Part 13
Cinq minutes plus tard, Hilda et Jules pouvaient voir, à travers la fenêtre qui avait servi à surprendre Leur naïf baiser, le peu complimenteur personnage seller, en effet, de ses mains, la jument baie dont il avait parlé. Il la brida, resserra les sangles,--le tout avec la précision méthodique et tranquillement rapide qui lui était habituelle. Il sauta sur le dos de la bête et disparut. Les jeunes gens étaient demeurés muets, à suivre des yeux ces mouvements, Maligny n'osant pas regarder sa fiancée d'un quart d'heure, à laquelle il allait déjà être obligé de mentir,--elle, comme perdue dans des réflexions qu'elle était enfin obligée de se formuler sur la nature des sentiments que lui portait son cousin. Elle rompit ce silence, la première, pour interroger Maligny sur un point de ce bref entretien qui lui avait été une révélation:
--«Vous avez vu mon cousin, aujourd'hui? Pourquoi ne m'en aviez-vous pas parlé?»
--«Je n'ai plus pensé à rien, qu'à ce que nous disions...» répondit-il. «C'était bien naturel.»
--«Mais qu'était-il venu vous dire?» insista-t-elle, presque fiévreusement. «Mon nom avait donc été prononcé entre vous? Dans quelles circonstances? De quoi s'agissait-il pour qu'il ait pu vous demander de faire ce que vous deviez et à mon propos? Je peux tout entendre et je veux tout savoir... Vous ne voudrez pas me rien cacher en ce moment?...»
--«Ni en ce moment, ni Jamais...» répondit Jules. Il ne devinait pas à quelle impression de particulière angoisse la tendre enfant obéissait en lui posant ces questions avec cette impatience. Elle se défendait, dans son bonheur, contre un remords: elle venait de voir souffrir, et pour elle, un cœur qu'elle savait si dévoué, si généreux aussi. Le jeune homme crut qu'elle avait eu vent de l'article tendancieux et calomniateur, par quelque phrase maladroite ou méchante d'un client de l'écurie peut-être celui qui l'avait inspiré. Il expliquait ainsi, on s'en souvient, l'origine de l'odieux entrefilet du petit journal. Il pensa que le plus sage était de rassurer Hilda sur ce point, et il ajouta:
--«C'est si simple... M. Corbin a un culte pour vous... Il a trouvé que mes assiduités risquaient de faire causer... Il est habitué à mener ses chevaux droit sur l'obstacle. Il m'a traité comme l'un d'eux... Il a débarqué chez moi, ce matin, et il m'a déclaré tout net que je vous compromettais et qu'il n'y avait qu'un moyen de couper court aux commentaires possibles: quitter Paris, voyager, de telle sorte que mon absence de la rue de Pomereu parût naturelle, même à vos yeux. C'était là ce qu'il appelait faire mon devoir. J'ai, d'abord, été de son avis. Puis j'ai senti qu'il m'était trop dur d'être privé de votre présence... Je suis venu pour avoir avec vous une explication. Je l'ai eue... Et que j'ai eu raison de l'avoir! J'ai pu, enfin, vous dire que je vous aimais, et vous entendre me dire que vous m'aimiez...»
--«Alors,» demanda-t-elle, avec un demi-sourire de coquetterie émue et aussi d'inquiétude, «si Jack n'était pas allé chez vous aujourd'hui, cette démarche que vous venez de faire, vous ne l'auriez pas faite?»
--«Elle se serait faite toute seule,» s'écria-t-il passionnément. «Il y a si longtemps que c'était mon désir et que je n'osais pas! Cette visite de M. Corbin m'a donné le courage qui me manquait. J'ai compris, à sa façon pressante de me parler, que je ne vous étais pas indifférent.»
--«Dès le premier jour que je vous ai connu,» répondit-elle, en secouant sa tête pensivement, «je vous ai aimé... Si vous saviez comme j'ai souffert, quand j'ai cru que vous alliez me parler autrement que vous ne deviez, vous vous rappelez? C'est lorsque nous sommes sortis ensemble pour essayer votre cheval. J'ai eu si peur de vous et de vos manières... Je m'étais fait une telle idée de vous, tout de suite, et, tout de suite aussi, la terreur de cette désillusion!... Voilà pourquoi je me suis sauvée... Mais vous êtes revenu. J'ai compris que je m'étais trompée dans mon appréhension... Dieu! que cela m'a été doux!... On a tant besoin d'estimer celui que l'on aime, et je vous ai tant estimé, alors et depuis...»
--«Chère, chère Hilda!...» répondit Jules. Ils s'étaient assis de nouveau l'un près de l'autre. L'expérience de tout à l'heure les avait avertis de l'insécurité de leur solitude. Mais leur besoin de se donner un signe, sensible de leur tendresse fut, encore cette fois, plus fort que la prudence. Ils s'étaient pris les deux mains et ils se regardaient. Cette étreinte et ce regard faisaient courir, dans leurs veines, une telle douceur, et si enivrante, qu'ils restèrent sans parler de longues minutes. Ni elle ni lui n'auraient su dire combien. Aucun bruit ne leur arrivait que celui de la grande horloge posée dans sa gaine d'acajou marqueté. Le balancier allait et venait, les leur mesurant, ces minutes, comme il avait fait, dans la vieille ferme du Yorkshire, aux accordailles plus rustiques,--mais aussi plus sûres,--de la mère de la romanesque Hilda avec le peu romanesque, mais si loyal Bob Campbell. C'était tout à l'heure qu'un piaffement sur le pavé avait annoncé le départ du trop perspicace John Corbin sur la jument baie qui avait eu, si opportunément, besoin d'un temps de galop. Déjà, Hilda n'y pensait plus. Le bonheur a de ces égoïsmes, et elle était heureuse, absolument, complètement. Qu'elle devait de fois revenir, par la suite, dans cette étroite chambre, si pauvrement meublée d'un bureau, de quatre chaises, d'un cartonnier et de cette horloge! Comme l'aspect de ces médiocres choses, éclairées par ce soleil de cet après-midi de printemps, devait lui remplir le cœur d'un poignant regret, à les retrouver et à se souvenir! Que de fois, par cette même fenêtre, durant des journées bleues comme celle-ci, elle devait regarder indéfiniment la longue cour et se la rappeler telle qu'elle était durant cette heure unique,--_l'heure de sa vie_,--traversée par un palefrenier en train de siffler un air de gigue, vide de gens et pleine d'un rayonnant soleil--moins rayonnant que les yeux de son aimé, fixés sur elle!... Est-il possible que de telles expressions d'un visage si jeune ne soient qu'un mensonge, que de tels instants ne soient qu'une chimère? Où trouver la force de supporter la vie ensuite, quand tout vous a manqué de ce qui vous a paru si doux, si vrai, si certain? Pourquoi Jules la regardait-il ainsi, s'il ne l'aimait pas? Pourquoi, après lui avoir parlé d'une façon si tendrement persuasive, trouvait-il encore à lui dire des mots destinés à la convaincre davantage qu'il était sincère? Car ce fut lui qui reprit le premier l'entretien interrompu. Il dit:
--«Quand voulez-vous que je parle à votre père pour lui demander son consentement, maintenant que j'ai le vôtre?»
--«C'est moi qui lui parlerai,» répondit-elle. «Vous savez que nous sommes restés très Anglais, quoique nous vivions en France depuis bien longtemps. Chez nous, les filles s'engagent toutes seules, et elles ne préviennent leurs parents qu'après... Laissez-moi disposer mon père... Il le faut. L'idée de se séparer de moi lui sera un peu pénible, et plus pénibles les souvenirs que mes fiançailles évoqueront en lui. Il se rappellera son mariage. Il pensera à ma pauvre maman... Revenez comme si de rien n'était, demain et les jours suivants. Quand je croirai le moment arrivé, vous le saurez...»
--«Mais M. Corbin l'avertira...?» interrogea-t-il.
--«Jack?» dit Hilda. «Il n'a jamais parlé à personne des affaires de personne. Il ne commencera pas par moi... Ce que je vous demande, moi,»--et elle eut, de nouveau, ce sourire de coquetterie tout ensemble caressante et inquiète qu'il ne lui connaissait pas avant ce jour. Dieu! Comme cet éveil de la femme en elle la rendait plus jolie encore! Comme il la sentait amoureuse et frémissante!--«ce que je vous demande, c'est d'être très patient avec lui, ces jours-ci. Il ne sera peut-être pas aimable. Il en sera de lui comme de mon père. Ils s'habitueront difficilement à l'idée de mon départ... Alors, il y a beaucoup de chance pour que Jack vous en veuille un peu»--elle hésita une seconde--«et pour qu'il ne vous le cache pas...»
--«Je supporterai ses mauvaises humeurs,» répondit le jeune homme, «de quelque manière qu'il les manifeste, et sans grand effort, je vous jure... Ce sera pour vous... Pour vous!» répéta-t-il. «Je voudrais tant pouvoir faire quelque chose pour vous, mais de vraiment difficile, de vraiment pénible, et qui vous prouvât ce que vous m'êtes.»
--«Cher, cher Jules...» soupira Hilda Campbell, à son tour. Ses yeux exprimèrent le passionné désir qui l'avait saisie de se rapprocher de lui, comme tout à l'heure, de poser sa tête sur cette poitrine où battait ce cœur qu'elle croyait si à elle, de sentir derechef, sur son front et ses paupières, l'effleurement de ces lèvres, à travers lesquelles passaient des mots si doux à entendre. Un coup frappé à la porte par un des garçons d'écurie, qui venait l'avertir de la présence d'un visiteur, la fit, au contraire, se rejeter en arrière et retirer ses mains. «J'y vais,» dit-elle, avec un nouvel afflux de son sang à ses joues. Jules l'avait déjà vue bien des fois rougir ainsi. Jamais les signes de la pure et folle sensibilité de ce cœur virginal ne l'avaient lui-même ému de la sorte. Elle s'était levée. Il l'imita.
--«Alors, vous m'attendrez demain?» demanda-t-il, et il ajouta: «Pas avant demain?»
--«Pas avant demain...» répliqua-t-elle. «Mais à neuf heures, bien exactement... Juste à la place où vous avez risqué votre vie pour moi, voulez-vous?»
--«C'est convenu,» dit-il; et, cherchant un mot d'amour, afin de répondre à ce qu'il y avait de si tendre dans le choix de cet endroit de rendez-vous: «A demain donc, à neuf heures, et là-bas, ma fiancée...»
Un dernier regard, un dernier soupir, un dernier sourire,--et tous deux s'éveillaient de l'espèce de songe qui les avait emportés dans son vertige; elle, pour s'occuper humblement de présenter les chevaux de son père à un acheteur possible;--lui, pour reprendre le chemin de l'hôtel Maligny,--cet hôtel où miss Campbell entrerait bientôt en maîtresse, si les promesses échangées n'étaient pas de vains mots. Elles ne l'étaient certes pas, à cet instant, pour l'amoureux. L'ivresse où l'avaient jeté, d'abord la révélation des sentiments de Hilda, puis sa présence, ne s'était pas encore dissipée au moment où il déboucha du boulevard des Invalides dans la rue de Babylone, laquelle croise, comme on sait, la rue de Monsieur. Aucune des innombrables difficultés que comportaient ces fiançailles, si fantastiquement, si étourdiment improvisées, ne s'était même présentée, durant cet assez long trajet, à cet esprit, beaucoup plus réaliste d'habitude, sinon plus raisonnable. Le ravissement du premier aveu et du premier baiser se prolongeait en une de ces exaltations toutes voisines des extases de l'opium et du hachisch, comme on n'en éprouve qu'à vingt-cinq ans. La force du désir est telle à cet âge, dans certaines natures particulièrement entraînables, qu'elles en perdent la conscience des vérités les plus évidentes. Ce projet de mariage avec la fille du marchand de chevaux, le jeune homme ne pouvait pas le mettre à exécution sans l'avoir annoncé à sa mère, cette mère qu'il avait toujours tant chérie, en la faisant souffrir. Il avait dit, en parlant d'elle: «Ma mère? Elle aimera qui m'aimera...» Il n'avait qu'à réfléchir une demi-seconde au caractère de Mme de Maligny, à ses principes et à ses préjugés, pour se rendre compte qu'elle n'accepterait jamais une pareille union. L'idée fixe de la douairière n'était-elle pas, depuis des années, le relèvement de «leur maison»? Cette réflexion d'une demi-seconde, Jules ne l'avait eue, ni tandis qu'il causait avec la pauvre Hilda, ni pendant ce retour, tout entier employé à revoir, en imagination, les yeux bleus de la délicieuse enfant, rayonnants d'espoir ou fondus de tendresse, la ligne sinueuse de ses joues, la transparence fraîche de son teint, le frémissement de la bouche aimante, l'or de ses cheveux massés sous son chapeau rond, son buste si souple pris dans le corsage ajusté, ses pieds fins paradoxalement chaussés de leurs petites bottes, la gauche armée d'un éperon, apparues sous sa jupe relevée d'amazone,--enfin, ce charme de Diane, célébré par les vers antiques que Jules se fût récités avec enthousiasme,--s'il les avait sus!--«La sœur d'Apollon se tenait là, la cavalière des montagnes, la vierge--Diane. Elle n'avait ni son arc qui frappe au loin, ni le carquois,--sur l'épaule, avec ses flèches; mais, jusqu'à son genou,--elle avait, pour courir, relevé sa tunique virginale,--et pas une bandelette, pas un bijou ne se voyait dans ses cheveux...[4]» Il avait, de même, oublié les ennuyeuses et inévitables complications qui se produiraient d'un autre côté, celui de la famille de Hilda. Elle ne lui avait pas caché, cependant, qu'il lui faudrait être très prudente et n'annoncer leurs fiançailles à son père qu'avec précaution,--ce qui prouvait que le maquignon anglais aurait, lui aussi, de graves objections contre cet excentrique mariage. Il y avait, en outre, le cousin, dont Hilda venait de rappeler le difficultueux caractère. Ces deux personnages, auxquels Maligny n'avait jamais pensé autrement que pour en sourire, allaient devenir partie intégrante de sa vie de prétendu d'abord, puis d'époux.--Ils étaient si totalement absents de son esprit qu'il fut littéralement stupéfié de reconnaître, à ce coin de la rue de Babylone et de la rue de Monsieur, John Corbin lui-même, qui l'attendait. L'écuyer était descendu de la jument baie, à laquelle il avait donné le galop réclamé, et au delà, car elle était ruisselante d'écume. Lui, toujours professionnel dans les pires crises de passion, la promenait en main pour la faire sécher, sur la moitié de la chaussée réchauffée par le soleil. Une autre figure, familière au jeune comte, se tenait sur le seuil de l'hôtel, comme pour lui remémorer à l'avance le reste des ennuis probables. C'était le concierge Firmin, de plus en plus inquiété par cette nouvelle visite de «l'Anglais peu catholique». Il n'eut pas plus tôt aperçu son maître qu'il disparut, incapable, cette fois, de garder plus longtemps le silence,--et pour aller, en hâte, parler à Mme de Maligny! On se souvient: il s'était déjà demandé s'il n'était pas de son devoir d'avertir sa maîtresse. Niaise démarche d'un très brave homme, qui devait avoir des conséquences bien funestes pour le bonheur de l'innocente Hilda! La surprise de Jules était si complète qu'il ne remarqua ni cette station de son maître Jacques devant la porte cochère, ni cette disparition. Il ne vit que le maigre et sombre Corbin, auquel il adressa, pour obéir à la demande de sa fiancée, le plus gracieux des sourires,--et le plus perdu. Le profil chevalin du jaloux ne s'éclaira d'aucune lueur. Sa main ne se leva pas vers la visière de sa casquette, toujours abaissée sur sa cicatrice. Sa voix ne se fit pas plus douce pour prononcer des paroles qui avaient, pourtant, l'intention d'être conciliantes. C'était l'illustration à rebours d'un autre vers, aussi inconnu du digne Corbin que la description des statues de Zeuxippe par l'Alexandrin Christodore pouvait l'être de Maligny:
Et, jusqu'à je vous hais, tout s'y dit tendrement.
La plus violente aversion frémissait dans sa voix, tandis qu'il s'excusait de ses outrages de tout à l'heure:
--«J'ai voulu vous demander pardon, monsieur de Maligny, de ma colère devant Hilda. Je _dois_ vous avoir demandé pardon,» insista-t-il. «Je ne suis pas sûr de vous revoir demain ni les autres jours. Alors, je suis venu vous attendre maintenant...»
--«Je n'ai rien à vous pardonner, monsieur Corbin,» répondit Jules. «Vous ne saviez pas ce qui se passait. C'était très naturel que vous fussiez indigné de mon attitude vis-à-vis de votre cousine, après la conversation que nous avions eue... Laissons cela. Je ne vous en veux d'aucune manière. Il n'y aura donc pas d'empêchement, du moins de ma part, à ce que nous nous voyions, et demain et les autres jours...»
--«Je quitte Paris,» répliqua Corbin. «Mon oncle a besoin, depuis longtemps, que j'aille en Angleterre acheter des chevaux, je ne partais pas à cause de Hilda. Je n'ai plus de raison de rester. Je serai à Londres dans vingt-quatre heures.»
--«Mais vous en reviendrez, et bientôt, j'espère?...» interrogea Jules.
--«Je ne reviendrai pas.» répondit Corbin. «Hilda va devenir comtesse. Elle devra habiter ici...» Il montra, de sa cravache, la porte cochère de l'hôtel. «Moins elle aura de parents comme moi à recevoir, mieux cela vaudra, pour vous et pour elle... Vous direz à madame votre mère, si vous lui avez déjà parlé du cousin, que cette objection est levée. Le cousin ne paraîtra pas au mariage. Je m'arrangerai pour que nos autres parents d'Angleterre ne viennent pas non plus. Ils n'y seraient pas à leur place. Il n'y a que l'oncle Bob qui devra absolument être là. Mais l'oncle Bob, quand il n'a pas bu, peut être tout à fait un _gentleman_. Et il ne boira pas le matin du mariage. Adieu, monsieur de Maligny. Vous avez raison de faire de Hilda une _lady_. Elle en a toujours été une, même quand elle n'était qu'une pauvre miss Campbell, simple cousine d'un pauvre Jack Corbin...»
Et, avant que son interlocuteur eût pu lui répondre, il avait mis le pied à l'étrier, assuré ses rênes, enfourché sa monture et il était parti au grand trot. Jules le regarda filer du côté du boulevard des Invalides. Puis, quand le cheval et le cavalier eurent tourné le coin des bâtiments du Sacré-Cœur:
--«Comme il l'aime!», se dit-il. «C'est, évidemment, le plus sage parti qu'il prend... Mais, s'il s'imagine que son départ rendra les choses plus faciles avec maman, comme il se trompe!... C'est à elle qu'il faut parler maintenant... Non. Ce ne sera pas facile. Mais, avant que Hilda n'ait parlé à son père, j'ai tout le temps d'avoir préparé les voies...»
C'est sur cette résolution d'atermoiement, grosse de toutes les lâchetés futures, que le fiancé enivré de tout à l'heure, redevenu, sur un point si important le plus irrésolu des demi-Slaves, franchit le seuil de la maison maternelle. Du moment qu'il débutait ainsi dans la campagne nécessaire pour emporter le consentement de Mme de Maligny, quelle chance y avait-il pour que cette maison fût jamais celle de l'ignorante enfant à laquelle il venait, pourtant, d'arracher de tels aveux et de faire de telles promesses?...
[1] Formule de mariage anglais: _for better, for worse, for weal and for woe, until death us do part_.
[2] «Oh! honte! honte!»
[3] «Vous êtes un tel goujat!»
[4] Description de statues par Christodore (491-518 de notre ère).
DEUXIÈME PARTIE
I
SIX MOIS APRES