L'escole des filles réimpression complète du texte original sur la contrefaçon hollandaise de 1668
Part 10
_Fanchon._ Ma cousine, c’est bien dit; au lieu de nous instruire, nous serions les correcteurs sans gages de la folie d’autruy. Chacun vive à sa mode, et pour nous, achevons ce que nous avons commencé, car il me semble qu’il n’y a rien de plus plaisant que l’amour, et toutes les heures qui sont employées à son exercice sont les plus agréables de nostre vie. Vive un bon gros vit bien nerveux et tendu, vive un joly petit con, avec sa mothe velue, qui nous causent tant de délices. Il n’y a le plus souvent que le foutre qui defaut dedans le vit qui faict qu’il ne peut pas si bien bander, mais tant qu’il y en a, nostre con est toujours prest à l’avaller, quand il couleroit en nous tout entier. Chevaucher trois ou quatre coups ne faict que mettre en appétit; il faut continuer tant qu’il y en a, pour nous donner du passe temps. (92) Je voudrois bien encore vous faire une question: qui sont les personnes le plus propres à traicter l’amour, des femmes ou des filles?
_Susanne._ Ce sont les femmes, et sans doute parce qu’elles ont plus d’expérience et qu’elles cognoissent mieux les délicatesses propres à ceste passion.
_Fanchon._ Et pourquoy est-ce donc qu’il y en a qui ayment mieux les filles?
_Susanne._ C’est qu’ils prennent plaisir à instruire des innocentes et qu’ils trouvent bien plus d’obéissance en elles dans les façons de s’agencer, et que leur con n’estant pas si élargi, le vit y est placé plus à l’estroit et donne plus de chatouillement à l’un et à l’autre.
_Fanchon._ Et pourquoy est-ce aussi qu’il y en a qui ayment mieux chevaucher les femmes?
(93) _Susanne._ C’est, comme j’ay desjà dit, qu’elles sont plus habiles à donner de l’amour, aussi qu’il n’y a pas tant de danger à courir avec elles comme avec les filles.
_Fanchon._ Et quel danger y a-t-il?
_Susanne._ Le danger est qu’elles peuvent devenir grosses, et c’est ce qui donne encore de la peine à elles et aux hommes pour empescher qu’on ne le sçache, et quant à eux, il leur en couste bien du bon argent à la justice, quand on vient à le sçavoir, et tout au moins quand il faut payer des nourrices, des loüages de chambres, ou des robes, à cause qu’elles n’ont point le plus souvent de quoy s’entretenir. Ajoute à cela les ressentimens des parents de la fille, qui se veulent venger quelquefois quand ils le sçavent et tirer raison, suivant la coustume, de ceste offence imaginaire. (94) Mais quand au lieu de filles ce sont des femmes, dame, le mary sert de couverture à tout, et on dit tousjours, quoy qu’il en soit rien, que c’est luy qui a faict la besoigne; outre qu’il ne faut point d’argent pour les entretenir, à cause que leur maison est desjà toute faicte, et pourtant on gouste le plaisir d’une part et d’autre avec moins d’embarras, et ils y prennent bien de plus grandes douceurs que s’ils avoyent quelque chose à craindre.
(95) _Fanchon._ Tellement doncques que je n’ay plus qu’à songer de me marier vistement pour bien passer mon temps et me mettre en l’estat de n’avoir plus rien à apprehender.
_Susanne._ Dame ouy, quand tu seras ainsi pourveuë, tu pourras alors, aux heures de loisir, quand ton mary n’y sera pas, te divertir agréablement avec un autre et passer quelquefois de bonnes nuicts ensemble. A ceste heure, tu n’en aymeras pas moins ton mary pour ce petit plaisir que tu luy desroberas, tant s’en faut, car s’il falloit le préférer à ton ami, tu le ferois asseurement; mais tu gousteras seulement des embrassemens tantost de l’un tantost de l’autre, et ce changement de vit te plaira pour le moins autant que si tu ne mangeois tous les jours que d’une sorte de viande.
(96) _Fanchon._ Ma cousine, si je vous disois qu’il y a desjà quelqu’un qui m’en conte depuis que j’ay gousté vos instructions et que ces gentillesses d’amour m’ont un peu poly l’esprit, me croiriez-vous?
_Susanne._ Est-ce pour le mariage?
_Fanchon._ Vrayement ouy, et quoy donc?
_Susanne._ Laisse moy gouverner ceste affaire, car c’est mon mestier cela, et c’est un grand hazard, au cas que la personne t’ayme un tant soit peu, si je n’en viens à bout. J’ay faict des mariages plus d’un, penses-tu. Mais voylà l’horloge qui sonne; adieu, nous parlerons de cela à une autre fois.
_Fanchon._ Adieu, ma cousine, en vous remerciant.
_Fanchon._ Adieu, jusques à revoir.
_Quo me fata trahunt._
FIN DE L’ESCOLE DES FILLES.
LE COMBAT DU VIT ET DU CON ET LES RAISONS DE PERRETTE.
LE COMBAT DU VIT ET DU CON.
_Un jour un con fringant, à la rouge babine, Gros, gras, dur, en bon point, bien refaict de cuisine, Amoureux, chatouilleux, estincellant de feu, Qui ne demandoit rien que la dance et le jeu, Morguoit un pauvre vit, et repliant la joue, Grimassant de ses dents, il luy faisoit la moue; Mesme, pour l’attirer au combat amoureux, L’alloit injuriant, l’appellant rustre, gueux, Visage de villain, borgne, camard, jeanfoutre, Bref, les mots plus picquants sous desdain passoit outre. Ce pauvre vit, paisible, oyant ceste leçon, Blotti dans sa coquille ainsi qu’un limaçon, Donnant patiemment à son ire des bornes, N’avoit pour tout cela daigné lever les cornes, Et mettant une bride à son ressentiment, On ne l’entendoit pas dire un mot seulement. Mais du con ce silence irrite le courage, Son ardeur le suffoque, il s’enfle le visage. Et pour se soulager et respirer un peu, Il est contraint d’ouvrir ses deux lèvres de feu. Ce fut là qu’il fit veoir une montagne ouverte, D’un duvet tremblottant espaissement couverte, Et qui depuis le haut de deux costeaux bossus Par ondes va roullant ses petits poils moussus, Jusqu’au bord d’une fente à la belle bordure, Esclatant de vermeille et brillante peinture. Une ombre claire et fraische à l’entrée de son creux Le voiloit, le rendant mignardement affreux, Laissant veoir le dedans, de peau grasse et douillette, Moins rouge que le drap de couleur fiammette. Au fond du val rioient milles petit sillons Sur un champ de gras double, émaillé de rillons. D’un trou voisin souffloit une subtile haleine, Rafraischissant partout ce beau taillis de layne, Où tout autour dormoient mille petits amours Munis d’autant de pieds que les ans ont de jours. Au milieu, la matrice, en forme d’une langue, Paroissoit à tout coup vouloir faire une harangue. Soudain, dessus le bord avançant son museau: —Je suis, dit-elle, ô vit, la mort et le tombeau, Flasque si l’on te voit tant seulement paroistre. Alors le vit, mettant la teste à la fenestre, Descouvre un peu le grouin, sans beaucoup s’esmouvoir; Tastonnant de la teste, il s’efforce de veoir L’ennemy qui se vante ainsi de le soubmettre. —Voyons, dit-il, un peu si nous pouvons cognoistre Qui vous êtes, qui tant d’injures me donnez. Et comme il s’avançoit, le con lui crache au nez. A ce sensible affront la fureur le surmonte, De colère le sang au visage luy monte; Il rengaigne pourtant, et faict reflexion De quelle sorte il doibt porter ceste action, Et son muffle bouffy, vomissant la fumée, Faict bien veoir que son ame estoit tout allumée: Il s’enfle, il se roidit, il devient enflammé, Et d’un vent de fureur il devient animé; Resous de se bien battre et rompre toute trefve, Par eslans redoublez son eschine s’eslève. Cerchant son adversaire en lion rugissant, Il le trouve, il l’attaque, et par un pas glissant, En allongeant son coup, il s’engage à la passe, Engaignant brusquement le con qui le menace. Tout ravy d’avoir joint ce superbe ennemy, Il est bien resolu de n’en faire à demy; Voulant vaincre ou mourir, il vous pousse et repousse Sa lame dans la playe, avec mainte secousse, Tel qu’un sanglant boucher qui pousse son couteau Par des coups redoublés dans le col d’un agneau. Il coigne, il se demeine et de cul et de teste, Il s’employe au combat, plus fier qu’une tempeste Qui, maistresse des airs, ne cesse d’attaquer De la gresle et du feu le sommet d’un rocher. Le con s’en prévalant, avec ses saffres lippes Lui presse l’estomach, lui faict crever les trippes, Luy faict cracher du sang et revomir dehors Tout ce que le pauvret avoit dedans le corps. Tenant le vit aux crins, il le gourme et pelote Et luy donne cent coups de matrice et de motte, Tant que le pauvre vit, affoibly de ces coups, Sentit diminuer sa force et son courroux. Tous ses efforts descheux irritent la blessure Dont le con enfouré luy crève la tresseure, Et d’où soudain sortit comme un torrent de sang Que la chaleur avoit changé de rouge en blanc. Tous deux esvanouis tomberent en ces termes, L’un sur l’autre estendus, barbottant dans les spermes. Tel fut donc le combat et l’avantage esgal. Mais on dit que du vit la blessure va mal, Ayant esté frappé d’une lame rouillée De tant de sangs divers dont elle estoit souillée, De cancer et vérole_, emplastrum _et_ pulvis, _Peste de la santé, mortel poison des vits. Joint qu’on dit que le coup lui respond dedans l’ayne, Où il se pourroit bien former une gangrène. Mais on dit que le feu, qui purifie tout, Avec deux mois de jeusne en peut venir à bout._
DIALOGUE ENTRE LE FOUTEUR ET PERRETTE.
LE FOUTEUR.
_Perrette, dites moy, par forme d’entretien, Quand vous foutez, mon cœur, cela vous faict-il bien?_
PERRETTE.
_Hé! doutez vous, monsieur, que cela me chatouille?_
LE FOUTEUR.
_Mais dites, aimez vous qu’il degoutte et qu’il mouille? Car j’en cognois, parmy le sexe féminin, Qui nous disent quasi que le foutre est venin, Et n’ayment rien sinon que le membre les frotte._
PERRETTE.
_Femme de cest avis n’est qu’une femme sotte Et ne sçait pas le prix d’une telle action; Quatre mots serviront pour sa conviction: Toute andouille sans jus, sans graisse et sans substance, N’est pas, en croyez moy, trippe pour nostre pance; Employez à la terre et les jours et les nuicts Et par des soins fréquents demandez luy des fruicts, Vous avez beau donner vos soins et vostre estude, Pour penser triompher de son ingratitude, Avant qu’elle vous donne en ses flancs refouillés Signe par une fleur que vous la chatouillez: Si vous ne l’arrosez, la peine est superflue. Tout de mesme en est-il d’une femme foutue, Car l’humeur du vit est de matrice appeté Comme eau d’un terroir secq en la plus chaude esté; Et sans son émission que nature souhaicte, Ceste noble action est du tout imparfaicte, Et le vit d’un chastré nous seroit aussi cher Qu’un gros vit succulent, rubicond, plein de chair. Et à quoy serviroient ces fameuses ovales, Ces grelots amoureux, ces charmantes cimbales Jointes à ce villain qui s’efforce à taston De gagner en foutant la part de son tirton? Dans ce doux remuement, le cul faict les minutes, Les coüillons sonnent l’heure au plus bas de la butte, Ou bien sans ces deux cy, manquant de contrepoids, L’horloge est immobile et la cloche sans voix. Ceste blanche liqueur, si douce et tout aymable, Rend les désirs contents et le sort favorable. Le poisson nous enseigne, au profond de la mer, Le mistère de foutre, et les oiseaux en l’air Nous asseurent qu’il faut de ceste admirable onde Pour pouvoir provigner la grand’ race du monde. Ainsi femme qui dit que le vit sec est bon Voudroit oster la saulce et le sel au jambon, Ce qu’il est de plus doux en toute la nature Et qui donne la vie à toute créature. Pour punir telle femme et tel vit, désormais Il les faut condamner à ne foutre jamais!_
LE FOUTEUR.
_Perrette, vous avez l’appétit bon, sans doute: Allez vous en chercher quelque autre qui vous foute._
FIN.
TABLE
Bibliographie et témoignages. I
L’Escole des Filles ou la Philosophie des Dames. 1
Epistre invitatoire aux Filles. 3
Argument des deux dialogues. 6
Table mistique et allégorique selon le sens moral et littéral de l’Escole des Filles. 9
Bulle orthodoxe. 24
A Monsieur Mililot sur son Escole des Filles, madrigal. 26
Premier dialogue. 27
Second dialogue. 81
Le combat du Vit et du Con et les Raisons de Perrette. 183