L'Égypte d'hier et d'aujourd'hui

Part 9

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Ce même sanctuaire devint plus tard la chapelle d'une communauté chrétienne, et les murailles sont encore noircies par la fumée des torches et des cierges qui l'éclairaient durant la célébration de la messe. Cette chapelle est creusée dans le rocher, et les pierres sablonneuses formant le mur et le toit ont été évidemment employées pour résister à la pesée des pierres calcaires de la partie supérieure. On retrouve les traces d'un autel dans la table d'offrandes de Hatshepsu, et, partout où les dieux païens n'ont pas été cachés par quelque objet du culte chrétien, leur visage a été détruit.

[PLANCHE 29: COUR INTÉRIEURE DE TEMPLE, A MÉDINET-HABU]

Les décorations anciennes ne furent point respectées. Une pierre représentant la tête de Thothmès admirablement sculptée était mise sens dessus dessous dans le mur, si l'on trouvait qu'elle s'adaptait mieux ainsi. Sur les espaces qui ne sont pas couverts d'hiéroglyphes ou de sculptures, on trouve des inscriptions en écriture cursive, hiératique ou démotique. Une prière à Esculape, en caractères grecs, fut probablement gravée par un ouvrier grec, sous le règne des Ptolémées. Plus loin, un moine copte, quelques siècles plus tard, a mis au-dessus de cette prière une croix, avec ces mots: «Dieu seul guérit».

De la terrasse supérieure, la vue est splendide. Vous avez devant vous la sauvage contrée qui forme une partie de la nécropole thébaine. La plaine fertile traversée par le Nil, se détache sur un fond de collines. A droite, se trouve le Ramesseum, avec le temple de Seti à gauche, et, de l'autre côté du fleuve, sur ses bords, apparaissent les grandes colonnades de Luxor et l'immense pylône de Karnak.

En 1894-1895, le temple entier fut mis à jour après de longs travaux dirigés par le professeur Naville et entrepris aux frais de la Société d'Exploration Égyptienne.

De mes aides, quelques-uns retournèrent bientôt à _la poussière_, ainsi qu'ils nommaient les fouilles. L'un de ceux qui restèrent avec moi, montra une telle habileté dans le moulage des bas-reliefs, que je le reconnus sans peine pour être, de son métier, un fabricant d'antiquités. Cet homme savait quelques mots d'anglais et je le laissais souvent parler. J'ai oublié son nom, mais je me souviens qu'on l'appelait _Tyndale Koom_, d'après les termes dans lesquels il s'adressait à moi, lorsqu'il voulait me faire voir son travail.

Mon second aide était un ânier qui avait abandonné son métier après la mort de sa bête. Puis venait, par ordre de distinction, un ex-forçat, individu taciturne et rude travailleur. On m'avait dit que dans un accès de colère il avait tué quelqu'un, mais qu'au fond il n'était pas méchant.

[PLANCHE 30: TEMPLE DE DÊR-EL-MEDINET, A THÈBES]

Un collaborateur important restait dans la hutte et faisait le moulage des impressions relevées par nous. Ce travail était extrêmement difficile, aucun de nous ne sachant bien se servir du plâtre de Paris. La peinture des maquettes étant moins longue que leur préparation, je pus consacrer de nombreux loisirs à mes aquarelles. Le petit temple de Ptolémée à Dêr-el-Medîneh, caché dans les replis des collines désertes à un kilomètre et demi au sud de notre vallée, fut un de mes sujets favoris. Le mot arabe _Dêr_, signifie couvent, et ce temple porte les traces du passage des moines coptes. Il fut élevé en l'honneur de Hathor, la déesse de la mort, et aussi de la déesse Maat. Bien que les inscriptions soient inférieures à celles de Dêr-el-Bahri, l'intérieur me parut plus propre à inspirer de pittoresques esquisses que celui de son trop célèbre voisin. Les colonnes couronnées de calyx et les initiales entrelacées de Hathor, ainsi que la porte du sanctuaire, se prêtent sous un certain éclairage à de délicieuses compositions. Des traces de couleur se retrouvent sur ces initiales, ainsi que sur le cadran solaire qui surmonte la porte.

Les temples de Ptolémée ont un grand avantage sur ceux de dates plus anciennes, c'est qu'ils sont dans un bien meilleur état de conservation; en fait, on ne peut guère leur donner le nom de ruines. A part les objets qui se trouvaient dans ces temples et qui sont maintenant dans les musées, les temples de Dendera, Esneh et Edfu n'ont guère changé depuis qu'ils ont été construits.

Il y a beaucoup à peindre à Medînet Habu, qui se trouve à quinze cent mètres au sud. Les décorations de la vingtième dynastie dans le grand temple de Ramsès III, me paraissaient extrêmement grossières après les bas-reliefs délicats de Dêr-el-Bahri. J'eus beaucoup de difficultés à reproduire les premiers bas-reliefs si peu accentués. Dans les séries de Pont, où le fond est enlevé, le relief des personnages ne dépasse guère un millimètre. Les figures de moindre importance ont à peine un demi-millimètre, quelquefois moins. Les grandes figures sur les colonnes ne se détachent pas du fond, et sont souvent à peine indiquées. A l'époque de Ramsès III, les inscriptions ont atteint une profondeur de dix à douze centimètres. Les restaurations de Ramsès II à Dêr-el-Bahri sont en relief, mais elles offrent plutôt une imitation de celles de son prédécesseur qu'un signe caractéristique de leur propre époque. La surface plus rugueuse de la pierre et les dimensions plus grandes de l'édifice expliquent probablement l'accentuation plus sensible des inscriptions, mais la crainte d'un effacement peut en être aussi la cause. Les reliefs accentués furent employés au XVIIIe siècle, mais seulement dans le cas où un effet de perspective était recherché. Le bas-relief paraît avoir disparu après le règne de Séti I. Je le retrouvai à Karnak dans un petit temple modeste de la vingt-cinquième dynastie. Quoique taillé dans de la pierre sablonneuse, le relief en était fort beau et accusait une renaissance de l'art, qui pourtant déclina rapidement pendant la domination des Perses. Quelque grossières que soient les décorations, leur dessin est souvent grandiose; j'ai vu des scènes de bataille d'un mouvement étonnant. L'art semble avoir lutté énergiquement avant de décliner pendant le règne suivant. L'espace me manque pour donner de plus amples détails, mais, dans son _Histoire de l'Égypte_, le Professeur Breasted relate les événements du règne mouvementé de Ramsès III, événements que le souverain fit du reste graver sur son temple monumental.

En sortant par le pylône massif, nous trouvons à notre gauche une série de petits temples qui nous représentent quatorze siècles, du règne de Hatshepsu aux derniers Ptolémées. Les murailles du temple de Hatshepsu portent des traces des luttes de cette reine avec son père, son mari et son frère, et sur ses portraits effacés, nous voyons les figures en cartouches des trois Thothmès. Ceci servit probablement d'enseignement à Ramsès III, qui fit graver très profondément les inscriptions sur son temple. Nous passons par un pylône érigé par Taharqua, de la vingt-cinquième dynastie--le Tirharkah de la Bible--et nous pénétrons dans le délicieux petit temple de Nektanebos, le dernier Pharaon de la dernière dynastie (trentième). Huit colonnes représentant des papyrus entrelacés, à chapiteaux fleuris, supportaient autrefois la toiture; deux seulement sont encore entières. Ces colonnes, reliées par un écran en pierre fouillée et se détachant sur le pylône de Taharqua, forment un charmant ensemble. Le grand pylône du dixième des Ptolémées nous conduit dans un vestibule à colonnes puis dans une large cour qui termine cette série de temples.

Cette oeuvre de Nektanebos et du Ptolémée ne fut exécutée qu'après que le grand monument de Ramsès fut presque tombé en ruines; cela ressort de ce fait que les constructions de Nektanebos et Ptolémée furent faites à l'intérieur et à l'extérieur des murailles formant l'enceinte du grand temple; elles empiètent aussi sur une partie de l'emplacement du pavillon de Ramsès. Ce pavillon, dont nous ne voyons plus que la partie centrale, forme l'entrée principale du temple.

[PLANCHE 31: VUE INTÉRIEURE DU TEMPLE DE RHAMSÈS III, MEDINET-HABU]

A mesure que de nouveaux temples s'élevaient, les anciens tombaient en ruines et l'on employait les pierres ainsi toutes prêtes comme matériaux de construction. On retrouve des inscriptions des anciens temples sur les murs des temples plus récents. Il est étonnant que les ruines du village chrétien situé à l'est du grand temple, n'offrent que des murs en boue desséchée. L'église du village qui occupait le centre de la seconde cour était également construite à l'aide de cette pauvre matière, alors que des pierres toutes préparées et toutes taillées se trouvaient à proximité.

Le magnifique Amenhotep III bâtit son palais somptueux auprès des temples de Medînet Habu, mais on en retrouve peu de vestiges. Ce palais était probablement déjà tombé en ruines lorsque Ramsès III fit construire son grand temple. «Ce monde n'est pas une ville durable», disait-on au temps des Pharaons. Les grands palais qui ont existé à Thèbes et qui servaient de demeures aux rois et aux nobles, étaient tous construits en briques de boue; ils durèrent peu, mais ils nous ont laissé quelques fragments qui nous permettent de juger de leur splendeur. Nous retrouvons heureusement des dessins de ces palais sur les murailles des temples et des sépulcres, ainsi que des spécimens de mobiliers qui ornent à présent la dernière demeure des morts, et qui nous donnent une idée des anciens intérieurs égyptiens.

Le pavillon de Ramsès III, dont nous ne voyons qu'une partie, nous fait songer à une forteresse plutôt qu'à un palais; il fut sans doute construit en pierres taillées, pour des raisons stratégiques, par ce roi guerrier.

* * *

_CHAPITRE XV_

LA TOMBE DE LA REINE TYI

COMMENT LES INDIGÈNES JUGENT LES ARCHÉOLOGUES. || DU RÔLE DE LA REINE TYI DANS L'HISTOIRE DES PHARAONS. || LE DIEU NOUVEAU. || VISITE A LA TOMBE MYSTÉRIEUSE. || «SIC TRANSIT GLORIA MUNDI.» || UNE CRUELLE DÉSILLUSION.

Noël était passé, et les travaux d'excavation n'avaient donné aucun résultat intéressant. L'intérêt qu'ils inspiraient tout d'abord était tombé. Cette vallée renfermant les tombes des rois, que j'étais impatient de revoir aussitôt que mes travaux personnels m'en laisseraient le loisir, devait pourtant, à mon avis, recéler bien des mystères, que des fouilles habilement dirigées ne tarderaient point à dévoiler. Un jour, la nouvelle se répandit qu'Ayrton avait découvert de l'or et des pierres précieuses, et les habitants du pays le voyaient déjà ramassant à la main des trésors incalculables. Mon travail n'avança guère ce jour-là, car _Tyndale Koom_, Ahmet et même l'ex-forçat taciturne ne tarissaient pas en bavardages. Inutile de dire que la valeur archéologique de la découverte ne les intéressait pas. Les indigènes sont pleins de cette idée que tous les Européens qui s'occupent des fouilles ne le font que par rapacité et amour du pillage. La pensée qu'avec ce qu'ils retireraient du butin, _Mistr Davis_ et _Mistr Eirton_ pourraient vivre tranquillement jusqu'à la fin de leurs jours, occupait leur esprit et, probablement, excitait leur rancune; ils trouvaient mauvais que ces chiens de chrétiens pussent s'emparer ainsi de ce qu'Allah avait mis en réserve pour les vrais croyants!

[PLANCHE 32: LES PYLONES DES PTOLÉMÉES, MEDINET-HABU]

Une chose était certaine: on avait trouvé et ouvert la tombe de la Reine Tyi. On aurait dit que les roches calcaires qui protégeaient l'entrée des fouilles avaient la transparence d'un rideau de mousseline, tant les curieux étaient bien renseignés. M. Théodore Davis avait quitté sa _dahabiyeh_ pour venir sur les lieux; le Bash Moufetish était arrivé, accompagné de son _wakeel_ et de ses gardes particuliers; on avait télégraphié à M. Maspero; un artiste spécial était sur le terrain et un photographe avait été mandé du Caire. L'arrivée de notre ami Ayrton mit fin à notre impatience d'en savoir davantage. Il pouvait être satisfait, car sa découverte était une des plus belles qui se fussent produites depuis nombre d'années. Il nous dit que la tombe de la Reine Tyi avait certainement été ouverte depuis que la Reine y avait été ensevelie, mais que le vol apparemment n'avait pas été le but du sacrilège; les objets de valeur s'y trouvaient encore, mais les hiéroglyphes se rapportant à l'hérésie qu'elle avait favorisée et au fils qu'elle avait essayé d'établir, avaient été effacés. Il paraissait clair que le sacrilège n'avait été commis que quelques années après la mort de la Reine, et que les prêtres d'Ammon, ayant satisfait leur zèle religieux et réparé la brèche faite dans la muraille, Tyi avait reposé tranquillement pendant plus de trois mille ans. Un éboulement de rochers avait protégé sa tombe du pillage des Romains, du fanatisme des premiers chrétiens et de la rapacité des Arabes, mais non des investigations des égyptologues.

Ce soir-là notre conversation roula sur la Reine Tyi, son fils Akhnaton et sur l'évolution religieuse de leur époque. Nous fûmes désappointés en apprenant que l'entrée de la tombe nous serait fermée pendant quelques jours encore; le photographe du Caire était absent, et rien ne pouvait être déplacé avant son arrivée. On craignait d'autre part que les objets ne se détériorassent à la température extérieure, car il arrive souvent que des choses demeurées intactes dans un sépulcre pendant des siècles, tombent en poussière dès qu'elles sont exposées à la température du dehors. Cette crainte n'était que trop justifiée, comme on le verra plus loin.

Une semaine s'écoula avant que personne, à l'exception de ceux qui y travaillaient, ne pût visiter la précieuse tombe. Notre curiosité était continuellement excitée par J. Lindon Smith, un artiste américain, chargé de peindre l'intérieur de la tombe et son contenu, et qui en s'en retournant à Luxor s'arrêtait à notre campement pour nous raconter sa journée. Les longues heures passées dans la chambre mortuaire n'attristaient point l'artiste, et ce fut l'un des plus gais compagnons que j'eus la bonne fortune de rencontrer.

Quatre grandes jarres, dont les couvercles portaient l'image de la Reine, avaient été trouvées, ainsi qu'une cassette renfermant des objets de toilette en bel émail bleu. Avant de rendre visite à la dépouille mortelle de cette reine romanesque, il sera intéressant, pour ceux qui ne connaissent qu'imparfaitement l'histoire de l'Égypte, d'apprendre le rôle important qu'elle joua pendant la dix-huitième dynastie, alors que l'Empire avait atteint l'apogée de sa puissance. A l'encontre de Hatshepsu, elle était de naissance obscure, et l'on dit même qu'elle n'était point Égyptienne, mais les preuves manquent à l'appui de cette assertion. Elle épousa le jeune Pharaon, Amenhotep III, à peu près au moment de son avènement; ce prince magnifique laissa de nombreux documents où il la nommait _Reine Consort_, et la déclaration royale se termine par ces mots: «Elle est la femme d'un Roi Puissant, dont l'empire s'étend au sud jusqu'à Karoy et au nord jusqu'à Naharin». Ainsi que Breasted le remarque dans son _Histoire de l'Égypte_, «le roi voulait par là rappeler la haute position qu'elle occupait à tous ceux qui auraient pu songer à l'humble origine de la Reine». Thothmès III et ses deux successeurs guerriers avaient consolidé l'empire sur lequel Amenhotep était appelé à régner; d'une haute culture artistique et ayant à sa disposition d'inépuisables trésors, ce dernier fit de Thèbes la plus splendide capitale du monde. Seuls, quelques fragments disséminés dans les musées nous restent de son grand palais; quelques pierres marquent l'emplacement de son mausolée, et les colosses ont été cruellement détériorés par le temps.

Le grand temple de Luxor, encore debout, nous donne la meilleure idée de ce qui fut fait durant ce règne. L'architecte Amenhotep, fils d'Api, fut connu des Grecs douze siècles plus tard, et la sagesse de ses maximes est citée dans _Les Proverbes des Sept Sages_. On peut voir de lui un curieux portrait au Musée du Caire.

Contrairement aux usages de la contrée, la Reine prit une part prééminente à toutes les cérémonies religieuses ainsi qu'aux affaires de l'État, et il est curieux de penser que cette petite femme délicate et fine, tandis qu'elle suivait ces rites religieux, encourageait en secret une hérésie qui, pendant le règne de son fils, devait amener la ruine de l'empire. Les causes de cette réforme religieuse demeurent un mystère; les prêtres d'Ammon, qui étaient alors tout-puissants, cachèrent leur mécontentement. La Reine eut sans doute beaucoup d'influence sur son mari, mais elle en eut bien davantage sur son fils, et ce fut ce jeune homme qui, après la mort de son père, déclara hardiment la guerre aux prêtres et proclama l'existence d'un Être Suprême, dont la manifestation visible était le disque solaire. Son nom, Amenhotep IV,--«Ammon repose»--lui devint impossible à porter; comment pouvait-on l'appeler ainsi, alors qu'il effaçait le nom d'Ammon des murs des temples et offrait un autel au nouveau dieu Aton? Il échangea ce nom contre celui d'_Akh-en-Aton_, signifiant «Esprit d'Aton». Pendant six ans il lutta pour effacer toute trace du culte d'Ammon, mais les souvenirs du passé étaient trop vivaces à Thèbes pour qu'ils pussent être détruits. Aidé de sa mère et du prêtre Eye, qui avait toujours encouragé son zèle réformateur, il résolut de construire une nouvelle capitale qu'il dédierait à Aton. Il choisit un site pittoresque à quelque cinq cents kilomètres au-dessous de Thèbes, appelé maintenant Tell-el-Amarna, mais qu'il nomma _Akhetaton_, «Horizon d'Aton». Il paraît y avoir vécu le reste de sa vie, comme le Pape dans le Vatican, refusant de visiter les régions qui n'étaient pas dédiées à son dieu. Les provinces asiatiques refusèrent bientôt de payer leur tribut, et à la fin de son règne l'immense empire ne comprenait plus que les provinces arrosées par le Nil. Il mourut sans successeur mâle direct, et son gendre, Sakere, dont on ne connaît pas l'histoire, lui succéda. Un autre de ses gendres, Twet-ankh-Amon, succéda à ce dernier, et après entente avec les prêtres d'Ammon, il retourna à Thèbes qui, depuis vingt ans, n'avait pas vu de Pharaon. Ce fut probablement durant son règne que le culte d'Ammon fut rétabli, la tombe de la Reine Tyi ouverte et tous les souvenirs du maudit Aton détruits.

[PLANCHE 33: KHNUM, KEPR, RA, DANS LA TOMBE DE SÉTI Ier, A THÈBES]

Il nous fut enfin permis de visiter cette Reine avant que son cercueil gemmé ne fût envoyé au Musée du Caire et ses ossements ensevelis au pied de la colline protectrice de son tombeau. Mes amis, M. Henry Holiday et Miss Mothersole, firent partie de l'expédition. Nous ne fûmes pas long à gravir la montagne et à descendre dans la vallée des Tombes des Rois. Deux policiers en faction nous indiquèrent l'endroit que nous cherchions, et lorsque les sentinelles furent bien convaincues que nous étions des amis de _Hawaha_, nous fûmes conduits à la tombe nouvellement ouverte. Je fus assez surpris de ce qui se présenta d'abord à nos yeux: un jeune Anglais de stature athlétique, revêtu d'un costume de flanelle, était là, entouré de boîtes de fer-blanc, et, éclairé d'une lanterne électrique, il classait des pierres précieuses; la lumière qui faisait étinceler les joyaux tombait aussi sur les murs blancs du sépulcre, et l'ombre sinistre de notre compatriote aurait pu être prise pour celle d'un sorcier ou d'un prêtre d'Ammon. L'or et le blanc étaient les couleurs dominantes de tout ce qui était éclairé par les rayons électriques, et, au premier coup d'oeil, on se serait plutôt cru dans un boudoir dévasté que dans une mystérieuse demeure funéraire.

Ces réflexions furent de courte durée, car notre ami ayant prestement rentré ses pierres: des lapis-lazuli en forme de demi-lune dans une boîte de _Beautés égyptiennes_, des cornalines et des turquoises dans des boîtes de _Démétrius_ et de _Nestor Genakalis_, s'empressa de nous souhaiter la bienvenue et de nous faire descendre dans la tombe, située à quelques pieds au-dessous de l'entrée qui y conduisait. Nous devions marcher avec précaution et avoir soin de ne rien toucher, car la plupart des objets étaient très fragiles et le moindre heurt aurait été funeste. Le dais effondré nous cachait la vue du cercueil; enfin nous vîmes devant nous l'effigie de Tyi. C'était le spectacle le plus émotionnant que j'eusse jamais vu: vêtue et parée comme elle l'était sans doute le jour où Amenhotep le Magnifique la conduisit au festin nuptial, elle reposait, les bras croisés. Émerveillé par la splendeur de ce tableau, je ne vis point tout d'abord qu'un côté du cercueil était tombé et que le corps réel de la Reine reposait à côté de cette glorieuse effigie. Son visage desséché, ses joues creuses, ses lèvres minces et parcheminées, découvrant quelques dents, offraient un contraste frappant avec le diadème d'or qui encerclait son front et le collier qui cachait une partie de sa gorge momifiée. Son corps était enveloppé de minces feuilles d'or qui, déchirées en plusieurs endroits, rendaient le spectacle encore plus lamentable.

Je compris bientôt pourquoi le corps gisait à côté du cercueil. La bière, très lourde, avait été posée sur de beaux tréteaux surmontés d'un dais doré, mais l'un des pieds sculptés des tréteaux ayant cédé, le cercueil était tombé à terre et l'un des côtés s'étant brisé, la momie s'en était échappée. _Sic transit gloria mundi!_

Avant que ce livre ne soit publié, tous les objets renfermés dans la tombe de Tyi auront été étiquetés, catalogués et classés dans le Musée du Caire. La Reine, elle, n'y sera pas. Tout objet ayant une valeur artistique ou archéologique sera transporté dans la _dahabiyeh_ de M. Davis, et le corps sera remis dans sa sépulture, et la tombe murée.

Ces pages furent écrites au moment où, tout à l'enthousiasme de la découverte, nous ne songions pas à mettre en doute son authenticité, et je les publie ainsi afin de ne pas leur enlever leur sincérité de premières impressions. Mais une triste désillusion nous était réservée. Depuis mon départ d'Égypte, cette intéressante momie a été examinée par de savants chirurgiens qui ont déclaré que le squelette était celui d'un jeune homme âgé de vingt-cinq à vingt-six ans....

Il n'y a pas de doute que tout ce qui se trouvait dans le sépulcre appartenait à la tombe de la Reine Tyi, mais l'endroit où repose réellement son corps, et l'identité du jeune homme qui usurpait ici sa place demeurent autant de mystères. Il ne semble guère possible que ce corps soit celui d'Ikhnaton qui aurait été transporté ici de Tel-el-Amarna pour reposer près de ses ancêtres. Son règne, sous lequel se sont accomplis tant d'événements, n'aurait guère pu se terminer si tôt. Obtiendra-t-on quelque nouvel éclaircissement sur ce que firent les prêtres d'Ammon, lorsqu'ils ouvrirent le sépulcre pour y effacer le nom maudit d'Aton? Peut-être le cérémonial somptueux des obsèques royales ne fut-il qu'un simulacre et le corps de la Reine a-t-il été transporté dans la ville d'Akhetaton, construite par son fils, pour échapper aux mains sacrilèges des prêtres?

Nous laisserons ces questions sans réponse et nous retournerons aux excavations du temple de Mentuhotep.

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_CHAPITRE XVI_

LE TEMPLE DE MENTUHOTEP

ENCORE DES TOMBES, DES SARCOPHAGES, DES MOMIES. || ANTIQUITÉS MODERNES... || L'HONNÊTE VOLEUR. || DANS LE CLAIR-OBSCUR DES CAVEAUX. || LES PEINTURES DE LA TOMBE DE NAKHT: SCÈNES DE LA VIE D'UN GENTILHOMME CAMPAGNARD. || VERS LE TEMPLE DE SETI.