Part 9
Alain Bron est consultant en systèmes d'information et écrivain. Il explique son parcours: «J'ai passé une vingtaine d'années chez Bull. Là, j'ai participé à toutes les aventures de l'ordinateur et des télécommunications, j'ai été représentant des industries informatiques à l'ISO (Organisation internationale de normalisation), et chairman du groupe réseaux du consortium X/Open. J'ai connu aussi les tout débuts d'internet avec mes collègues de Honeywell aux Etats-Unis (fin 1978). Je suis actuellement [fin 1999] consultant en systèmes d'information où je m'occupe de la bonne marche de grands projets informatiques (...). Et j'écris. J'écris depuis mon adolescence. Des nouvelles (plus d'une centaine), des essais psycho-sociologiques ("La gourmandise du tapir" et "La démocratie de la solitude"), des articles et des romans. C'est à la fois un besoin et un plaisir jubilatoire.»
En ce qui concerne la finalité du réseau, «ce qui importe avec internet, c'est la valeur ajoutée de l'humain sur le système. Internet ne viendra jamais compenser la clairvoyance d'une situation, la prise de risque ou l'intelligence du coeur. Internet accélère simplement les processus de décision et réduit l'incertitude par l'information apportée. Encore faut-il laisser le temps au temps, laisser mûrir les idées, apporter une touche indispensable d'humanité dans les rapports. Pour moi, la finalité d'internet est la rencontre et non la multiplication des échanges électroniques.»
Quel est son meilleur souvenir lié à l'internet? «À la suite de la parution de mon roman "Sanguine sur toile", j'ai reçu un message d'un ami que j'avais perdu de vue depuis plus de vingt ans. Il s'était reconnu dans un personnage du livre. Nous nous sommes revus récemment autour d'une bouteille de Saint-Joseph et nous avons pu échanger des souvenirs et fomenter des projets.»
2000 > ENCYCLOPÉDIES ET DICTIONNAIRES EN LIGNE
[Résumé] Les premières encyclopédies de référence disponibles sur le web émanent de versions imprimées. C'est aussi le cas des dictionnaires en ligne. WebEncyclo est mis en ligne par les éditions Atlas en décembre 1999 avec accès libre et gratuit, tout comme l'Encyclopaedia Universalis, mais avec accès payant. Le site Britannica.com est lui aussi mis en ligne à la même date pour proposer le contenu des 32 volumes de l'Encyclopaedia Britannica, d'abord en accès libre puis en accès payant. Les premiers dictionnaires de référence en ligne émanent eux aussi de versions imprimées. Le Dictionnaire universel francophone en ligne des éditions Hachette est disponible en accès libre dès 1997. Les 20 volumes de l'Oxford English Dictionary (OED) sont mis en ligne en mars 2000 avec accès payant. Conçu directement pour le web, le Grand dictionnaire terminologique (GDT) est mis en ligne en septembre 2000 avec accès libre et gratuit.
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Les premières encyclopédies de référence disponibles sur le web émanent de versions imprimées. C'est aussi le cas des dictionnaires en ligne.
# Les encyclopédies
WebEncyclo (aujourd'hui disparu), publié par les éditions Atlas, est la première grande encyclopédie francophone en accès libre, avec mise en ligne en décembre 1999. La recherche est possible par mots-clés, thèmes, médias (à savoir les cartes, liens internet, photos et illustrations) et idées. Un appel à contribution incite les spécialistes d'un sujet donné à envoyer des articles, qui sont regroupés dans la section «WebEncyclo contributif». Après avoir été libre, l'accès est ensuite soumis à une inscription préalable gratuite.
La version web de l'Encyclopaedia Universalis est elle aussi mise en ligne en décembre 1999, ce qui représente un ensemble de 28.000 articles signés de 4.000 auteurs. Si la consultation est payante sur la base d'un abonnement annuel, de nombreux articles sont également en accès libre.
Le site Britannica.com est mis en ligne à la même date, en tant que première grande encyclopédie anglophone en accès libre. Le site propose l'équivalent numérique des 32 volumes de l'Encyclopaedia Britannica (15e édition), en complément de la version imprimée et de la version CD-Rom, toutes deux payantes. Le site web offre aussi une sélection d'articles issus de 70 magazines, un guide des meilleurs sites, un choix de livres, etc., le tout étant accessible à partir d'un moteur de recherche unique. En septembre 2000, le site fait partie des cent sites les plus visités du web. En juillet 2001, la consultation devient payante sur la base d'un abonnement annuel ou mensuel. Beaucoup plus tard, en 2009, Britannica.com ouvre son site à des contributeurs externes, avec inscription obligatoire pour écrire et modifier des articles.
# Les dictionnaires
Le premier grand dictionnaire de langue française en accès libre est le Dictionnaire universel francophone en ligne, qui répertorie 45.000 mots et 116.000 définitions tout en présentant «sur un pied d'égalité, le français dit "standard" et les mots et expressions en français tel qu'on le parle sur les cinq continents». Issu de la collaboration entre Hachette et l'AUPELF-UREF (devenu depuis l'AUF - Agence universitaire de la Francophonie), il est mis en ligne dès 1997 et correspond à la partie «noms communs» du dictionnaire imprimé disponible chez Hachette.
L'équivalent pour la langue anglaise est le site Merriam-Webster OnLine, qui donne librement accès au Collegiate Dictionary, au Collegiate Thesaurus et à d'autres outils linguistiques.
En mars 2000, les 20 volumes de l'Oxford English Dictionary (OED) sont mis en ligne par l'Oxford University Press (OUP). La consultation du site est payante. Le dictionnaire bénéficie d'une mise à jour trimestrielle d'environ 1.000 entrées nouvelles ou révisées.
En mars 2002, deux ans après cette première expérience, l'Oxford University Press lance l'Oxford Reference Online (ORO), une vaste encyclopédie conçue cette fois directement pour le web et consultable elle aussi sur abonnement payant. Avec 60.000 pages et un million d'entrées, elle représente l'équivalent d'une centaine d'ouvrages de référence.
# Un dictionnaire bilingue
Conçu lui aussi directement pour le web, avec accès libre et gratuit, le Grand dictionnaire terminologique (GDT) est un dictionnaire bilingue français-anglais de trois millions de termes appartenant au vocabulaire industriel, scientifique et commercial. Sa mise en ligne en septembre 2000 est le résultat d'un partenariat entre l'Office québécois de la langue française (OQLF), auteur du dictionnaire, et Semantix, société spécialisée dans les solutions logicielles linguistiques.
Dès le premier mois, le GDT est consulté par 1,3 million de personnes, avec 60.000 requêtes par jour. La gestion du GDT est ensuite assurée par Convera Canada, avec 3,5 millions de requêtes mensuelles en février 2003. Une nouvelle version du GDT est mise en ligne en mars 2003. La gestion du dictionnaire est désormais assurée par l'OQLF lui-même, et non plus par une société prestataire, avec l'ajout du latin comme troisième langue.
2000 > LES AVENTURES DE STEPHEN KING
[Résumé] Maître du suspense de renommée mondiale, Stephen King est le premier auteur de best-sellers à se lancer dans l'aventure numérique. Dans un premier temps, en mars 2000, il décide de distribuer sa nouvelle «Riding The Bullet» uniquement en version numérique, avec 400.000 exemplaires téléchargés dans les premières vingt-quatre heures. Suite à ce succès à la fois médiatique et financier, l'auteur crée son propre site web en juillet 2000 pour auto-publier son roman épistolaire inédit «The Plant» en plusieurs épisodes. Les chapitres paraissent à intervalles réguliers et sont téléchargeables dans plusieurs formats (PDF, OeB, HTML, TXT). En décembre 2000, après la parution du sixième chapitre, l'auteur décide d'interrompre cette expérience, le nombre de téléchargements et de paiements ayant régulièrement baissé au fil des chapitres. L'auteur poursuit d'autres expériences numériques dans les années qui suivent, mais cette fois en partenariat avec son éditeur.
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Stephen King est le premier auteur de best-sellers à se lancer dans l'aventure numérique, malgré les risques commerciaux encourus, en tentant d'auto-publier un roman épistolaire sur le web indépendamment de son éditeur.
# Mars 2000
En mars 2000, Stephen King, maître du suspense de renommée mondiale, commence tout d'abord par distribuer uniquement sur l'internet sa nouvelle «Riding the Bullet», assez volumineuse puisqu'elle comprend 66 pages. Du fait de la notoriété de l'auteur et de la couverture médiatique de ce scoop, la publication de cette nouvelle sur le web est un succès immédiat, avec 400.000 exemplaires téléchargés lors des premières vingt-quatre heures dans les librairies en ligne qui la vendent au prix de 2,5 dollars US.
# Juillet 2000
En juillet 2000, fort de cette expérience prometteuse, Stephen King décide de se passer des services de Simon & Schuster, son éditeur habituel. Il crée son propre site web pour débuter l'auto-publication en épisodes de «The Plant», un roman épistolaire inédit. Ce roman raconte l'histoire d'une plante carnivore s'emparant d'une maison d'édition et lui promettant le succès commercial en échange de sacrifices humains. Le premier chapitre est téléchargeable dans plusieurs formats - PDF, OeB, HTML, TXT - pour la modeste somme d'un dollar, avec paiement différé ou paiement immédiat sur le site d'Amazon.
Dans une lettre aux lecteurs publiée sur son site à la même date, l'auteur raconte que la création du site, le design et la publicité lui ont coûté la somme de 124.150 dollars, sans compter sa prestation en tant qu'écrivain ni la rémunération de son assistante. Il précise aussi que la publication des chapitres suivants est liée au paiement du premier chapitre par au moins 75% des internautes.
«Mes amis, vous avez l'occasion de devenir le pire cauchemar des éditeurs, déclare-t-il dans sa lettre. Comme vous le voyez, c'est simple. Pas de cryptage assommant! Vous voulez imprimer l'histoire et en faire profiter un(e) ami(e)? Allez-y. Une seule condition: tout repose sur la confiance, tout simplement. C'est la seule solution. Je compte sur deux facteurs. Le premier est l'honnêteté. Prenez ce que bon vous semble et payez pour cela, dit le proverbe. Le second est que vous aimerez suffisamment l'histoire pour vouloir en lire davantage. Si vous le souhaitez vraiment, vous devez payer. Rappelez-vous: payez, et l'histoire continue; volez, et l'histoire s'arrête.»
Une semaine après la mise en ligne du premier chapitre, on compte 152.132 téléchargements, avec paiement par 76% des lecteurs. Certains paient davantage que le dollar demandé, allant parfois jusqu'à 10 ou 20 dollars pour compenser le manque à gagner de ceux qui ne paieraient pas, et éviter ainsi que la série ne s'arrête.
La barre des 75% est dépassée de peu, au grand soulagement des fans, si bien que le deuxième chapitre suit un mois après.
# Août 2000
En août 2000, dans une nouvelle lettre aux lecteurs, Stephen King annonce un nombre de téléchargements légèrement inférieur à celui du premier chapitre. Il en attribue la cause à une publicité moindre et à des problèmes de téléchargement. Si le nombre de téléchargements n'a que légèrement décru, le nombre de paiements est en nette diminution, les internautes ne réglant leur dû qu'une seule fois pour plusieurs téléchargements.
L'auteur s'engage toutefois à publier le troisième chapitre comme prévu, fin septembre, et à prendre une décision ensuite sur la poursuite ou non de l'expérience, en fonction du nombre de paiements. Ses prévisions sont de onze ou douze chapitres en tout, avec un nombre total de 1,7 million de téléchargements. Le ou les derniers chapitres seraient gratuits.
Plus volumineux avec 10.000 signes au lieu de 5.000 signes comme les précédents, les chapitres 4 et 5 passent à deux dollars. Mais le nombre de téléchargements et de paiements ne cesse de décliner, avec 40.000 téléchargements seulement pour le cinquième chapitre alors que le premier chapitre avait été téléchargé 120.000 fois, et paiement pour 46% des téléchargements seulement.
# Novembre 2000
Fin novembre, Stephen King annonce l'interruption de la publication pendant une période indéterminée, après la parution du sixième chapitre, téléchargeable gratuitement à la mi-décembre. «"The Plant" va retourner en hibernation afin que je puisse continuer à travailler, précise-t-il sur son site. Mes agents insistent sur la nécessité d'observer une pause afin que la traduction et la publication à l'étranger puissent rattraper la publication en anglais.» Mais cette décision semble d'abord liée à l'échec commercial de l'expérience.
Cet arrêt suscite de vives critiques. On oublie de reconnaître à l'auteur au moins un mérite, celui d'avoir été le premier à se lancer dans l'aventure, avec les risques qu'elle comporte. Entre juillet et décembre 2000, pendant les six mois qu'elle aura duré, nombreux sont ceux qui suivent les tribulations de «The Plant», à commencer par les éditeurs, quelque peu inquiets face à un médium qui pourrait un jour concurrencer le circuit traditionnel.
Quand Stephen King décide d'arrêter l'expérience, plusieurs journalistes et critiques littéraires affirment qu'il se ridiculise aux yeux du monde entier, preuve qu'ils n'ont visiblement pas suivi l'histoire depuis ses débuts. L'auteur avait d'emblée annoncé la couleur puisqu'il avait lié la poursuite de la publication à un pourcentage de paiements satisfaisant.
# 2001 et 2002
Qu'est-il advenu ensuite des expériences numériques de Stephen King? L'auteur reste très présent dans ce domaine, mais cette fois par le biais de son éditeur.
En mars 2001, son roman «Dreamcatcher» est le premier roman à être lancé simultanément en version imprimée par Simon & Schuster et en version numérique par Palm Digital Media, la librairie numérique de Palm, pour lecture sur Palm Pilot et sur Pocket PC.
En mars 2002, son recueil de nouvelles «Everything's Eventual» est lui aussi publié simultanément en deux versions: en version imprimée par Scribner, subdivision de Simon & Schuster, et en version numérique par Palm Digital Media, qui en propose un extrait en téléchargement libre. Et ainsi de suite, preuve que les éditeurs sont toujours utiles.
2000 > DES AUTEURS DE BEST-SELLERS
[Résumé] À la suite de Stephen King, Frederick Forsyth, le maître britannique du thriller, décide lui aussi de tenter l'aventure numérique, avec l'appui d'Online Originals, un éditeur électronique londonien. En novembre 2000, Online Originals publie «The Veteran», histoire d'un crime violent commis à Londres et premier volet de «Quintet», une série de cinq nouvelles électroniques. Arturo Pérez-Reverte, romancier espagnol, tente une expérience un peu différente. Sa série best-seller relate les aventures du Capitan Alatriste au 17e siècle. Le nouveau titre à paraître fin 2000 s'intitule «El Oro del Rey» (L'Or du Roi). En novembre 2000, en collaboration avec Alfaguara, son éditeur habituel, l'auteur décide de diffuser ce nouveau titre en version numérique sur une page spécifique du portail Inicia, en exclusivité pendant un mois, avant la sortie du livre imprimé en librairie. Paulo Coelho, romancier brésilien, décide pour sa part de diffuser gratuitement plusieurs romans au format PDF en mars 2003, avec l'accord de ses éditeurs.
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En novembre 2000, deux auteurs de best-sellers, Frederick Forsyth et Arturo Pérez-Reverte, décident de tenter l'aventure numérique, suivis ensuite par de nombreux auteurs, par exemple Paulo Coelho en mars 2003.
Mais, forts de l'expérience d'auto-publication de Stephen King peut- être, ils n'ont pas l'intention de se passer d'éditeur. Pour mémoire, Stephen King lance l'auto-publication numérique de son roman épistolaire inédit «The Plant» en juillet 2000. Il met fin à cette expérience quelques mois plus tard, le nombre de paiements étant très inférieur au nombre de téléchargements.
# Frederick Forsyth
Frederick Forsyth, maître britannique du thriller, aborde la publication numérique avec l'appui de l'éditeur électronique londonien Online Originals. En novembre 2000, Online Originals publie «The Veteran» en tant que premier volet de «Quintet», une série de cinq nouvelles électroniques annoncées dans l'ordre suivant: «The Veteran», «The Miracle», «The Citizen», «The Art of the Matter» et «Draco».
Disponible dans trois formats (PDF, Microsoft Reader et Glassbook Reader), la nouvelle est vendue au prix de 3,99 pounds (6,60 euros) sur le site de l'éditeur et dans plusieurs librairies en ligne au Royaume- Uni (Alphabetstreet, BOL.com, WHSmith) et aux États-Unis (Barnes & Noble, Contentville, Glassbook).
Frederick Forsyth déclare à la même date sur le site d'Online Originals: «La publication en ligne sera essentielle à l'avenir. Elle crée un lien simple et surtout rapide et direct entre le producteur original (l'auteur) et le consommateur final (le lecteur), avec très peu d'intermédiaires. Il est passionnant de participer à cette expérience. Je ne suis absolument pas un spécialiste des nouvelles technologies. Je n'ai jamais vu de livre électronique. Mais je n'ai jamais vu non plus de moteur de Formule 1, ce qui ne m'empêche pas de constater combien ces voitures de course sont rapides.» Toutefois cette première expérience ne dure pas, les ventes étant très inférieures aux prévisions.
# Arturo Pérez-Reverte
La première expérience numérique d'Arturo Pérez-Reverte est un peu différente. La série best-seller du romancier espagnol relate les aventures du Capitan Alatriste au 17e siècle. Le nouveau titre à paraître fin 2000 s'intitule «El Oro del Rey» (L'Or du Roi).
En novembre 2000, en collaboration avec son éditeur Alfaguara, l'auteur décide de diffuser «El Oro del Rey» en version numérique sur un page spécifique du portail Inicia, en exclusivité pendant un mois, avant sa sortie en librairie. Le roman est disponible au format PDF pour 2,90 euros, un prix très inférieur aux 15,10 euros annoncés pour le livre imprimé.
Résultat de l'expérience, le nombre de téléchargements est très satisfaisant, mais pas celui des paiements. Un mois après la mise en ligne du roman, on compte 332.000 téléchargements, avec paiement par 12.000 lecteurs seulement.
À la même date, Marilo Ruiz de Elvira, directrice de contenus du portail Inicia, explique dans un communiqué: «Pour tout acheteur du livre numérique, il y avait une clé pour le télécharger en 48 heures sur le site internet et, surtout au début, beaucoup d'internautes se sont échangés ce code d'accès dans les forums de chats et ont téléchargé leur exemplaire sans payer. On a voulu tester et cela faisait partie du jeu. Arturo Pérez-Reverte voulait surtout qu'on le lise.»
En 2006, on compte 4 millions d'exemplaires vendus pour les cinq premiers tomes de cette saga littéraire, devenue un succès planétaire, surtout sous forme imprimée. La saga donne également naissance au film Alatriste, une superproduction espagnole de 20 millions d'euros.
# Paulo Coelho
Paulo Coelho, romancier brésilien, devient mondialement célèbre avec «L'Alchimiste». Début 2003, ses livres, traduits en 56 langues, ont été vendus en 53 millions d'exemplaires dans 155 pays, dont 6,5 millions d'exemplaires dans les pays francophones.
En mars 2003, Paulo Coelho décide de distribuer plusieurs de ses romans gratuitement en version PDF, en diverses langues, avec l'accord de ses éditeurs respectifs, dont Anne Carrière, son éditrice en France. Trois romans sont disponibles en français: «Manuel du guerrier de la lumière», «La cinquième montagne» et «Veronika décide de mourir».
Pourquoi une telle décision? L'auteur déclare à la même date par le biais de son éditrice: «Comme le français est présent, à plus ou moins grande échelle, dans le monde entier, je recevais sans cesse des courriers électroniques d'universités et de personnes habitant loin de la France, qui ne trouvaient pas mes oeuvres.»
À la question classique relative au préjudice éventuel sur les ventes futures, l'auteur répond: «Seule une minorité de gens a accès à l'internet, et le livre au format ebook ne remplacera jamais le livre papier.» Une remarque très juste en 2003, mais qui n'est peut-être plus de mise en 2011. Paulo Coehlo réitère toutefois l'expérience au printemps 2011, pour la plus grande joie de ses lecteurs.
2000 > COTRES.NET, SITE DE LITTÉRATURE NUMÉRIQUE
[Résumé] «Entoileur» du site cotres.net depuis octobre 1998, Jean-Paul s'interroge en juin 2000 sur l'apport de l'internet dans son écriture. «La navigation par hyperliens se fait en rayon (j'ai un centre d'intérêt et je clique méthodiquement sur tous les liens qui s'y rapportent) ou en louvoiements (de clic en clic, à mesure qu'ils apparaissent, au risque de perdre de vue mon sujet). Bien sûr, les deux sont possibles avec l'imprimé. Mais la différence saute aux yeux: feuilleter n'est pas cliquer. L'internet n'a donc pas changé ma vie, mais mon rapport à l'écriture. On n'écrit pas de la même manière pour un site que pour un scénario, une pièce de théâtre, etc. (...) Depuis, j'écris (compose, mets en page, en scène) directement à l'écran. L'état "imprimé" de mon travail n'est pas le stade final, le but; mais une forme parmi d'autres, qui privilégie la linéarité et l'image, et qui exclut le son et les images animées. (...) C'est finalement dans la publication en ligne (l'entoilage?) que j'ai trouvé la mobilité, la fluidité que je cherchais.»
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Jean-Paul, «entoileur» du site cotres.net, propose depuis octobre 1998 de beaux parcours littéraires utilisant l'hyperlien.
# Une navigation en rayon
En juin 2000, il s'interroge sur l'apport de l'internet dans son écriture. «La navigation par hyperliens se fait en rayon (j'ai un centre d'intérêt et je clique méthodiquement sur tous les liens qui s'y rapportent) ou en louvoiements (de clic en clic, à mesure qu'ils apparaissent, au risque de perdre de vue mon sujet). Bien sûr, les deux sont possibles avec l'imprimé. Mais la différence saute aux yeux: feuilleter n'est pas cliquer. L'internet a donc changé mon rapport à l'écriture. On n'écrit pas de la même manière pour un site que pour un scénario, une pièce de théâtre, etc. (...)
Depuis, j'écris (compose, mets en page, en scène) directement à l'écran. L'état "imprimé" de mon travail n'est pas le stade final, le but; mais une forme parmi d'autres, qui privilégie la linéarité et l'image, et qui exclut le son et les images animées. (...)
C'est finalement dans la publication en ligne (l'entoilage?) que j'ai trouvé la mobilité, la fluidité que je cherchais. Le maître mot y est "chantier en cours", sans palissades. Accouchement permanent, à vue, comme le monde sous nos yeux. Provisoire, comme la vie qui tâtonne, se cherche, se déprend, se reprend. Avec évidemment le risque souligné par les gutenbergs, les orphelins de la civilisation du livre: plus rien n'est sûr. Il n'y a plus de source fiable, elles sont trop nombreuses, et il devient difficile de distinguer un clerc d'un gourou. Mais c'est un problème qui concerne le contrôle de l'information. Pas la transmission des émotions.»
«Canon laser», l'une de ses premières oeuvres, est d'abord une oeuvre imprimée, en série limitée, aujourd'hui épuisée. Pour ce faire, Jean- Paul utilise un logiciel de PAO, le premier permettant de jouer facilement avec la forme des lettres. La version hypermédia apparaît sur le site des cotres en 2002. Quel en est le thème? «C'est l'histoire d'un cobaye humain payé pour jouer à l'audimat: ses yeux balaient l'écran et l'écran les filme, pour alimenter la base de données que louent les militaires, les publicitaires, tous ceux qui font leur soupe de nos visions.»
# Cyber-littérature et technologie