy.

94. Conseil pour s’adresser aux femmes mariées.

95. Dernier conseil aux filles pour se marier, pour faire l’amour plus commodément, et le plaisir qu’il y a d’avoir un amy et un mary tout ensemble.

96. Résolution du mariage sur ce sujet.

FIN DE LA TABLE.

_Icy l’auteur fait une excuse très humble aux filles de ce qu’il se sert plus souvent des mots de_ foutre _et_ chevaucher _que de pas un autre; c’est qu’il dit qu’ils sont plus en usage_.

BULLE ORTHODOXE.

_Nostre auguste père de Priape fulmine anathème contre tous ceux de l’un et de l’autre sexe qui liront ou entendront lire les préceptes d’amour, expliquez morallement en la célèbre_ Escole des Filles, _sans spermatiser ou estre stimulés de quelque émotion spirituelle ou corporelle; comme aussi il concède indulgence plénière à tous les religieux de l’ordre de nature, de corps vereux que la débilité de l’âge ou l’action fréquente causera, et béatise en l’autre monde les infortunés pèlerins qui souffriront constamment en cestui cy les travaux du périlleux voyage de furie_.

A MONSIEUR MILILOT

SUR SON ESCOLE DES FILLES.

MADRIGAL.

_Autheur foutu d’un foutu livre, Escrivain foutu de Cypris, Qui dans tous tes foutus écrits Fais voir que bien foutre est bien vivre, Cent arguments foutus dont tu fais tes leçons, Pour faire foutre en cent façons, N’éterniseront pas ta plume. Non, ce gui te rendra pour jamais glorieux, C’est que dans ton foutu volume, Par une nouvelle coutume, Ta prose nous fout par les yeux._

L’ESCOLE DES FILLES

OU

LA PHILOSOPHIE DES DAMES

DIVISÉE EN DEUX DIALOGUES

PREMIER DIALOGUE

SUSANNE ET FANCHON, personnages.

_Susanne._ Bon jour, Fanchon.

_Fanchon._ Ha! bon jour, ma cousine, et vous soiez la bien venue. Mon Dieu! que je suis ravie de vous voir! et quel bon vent vous ameine donc icy à cette heure que ma mère n’y est pas?

_Susanne._ Rien du tout que pour te voir, m’amie, et causer un petit avec toy, car il m’ennuyoit, je t’asseure, et il y avoit trop longtemps que je ne t’avois point veüe.

_Fanchon._ Que vous ne m’aviez point veüe? Vrayement je vous suis bien obligée de tant de peine. Et ne vous plaist-il donc pas de vous asseoir? Vous voiez, il n’y a icy personne que moy, avec nostre servante.

_Susanne._ Pauvre fille, que fais-tu là? Tu travailles.

_Fanchon._ Ouy.

_Susanne._ Hélas! je pense que c’est là ton plus grand affaire, car tu ne sors presque point de la maison, et les femmes te peuvent bien venir voir à ta chambre si elles veulent, car pour les hommes, c’est comme un couvent de religieuses, et il n’y en entre non plus que s’il n’en estoit point au monde.

_Fanchon._ Hélas! je vous laisse dire, ma cousine. Mais aussi, que ferois-je des hommes, à vostre advis, s’il n’y en a point qui pense à moi? Et puis ma mère dit que je ne suis pas encore assez bonne à marier.

_Susanne._ Pas bonne à marier (1)! une fille de seize ans, grande et grasse comme tu es! Voilà bien débuté pour une mère qui devroit songer à ton plaisir autant comme elle a fait au sien. Et où est l’amour et charité des pères et mères envers leurs enfants? Mais ce n’est point encore cela que je te voulois dire, car, dis-moy, au pis-aller, es-tu simple de croire qu’on ne puisse avoir compagnie d’homme sans estre mariée?

_Fanchon._ Nenny vrayement, vous ne me dites rien de nouveau, et ne sçavez vous pas aussi qu’il en vient icy assez souvent.

_Susanne._ Qui sont-ils donc, ces hommes-là? car je n’en vois point.

_Fanchon._ Qui ils sont? ah! il y a premièrement mes deux oncles, mon parrain, monsieur de Beaumont, mon cousin de la Mothe, et tant d’autres.

_Susanne._ Holà! c’est bien de ceux-là que j’entends! ce sont des parens, ceux-là, mais je dis des estrangers, moy.

_Fanchon._ Et bien! des estrangers, n’y a-t-il point du Verger, du Moulin, monsieur de Lorme et le jeune monsieur Robinet, que je devois nommer le premier, car il y vient assez souvent, luy, et me dit assez de fois qu’il m’aime et bien d’autres choses où je ne comprends rien. Mais à quoy me sert cela? je n’ai pas plus de plaisir avec ces hommes-là qu’avec ma mère et ma tante qui me font rire quelquefois, et j’ayme mieux qu’il n’en vienne point du tout, que de voir ces simagrées qu’ils font (2); car quand je parle à eux, ils sont toujours avec plus de cérémonie et me regardent avec des yeux comme s’ils avoient envie de me manger, et au bout du compte ne me disent point un mot qui vaille; et quand ils s’en retournent, à leur dire, ils sont aussi peu contents comme quand ils estoient venus, et voilà bien de quoy me contenter; pour moy je suis lasse de tant de façons.

_Susanne._ Mais ne te disent-ils pas quelquefois que tu es belle, et ne te veulent-ils pas baiser ou toucher en quelque endroit?

_Fanchon._ Ho! ouy bien pour cela, ma cousine; mais Dieu! qui est-ce qui vous l’a donc dit? Je pense que vous devinez ou que vous estiez derrière eux quand ils me parloient, car je vous asseure que c’est la plus grande partie de ce qu’ils me content, de dire que je suis belle, et quelquefois ils approchent leur bouche de la mienne pour me baiser et me veulent mettre les mains sur les tétons; ils disent bien qu’ils prennent plaisir à toucher cela, mais pour moy je dis que je n’y en prends pas.

_Susanne._ Et les laisses-tu faire quand ils veulent faire ces actions-là?

(3) _Fanchon._ Vrayement nenny, car ma mère m’a dit que ce n’estoit pas bien fait de souffrir ces choses-là.

_Susanne._ Hé! que tu es innocente quand je t’écoute parler, et que tu es encore ignorante en tout ce que tu dis.

_Fanchon._ Et qu’est-ce donc à dire cela, ma cousine? et y a-t-il quelque chose à sçavoir que je ne sçache point?

_Susanne._ Il y a tout, et tu ne sais rien.

_Fanchon._ Dites-le moy donc, de grâce, afin que je l’apprenne.

_Susanne._ Voilà ce que c’est d’escouter toujours une mère et prester jamais l’oreille aux paroles des hommes.

_Fanchon._ Et qu’est-ce que les hommes nous apprennent tant, ceux-là qu’on dit estre si méchants.

(4) _Susanne._ Hélas! je le sçay depuis peu, ce qu’ils nous apprennent, à mon grand plaisir. Ils ne sont pas si meschants que tu penses, mon enfant, mais tu es aussi esloignée de le sçavoir qu’un aveugle de voir clair, et tant que tu seras privée de leur compagnie et de leurs conseils, tu seras toujours dans une stupidité et ignorance qui ne te donnera jamais aucun plaisir au monde. Car, dis-moy, en l’estat où tu es, comme une fille qui est toujours avec sa mère, quel plaisir as-tu que tu me puisses dire?

_Fanchon._ Quel plaisir? j’en ay plusieurs, ma cousine. Je mange quand j’ay faim, je bois quand j’ay soif, je dors quand j’ay sommeil, je ris, je chante, je danse, je saute, je vais me promener quelquefois aux champs avec ma mère.

_Susanne._ Tout cela est bel et bon, mais tout le monde n’en fait-il pas de même?

_Fanchon._ Et comment donc, ma cousine, y a-t-il quelque sorte de plaisir que tout le monde n’a pas?

(5) _Susanne._ Vrayement ouy, puisqu’il y en a un que tu n’as pas, lequel vaut mieux que tous les autres ensemble, tout ainsi que le vin vaut mieux que l’eau de la rivière.

_Fanchon._ Je demeure maintenant d’accord que je ne sçais pas tout, ma cousine, et ne sçais non plus quel est ce plaisir dont vous me parlez, si vous ne me le montrez autrement.

_Susanne._ Mais est-il possible que ces hommes à qui tu parles si souvent, et particulièrement monsieur Robinet, ne t’en ayent rien dit?

_Fanchon._ Non, je vous asseure, ma cousine; si c’est quelque chose de bon, ils n’ont pas eu la charité de me le dire.

_Susanne._ Comment, si c’est quelque chose de bon! C’est la meilleure chose du monde. Mais ce qui m’estonne plus que le reste, c’est que monsieur Robinet ne t’en ayt rien dit, luy qui t’a toujours montré plus d’affection que les autres; il faut que tu luy ayes rendu quelque desplaisir.

(6) _Fanchon._ Hélas! au contraire, ma cousine; il le sçait bien, et quand il soupire et se plaint auprès de moy, bien loin que ce soit moy qui luy cause ce mal, je luy demande toujours ce qu’il a et luy proteste toujours de bon cœur que je voudrois pouvoir quelque chose pour son soulagement.

_Susanne._ Ah! je commence à cette heure à comprendre votre mal à tous deux. Mais quand il dit qu’il t’aime, ne luy dis-tu point que tu l’aimes aussi?

_Fanchon._ Non, ma cousine, car à quoy cela serviroit-il? Si je croiois que cela fust bon à quelque chose, je le luy dirois, mais comme il n’est bon à rien, je ne me sçaurois contraindre à luy dire.

_Susanne._ Voilà qui t’a trompée, pauvre fille, car si tu luy avois dit que tu l’aimes, il t’auroit infailliblement monstré le plaisir que je te veux apprendre, mais il n’a eu garde jusques icy, puisqu’il luy estoit impossible à moins que tu ne l’aimasses.

_Fanchon._ Certes, vous me dites là une chose estrange, ma cousine, que pour aimer un homme de la sorte, on doit avoir tant de plaisir; car il me semble que quand j’aimerois Robinet et cent mille autres avec luy, je n’y en aurois pas davantage qu’en ne les aimant point.

_Susanne._ Cela seroit bon à dire, grosse sotte, si on estoit toujours à se regarder, mais que penses-tu? dame, on se touche quelquefois.

_Fanchon._ Mais je l’ay aussi touché plusieurs fois, et bien d’autres garçons aussi, mais je n’ay point eu pour cela plus de plaisir.

_Susanne._ Tu ne touchois que les habits, mais falloit toucher autre chose.

_Fanchon._ Oh! de grâce, ma cousine, ne me faites plus languir, si vous m’aimez, car je n’entends rien à tout cela; dites moy naïvement ce que je devois faire pour estre si contente avec luy.

(7) _Susanne._ Pour ne te plus tenir en suspens, tu dois sçavoir qu’un garçon et une fille prennent ensemble le plus grand plaisir du monde, et si cela ne leur couste rien du monde.

_Fanchon._ Ha! ma cousine, que j’ay desjà d’envie de le sçavoir. Hé! qu’est-ce, et comment est-ce?

_Susanne._ Donne toy patience, et je te diray tout. N’as-tu jamais veu un homme qui fust tout nud?

_Fanchon._ Non, jamais en ma vie; j’ay bien vu quelquefois des petits garçons.

(8) _Susanne._ Tout cela n’est rien; il faut qu’ils soyent grands, tout au moins de l’âge de dix et sept ans, et que la fille en ayt quinze.

_Fanchon._ Cela estant, non, je n’en ay donc point veu.

_Susanne._ Escoute, ma pauvre cousine, je t’aime trop pour te rien celer: n’en as-tu pas veu quelqu’un qui pissât, et cest affaire avec quoy il pisse?

(9) _Fanchon._ Ouy, bien cela, ma cousine; j’en ay une fois vu un dans la rue qui pissoit contre une muraille, et qui tenoit quelque chose en la main que je ne pouvois deviner, et comme il me vit venir du long du mur, il se retourna vers moy, et me fit voir comme un bout de boudin blanc qui estoit assez long, dont je m’esmerveillai que je n’en avois point de pareil.

_Susanne._ Et c’est tant mieux, pauvre ignorante, que tu n’en ayes point, car cela feroit que tu ne pourrois recevoir ce grand plaisir, mais je te diray encore à ceste heure bien des choses dont tu seras encore plus estonnée.

_Fanchon._ Ma cousine, vous m’obligerez, mais que je vous dise encore ceci auparavant: n’y a-t-il que les garçons et les filles qui peuvent avoir ce plaisir?

_Susanne._ Vrayement, nous sommes bien loin de compte, il y en a de toutes les façons (10); il y a premièrement donc les garçons et les filles, et il y a les messieurs et les dames, qui est une autre façon, et de plus les maris et les femmes, mais tout cela s’appelle communément les hommes et les femmes.

_Fanchon._ N’y a-t-il pas de différence entre eux pour ceste chose-là?

_Susanne._ Le mary et la femme, cela est bon, vois-tu, mais il n’est pas encore si bon que les autres, à cause qu’il est plus ordinaire et que c’est leur pain quotidien; car c’est la difficulté et la rareté qui rend cela un petit meilleur, d’où vient que les femmes, pour prévenir à tout, quand elles sont mariées elles ont toujours des messieurs qui le leur font en cachette, à cause que le mary ne le veut pas et qu’il en seroit jaloux s’il le sçavoit.

_Fanchon._ Et pourquoy ne le veut-il pas?

_Susanne._ C’est un autre fait, et nous le dirons tantost pourquoy, mais le mary va bien chercher aussi ailleurs quand il est dégousté de sa femme, et tesmoin ton père qui a donné le plaisir à Marguerite, la servante que vous avez chassée. C’est pour cela que vous eustes tant de bruict dernièrement au logis. Hé bien! ta mère, qui est encore belle et qui sçait cela, penses-tu qu’elle n’ait pas quelques messieurs, en secret, qui lui viennent faire?

_Fanchon._ Je ne sçais pas, ma cousine, mais les messieurs et dames, qu’est-ce?

_Susanne._ Celui-là est bien-plus plaisant que les autres. Les messieurs, ce sont des personnes bien faites, mariez ou d’âge pour l’estre, qui cherchent à donner le plaisir aux femmes, et Paris en est tout plein; et les dames sont les femmes mariées ou veufves qui sont encore belles, et la plupart de grande condition, à qui les messieurs viennent donner le plaisir chez elles.

_Fanchon._ Vous me surprenez, ma cousine; et les garçons?

(11) _Susanne._ Les garçons et les filles, c’est le plus plaisant de tout, parce qu’ils sont plus frais et plus jeunes et que la jeunesse est bien plus propre à cela. Mais desquels dirons-nous, à ton avis, pour t’instruire?

_Fanchon._ Ma cousine, disons des garçons, qu’il y a plus de plaisir.

_Susanne._ Des garçons, soit. Premièrement, il faut que tu sçaches que cest engin avec quoy les garçons pissent s’appelle un _vit_.

_Fanchon._ Ah! vous jurez, ma cousine.

_Susanne._ Patience, non fait; hé! que tu es importune et qu’il faut bien vrayement que tu ostes tous ces scrupules, si tu veux que je te die quelque chose dont tu seras tantost ravie.

_Fanchon._ Hé bien! j’escouteray tout ce que vous voudrez.

(12) _Susanne._ Je dirai encore _cul_, _con_, _vit_ et _coüillons_.

_Fanchon._ Hé bien! il n’importe.

_Susanne._ Cest engin donc avec quoy les garçons pissent s’appelle un _vit_, et quelquefois il s’entend par le _membre_, le _manche_, le _nerf_, le _dard_ et la _lance d’amour_, et quand un garçon est tout nud, on voit cela qui lui pend au bas du ventre, comme une longue tette de vache, à l’endroit où nous n’avons qu’un trou pour pisser.

_Fanchon._ Oh! quelle merveille!

(13) _Susanne._ De plus, il y a deux ballottes dessoubs, qui pendent dans une bourse, qui s’appellent deux _coüillons_, mais il ne faut pas les nommer devant le monde, et qui sont de la forme, à les toucher, de deux grosses olives d’Espagne; et tout cela est environné d’un poil frisotté, de mesme qu’aux filles, et qui sied bien à le voir à l’entour.

_Fanchon._ Je comprends ce que vous me dites, ma cousine, mais pourquoy est-il fait comme cela aux hommes, et à quoy leur peut-il servir? ce n’est pas seulement pour pisser, autrement ils n’en auroient pas plus à faire que nous.

_Susanne._ Tiens, m’amour, c’est avec cela qu’ils nous donnent ce plaisir, car quand un garçon aime bien une fille (14), voici comment il luy fait quand il la rencontre seule en quelque part. Il se met à genoux devant elle et luy demande, le plus gracieusement du monde:—M’aimez-vous bien, ma bonne? car je vous aime bien aussi;—et tandis qu’il luy dit cela, il la regarde avec des yeux mourants, comme s’il avoit envie à se tuer pour elle, et si la fille luy dit:—Ouy,—alors il se relève, et la prend de force de corps, et la porte sur le lict, où il la couche à la renverse, et puis il luy trousse la cotte et la chemise, et luy fait ouvrir les cuisses bien large, pendant qu’il dénoue l’aiguillette de son haut-de-chausse pour se descouvrir aussi. Et quand il a fait, il se couche comme cela sur le ventre de la fille, et lui fourre, dans le trou par où elle pisse, ce long engin, avec le plus grand plaisir et délice du monde.

_Fanchon._ Je suis grandement estonnée de ce que vous me contez là, ma cousine. Mais comment peut-il faire pour entrer là dedans cest engin qui est si mol et si flasque? Faut donc qu’il l’enfonce avec les doigts.

(15) _Susanne._ Hé! pauvre idiote! il n’est pas toujours si mol quand cela arrive. Au contraire, quand il le fait voir à la fille, il est tout changé et ne paroist plus ce qu’il estoit auparavant; il est grossi et allongé de moitié, il est dur et roide comme un baston, et à force de se bander comme je dis, il y a une peau vers le bout qui se retire contre le ventre et descouvre une teste qui est faite comme un gros bigarreau rouge, et cela est plaisant à toucher au possible.

_Fanchon._ Et quand il bande, comme vous dites, c’est alors qu’il le fourre dans le trou de la fille?

(16) _Susanne._ Vrayement ouy, car il ne le pourroit autrement, mais c’est encore un autre plaisir de voir la peine qu’il se donne pour le faire entrer, car cela n’entre pas tout d’un coup, comme tu pourrois imaginer, mais petit à petit, et le garçon est quelquefois tout en eau avant que le tout soit dedans, à cause que le trou de la fille n’est pas assez large, et c’est là encore où il y a du plaisir, parce que la fille sent l’engin du garçon qui l’entr’ouvre à force et qui frotte fort contre les bords du con, ce qui la chatouille doucement et voluptueusement.

_Fanchon._ J’aurois peur, au contraire, que cela ne luy fist du mal.

_Susanne._ Point du tout, mon cœur, et cela luy fait grand bien. Il est bien vray que le premier coup de vit que l’on luy donne, en le luy mettant dedans, elle sent une petite cuisson, à cause qu’elle n’y est pas accoustumée, mais par après, cela ne fait plus que chatouiller et exciter le plus grand plaisir du monde.

(17) _Fanchon._ Et l’engin de la fille, comment l’appelez-vous?

_Susanne._ Je l’appelle un _con_, et quelquefois il s’entend par le _bas_, le _chose_, le _trou mignon_, le _trou velu_, etc. Et quand un garçon fait cela à une fille, cela s’appelle _mettre vit au con_, ou bien l’on dit qu’il la _fout_, la _chevauche_, et les garçons nous apprennent à dire cela quand ils nous tiennent. Mais garde-toi bien d’en parler devant le monde, car on dit que ce sont des vilains mots qui font rougir les filles quand on les leur prononce.

(18) _Fanchon._ O! je n’ai garde, vrayement, mais comment fait donc le garçon, ma cousine, pour faire entrer cest engin roide dedans le con?

_Susanne._ Il n’a pas plus tôt adjusté dans le trou de la fille, qu’il le pousse du croupion, et puis se retire un peu arrière, puis repousse plus fort avant, et la fille pousse aussi de son costé, pour l’enfiler mieux, tant que le tout soit dedans, et elle sent cependant remuer les fesses du garçon qui est dessus elle.

_Fanchon._ Il faut donc qu’il remue toujours, sans arrester aucunement?

_Susanne._ Vrayement ouy.

_Fanchon._ Et comment fait-il donc pour pouvoir remuer si à propos en le faisant entrer petit à petit?

_Susanne._ Tiens, voilà, comme il fait, regarde comme je remue, et tandis qu’elle le voit ainsi remuer, elle l’embrasse, elle le baise à la bouche, elle le touche à l’estomach, tantost aux fesses et aux cuisses, l’appelant son cœur et son âme, et sent cependant son vit qui luy entre dans le con avec la plus grande douceur qu’on se puisse imaginer.

_Fanchon._ Vrayement, ma cousine, il me semble que je voudrois bien esprouver cela de la façon que vous dites; je pense pour moy que j’y aurois bien du plaisir, et les filles, certes, doivent bien estre obligées aux garçons qui leur font de telles choses. Mais n’y ont-ils pas aussi du plaisir (19), eux qui se donnent tant de peine pour en faire aux autres?

_Susanne._ Comment penses-tu donc? vrayement ouy, et ils le leur témoignent assez. Quand ils pasment d’aise sur elles en leur faisant, on ne leur entend rien dire autre chose sinon:—Hé! mon cœur, hé! m’amour, je me meurs; et fais, je n’en puis plus, fais vite,—et le plaisir de la fille est bien plus grand, quand elle voit que celuy qui luy fait est bien aise, que s’il n’estoit pas; car si le garçon donne du plaisir à la fille, il faut bien que la fille en donne aussi au garçon.

_Fanchon._ C’est ce qui est bien raisonnable, ma cousine, et cela estant, je pense que les filles sont bien longtemps à se tenir les garçons dessus; car si c’estoit à moy, je ne laisserois jamais sortir cest engin qui fait tant de bien dans le mien.

_Susanne._ O! que cela n’est pas comme tu penses.

_Fanchon._ Et comment donc?

_Susanne._ Parce que l’on finit de faire après quelque temps, après on recommence.

_Fanchon._ Mais je croiois que cela duroit tousjours, sans finir, et tant que l’on vouloit, et qu’il ne falloit que mettre cet engin là dedans.

_Susanne._ C’est ce qui te trompe, cousine, et il est bien mieux de la façon que je te le vais dire.

_Fanchon._ Expliquez-moi donc cela, en un mot, comment cela se fait, et pourquoy il finit et recommence, et qu’est-ce qui fait que l’on ressent ce plaisir, le vit estant dedans le con de la fille, puisqu’en y mettant le doigt ce seroit bien quelque chose.