L'ebook a 40 ans (1971-2011)

Part 10

Chapter 103,522 wordsPublic domain

Selon Jean-Paul, l'avenir de la cyber-littérature est tracé par sa technologie même. «Il est maintenant impossible à un(e) auteur(e) seul(e) de manier à la fois les mots, leur apparence mouvante et leur sonorité. Maîtriser aussi bien Director, Photoshop et Cubase, pour ne citer que les plus connus, c'était possible il y a dix ans, avec les versions 1. Ça ne l'est plus. Dès demain (matin), il faudra savoir déléguer les compétences, trouver des partenaires financiers aux reins autrement plus solides que Gallimard, voir du côté d'Hachette-Matra, Warner, Hollywood. Au mieux, le statut de... l'écrivaste? du multimédiaste? sera celui du vidéaste, du metteur en scène, du directeur de produit: c'est lui qui écope des palmes d'or à Cannes, mais il n'aurait jamais pu les décrocher seul. Soeur jumelle (et non pas clone) du cinématographe, la cyber-littérature (= la vidéo + le lien) sera une industrie, avec quelques artisans isolés dans la périphérie off-off (aux droits d'auteur négatifs, donc).»

Sept ans plus tard, en janvier 2007, Jean-Paul fait à nouveau le point sur son activité d'entoileur. «J'ai gagné du temps. J'utilise moins de logiciels, dont j'intègre le résultat dans Flash. Ce dernier m'assure de contrôler à 90% le résultat à l'affichage sur les écrans de réception (au contraire de ceux qui préfèrent présenter des oeuvres ouvertes, où l'intervention tantôt du hasard tantôt de l'internaute est recherchée). Je peux maintenant me concentrer sur le coeur de la chose: l'architecture et le développement du récit.»

Selon lui, «les deux points forts des trois ou quatre ans à venir [en 2007] sont: (a) la généralisation du très haut débit (c'est-à-dire en fait du débit normal), qui va m'affranchir des limitations purement techniques, notamment des soucis de poids et d'affichage des fichiers (mort définitive, enfin, des histogrammes de chargement); (b) le développement de la 3 D. C'est le récit en hypermédia (= le multimédia + le clic) qui m'intéresse. Les pièges que pose un récit en 2 D sont déjà passionnants. Avec la 3 D, il va falloir chevaucher le tigre pour éviter la simple prouesse technique et laisser la priorité au récit.»

# Les cotres au présent

En juin 2011, la page d'accueil de cotres.net donne accès à trois oeuvres hypermédias qui sont tout autant de parcours, puisant leur inspiration dans la région parisienne et sur toute la planète.

«Solstice» (2008) est une «carte de voeux à vocation universelle: on l'envoie à tout moment, adressée à tous les peuples de l'univers, sans oublier les autres. Elle est ronde, pour lutter contre les angles blessants de tous ces rectangles autour de nous, la dictature universelle du rectangle.»

«Agression93» (2009) est «un roman dépliable, sous l'apparence d'une nouvelle. Un fait-divers infime, le récit d'une agression minuscule. Mais on sent bien qu'il y a autre chose. Il va falloir choisir, et vite: la vengeance ou la justice.»

Ce parcours peut durer entre quatre minutes pour le lecteur pressé (en suivant uniquement les V et les > situés en bas et à droite de l'écran) et quinze minutes pour le lecteur averti (en explorant tous les liens, c'est-à-dire en passant la souris sur ceux-ci puis en cliquant sur certains).

«Aux jardins de Picpus» (2010) est «une visite guidée muette du petit jardin de Picpus [dans Paris] et de ses fantômes, ceux pour qui le jardin n'est pas fait et dont les traces sont partout. Un jardin, c'est d'abord des murs, ou des grilles, ou une ligne dans la tête, ou le paradis d'après certains.»

2000 > UN FORMAT STANDARD POUR LE LIVRE NUMÉRIQUE

[Résumé] Les années 1998-2001 sont marquées par la prolifération des formats, chacun lançant son propre format de livre numérique dans le cadre d'un marché naissant promis à une expansion rapide, d'où l'intérêt d'un format standard. Disponible en septembre 1999 dans sa version 1.0, l'OeB (Open eBook) est un format de livre numérique basé sur le langage XML (eXtensible Markup Language) et destiné à normaliser le contenu, la structure et la présentation des livres numériques. Le format OeB est défini par l'OeBPS (Open eBook Publication Structure). Fondé en janvier 2000, l'Open eBook Forum (OeBF) est un consortium industriel international regroupant constructeurs, concepteurs de logiciels, éditeurs, libraires et spécialistes du numérique (avec 85 participants en 2002). Le format OeB sert de base à de nombreux formats, par exemple le format LIT pour le Microsoft Reader et le format PRC pour le Mobipocket Reader. Le format EPUB succède au format OeB en avril 2005.

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Les années 1998-2001 sont marquées par la prolifération des formats, chacun lançant son propre format de livre numérique dans le cadre d'un marché naissant promis à une expansion rapide, d'où la nécessité d'un format standard.

Aux formats classiques - formats TXT (texte), DOC (Microsoft Word), HTML (HyperText Markup Language), XML (eXtensible Markup Language) et PDF (Portable Document Format) - s'ajoutent des formats propriétaires créés par plusieurs sociétés pour lecture sur leurs propres logiciels, qui sont entre autres le Glassbook Reader, le Peanut Reader, le Rocket eBook Reader (pour le Rocket eBook), le Franklin Reader (pour l'eBookMan), le logiciel de lecture Cytale (pour le Cybook), le Gemstar eBook Reader (pour le Gemstar eBook) et le Palm Reader (pour le Palm Pilot). Ces logiciels correspondent souvent à un appareil donné - tablette de lecture ou PDA - et ne peuvent donc pas être utilisés sur d'autres appareils, tous comme les formats qui vont avec.

# Le format OeB (Open eBook)

À l'instigation du NIST (National Institute of Standards & Technology) aux États-Unis, l'Open eBook Initiative voit le jour en juin 1998 et constitue un groupe de travail de 25 personnes sous le nom d'Open eBook Authoring Group. Ce groupe élabore l'OeB (Open eBook), un format de livre numérique basé sur le langage XML et destiné à normaliser le contenu, la structure et la présentation des livres numériques.

Le format OeB est défini par l'OeBPS (Open eBook Publication Structure), dont la version 1.0 est disponible en septembre 1999. Téléchargeable gratuitement, l'OeBPS dispose d'une version ouverte et gratuite appartenant au domaine public. La version originale est destinée aux professionnels de la publication puisqu'elle doit souvent être associée à une technologie normalisée de gestion des droits numériques, et donc à un système de DRM (Digital Rights Management) permettant de contrôler l'accès des livres numériques sous droits.

Fondé en janvier 2000 pour prendre la suite de l'Open eBook Initiative, l'Open eBook Forum (OeBF) est un consortium industriel international regroupant constructeurs, concepteurs de logiciels, éditeurs, libraires et spécialistes du numérique (avec 85 participants en 2002) dans l'optique de développer le format OeB et l'OeBPS. Le format OeB devient un standard qui sert lui-même de base à de nombreux formats, par exemple le format LIT pour le Microsoft Reader ou le format PRC pour le Mobipocket Reader.

# Le format LIT de Microsoft

Microsoft lance en avril 2000 son propre PDA, le Pocket PC, tout comme le Microsoft Reader, un logiciel permettant la lecture de livres numériques au format LIT (abrégé du terme anglais «literature»), lui- même basé sur le format OeB.

Les caractéristiques du Microsoft Reader sont un affichage utilisant la technologie ClearType, le choix de la taille des caractères, la mémorisation des mots-clés pour des recherches ultérieures et l'accès d'un clic au Merriam-Webster Dictionary.

Quatre mois plus tard, en août 2000, le Microsoft Reader est disponible pour toute plateforme Windows, et donc aussi bien pour ordinateur que pour PDA, sans oublier la Tablet PC un peu plus tard, lors de son lancement en novembre 2002.

Ce logiciel étant téléchargeable gratuitement, Microsoft facture les éditeurs et distributeurs pour l'utilisation de sa technologie DRM de gestion des droits numériques par le biais du Microsoft Digital Asset Server (DAS), et touche une commission sur la vente de chaque titre.

Microsoft passe aussi des partenariats avec les grandes librairies en ligne Barnes & Noble.com en janvier 2000 et Amazon.com en août 2000 pour que celles-ci vendent des livres numériques lisibles sur le Microsoft Reader.

Le Windows CE, système d'exploitation du Pocket PC, est remplacé en octobre 2001 par le Pocket PC 2002 pour permettre la lecture des livres numériques sous droits.

En 2002, la gamme Pocket PC permet la lecture sur trois logiciels: le Microsoft Reader bien sûr, le Mobipocket Reader et le Palm Reader, qui est le logiciel de lecture du Palm Pilot, lancé dès mars 1996 en tant que premier PDA du marché.

# Le format PRC de Mobipocket

Fondé à Paris en mars 2000 par Thierry Brethes et Nathalie Ting, Mobipocket se spécialise d'emblée dans la distribution sécurisée de livres numériques pour PDA. La société est en partie financée par Viventures, branche de la multinationale française Vivendi.

Mobipocket lance le Mobipocket Reader, un logiciel permettant la lecture de fichiers au format PRC, lui-même basé sur le format OeB. Gratuit et disponible dans cinq langues (français, anglais, allemand, espagnol, italien), ce logiciel est «universel», c'est-à-dire utilisable sur tout PDA (Palm Pilot, Pocket PC, eBookMan, Psion, etc.).

En octobre 2001, le Mobipocket Reader reçoit l'eBook Technology Award de la Foire internationale du livre à Francfort (Allemagne). À la même date, Franklin passe un partenariat avec Mobipocket pour proposer le Mobipocket Reader par défaut sur l'eBookMan, le PDA multimédia de Franklin, en plus du Franklin Reader, au lieu du partenariat prévu à l'origine entre Franklin et Microsoft pour proposer le Microsoft Reader.

Si le Mobipocket Reader est gratuit, d'autres logiciels Mobipocket sont payants. Le Mobipocket Web Companion est un logiciel d'extraction automatique de contenu pour les sites de presse partenaires de la société. Le Mobipocket Publisher permet aux particuliers (version privée gratuite ou version standard payante) et aux éditeurs (version professionnelle payante) de créer des livres numériques sécurisés utilisant la technologie Mobipocket DRM pour contrôler l'accès aux livres numériques sous droits. Dans un souci d'ouverture aux autres formats, le Mobipocket Publisher permet aussi de créer des livres numériques au format LIT pour lecture sur le Microsoft Reader.

Déjà utilisable sur n'importe quel PDA, le Mobipocket Reader est également disponible sur ordinateur en avril 2002 puis sur les premiers smartphones de Nokia et Sony Ericsson au printemps 2003.

À la même date, le nombre de livres lisibles sur le Mobipocket Reader se chiffre à 6.000 titres disponibles dans quatre langues (français, anglais, allemand, espagnol), distribués soit sur le site de Mobipocket soit dans des librairies partenaires. Mobipocket est racheté par Amazon en avril 2005.

# Le format EPUB

En avril 2005, l'Open eBook Forum devient l'International Digital Publishing Forum (IDPF), et le format OeB laisse la place au format EPUB, acronyme de «electronic publication». Ce format est largement utilisé par les éditeurs parce qu'il facilite la mise en page des livres sur tout appareil de lecture (ordinateur, téléphone mobile, smartphone, tablette de lecture) en fonction de la taille de l'écran. Les fichiers PDF (autre standard du livre numérique) créés avec des versions récentes du logiciel Adobe Acrobat sont compatibles avec le format EPUB.

2000 > NUMILOG, LIBRAIRIE NUMÉRIQUE

[Résumé] Numilog ouvre ses portes «virtuelles» en octobre 2000 pour vendre exclusivement des livres numériques, par téléchargement et dans plusieurs formats. Fondée par Denis Zwirn en avril 2000, six mois avant l'ouverture de la librairie numérique, la société a en fait une triple activité: librairie en ligne, studio de fabrication et diffuseur. En 2003, le catalogue comprend 3.500 titres (livres et périodiques) en français et en anglais. En décembre 2006, Numilog propose 35.000 livres numériques grâce à un partenariat avec soixante éditeurs. Au fil des ans, Numilog devient la principale librairie francophone de livres numériques. En janvier 2009, Numilog, devenu filiale du groupe Hachette Livre (en mai 2008), est un distributeur-diffuseur numérique représentant une centaine d'éditeurs francophones et anglophones, avec un catalogue de 50.000 livres numériques et des services spécifiques pour les bibliothèques et les librairies.

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Numilog ouvre ses portes «virtuelles» en octobre 2000 pour vendre exclusivement des livres numériques, par téléchargement et dans plusieurs formats.

# Une triple activité

Fondée par Denis Zwirn en avril 2000, six mois avant l'ouverture de la librairie numérique, la société a en fait une triple activité: librairie en ligne, studio de fabrication et diffuseur.

Denis relate en février 2001: «Dès 1995, j'avais imaginé et dessiné des modèles de lecteurs électroniques permettant d'emporter sa bibliothèque avec soi et pesant comme un livre de poche. Début 1999, j'ai repris ce projet avec un ami spécialiste de la création de sites internet, en réalisant la formidable synergie possible entre des appareils de lecture électronique mobiles et le développement d'internet, qui permet d'acheminer les livres dématérialisés en quelques minutes dans tous les coins du monde. (...)

Numilog est d'abord une librairie en ligne de livres numériques. Notre site internet est dédié à la vente en ligne de ces livres, qui sont envoyés par courrier électronique ou téléchargés après paiement par carte bancaire. Il permet aussi de vendre des livres par chapitres.

Numilog est également un studio de fabrication de livres numériques: aujourd'hui [début 2001], les livres numériques n'existent pas chez les éditeurs, il faut donc d'abord les fabriquer avant de pouvoir les vendre, dans le cadre de contrats négociés avec les éditeurs détenteurs des droits. Ce qui signifie les convertir à des formats convenant aux différents "readers" du marché. (...)

Enfin Numilog devient aussi progressivement un diffuseur. Car, sur internet, il est important d'être présent en de très nombreux points du réseau pour faire connaître son offre. Pour les livres en particulier, il faut les proposer aux différents sites thématiques ou de communautés, dont les centres d'intérêt correspondent à leur sujet (sites de fans d'histoire, de management, de science-fiction...). Numilog facilitera ainsi la mise en oeuvre de multiples "boutiques de livres numériques" thématiques.»

Les livres sont disponibles en plusieurs formats: le format PDF pour lecture sur l'Acrobat Reader (devenu l'Adobe Reader en mai 2003), le format LIT pour lecture sur le Microsoft Reader et le format PRC pour lecture sur le Mobipocket Reader.

En septembre 2003, le catalogue comprend 3.500 titres (livres et périodiques) en français et en anglais, grâce à un partenariat avec une quarantaine d'éditeurs, le but à long terme étant de «permettre à un public d'internautes de plus en plus large d'avoir progressivement accès à des bases de livres numériques aussi importantes que celles des livres papier, mais avec plus de modularité, de richesse d'utilisation et à moindre prix».

# L'expansion

Au fil des ans, Numilog devient la principale librairie francophone de livres numériques, suite à des accords avec de nombreux éditeurs: Gallimard, Albin Michel, Eyrolles, Hermès Science, Pearson Education France, etc. Numilog propose aussi des livres audionumériques lisibles sur synthèse vocale. Une librairie anglophone est lancée suite à des accords de diffusion conclus avec plusieurs éditeurs anglo-saxons: Springer-Kluwer, Oxford University Press, Taylor & Francis, Kogan Page, etc. Les différents formats proposés permettent la lecture des livres sur tout appareil électronique: ordinateur, PDA, téléphone mobile, smartphone et tablette de lecture.

Si les livres numériques ont une longue vie devant eux, les appareils de lecture risquent de muer régulièrement. Selon Denis Zwirn, interviewé à nouveau en février 2003, «l'équipement des individus et des entreprises en matériel pouvant être utilisé pour la lecture numérique dans une situation de mobilité va continuer de progresser très fortement dans les dix prochaines années sous la forme de machines de plus en plus performantes (en terme d'affichage, de mémoire, de fonctionnalités, de légèreté...) et de moins en moins chères. Cela prend dès aujourd'hui la forme de PDA (Pocket PC et Palm Pilot), de tablettes PC et de smartphones, ou de smart displays (écrans tactiles sans fil). Trois tendances devraient être observées: la convergence des usages (téléphone/PDA), la diversification des types et tailles d'appareils (de la montre-PDA-téléphone à la tablette PC waterproof), la démocratisation de l'accès aux machines mobiles (des PDA pour enfants à 15 euros). Si les éditeurs et les libraires numériques savent en saisir l'opportunité, cette évolution représente un environnement technologique et culturel au sein duquel les livres numériques, sous des formes variées, peuvent devenir un mode naturel d'accès à la lecture pour toute une génération.»

En 2004, Numilog met sur pied un système de bibliothèque en ligne pour le prêt de livres numériques, avant de proposer aux librairies un service de vente de livres numériques sur leur propre site. En décembre 2006, le catalogue de Numilog comprend 35.000 livres grâce à un partenariat avec soixante éditeurs francophones et anglophones.

En mai 2008, Numilog devient une filiale du groupe Hachette Livre. En janvier 2009, Numilog est désormais un distributeur-diffuseur numérique représentant une centaine d'éditeurs francophones et anglophones, avec un catalogue de 50.000 livres numériques distribués auprès des particuliers et des bibliothèques, tout en offrant aussi des services spécifiques à destination des libraires.

2000 > LA BIBLE DE GUTENBERG EN LIGNE

[Résumé] En 2000, le livre numérique a bientôt trente ans puisqu'il voit le jour en juillet 1971 en tant que premier titre (eText #1) du Projet Gutenberg. Signe des temps peut-être, la British Library met en ligne en novembre 2000 une version numérisée de la Bible de Gutenberg, qui fut le premier livre imprimé. Datant de 1454, cette Bible aurait été imprimée par Gutenberg en 180 exemplaires dans son atelier de Mayence, en Allemagne. En 2000, 48 exemplaires, dont certains incomplets, existeraient toujours. La British Library en possède deux versions complètes. En mars 2000, dix chercheurs et experts techniques de l'Université Keio de Tokyo et de NTT (Nippon Telegraph and Telephone Communications) viennent passer deux semaines sur place pour numériser les deux versions, légèrement différentes. Ces versions numérisées sont mises en ligne quelques mois plus tard, en novembre 2000.

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Bientôt trente ans pour le livre numérique. Signe des temps peut-être, la British Library met en ligne en novembre 2000 une version numérisée de la Bible originale de Gutenberg, qui fut le premier livre imprimé.

# Le premier livre imprimé en ligne

En 2000, le livre numérique a bientôt trente ans, puisqu'il voit le jour en juillet 1971 en tant que premier titre (eText #1) du Projet Gutenberg.

Le livre imprimé a cinq siècles et demi. Datant de 1454, la première Bible imprimée aurait été imprimée par Gutenberg en 180 exemplaires dans son atelier de Mayence, en Allemagne. 48 exemplaires, dont certains incomplets, existeraient toujours. La British Library en possède deux versions complètes.

En mars 2000, dix chercheurs et experts techniques de l'Université Keio de Tokyo et de NTT (Nippon Telegraph and Telephone Communications) viennent passer deux semaines sur place pour numériser les deux versions complètes, légèrement différentes. Ces versions numérisées sont mises en ligne quelques mois plus tard, en novembre 2000.

D'autres trésors de la British Library sont déjà en ligne, par exemple Beowulf, premier joyau de la littérature anglaise datant du 11e siècle, Magna Carta, premier texte constitutionnel anglais signé en 1215, les Lindisfarne Gospels, une oeuvre datant de 698, le Diamond Sutra, autre joyau datant de 868, les Sforza Hours, trésor de la Renaissance datant de 1490-1520, le Codex Arundel, composé de notes de Léonard de Vinci de 1478 à 1518, ou encore le Tyndale New Testament, qui fut le premier Nouveau Testament en langue anglaise, imprimé en 1526 sur les presses de Peter Schoeffer à Worms (Allemagne).

# État des lieux à la fin 2000

Fin 2000, outre ces trésors inestimables mis à la disposition de tous, des milliers d'oeuvres du domaine public sont en accès libre sur le web dans des bibliothèques numériques.

Les libraires et les éditeurs ont pour la plupart un site web. Certains naissent directement sur le web, avec la totalité de leurs transactions faites via l'internet.

Outre le prêt de documents en tous genres et la gestion d'ouvrages de référence, les bibliothécaires guident les usagers sur l'internet, sélectionnent et organisent des informations à leur intention pour leur éviter de se noyer sur la toile, et créent un site web incluant un catalogue en ligne et une bibliothèque numérique.

De plus en plus de livres et de revues ne sont disponibles qu'en version numérique, pour éviter les coûts d'une publication imprimée. De «statique» dans les livres imprimés, l'information devient «fluide» sur l'internet, avec possibilité d'actualisation constante.

Nombre d'auteurs s'accordent à reconnaître les bienfaits de l'internet, que ce soit pour la recherche d'information, la diffusion de leurs oeuvres, les échanges avec les lecteurs ou la collaboration avec d'autres créateurs, sans parler d'un prolongement de leurs livres sur un site web, tout comme la possibilité de s'auto-publier avec succès.

Les éditeurs scientifiques et techniques commencent à repenser leur travail et à s'orienter vers une diffusion en ligne, les tirages imprimés restant toujours possibles à titre ponctuel. Certaines universités diffusent désormais des manuels «sur mesure» composés d'un choix de chapitres et d'articles sélectionnés dans une base de données, auxquels s'ajoutent les commentaires des professeurs.

Des auteurs explorent les possibilités offertes par l'hyperlien pour créer de nouveaux genres tels que roman multimédia et hypermédia, narration hypertextuelle, oeuvre d'hyperfiction, site web d'écriture hypermédia, mail-roman, etc. La littérature numérique - appelée aussi littérature électronique, cyber-littérature ou littérature HTX (HyperTeXt) - bouscule désormais la littérature traditionnelle en lui apportant un souffle nouveau, tout en intégrant d'autres formes artistiques puisque le support numérique favorise la fusion de l'écrit avec l'image et le son.

L'internet devient indispensable pour se documenter, communiquer, avoir accès aux documents et élargir ses connaissances. Il n'est plus utile de courir après l'information dont nous avons besoin. Cette information est à notre portée, en quantité, y compris pour ceux qui suivent leurs études par correspondance, qui vivent en rase campagne, qui travaillent à domicile ou qui sont cloués sur un lit.

Le web devient une gigantesque encyclopédie, une énorme bibliothèque, une immense librairie et un médium des plus complets.

Certains lisent même un livre sur leur ordinateur, leur PDA ou leur tablette de lecture (encore hors de prix).

2001 > LE WEB AU SERVICE DES AUTEURS