Chapter 2
JEANNE, GERTRUDE
GERTRUDE, après un temps
Sûrement qu'elle en a vu de toutes les couleurs, votre pauvre mère!
JEANNE
Hélas!
GERTRUDE
Une fière chandelle qu'elle doit au Bon Dieu d'avoir mis monsieur Servois sur sa route... un brave coeur celui-là!... et qui vous aime comme si vous étiez sa fille.
JEANNE
Mais moi-même, je le considère comme mon père... C'est lui qui m'a élevée, aimée, protégée... l'autre ne compte pas pour moi.
GERTRUDE
Vous ne l'avez jamais revu?
JEANNE
Jamais.
GERTRUDE
Vous le rappelez-vous, seulement?
JEANNE
Non, j'étais toute petite... J'avais deux ans à peine quand il a disparu.
GERTRUDE
C'est tout de même drôle qu'il ne soit jamais revenu!... (avec mépris) Pas même cherché à savoir ce que sa femme et son enfant étaient devenus. Quel homme!
JEANNE, simplement
Il est peut-être mort.
GERTRUDE, geste de doute
Heu... ces gas-là! (un temps) Vous n'avez jamais souhaité le revoir, hein?
JEANNE
Lui? oh!... Il me fait peur! C'est comme de l'aversion que je ressens... Nous sommes si heureux ainsi!... D'abord, c'est fini, il n'est plus rien: maman s'est remariée...
GERTRUDE
Oui, mais c'est quand même votre père; il a des droits sur vous... s'il voulait vous emmener avec lui.
JEANNE, protestant
Oh, ça!...