Part 7
¶ Apres ne fis je a priant filz leomedon rediffier la seconde troye qui tant fu belle fort et poissant que merveilles estoit a comprendre/ par moy apres entreprist la vengence sur les grieux Si fis aler paaris en grece et ravir helayne et tout faire ce qui en fu fait/ Et par mes amonnestemens avec l’ayde ou nuisance de fortune perdoient troyens et gaignoient Je fus cause de la mort hector/ car je lui faisoie a croire que il n’avoit garde d’achiles qui sans cesser le gaittoit/ si que au derrain l’occist/ Semblablement depuis deceu je achilles tant que il cheut es las de la royne Ecuba qui a bonne cause le hayoit/ tout pour moy et par mon pourchas fu au derrain troye prise et destruite/ De la quelle fis apres partir plusieurs barons du sanc real a tout grant foison de gent qui par mer s’espandirent en diverses contrees dont eneas et sa compagnie arriva en ytale si lui fis couvoiter la fille du roy latin/ et pour celle cause emprendre guerre a turnus qui lui chalengioit Dont d’icellui eneas venu a son entente deffendirent puis les fondeurs de romme.
Dit ancore l’ombre des choses que elle a faites faire.
Depuis ensuivant n’ay je esté celle qui les successeurs de yceulx ay amonnestez d’emprendre les grandes et merveilleuses choses/ lesquelles par l’ayde de fortune a eulx propice/ tant esploitierent et par leur travail ayde et sens en lonc espace de temps que ilz conquesterent le monde Sicomme les histoires de leurs gestes/ et toy meismes apres autres en ton dit livre de mutacion de fortune le recordes/ le recitent/ si n’est besoing de plus en faire longue narracion.
¶ Aussi ne fus je celle qui au grant Alixandre tres sa jonesce donnay l’invension d’emprendre les fortes et fieres batailles en lui promettant fortune en son ayde qu’il seigneuriroit sicomme il vint puis a chief de tout le monde/ Semblablement devant et apres ensuivant de toutes conquestes et seigneuries/ et toutes estranges choses mettre a effaict des choses a l’aventure par propos deliberé/ ay esté moyen et principe/ ce ne me peus tu nyer/ se tu ancores par grosseur d’entendement ne m’ignores/ qu’en dis tu me suis je assez magnifestee/ me cognois tu/ et moy a elle/ dame dites ancore. A quoy veulx tu que plus je dye. Ne vois tu l’experience de moy manifeste meismes chacun jour ou pays ou tu demeures par les debas que je fais par mi la ville et en toutes places/ Regardes et avises quieulx descors/ mais meismement entre les princes qui sont d’un sanc et amis naturellement par les diversitez de moy qui suis contraire en eulx le fois devenir comme ennemis maintefoiz et en chacun suis si afferme contrairement en ce qui lui semble bon que l’en ne me peut desmouvoir Car chacun dit que il a droit et ainsi le veult soustenir et a discuter leurs raisons ne vois tu les assemblees qui en sont faites de plusieurs que on dit sages et a chacun pour soy de ses aderés qui different les uns des autres/ Lesquelles choses sont causes de grant inconvenient/ car en pays royaume/ empire ou cité ou je soie ou aye esté communement de plusieurs guises contraires & mal accordables/ ne fu que rebellion et grant debat commocion et bataille ne fust/ ne autrement ne peut estre Car certes la ou je ne suis d’un commun accord/ n’ara ja paix/ mais du tort ou droit d’entre lesdiz princes supperieurs je me tais/ Car de ce determiner n’est mie mon office qui tous jours suis en doubte et non certaine/ mais de ce demander couvendroit a la tres clere resplandissant poissant deesse que tu veis enclose en chartre et emprisonnee & de qui fraude s’estudie a estoupper et clorre les voyes de sa lumiere sicomme a toy meismes fu apparant et de qui les menistres quoy que leur desplaise n’osent soubz peine d’estre batus tinter ne lever l’ueil/ mais de leurs descors fois je sourdre par toutes places nouveaulx debas entre leurs ministres et aderez et par toute la ville en deviser negativement l’un contre l’autre/ et meismes a de ceulx qui ne les cognoiscent en estranges terres en qui je me fiche diversement/ Si les fais entre batre souventes foiz/ et questionner mesmes de chose qui riens ne leur touche/ Disant l’un contre l’autre Tel seigneur a droit pour tel cause et pour tele/ L’autre replique que non/ et ainsi par non a/ si a/ si fu/ non fu/ je fais gent entre occire souventes foix meismes es tavernes souvent avient adont suis je forte quant il y a vin & plus je y abonde & fais mesler gens de la chappe a l’evesque/ ou des guerres de anthioche le quel a ou droit ou tort et ou le quel est plus sage/ ou le quel ne l’est mie/ Et ainsi je demonstre es humains leur ignorence de eulz debatre de ce de quoy riens ne scevent et ne leur appartient/ O quel folie en homme de qui le sens doit gouverner raison/ se fonder sans elle sur moy & jugier par moy certainement de chose non certaine et que ilz ignorent Que t’en diroie je fois vivre les gens par moy/ c’est a entendre disposer leurs fais selon ce que je leur conseille/ Et quant ilz pevent avenir a l’ordre de vivre que je leur fois desirer/ adont sont ilz contens de la chose que ilz vouloient/ mais je suis different en eulx/ Car je fais penser et cuider a l’un que bon lui soit/ une maniere de vivre/ et certaines choses que il appete lui sont bonnes/ que a un autre ycelles meismes ne plairoient point/ mais lui plairoient toutes contraires/ Et cestes differences viennent selon les condicions et aages des gens sicomme je suis autre es jones que je ne suis es vieulx/ et meismes es .ii. aages entre eulx suis je different/ Et pour ce que ainsi je differe suis je cause des debas du monde/ et chacun me cuide avoir en soy meilleur/ je fais sembler a un homme que avoir des flourins il n’est plus de joye Je fais sembler a un autre que avoir belles dames il n’est plus de bien/ aux uns juger que science est souveraine chose/ aux autres que chevalerie est meilleur et plus noble & ainsi des autres choses/ Et pour ce ne fu onq si parfaict pas jhesuscrist comme homme qui peut bien vivre ne estre agreable a l’oppinion de tous Toute foiz te dis je bien que vivre vertueusement & bien faire si emporte le plus des voix des gens.
Ce que l’ombre disoit des arquemistes.
Comment cuides tu que je soie comme j’ay dit fort atachee es speculatis clercs & entre les autres es arquemistes qui la science cuident trouver par les termes entendre de aucuns livres obscurs de faire l’or/ merveilles est car s’il est voir que aucuns philosophes par investiguer les secrés de nature telle art trouvassent/ la quelle chose fort semble a croire/ toutevoie tant sont couvers estrangement les textes de leurs aucteurs que bonnement le sens humain ne les scet ne mais a l’aventure concevoir/ ne sentir fors telement quellement/ mais voy ci qui deçoit les ouvrans en ycelle art que ilz dient et touchent que comme il n’apartiengne que aux ignorans ruraulx soit descouvert si noble secret/ pour le bien des soubtilz l’ont voulu si mucier que des rustiques ne leur soit tolu ne fortraict/ Et ycy est la decevance/ Car chacun qui s’i fiche cuide estre du nombre des plus soubtilz & abuse en son entendement en estudiant yceulx livres lesquieulx baillent le sens de leurs termes/ a si doubles ententes que le plus cler voyant n’i voit nulle goute mais adont je me fiche en eulx et leur fais a croire que l’asemblement des metaulx sublimez diversement comment et de quoy doivent estre mistionnez de diverses matieres et nourris en feu attaindront l’art de nature et par espace de temps sera converty en or ou argent et toute voye l’un entant la maniere du composer en une guise l’autre en un autre/ et le tiennent secret les ouvreurs sans conferir ensemble de paour que ce que ilz en croyent et la maniere de leur ouvrer peust aviser un autre de trouver la voye d’i attaindre ne jamais nul ou pou n’euvre de la guise de l’autre/ et ainsi gastent le temps et perdent et font grant mise follement par vaine esperance qui par aventure en leur erreur les reconforte pour un pou de apparance ou conjecture de aucune congelacion estrange faite par diverses mistions & feu quelque matiere dure remettre ou pouldre en eaue ou autrement cuident par ce avenir au degré ou ilz tendent lesquelles choses sont toutes frivolles/ et tournent a folies et a chetivoison et toute jour et nuit font feu contemplant un fournel/ mau peus & mau vestus se paissent de vent/ & la font chasteaulx en espaigne pensant comment il seront aise quant l’or saront faire/ et quieulx despens ilz menront/ Et que cuides tu que de tieulx arquemistes sourdent aucune fois de grans trompeurs qui cabusent les seigneurs & leur font a croire que se ilz eussent quelque mise n’est mie doubte que ilz ont ja ataint un grant secret si en tireront grant prouffit/ et ainsi par quelque apparance de verité soubtille en ycelle art monstrent signe de aucune chose voir semblable/ et au derrain tout tourne a neant comme tu as veu meismes en ton aage avenir de plusieurs de quoy il estoit grant renom/ et maintes gens foy y adjoustoient Sicomme d’un en alemaigne que on nommoit maistre bernard qui tant se faisoit renommer par l’estat que il tenoit/ et meismes a ton pere envoya il lettres/ et tant fist que trop de gens foy y adjoustoient/ et aloient de toutes pars clercs devers lui/ et toutevoye au derrain fu trouvé que tout estoit neant et tromperie/ et de autres plusieurs que tu as veus que au derrain on faisoit mourir par leurs dessertes par cabusemens faire a seigneurs/ Et avient aucune foiz que je me fiche si en eulx par la speculacion que ilz y ont trop ententive/ je les fois devenir tous fantastiques & si astras que ilz sont comme inconversables.
¶ La bonne galle est quant de aucuns folz non lettrez s’i boutent qui mieulx cuident entendre et exposer les textes des aucteurs que les plus savans & les lisent et ymaginent dessus/ et dieux scet les bonnes fantasies/ que ilz y ont sicomme un orfevre qui volt devenir arquemiste/ mais il le fu au contraire de la ou il tendoit Car or cuidoit faire et le deffist/ comme il fust riches homs et povre devint/ cellui estudiant un chapitre entendi que mercure c’est a savoir un metal que ainsi ilz nomment estoit la matiere ouvrable de la science Et comme il passast oultre tousjours lisant de rechief entendi que la cause de la perfeccion de l’oeuvre estoit matere reputee ville/ Et que on trouvoit sur le fiens gittee sicomme chose desprisee Adont comme cestui fust fort ententif a bien speculer ceste chose que ce povoit estre Au derrain determina en soy que vrayement par ce que dit estoit/ c’est a savoir mercure que comme les aucteurs eussent baillez leurs termes obscurs/ on devoit retourner le mot/ c’est a savoir cure ton marc que il entendi par la fiente de l’omme que l’en devoit curer/ et ancore plus de ce/ le certiffia que il trouvoit que sus les fiens comme chose ville estoit trouvee/ si s’arresta sus ces poins/ et commença a ouvrer en sa fiente en la faisant secher au feu et faire pouldre et la fin en fu que il puoit comme charongne/ & chacun le fuioit et se moquoit on de lui qui cuidoit faire de fiante or/ et aloit sus les fiens a grant diligence les querir/ un autre estoit qui cuidoit de savates faire or/ et aloit sus les fiens a grant diligence les querir puis les bruloit/ et tant ouvra que les voisins qui empulantis en furent le chacierent.
¶ De tieulx folz est il assez ouvrans en celle science a qui n’en remaint ne mais parte de temps & povreté/ Et qu’il ne soit mie dit selon le proverbe commun que les sciences n’ont plus fors ennemis que ceulx qui les ignorent/ que elle soit vraye ou non je ne te acertaine mie/ Toutevoie je te dis sans prejudice que la difficulté d’elle par vehementes raisons que comme les oeuvres de nature soient impossibles a ataindre sophistiquement donroit cause a plusieurs des plus avisez de non y perdre temps et mise par folle occupacion/ en esperance vaine y adjoustant grant foy.
Des nobles que l’ombre dit que elle deçoit.
Des nobles qui suivent les armes sont ilz point que tu cuides par moy deceus/ certes si sont souvente foiz plusieurs y a Car je les fais abuser du fait des armes par ce que ilz n’en scevent ou ne veulent savoir les propres termes lesquieulx sont tieulx. Il ne loit point a nul s’armer pour aler en bataille ne se combatre fors pour certaines causes C’est a savoir pour la loy de dieu contre les mescreans ou herites contraires a la foy/ Item pour deffendre l’eglise/ son prince/ son pays/ sa terre/ le bien publique/ le droit des ignocens/ & ses propres choses/ & autrement n’est loy qui le permette ne n’est bataille juste & sans dampnacion. Or y prens garde se de tous ceulx qui s’arment sont droiturierement ses poins gardez/ et se nulz y vont sus mauvaises querelles.
¶ Bataille que tu le saches justement faite est premise de droit divin & du droit des gens qui n’est autre chose meismes ce dit la loy/ que entencion de remettre a droit par force d’armes chose par autruy deraisonnablement contendue/ Si ne regarde de sa nature ne mes retourner droit a droit & faire convertir guerre a paix/ ne les maulx que fais y sont/ de la nature de bataille ne sont mie ains par mauvais usage acoustumé en guerre sont fais/ & que batailles en justes causes soient de dieu premises appert en plusieurs lieux de l’escripture/ sicomme il ordena a un homme nommé jhesus comment sa bataille establiroit/ et que une embuche feist pour surprendre ses ennemis/ Et de ce dient voz docteurs que dieux est vainqueur et ordeneur des batailles comme par plusieurs fois est apparu.
¶ Mais ceulx a qui je fais faire armes perilleuses & sanz raison/ et leur donne a croire que grant honneur leur sera pour l’amour de leurs dames sans visiere ou un bras nu/ ou descouvert d’aucun de leur harnois/ ou en aucun autre peril emprendre fait contre un autre a qui n’ont nul contens je les deçois/ et pareillement ceulx qui tieulx armes leur aceptent/ et a eulx se coupplent.
Ce que l’ombre disoit des gens d’armes.
Et ceulx qui donnent gage pour a oultrance en champ de bataille combatre sus aucune querelle soit droit ou tort/ je te promet en ce cas sont par moi deceus/ car vers dieu mesprennent & pechent grandement/ et te diray comment/ combatre en champ est contre droit divin qui est de dieu et de sainte escripture contre le droit des gens Le civil/ le decret/ et contre droit canon et cellui qui l’acepte/ pareillement peche La cause est que a dieu miracle ne chose contre nature on ne doit demander/ comme telle chose faire soit une maniere de tempter dieu esperant il aydera au droit/ Si ne doit/ Si ne doit estre quise de la voulenté de dieu experience/ Et que ceste espreuve soit faulse/ on a veu maintefoiz que cellui qui droit avoit estoit vaincus/ sicomme une decretale raconte de .ii. freres qui furent restez d’un crime & comme ilz fussent de celle cause vaincus en champ tout ne fussent ilz mie coulpables & apres la verité fu sceue par la confession meismes de ceulx qui le delit commis avoyent/ et pareillement de plusieurs a esté prouvé la loy deffendi que teles preuves non droitturieres plus ne fussent en usage/ Item juges sont establis pour cognoistre des causes et faire droit/ Et est loy ordenee que nul de sa propre cause ne soit juge/ Et cellui le veult estre qui prouver veult son fait par soy meismes et par sa victoire qui est soubz la distribucion de fortune/ et a l’aventure Item le droit canon commande que au pape l’en obeisse/ le quel soubz peine d’escommenie deffent comme chose reprouvee contre droit de justice/ que tele espreuve ne soit faicte Et tu me diras donques comment seront punis les mau faicteurs secrés Je te respons que dieu pour lui s’est reservee la punicion/ et dit un decret que se en ce monde tous maulx pugnis estoient/ le jugement de dieu dont point de lieu n’aroit/ et cellui presomptueusement le se veult attribuer qui la victoire de la vengence s’en veult donner.
¶ Et comment est uns homs si folz qui plain de vices et de pechiez se sent/ poson que il ait bonne querelle en aucun cas/ que il cuide que a lui pecheur dieu face miracle de la chose muciee que il quiert/ mais se il estoit sage paour devroit avoir de la pugnicion de dieu en sa juste cause/ Comme souvent aviengne & soit avenu que dieu a dissimulee vengence du pecheur ou cas ou desservi l’avoit/ et puis le pugni en chose dont estoit ignocent.
La fin de l’oroison de l’ombre.
Que dis tu souffist il t’ay je assez compté du fait de mes poissances desquelles ne pourroyes en ta vie comme autre foiz t’ay dit tous les exemples ouyr tant en y a et si divers sont/ Scez tu ancore qui je suis/ Et moy a elle dame congnoistre vous cuidasse/ mais les raisons contradictoires que me narrez/ vaciler me font en vostre cognoissance/ car se bien l’ay entendu/ tres au premier me dites que la ou verité est attainte/ ne povez arrester/ et toutevoye bien sçay et suis certaine que en maint cas m’avez pure verité ycy endroit clariffiee. Si ne sçay entendre comment ce peut estre que chose doubteuse tesmoing puisse estre de verité pure Et elle a moy fille envers le sens de ton entendement & escoutez et nottez/ Car je te promet que quoy que autrefoiz en divers cas te fusse menterresse en cestui cy t’ay je dit voir/ se bien l’entens & ne m’i contredis/ S’il te recorde de ce qu’ay dit/ c’est assavoir que cause suis moyennant estude & entendement de faire attaindre les choses vrayes/ mais bien est vray que aussitost que attaintes sont je me depars en cellui cas ne plus n’y arreste Et qu’il soit voir ainsi l’as esprouvé/ car non obstant que ces choses t’aye dictes non pas moy les t’ay certefiees mes les ses par le moyen d’estude qui raporté l’a a ton entendement/ le quel par raison est certain que ainsi soit/ pource en ces cas de toy me partiray et en lieu te remaindra certaineté/ Et par plus groz exemple ne te souvient il de moy et de ma cognoissance par les divers cas que je t’ay fait mettre en termes & faire plusieurs lectures.
¶ Ne fus je celle qui mist le debat entre les clercs disciples de maistre jehan de meun comme il s’i appellent/ Et toy sur la compillacion du rommant de la rose du quel entre vous contradictoirement escripsistes l’un a l’autre chacune partie soustenant ses raisons/ sicomme il appert par le livret qui en fu fait.
Responce de christine a l’ombre.
Adont comme mon entendement se apperceust par clere cognoissance qui estoit celle qui tant araisonnee m’avoit je dis ainsi.
¶ Ha dame oppinion poissant et forte voirement vous doy je mon bien cognoistre/ car tres m’enfance oz je vostre accointance/ Et certainement je cognois et confesse vostre auctorité estre de grant vigueur et poissance/ et quoy que vous soiez blasmee souventes foiz/ qui bien de vous use ne peut errer/ et mal/ pour cellui en qui vous n’estes saine/ mais puis que il vous a pleu de vostre grace tant m’onorer que a moy si clere evidemment vous estes magnifestee me racontant voz grans proprietez/ encore vous requier que ennuy ne vous soit de me declairier aucunes demandes Et elle a moy/ fille dis ce qu’il te plaist.
¶ Dame puis que il est ainsi que de vous vient la premiere invencion des oeuvres humaines bonnes ou malles/ rudes ou soubtilles selon la disposicion des entendemens comme dit avez/ plaise vous me certiffier se es choses par vous engendrees en moy lesquelles a mon povoir par le moyen d’estude & de tel science et entendement comme j’ay qui en mes compilacions et volumes sont declairees se en aucune chose y ay erré/ comme si sage ne soit qui aucune foiz ne erre/ Et elle a moy amie chiere soyes en paix car se ainsi estoit mieulx vouldroie tart que jamais les amender Car je te dis que non/ Tout t’ay je blasmee de ce que prerogative de honneur vols comme je ay dit devant donner a fortune et moy comme je soie princippe y oublias mais non pour tant faulte n’y a.
¶ Non obstant que par moy maint s’en debatent diversement Car les aucuns dient que clercs ou religieux les te forgent Et que de sentement de femme venir ne pourroient mais ce sont les ignorens qui ce dient/ Car ilz n’ont pas la cognoiscence des escriptures qui de tant de vaillans femmes sages et lettrees et mesmement prophetes qui ou temps passé ont esté font mencion/ Et comme nature ne soit amendrie de sa poissance/ ancore en peut estre/ les autres dient que ton stile est trop obscur/ et que on ne l’entent/ si n’est si delitable et ainsi diversement le fais aux uns louer & aux autres reprimer de loz/ comme chose quelconques estre a tous agreable soit impossible/ mais tant te dis que verité par le tesmoing de l’experience ne seuffre le blasme avoir effait sur le loz/ si te conseil que ton oeuvre tu continues comme elle soit juste Et ne te doubtes d’errer en moy/ Car tant que je seray en toy fondee sur loy/ raison & vray sentement tu ne mesprendras es fondacions de tes oeuvres/ es choses plus voir semblables non obstant de plusieurs les divers jugemens/ les uns par moy simplement/ les autres par envie/ Car je t’acertaine que quant elle et moy sommes ensemble adont se font les tres faulx jugemens ne il n’est si bon qui y soit espargné/ et adont suis je perilleuse quant envie me gouverne/ si faisons la personne avuglee es autruy choses et en son meismes fait qui en soy nous a si lui rongnons le cuer/ ne reposer ne la laissons/ et vouloir lui donnons de faire maint maulx qui accomplis sont aucune foiz/ & mal est gouverné cil qui chiet entre noz mains ja si bon ne sera ne si poissant.
¶ Ne veames nous jadis les portes de romme au preus julius cesar qui tant victorieux s’en retournoit/ & au dernier tant pourchaçames que il fu occis/ Assez de teles en avons faites/ ne il n’est si sage qui garder s’en sache/ Si t’ay assez narré de mes aventures et a tant souffise/ Car parce que je donne a croire a l’un que une chose est bonne et bien faite ou que elle est vraye/ & a l’autre tout le contraire/ dont sourdent bataille et maint debas/ la prolicité de mes narracions si racontees pourroit aux lisans a ennuy tourner/ Et si te prophetise que yceste lecture sera de plusieurs tesmoignee diversement les uns sur le lengage donront leur sentence en plusieurs manieres/ diront que il n’est pas bien elegant Les autres que la composicion des materes est estrange/ et ceulx qui l’entendront en diront bien/ et le temps avenir plus en sera parlé que a ton vivant/ Car tant te dis je ancore que tu es venue en mauvais temps Car les sciences ne sont pas a present en leur reputacion ains sont comme choses hors saison/ et que il soit vray/ tu en vois peu qui a celle cause soient en la maison de fortune sus haulciez.
¶ Mais apres ta mort vendra le prince plain de valour et sagece qui par la relacion de tes volumes desirera tes jours avoir esté de son temps et par grant desir souhaidera t’avoir veue Si me suis a toy descripte/ Or diffinis de moy ce que il t’en semble.
¶ Et moy a elle dame comme la descripcion de vous meismes/ m’en appreigne la diffinitive. Je dis que comme parfaictement/ ore vous cognoisce/ que vous voirement estes de ignorence fille adhesion a une partie en doubtant tous jours de l’autre/ Et de ce je m’avise ce que de vous dit aristote ou premier livre de posteres que cellui qui vous a doubté tous jours que autrement puist estre que ce que il pense/ comme vous soiés non certaine/ Et saint bernard dit aussi ou .v.e chapitre de consideracion que vous estes ambiguë et povez estre deceue/ Si dis et conclus que vous estes adhesion a une partie/ la quelle adhesion est causee de l’aparance de aucune raison prouvable soit que l’oppinant ait doubte de l’autre partie soit que non/ de vostre poissance je dis que pour l’ignorence qui est es hommes que par vous est plus le monde gouverné que par grant savoir.
Explicit la .ii.e partie du livre de l’avision christine.
Ci commence la tierce partie du livre de christine/ le quel parle/ de confort de philosophie.