Part 5
¶ Es sages hommes suis plus certaine et plus vraye et es anciens de longue experience/ et pource a bonne cause sont appellez es conseulx des ordenances pollitiques Je suis naturellement plus vive et plus certaine en un homme que en un autre selon l’abilleté de son entendement le quel me rapporte en ses pensees Et en homme qui souvent me change est signe de pou constant et legier courage// Je ne suis nulle fois certaine/ car se certaineté y avoit/ ce ne seroie mie. Je dis souvent verité mais je la dis par couleur et informacion d’autre chose Et la gist en l’omme le sain jugement se la couleur est voir semblable et digne d’estre receue qui me fait parler/ Je ay proprieté de faire encerchier verité et de l’enquerir et fus faite pour celle cause/ mais aussi tost que elle est clerement trouvee de la chose que je fois querir adont couvient que celle mienne fille qui cause a esté d’ycelle verité attaindre se parte de la personne/ Mais g’i demeure avec plusieurs autres de mes filles qui pareillement s’en partent selon les veritez qui sont attaintes/ car la ou elle est nous ne povons arrester/ et si la faisons attaindre par labour d’encercher.
¶ Mes jugemens en nul cas riens ne valent se fondez sur raison ne sont Et cil qui parle ou oeuvre par moy ou sens n’est appellé il erre et abonde en folie J’ay comme dit est filles bonnes et mauvaises voir disans et menterresses/ mais se elles mentent ou dient voir n’est mie certaine la pensee qui en soy les a/ Combien que souvent grant foy y adjouste/ Et pour ce que je suis chose non certainement sceue peus tu appercevoir que moy avecques esperance sur le temps avenir par le moyen de vraye foy sommes cause du merite des vrays feaulx catholiques/ Si peus notter que pour cause que ainsi je me diversiffie et change vois tu ycy mes filles de diverses fourmes et couleurs Car n’est homme si sage qui en soy ne m’ait diversement/ la cause si est que ma mere ignorence ne laisse ou vaissel du corps pour sa groisseur l’ame du tout ouvrer selon sa soubtilleté/ Et pour ce couvient que moy qui composee suis de la nature de l’ame en tant que je suis speculative/ et de la nature du corps en tant que je suis ignorent soie et abite ou cuer de creature humaine mais es intelligences qui franchement voient verité & ont cognoissance des proprietez de toutes choses je ne suis ne n’abite ne nulle part se ignorence et entendement ne sont ensemble/ Et comme dit est homme n’est si sage qui n’ignore les causes du plus des choses/ et pour ce n’est il nul qui en moy ne varie/ mais pource que es moins parfais suis plus foible sont leurs raisons nices et reprouvees.
Encore de ce mesmes.
Et entens sainement encore de ma poissance/ je te dis que toutes les loys et secrés qui ont esté au monde/ puis son commencement exepté la loy escripte qui a moy se fu de dieu donnee Et puis celle de jhesucrist les quelles vindrent du ciel ou je n’ay nul repaire/ toutes les autres ay trouvees la loy de nature ou n’aouroient que un seul dieu qui fu premiere & bonne a qui bien la tenoit fu par moy trouvee Celles des payens d’aourer plusieurs dieux/ je donnay aux hommes de fol entendement/ et continuer leur fis par espace de moult lonc temps/ Et ancore plusieurs parties du monde je tiens en celle erreur. Je fis trouver a belus les premieres ydoles et a son filz le roy ninus aourer l’ymage de son pere Et combien que ne trouvasse la loy escripte/ car n’i sceusse attaindre/ fis je maintes foiz errer en ycelle plusieurs juifs qui par moy firent maintes mauvaistiez & felons fais Sicomme mesmement au peuple d’israel je conseillay faire un veel d’or et que ilz l’aourassent comme dieu/ et ou temps de abdon le prophete fis je au roy jheroboam semer la faulce creance contre dieu et sa loy/ et ainsi de mains autres/ mais aussi continuay je les bons en oeuvres meritoires// En la loy de grace je n’oz que veoir/ car elle est certaine/ mais a cellui qui en fu acteur je fis par le moyen d’envie maintes peines faire & aussi moyennant grace divine/ maint convertir a sa loy/ mais tout fusse je cause de sa mort toute fois contre moy fu par paour jugez a tort/ et ycelle envie et mauvaistié pareillement m’avoit fait ficher ou temps devant es cuers de ceulx qui persecuterent les sains prophetes et aussi en ceulx qui martirerent les benois sains Je fis trouver a mahommet la faulce loy qui ores est a esté et sera pour la punicion des crestiens continue/ si tiens les sarrasins en celle faulce creance.
¶ Par moy se ficherent le temps passé en plusieurs du nom chrestien diverses erreurs en la loy et folles creances qui fortes furent a esracher Sicomme il appert de manés le faulx herite qui trouva la secte de ceulx que on appelloit manichees/ et Arrianus qui ediffia l’eresie arrienne/ et es parties de bretaigne pelage qui par sa faulce doctrine plusieurs chrestiens corrompi/ un autre vers espaigne nomme precelin et plusieurs autres/ en qui je fus faulce et en leurs disciples que je fis errer/ Et mesmement plusieurs papes et patriarches et de divers estas de l’eglise/ Et ancore ne suis si de tous esrachee en mains faulx pas que non obstant les vrays amonnestemens de sainte theologie je ne soie en eulx avec erreur tappie/ et couverte mais paour de feu nous fait tenir coye et close.
Ci dit l’ombre les oppinions de philosophie sus le principe du monde.
En repliquant ce que devant est dit pour donner preuve que si sage ne soit que je ne face errer parlerons des anciens philosophes quelle je fus en eulx/ Et comme le traictier de ceste matiere/ tout soit elle soubtille puisse estre au prouffit de l’entendement t’en deviseray plus largement en lengage plus couvert comme la matiere le requiere/ te diray premierement des tres ancians investigueurs des choses naturelles A ceulx qui premierement philosopherent/ je disoie que des natures des choses yceulz sont seulement les princippes qui sont ramenez a cause de matere/ et a ce que plus leur fust ce apparant teles raisons leur faisoie investiguer que .iiii. condicions semblans appartiennent aux raisons des princippes/ premierement disoient ilz comme ce de quoy aucune chose est faite/ semble le principe estre d’icelle chose/ Car c’est vray signe de princippe par qui la chose est faite et tel est la matiere/ Car de matieres toutes choses sont faites. Item car tout ainsi que ce dont les choses sont faites nous disons le princippe de l’engendrement d’elles et par consequant cause/ en tant que generacion toute chose precede a estre a ce que elle est/ ne ainçois elle n’est riens. Et toutefoiz de matiere premierement comme de son princippe chacune chose est faite/ car la matiere precede la formacion des choses Et aussi la matiere premierement non pas acidentelement est le suppost des formes par quoy ancore appert que elle soit vray principe il s’ensuit que matiere soit princippe des choses/ Tiercement car comme de toutes choses ce semble le principe ou quel finablement toutes elles retournent Car sicomme les principes sont premiers en la composicion/ aussi doivent ilz derreniers estre en resolucion & autressi ytel en la matiere Quartement comme il faille les princippes demourer/ ce par especial semble estre vray principe qui en chacune generacion/ et apres toutes corrupcion demeure/ dont comme la matiere la quelle ilz afferment substance des choses soit tele que elle demeure en toutes mutacions/ Combien que aucunes passions se varient en elle/ et en elle autressi toutes les autres condicions devant dictes affierent. Par ces .iiii. premisses ilz concluoient que la matiere est l’element et le premier principe des natures des choses ainsi disoient que riens ne peut estre simplement corrompu ne engendré Car tout ainsi se disoient ilz que quant aucune mutacion est faite envers quelconques passions/ toute foiz demeurent l’essence principal/ nous ne disons ycelle chose n’engendree simplement ne corrompue aussi fors selon aucune chose c’est a dire accidentellement sicomme un homme blanc devenir noir/ nous ne disons ycellui homme engendré quant il prent tel abit ne corrompu quant il pert le premier/ Car sa substance principal si demeure/ c’est assavoir son estre le quel si est sa fourme tout autressi que la matiere disoient/ il est la substance des choses/ et ycelle demeure permanablement/ Tout autressi ilz concluent que rien n’est simplement corrompu ne engendré fors accidentelement/ mais disoient ilz toutes mutacions qui adviennent es choses sont faites vers aucuns accidans venans de la matiere comme sont passions ou quelques qualitez/ Dont combien que tous yceulx couvenissent ensemble en mettant la matiere comme cause premiere/ Toutefoiz les faisoie differer doublement en la posicion d’elle C’est assavoir quant a pluralité/ car les aucuns mettoient une seule matiere et les autres plusieurs causes materielles/ et quant a l’espece aussi/ Car aucuns l’eaue mettoient/ les autres l’air/ les autres le feu Thales l’ancien philosophe qui prince fu de ycelle philosophie/ disoit que ce estoit l’eaue et affermoit la terre estre assise sur l’eaue ainsi la mettoit le principe des choses/ et dist que ainsi estoit fondee la terre dessus comme le effaict est fondé sur la cause/ dont il est a savoir que cestui thalles fu dit prince de ycelle philosophie/ Car comme il fust l’un des .vii. sages qui plus proprement furent dis theologiens/ poetes/ lui tout seul se transporta a considerer les causes & les princippes des choses/ Les autres seulement demourez occupez es moralles sciences/ Les noms d’iceulx .vii. sages sont premierement Chales millesien qui fu du temps romulus cellui qui fonda romme ou temps d’achar le roy d’israel comme on lit es croniques environ .vi.c .lxxxvii. ans devant l’incarnacion jhesucrist & devant aristote environ .CCC.lii. ans/ Car aristote fu du temps alixandre le grant qui preceda jhesucrist .CCC.xxxv. ans/ Cestui thales fu astrologien/ Car meismes comme on lit il pronostiqua un deffault du souleil ou temps d’ozias et des fondacions de romme bien cent ans ains que il fust Cestui aussi fu cil dont on lit en l’istoire des philosophes qui chaÿ en la fosse quant il aloit veoir le cours des estoilles/ de quoy il fu remprouvé d’une vielle/ Comment dit elle cuides tu veoir ce que l’en fait ou ciel/ quant a tes piez ne vois.
¶ Le second sage fu pitacus mitilenus ou temps que es ebrieux regnoit zedechias et es rommains tharentin le premier/ le quel pithacus tua frenon d’aches qui batailloit a lui.
¶ Les autres .v. si furent solon d’athenes qui fu faiseur des drois & des loys populaires/ Chilon lacedemonien/ pithidorus corintien/ cleobelus sydien Byas periandran/ Et furent tous ou temps de la chetiveté de babiloine/ Et en ce temps ci en bretaigne la grant raignoit cordeille fille du roy loyr de bretaigne & femme d’agampus le roy de gaule/ le quel agampus a l’instance de elle subjugua et conquesta bretaigne occuppee par les serourges d’elle qui chacié en avoient son pere/ si en chaça yceulz et le royaume au pere restitua au quel puis succeda ycelle cordeille Comme plus a plain il appert par les gestes.
Ancore de ce mesmes.
Dont entre yceulx .vii. sages thales tant seulement specula la nature des choses/ et ses disputacions et les raisons qu’il fist il envoya par lettres en diverses contrees la quelle chose nul des autres ne fist pour ce fu il entr’eulx appellé prince de leur philosophie Les raisons qui murent Chales a dire ce qu’il disoit estoit qu’il veoit le nourrissement de toutes choses estre moisteur/ et par .iii. signes prouvoit son propos le premier est ce qui est dit c’est assavoir que toutes choses vivans par moisteur sont nourries/ mais ce disoit il comme ce soit une semblable chose de quoy les choses sont & a quoy elles viennent/ Et ainsi humeur semble estre le principe des essences des choses/ le second signe est que comme l’essence de toutes choses vivans tres grandement soit conservee et gardee par sa propre et naturelle chaleur/ Toutefoiz la chaleur semble faite et nourrie de humeur Car humeur est aussi comme nourrissement et matiere a chaleur/ il appert et s’ensuit que humeur soit principe des choses.
¶ Le tiers signe comme la vie de tous les animaulx soit gardee en humeur/ car par le deffault de naturelle humeur chacun animal meurt/ et par la conservacion d’elle chacun animal vit/ par quoy comme vivre soit estre aux choses qui ont vie comme il fu dit devant il appert qu’il s’ensuive que humeur soit principe des essences des choses/ & ces .ii. signes deppendent l’un de l’autre Aussi il prent signe par la generacion des choses/ Car ce dit il comme toutes generacions par especial des choses qui ont vie/ lesquelles sont tres nobles et parfaictes sur toutes autres choses soient faites de semences/ lesquelles semences ont escailles sont de nature moiste sicomme chacun scet/ il appert ce dist il humeur estre princippe des generacions des choses Cestui Chales estoit induit a ceste oppinion par l’auctorité des anciens/ car comme aucuns poetes theologisans/ eussent esté ancore plus anciens de lui Et yceulx eussent tele oppinion de nature/ c’est assavoir que l’eaue fust principe des choses/ yceulx peut estre pour l’ancienneté d’eulx thales si ensuivi.
¶ Si est cy a savoir que comme les premiers en grece renommez de sciences fussent appellez poetes theologisans/ ainsi diz poetes Car de ce qu’ilz disoient ilz formoient dictiez & parloient faintement/ theologisans aussi qu’ilz parloient des dieux et des choses divines/ les premiers et les plus principaulx renommez d’iceulx furent .iii. c’est assavoir orpheus et son disciple museus/ et linius de thebes qui fu maistre de hercules/ Et ces .iii. furent ou temps des juges qui regnoient ou peuple de israel environ. .v.c .xxvii. ans/ avant que chales fust/ environ .xliii. ans avant que theseus le roy d’athenes ravist helayne la fille au roy de thebes environ .lxxxviii. ans ains que troye fust destruite/ Et de tous yceulx .iii. orpheus fu le plus sollempnel/ Et cestui fu cellui dont les poetes parlent qu’il ala en enfer querir erudice sa femme la quelle le serpent avoit pointe en fuyant par le pré quant euristus le frere orpheus la vouloit violer la quelle fable a bon entendement moral peut estre entendue Sicomme fulgence ou livre des natures des dieux tres clerement l’expose/ De cestui orpheus aussi parle boece ou .iii.e de sa consolacion a la fin et ovide en methamorphoseos ou .x.e/ Cestui orpheus aussi a parler proprement sanz nulle ficcion si que boece recite en sa musique estoit tres bon cithariste C’est a dire tant melodieusement faisoit sons en la harpe/ que par les proporcions des acors tant a point ordenez il garissoit de plusieurs maladies/ et les tristes faisoit estre joyeus.
¶ Ces .iii. poetes dis par maniere de fictions & de paroles transumptives parlans des choses de nature disoient que occean c’est a dire la mer ou l’abeisme ou a tres grant inundacion d’eaues/ Et thetis qu’ilz disoient la deesse de humeur sont parens de generacion/ Et par ce dist il comme par singuliere similitude ilz donnoient entendre que eaue fust le principe de la generacion des choses/ Encore ceste sentence par autre fabuleuse narracion ilz couvroient disant que le sacrement et le serment des dieux estoit par l’eaue qu’il appellent stix/ La quelle est un fleuve d’enfer/ Et par ce que ilz disoient les dieux faire leurs sacremens & leurs sermens de l’eaue pour ce que sacrement se fait tous jours par ce qui est plus digne/ Car le parfaict precede l’imparfaict de nature et de temps ilz se donnoient a entendre que l’eaue fust plus honorable et plus digne des dieux/ Et dont comme il appere qu’ilz cuidassent l’eaue premiere et plus ancienne des dieux/ lesquieulx dieux peut estre ilz entendoient estre les corps du ciel ou autres corps sensibles/ Car ancore des choses sepparees n’avoient cognoissance/ Il dit que nulle plus ancienne oppinion de ceste n’a esté es choses de nature/ La quelle soit cogneue/ meismement ancore ceste oppinion a esté nagaires d’aucuns renouvellee/ non pas qu’ilz deissent l’eaue plus noble ne si noble que dieu comme yceulx premiers firent/ mais sans ficcion aucune ilz la disoient & affermoient estre premiere & aussi la derreniere des choses de ce monde/ car meismes ilz la mettent premiere que le ciel/ Car la premiere espere/ c’est assavoir une que ilz ymaginent comprendre La .ix.e ilz la mettent estre eaue Sicomme plus plainement frere rogier bacon le recite en son livre du ciel ou .xii.e chapitre/ Et peut estre a ce ilz se mouvoient cuidans les vieulx poetes accorder avecques eulx/ ou peut estre pour les diz des philosophes nommans en plusieurs lieux les eaues sur le ciel/ Toutefoiz tant yceulx philosophes que aussi les poetes en tant comme a bon sens se puissent ramener au moins le plus des choses en enveloppement et soubz ombre parlerent non les nouveaulx mais yceulx anciens en tant que des sciences les portes vous ouvrirent vous les devez excuser amer et supporter.
Les contre dis d’aristote aux autres philosophes.
Aristote qui lonc temps fu apres ou quel je fus tres vraye et certaine par le moyen de son noble engin et entendement qui moy et mes filles attrey les plus soubtilles impugnatables/ & les autres poetes non mie les impugna en tant comme poetes/ mais en tant que ilz semblent philosophes/ et sont hors de verité/ aussi recite il d’ippones/ le quel sicomme maisme il recite sur le livre de l’ame/ fu de tres rude engin/ car il mettoit l’ame des bestes et des hommes estre eaue/ Cestui dit il suivi du tout thales sanz lui riens adjouster/ Et pource dit il nulle louange ne nul pris n’en doit recevoir.
¶ A autres philosophes je dis et fis a croire que l’air estoit principe de toutes choses si comme a dyogenes & anaximenes/ et disoient que l’air estoit premier de l’eaue Et principe de toutes choses simples/ c’est a savoir des elemens/ Si est a savoir que .ii. anaximenes furent et tous .ii. philosophes C’est assavoir l’un du temps aristote/ Et de cestui il n’entent pas ycy/ mais cestui anaximenes dont il fait mencion fu disciple d’anaxamandra qui disciple avoit esté thales devant dit/ Et cestui anaximenes & anaximendra furent du temps que cirus conquist le royaume de mede/ et transporta aux persens ou temps de la destruccion du temple de jherusalem/ En ce temps cy aussi c’est assavoir ou temps d’anaximenes regnoit tarquin l’orgueilleux. Le .vii.e et le derrenier roy de romme/ cellui qui fu chacié pour tarqui son filz qui viola lucrece/ cellui aussi fu disciple d’anaximenes/ Toute foiz tant de difference ont ilz qu’anaximenes mettoit l’air simplement principe se non en tant que composé il fust avec raison divine/ Et de ce vint une oppinion qui est recitee sur le premier de l’ame/ Et la raison peut estre fu tele qui les mouvoit Car ilz veoient que par respiracion d’air la vie de plusieurs animaulx au moins du plus des bestes est sauvee/ Et sanz air elle est anichilee/ Et aussi car ilz veoient par imitacion & ensuite de l’air varier les generacions et les corrupcions des herbes et de plusieurs des choses.
¶ .ii. autres philosophes c’est assavoir ypassus et eraclitus mirent le feu estre principe et matere des choses et peut estre furent meus a ce pour la soubtilleté et noblece qu’il a/ Car meismes pour ce que ilz le veoyent luisant et monter contre mont/ ilz cuidoient le ciel estre de feu/ Cestui eraclitus/ pittagoras/ democritus et anaxagoras & plusieurs autres furent tous en un temps/ C’est a savoir ou temps que prophetisoient/ en judee/ aggenus/ zacharias/ et malechias/ ou temps du dit cirus.
¶ Cestui eraclitus sicomme il avoit oppinion ou feu quant aux principes & causemens des choses ainsi comme on lit fu tout le premier de tous les anciens qui par maniere d’art trouva deviner ou feu/ et celle art que on dit piromancie/ Et sicomme on lit en aucuns traictiez d’elle/ lui lonc temps ainçois pronostiqua la desolacion de babiloine la cité devant qu’elle fust avenue.
¶ Ainsi diversement mirent yceulx le principe de matiere/ C’est assavoir d’eaue d’air & de feu en y adjoustant le quart element/ c’est assavoir la terre ilz en disoient toutes choses causees/ et les disoient estre incorruptibles & ingenerables/ sicomme faisoient ceulx qui mirent un principe/ mais il metoit que par l’assemblement d’entre eulx selon diversité de plus ou de moins se causoient les diversitez des choses qui se font.
¶ Dont combien que anaxagoras fust ainsné d’empedecles en temps/ toutefoiz fu il plus novice en savoir/ Car comme un chacun abregier doye a son povoir les principes des choses par quoy moins en deust avoir mis que ne fist empedocles le quel en mettoit trop sicomme plus plainement il appert ou premier de phisiques/ Cestui ancore pour les accroistre les mist infinis/ c’est assavoir car il disoit les elemens et toutes choses estre faites d’infinies petites parties/ lesquelles il mettoit estre les drois princippes & mettoit les choses estre engendrees & corrompues par congregacion & disgregacion/ c’est a dire par assemblement & desassemblement d’icelles N’autrement ycelles ne pourissent ainçois pardurablement demeurent/ Dont par les choses ja dictes de Aristote conclut que par anaxagoras et par les oppinions des jadis philosophes on ne peut autre chose cognoistre fors seulement la cause de matiere.
Encore des oppinions.
Pittagoras disoit les esperes qui sont menez ou ciel estre dix. Combien que tant seulement .ix. en soient apparans/ c’est a savoir .vii. comprises par les mouvemens des planettes/ l’uitieve par le mouvement des estoilles/ et la .ix.e par le mouvement journal qui est le premier mouvement/ mais pittagoras adjousta la .x.e antixthonan c’est a dire menee au contraire des mouvemens/ et par consequant sonnent contrairement/ Car comme il mist & aussi le mirent plusieurs autres que des mouvemens des esperes du ciel se facent armonies Car comme ilz considerassent que naturellement noz pensees lesquelles ilz metoient de nature celeste se resjouissent de sons qui sont par mesure ordenez/ considerans aussi que tous sons sont de mouvemens causés/ Car sanz mouvement nul son ne seroit fait voyans ou ciel esperes et cercles de diverses grandeurs preporcionnees les unes vers les autres ce leur sembloit par moult nobles mesures et meues aussi de mouvemens couvenables a elles ymaginans par ces choses ou ciel estre grans melodies/ lassus ilz affermoient estre parfaicte musique/ et celle de ça bas estre dirivee de celle de lassus Et aussi selon ceste leur ordenance le mouvement journel qui va d’orient en occident au contraire des autres seroit en l’espere .x.e & la .ix.e seroit celle la quelle si mouvroit toutes les esperes basses au contraire du premier mouvement.
¶ Pittagoras et ceulx de sa secte par lui instruis mettent les principes des choses encheans es causes dessus dictez/ si mettent nombres ainsi que matere et princippe des choses et les passions des nombres ainsi comme les passions ou les abis des choses/ si que nous entendions par passions accidens/ legierement passibles et par abis accidens permanens/ sicomme ilz mettoient que la passion d’aucun nombre selon la quelle il est dit pareillement per estoit princippe de justice pour l’equalité de sa division Car tout nombre qui equalement se devise par egales moitiez sicomme .viii. se devise en .ii. quatre & quatre/ en deux deux/ et .ii. unitez et plusieurs autres par semblable maniere/ yceulx ilz disoient princippes de justice/ Et par semblable maniere les autres accidens des choses ilz assimuloient aux accidens des nombres & mettoient les principes des nombres per et non per/ pour ce qu’icelles sont leurs premieres differences mais le nombre per ilz metoient estre le principe d’infinité Et le nombre non per estre princippe aux choses lesquelles sont fenies/ Sicomme plus plainement il appert declairié sus le .iii.e de phisiques/ c’est assavoir que le nombre per semble estre couvenable a division.