L'avant-naissance de Claude Dolet

Part 3

Chapter 3816 wordsPublic domain

Ceulx qui abondamment Donnent biens et richesses, D’acquerir largement Luy monstrent vistement Les moyens et addresses.

Et toy dame Fortune, Qui regis les humains, Ne luy soys importune, Mais tousiours opportune, Luy donnant honneurs mainctz.

Et permectz que son aage Il puisse terminer Sans peril ou dommage, Et tousiours aduantage Il ayt, sans decliner.

Voila ce que demande O deesses et dieux! A vous me recommande: Adieu, diuine bende Qui presidez aux cieulx.

Fin de la traduction.

CLAVDIN DE TOVRAINE

A Estienne Dolet,

SALVT.

APRES le grand labeur, auquel estois contrainct de vacquer totalement cest yuer passé (pour la fondation de mon honneur, et acquerir quelcque estime entre les doctes) venant de Lyon a Tours, pour relief de la fascherie de mon voyage, ie me mys a composer quelcques dixains et huictains sur la naissance du filz qu’il a pleu a Dieu te donner pour le commencement du grand heur de ton mariage. Lequel combien que plusieurs (peu congnoissantz ton esprit, et iugement) ayent trouué estrange, pour ce que par la cuydent ta fortune (quant aux biens) estre troncquee, ou pour le moyns retardee de beaucoup: ie l’ay toutesfoys tousiours trouué bon, et louable. Car ie scay que tu n’as chose en plus grande recommendation que de viure selon le commandement de Dieu: et de t’entretenir en tranquillité d’esprit, pour plus amplement vacquer aux letres. Ces raisons doncques sont apparentes, que non follement et sans iugement tu t’es marié, mais pour le plus hault bien que tu as peu choisir, as ce faict: soit pour reuerer l’honneur de Dieu: soit pour viure entre les hommes sans reproche de paillardise: soit pour augmenter le bien literal de tes labeurs assiduz. Ioinct, que tu n’as faict ce sans exemple prouuable: comme d’vng Socrates (tenu en son temps le plus saige du monde) d’vng Cicero (ton dieu vnique en eloquence) et de nostre temps d’vng Budée. Mais il n’est besoing de debattre que tu ayes faict cela auec raison et iugement singulier, car ceulx qui bien te congnoissent n’ignorent de quelle prudence tu vses maintenant en tes affaires. Ie laisse doncq ce propos et reuiens a mes dixains. Aiant entendu que le liure que tu as composé en latin sur l’auant-naissance de ton filz estoit traduict en francoys, et que tu deliberoys de l’imprimer, ie t’ay bien voulu enuoyer ceste mienne facture: non pour aultre chose toutesfoys, que pour demonstration de l’amytié que ie te porte. Et si messieurs les Rithmartz de France ne la trouuent selon leur goust, ie ne m’en soucie en rien, moyennant qu’elle te plaise. Adieu amy.

Dixain du Filz de Dolet.

Phidias, painctre, apres qu’il eut pourtraict Vng Iupiter, pour l’ymage parfaire, Pres d’elle fut long-temps coy et retraict, Escoutant ce que chascun necessaire I diroit estre, affin de satisfaire A toutes gens. Puis telle addition Feit qu’il en est encores mention. Mais a ce faire il ne se fault pretendre: Car cest enfant telle ha perfection Qu’on ne pourroit iamais rien y reprendre.

Huictain.

Tu nous a faict vng si bel enfant naistre Par ton scauoir, esprit et diligence, Et par amour, que iamais ne peult estre Aultre que toy. Le fruict de ta science Prend donc icy sa racine et semence, Pour ne mourir, combien que ton corps meure. C’est grand plaisir de sentir quelque essence Viuant de nous, qui apres nous demeure.

Dixain.

Qui les grandz biens, que Dieu donne, entreprend Dire, il ne peult soubdain les faire entendre: Car comme yceulx aulcun de nous n’entend, Aussi ne peult en briefz mots les comprendre. Et quand l’esprit ne peult assez s’estendre A declarer les biens d’aulcun viuant, Lors nous iugeons qu’il est vng don venant De Dieu. Par quoy, si l’on ne peult escrire Les biens, dont est remply ce bel enfant, Que c’est vng don de Dieu il nous fault dire.

Huictain.

L’homme, en qui est scauoir, qui trop abonde Fault qu’il en baille à vng chascun sa part. Tout ainsi, quand Dolet par tout le monde Son grand scauoir à vng chascun depart, Chascun en prend vng tiers, ou bien vng quart: Mais pour parfaire en sa vie vng ouurage, Ce qu’il auoit ca et la mys à part, Dedans son filz l’a mys et dauantaige.

FIN.

DOLETVS

Durior est spectatæ virtutis quàm incognitæ conditio.

Au Lecteur Francoys.

DIXAIN DE SAINTE MARTHE.

POVRQVOY es tu d’aultruy admirateur, Vilipendant le tien propre langage? Est ce (Francoys) que tu n’as instructeur Qui d’iceluy te remonstre l’vsage? Maintenant as en ce grand aduantage, Si vers ta langue as quelque affection: Dolet t’y donne vne introduction Si bonne en tout qu’il n’y a que redire: Car il t’enseigne (o noble inuention!) D’escrire bien, bien tourner et bien dire.

DOLETVS

Durior est spectatæ virtutis quàm incognitæ conditio.

Notes du transcripteur

On a reproduit à l’identique l’orthographe et la ponctuation de l’original (Paris, Techener, 1830), lui-même une reproduction en fac-simile de l’ouvrage de 1539. Aucune correction n’a été effectuée.