L'art roman dans le Sud-Manche
Chapter 8
Le patronage était partagé entre l’évêque et le Chapitre de la cathédrale. On en trouve la preuve dans une charte de l’évêque Richard Lainé datée de 1260. Selon la charte, cet évêque demandait au Chapitre la permission de nommer un curé à Saint-Quentin, bien que les six mois prévus pour cette nomination fussent déjà écoulés. [1]
Plus tard, l’évêque resta le seul patron présentateur. L’évêque d’Avranches n’avait ce privilège que pour dix-neuf cures sur cent quatre-vingt, dont celle de Saint-Quentin [2].
#L’église
= Le plan
L’église, régulièrement orientée (d’ouest en est), est formée d’une nef de trois travées et d’un choeur de trois travées à chevet plat (voir le plan). Au nord et au sud, deux larges chapelles sont accolées aux deux premières travées du choeur et constituent de véritables croisillons. La tour, située dans l’axe du vaisseau, est implantée entre choeur et nef. La façade occidentale est précédée sur toute sa longueur d’un grand porche rectangulaire non voûté formant une sorte de narthex.
= Les matériaux
= = Les appareils
Les maçonneries présentent un appareil irrégulier de moëllons de schiste alors que les contreforts, le pourtour des ouvertures, les colonnes, les pilastres et les arcs sont en granit. Le schiste est la pierre locale puisque Saint-Quentin est situé dans une région de terrains sédimentaires schisteux. Le granit provient sans doute du massif granitique d’Avranches, qui s’étend au nord de Saint-Quentin.
= = Les enduits, sols, plafonds et toitures
Un enduit à la chaux recouvre les murs intérieurs. Le sol est recouvert d’un carrelage posé en 1929. La nef est surmontée d’une voûte en berceau de bois à poinçons et entraits apparents réalisée en 1927. La toiture a été entièrement refaite en ardoises d’Angers en 1921 et 1922. Une partie de la couverture nord de la nef a été changée en avril 1952 suite aux dommages de la seconde guerre mondiale.
#Description extérieure
= La façade occidentale
La façade occidentale est percée d’un portail aux vastes proportions. Son arcade en plein-cintre est formée de deux voussures surmontées d’une archivolte constituée d’un cordon chanfreiné. Les voussures présentent chacune les moulurations suivantes: un tore d’angle épais suivi de deux tores plus minces cernés de petits cavets. Ces voussures reposent sur quatre colonnes engagées par l’intermédiaire d’une imposte moulurée en quart-de-rond formant les tailloirs des chapiteaux. Les corbeilles sont sculptées de motifs variés: du nord au sud, des boules à l’angle et aux extrémités sous le tailloir, une tête, un personnage à quatre pattes dont la tête à l’angle de la corbeille est entourée des bras puis des jambes, une autre tête soutenue par une main sur le côté et l’autre sous le menton. Ces sculptures grossières sont en fort relief et le menton des visages est très proéminent. Les bases carrées sont ornées d’un tore surmontant un chanfrein. Les chanfreins sont sculptés sur la gauche de petites griffes triangulaires. On ne distingue plus rien sur la droite. Ces bases reposent sur un épais muret de pierre se prolongeant le long du mur de la façade. Un énorme bloc monolithe de granit forme le tympan du portail.
= La nef
La nef comporte deux travées. Ses murs latéraux sont épaulés chacun de quatre contreforts plats peu saillants reposant sur un soubassement de pierre. Les contreforts supportent une corniche en partie refaite dont les modillons sont surtout sculptés de têtes humaines. Les autres modillons, récents, sont moulurés en quart-de-rond ou ils ont la forme d’un T.
= La tour
La tour, massive, est située entre la nef et le choeur. Seule sa base est romane. Elle est reliée au premier étage par un glacis au nord et au sud. Les deux étages datent du 13e siècle. L’ensemble est surmonté d’un toit en bâtière.
Au sud, une porte est aujourd’hui murée. Son arcade en plein-cintre (voir le schéma) est formée d’une voussure entourée d’une archivolte formée par un cordon chanfreiné. La voussure est moulurée d’un épais tore d’angle suivi d’un listel puis d’un large cavet peu profond. Elle repose sur deux épaises colonnettes par l’intermédiaire d’un bandeau mouluré en quart-de-rond qui forme le tailloir des chapiteaux et se prolonge sur le nu du mur. Les corbeilles sont sculptées d’un arbre et d’une tête humaine. Les bases sont carrées. A gauche, la base est surmontée d’un chanfrein orné de petites griffes triangulaires et d’un tore. A droite, elle est surmontée d’un double tore. Le tympan est formé d’un gros bloc monolithe de granit, qui repose sur les piédroits intérieurs par l’intermédiaire du bandeau mouluré en quart-de-rond.
#Description intérieure
= La nef
Les murs latéraux de la nef sont ouverts de chaque côté par trois baies en plein-cintre fortement ébrasées. Ces baies aux proportions modestes ont remplacé en 1951 de très grandes baies ouvertes au 18e siècle à l’emplacement des petites baies romanes primitives [3]. Le mur occidental est percé d’une grande baie géminée datant du 15e ou 16e siècle.
= La tour
Située entre choeur et nef, la tour repose sur quatre épais piliers qui reçoivent à l’est et à l’ouest deux arcs en plein-cintre à double rouleau.
L’arc séparant la nef de la base de la tour repose sur deux épais pilastres engagés sur dosseret par l’intermédiaire d’une imposte moulurée en quart-de-rond.
L’arc séparant le choeur de la base de la tour repose sur deux colonnes engagées jumelées par l’intermédiaire d’une imposte semblable qui forme le tailloir des chapiteaux. Les corbeilles sont sculptées de crochets d’angle en faible relief plus visibles au nord qu’au sud. Les bases carrées sont surmontées d’un double tore. Elles sont très abîmées au nord.
La travée entre choeur et nef est surmontée d’une voûte d’arêtes sur plan barlong. Les retombées des arêtes sont reçues au nord par les angles formés par les dosserets des pilastres, et au sud par des colonnes surmontées d’une imposte moulurée en quart-de-rond.
Les murs nord et sud sont percés de deux longues et étroites baies en plein-cintre à fort ébasement. Dans le mur sud, la niche d’une statue surmontée d’un arc surbaissé a été aménagée dans la porte murée.
#La restauration des parties romanes au 20e siècle
La toiture fut refaite en 1921 et 1922 [4]. Une voûte en berceau de bois à poinçons et entraits apparents fut reconstruite en 1926 et 1927 [5]. Le dallage de la nef fut posé en 1929 [6].
En 1951, après les dommages de guerre, on entreprit la réfection du mur latéral nord de la nef, très endommagé. La corniche et une partie de ses modillons furent refaits. Les baies des murs latéraux furent transformées à la même époque. Les très grandes baies ouvertes au 18e siècle furent remplacées par des baies en plein-cintre aux proportions modestes. On refit aussi une partie de la couverture de la nef côté nord. [7]
Les murs intérieurs de l’église furent recouverts d’un enduit à la chaux en 1953 [8]. Les murs extérieurs furent entièrement rejointoyés en 1955 [9].
#Datation
La nef et la base de la tour peuvent être datées de la première moitié du 12e siècle. Les portails constituent les principaux indices de datation. Le portail occidental et la porte sud présentent de nombreux points communs avec ceux de l’église de Saint-Loup, édifice de la première moitié du 12e siècle. De plus, la disposition intérieure de la travée surmontant la tour confirme cette datation.
Au 13e siècle furent construits le porche rectangulaire précédant la façade occidentale, les deux étages de la tour, le choeur de trois travées et sa chapelle latérale sud. La chapelle latérale nord fut édifiée au 15e ou 16e siècle [10].
#Les portails des églises de Saint-Quentin et de Saint-Loup
Les deux portes sud des églises de Saint-Quentin et de Saint-Loup offrent de nombreuses similitudes: une arcade formée d’une voussure moulurée d’un tore d’angle suivi d’un listel puis d’un cavet large et peu profond; une voussure entourée d’une archivolte formée d’un cordon chanfreiné; des tailloirs moulurés en quart-de-rond; des corbeilles de chapiteaux sculptées de têtes d’angle (une à Saint-Quentin et deux à Saint-Loup); une colonne avec une base au chanfrein orné de petites griffes triangulaires.
Le portail occidental de l’église de Saint-Quentin présente lui aussi des traits communs avec les portes de l’église de Saint-Loup: une archivolte formée d’un cordon chanfreiné, des tailloirs moulurés en quart-de-rond, des corbeilles de chapiteaux sculptées de têtes proéminentes, des bases au chanfrein orné de petites griffes. Mais, à Saint-Quentin, l’arcade est plus grande, les moulurations des voussures sont différentes et les sculptures des corbeilles sont plus élaborées. Il est très possible que le sculpteur des corbeilles se soit inspiré des gros modillons situés au-dessus de la porte sud de l’église de Saint-Loup.
#Documents
* La bibliographie de Saint-Quentin
* Le plan de l’église de Saint-Quentin
* Le schéma de la porte sud
#Notes
[1] D’après: Cudeloup. Saint-Quentin-sur-le-Homme, in: Revue de l’Avranchin, tome XXIV, 1931, p. 469-470.
[2] Voir: Pigeon (Emile-Auber). Le diocèse d’Avranches. Coutances, Salettes, 1888, tome II, p. 696.
[3] D’après: Cudeloup. Saint-Quentin-sur-le-Homme, in: Revue de l’Avranchin, tome XXIV, 1931, p. 469.
[4] D’après les archives municipales: le dossier de l’église.
[5] D’après les archives paroissiales.
[6] D’après les archives paroissiales.
[7] Suite à la décision du conseil municipal du 17 décembre 1950, après un devis de reconstruction de Monsieur Edeline, architecte.
[8] Suite à la décision du conseil municipal du 11 mai 1953.
[9] Suite à la décision du conseil municipal du 25 septembre 1955.
[10] D’après: Thibout (Marc). Les églises des XIIIe et XIVe siècles dans le département de la Manche. Thèse de l’Ecole des Chartes, 1935, p. 288-289.
13. SARTILLY
[Le site / Emplacement / Histoire // L’église romane détruite au 19e siècle // Le portail / Matériau / Description / Datation // Documents // Notes]
#Le site
= Emplacement
Sartilly est situé sur l’axe routier Avranches-Granville, à 11 kilomètres d’Avranches et 15 kilomètres de Granville (voir la carte). Le bourg était traversé par le chemin montois qui reliait le Mont Saint-Michel à Saint-Lô.
= Histoire
Le saint patron de l’église est Saint Pair. La paroisse appartenait au doyenné de Genêts et à l’archidiachoné d’Avranches.
Au la fin du 11e siècle, l’église et ses dépendances furent données à l’abbaye du Mont Saint-Michel par Ranulphe Avenel, qui se fit peu après moine à l’abbaye du Mont. Foulques Paynel, son neveu, seigneur suzerain de Sartilly, confirma cette donation en 1158. [1]
L’église de Sartilly avait pour seigneur patron l’abbé du Mont Saint-Michel. Le Livre blanc (Pouillé de 1412) cité par le chanoine Pigeon mentionne: “Ecclesia S. Paterni de Sartilleyo – Patronus abbas Montis S. Michaelis...” [2]
#L’église romane détruite au 19e siècle
Le portail sud de l’église actuelle est le seul élément subsistant de l’église romane détruite en 1858 en raison de son mauvais état et de son “insuffisance pour les besoins spirituels de la paroisse” [3]. L’édifice roman fut remplacé en 1858 par une église beaucoup plus grande (longueur de 40 mètres, largeur de 16,50 mètres, hauteur de voûte de 15,70 mètres). Le clocher et sa flèche de pierre, commencés en 1898, furent achevés en 1900.
L’église romane est décrite en détail dans le Registre des délibérations du conseil municipal de Sartilly: “L’église qu’il s’agit de remplacer est un vieil édifice... composé:
1°- D’une nef obscure de 19 mètres 60 centimètres de longueur sur 7 mètres de largeur dont les murs bas pénétrés d’humidité et lézardés en plusieurs endroits perdent très sensiblement leur aplomb, particulièrement vers le bas de l’église.
2°- D’une tour qui sépare la nef du choeur. Cette tour est supportée par quatre forts piliers qui ne sont distants deux à deux dans les sens transversal et longitudinal que de 3 mètres 60 centimètres de sorte que la vue de la nef au choeur est extrêmement bornée.
3°- D’un choeur de 9 mètres de longueur sur 6 mètres de largeur y compris l’espace affecté à une sacristie située derrière le maître-autel.
4°- D’une petite chapelle basse située à droite du choeur formant un carré régulier de 4 mètres 60 centimètres de côté...” [4]
#Le portail
= Matériau
Le matériau utilisé est le granit, qui est la pierre locale. Sartilly est situé au coeur du massif granitique de Vire, allongé d’est en ouest, et qui forme à cet endroit une barre d’une largeur de cinq kilomètres environ.
= Description
L’arcade du portail (voir le schéma) est formée de trois voussures: une voussure au cintre surbaissé et deux voussures en plein-cintre surmontées d’une archivolte.
La première voussure est moulurée d’un épais tore d’angle suivi d’un listel puis d’un large cavet orné de gros besants légèrement renflés. Elle est surmontée de quelques blocs de granit de taille régulière.
La deuxième voussure est moulurée d’un épais tore d’angle alors que la troisième est moulurée de deux tores encadrant un listel.
L’archivolte est un cordon saillant orné de dents-de-scie en fort relief sculptées en creux d’une rangée de bâtons brisés. Elle repose de part et d’autre de l’arcade sur deux têtes sculptées aux traits fins et bien dessinés.
Les trois voussures reposent sur six colonnettes engagées par l’intermédiaire d’une imposte moulurée d’un cavet. La partie supérieure de l’imposte, carrée, est ornée d’une petite moulure en creux. L’imposte se prolonge légèrement pour surmonter les deux pilastres encadrant l’ensemble.
Les colonnettes (voir le schéma) présentent toutes le même profil. La corbeille sculptée des chapiteaux est surmontée d’un tailloir carré. Leur base carrée est surmontée de deux tores entourant une scotie.
Les corbeilles sont sculptées de motifs variés: feuilles de chêne, feuilles d’acanthe très simplifiées, volutes encadrant une feuille d’acanthe à l’angle, volutes d’angle. Ces sculptures, taillées en fort relief dans le granit, sont le fruit d’un travail soigné. Elles sont beaucoup plus élégantes que les sculptures des chapiteaux romans vus partout ailleurs dans la région.
= Datation
Ce portail date sans doute de la seconde moitié du 12e siècle. Il présente une archivolte semblable à celles du portail occidental d’Yquelon et de la porte sud de Bréville. Or les églises d’Yquelon et de Bréville sont des édifices romans de la seconde moitié du 12e siècle. Les moulurations de la voussure au cintre surbaissé - un tore d’angle suivi d’un listel puis d’un cavet peu profond - dénotent l’influence exercée par l’église de Saint-Loup, édifice du début du 12e siècle qui a été le départ d’une petite école régionale.
Ce portail présente une facture bien supérieure à celle des autres portails romans de la région, dont il rassemble tous les éléments. Les moulurations des voussures et de l’archivolte et les sculptures des corbeilles des chapiteaux sont le fruit d’un travail soigné dans un matériau difficile à travailler du fait de son extrême dureté. Le portail de Sartilly est à juste titre considéré comme le plus beau portail roman de la région.
#Documents
* La bibliographie de Sartilly
* Le schéma de l’arcade et d'une colonnette du portail
#Notes
[1] D’après: Hulmel (Louis). Sartilly, in: Revue de l’Avranchin, tome XXI, 1924-1926, p. 507-508.
[2] Pigeon (Emile-Auber). Le diocèse d’Avranches. Coutances, Salettes, 1888, tome II, p. 643.
[3] Registre des délibérations du conseil municipal de Sartilly (1837-1864), p. 111.
[4] Registre des délibérations du conseil municipal de Sartilly (1837-1864), p. 112.
14. SYNTHESE
[Les éléments romans // Le plan des églises // Les appareils // L’architecture extérieure / Les contreforts / Les baies / Les portails / Les tours // L’architecture intérieure / Les plafonds et les voûtes / Les arcs // La sculpture / Les chapiteaux / Les modillons // Le décor peint]
#Les éléments romans
Sont romans:
*à Saint-Martin-le-Vieux, le choeur et la nef (11e siècle);
*à Bréville, le choeur, la base de la tour et une partie de la nef (seconde moitié du 12e siècle);
*à Yquelon, le choeur et la nef (seconde moitié du 12e siècle);
*à Saint-Pair-sur-Mer, une partie du choeur et la tour (première moitié du 12e siècle);
*à Angey, le choeur et la base de la tour (seconde moitié du 12e siècle);
*à Saint-Jean-le-Thomas, la nef (11e et début du 12e siècle), avec un choeur pré-roman datant du 10e siècle;
*à Dragey, la nef (11e ou premières années du 12e siècle);
*à Genêts, la croisée du transept et une partie des croisillons, ainsi que la tour aux deux tiers de sa hauteur (milieu du 12e siècle);
*à Saint-Léonard-de-Vains, l’ensemble (début du 12e siècle), très remanié après 1793;
*à Saint-Loup, l’ensemble (première moitié du 12e siècle);
*à Saint-Quentin, la base de la tour et la nef (première moitié du 12e siècle).
Et enfin le beau portail de Sartilly (seconde moitié du 12e siècle).
#Le plan des églises
Les églises romanes sont formées pour la plupart d’un vaisseau rectangulaire comprenant la nef et le choeur. Seul Genêts possède un large transept à bras saillants.
Le choeur se termine par un chevet plat, à l’exception de celui de Saint-Loup prolongé par une abside semi-circulaire.
La tour est souvent située dans l’axe du vaisseau, entre choeur et nef (Saint-Pair, Bréville, Angey, Saint-Léonard, Saint-Quentin). A Saint-Loup, elle s’élève au-dessus de la première travée du choeur. Elle est également accolée au vaisseau: accolée à la première travée du choeur côté nord à Yquelon, accolée à la partie orientale de la nef côté sud à Saint-Jean-le-Thomas. La tour s’élève au-dessus de la croisée du transept à Genêts.
#Les appareils
Les maçonneries de la nef et du choeur présentent un appareil irrégulier fait de moëllons de schiste si le sol est schisteux, ou de moëllons de granit si l’église est construite sur un massif granitique. Seuls les murs du choeur de Saint-Loup présentent un appareil régulier de granit.
Certains appareils irréguliers comprennent des éléments d’opus spicatum: le mur latéral sud de la nef de Saint-Martin-le-Vieux, les murs latéraux de la nef de Dragey, la base de la tour de Saint-Léonard-de-Vains. Cet appareil en arêtes de poisson est un indice d’ancienneté. Ces édifices datent tous du 11e ou du tout début du 12e siècle.
Les tours romanes sont formées d’un appareil régulier de granit à Saint-Pair, Genêts et Saint-Loup. A Saint-Léonard, l’appareil régulier de la base (dans sa partie supérieure) et du deuxième étage alterne avec un appareil irrégulier au premier étage.
Les tympans du portail muré de Saint-Jean-le-Thomas et du portail occidental de Saint-Loup sont formés de pierres de granit losangées disposées en appareil réticulé. On retrouve ce même genre d’appareil réticulé au premier étage de la tour de Saint-Loup, à l’écoinçon des arcatures jumelles.
#L’architecture extérieure
= Les contreforts
Les façades occidentales sont le plus souvent épaulées de deux contreforts plats à leurs extrémités. Seule, la façade de Saint-Jean-le-Thomas est consolidée par un contrefort plat central.
Les murs latéraux de la nef et du choeur sont épaulés de contreforts plats. Ils montent de fond jusqu’au départ de la toiture, comme à Saint-Loup et Saint-Quentin. Ou alors, comme à Bréville et Yquelon, ils prennent appui sur un soubassement de pierre et supportent une corniche soutenue par des modillons.
= Les baies
Seule la façade occidentale d’Yquelon est percée d’un petit oculus orné sur son pourtour de billettes. Les autres ouvertures romanes sont des baies en plein-cintre longues et étroites.
Les piédroits et les arcs de ces baies sont en granit. Le cintre est souvent creusé dans un linteau monolithe de granit (Yquelon, Bréville, Saint-Loup, etc.). Il est quelquefois formé d’une rangée de claveaux de granit (Saint-Jean-le-Thomas, Saint-Léonard-de-Vains). Le pourtour des baies est sans ornement, sauf les baies du chevet de Saint-Léonard ornées d’une moulure torique.
= Les portails
Les façades occidentales sont percées d’un portail central, sauf à Saint-Martin-le-Vieux et Saint-Jean-le-Thomas. Les églises disposent souvent d’un portail sud. Celui-ci est ouvert dans la nef à Dragey et Saint-Jean-le-Thomas, ouvert dans la base de la tour à Bréville et Saint-Quentin, et ouvert dans le choeur à Yquelon et Saint-Loup.
Les portes des églises les plus anciennes (11e ou tout début du 12e siècle) sont surmontées d’un arc surbaissé reposant sur des piédroits sans ornement, comme les portes de Saint-Martin-le-Vieux, Dragey ou Saint-Léonard. Les portes de cette époque présentent aussi une arcade en plein-cintre. A Genêts, l’arcade de la porte située dans le bras sud du transept est formée de deux épaisses voussures non moulurées. Elle daterait du 11e siècle. L’arcade de la porte sud de Saint-Jean-le-Thomas est formée d’une voussure ornée d’une simple moulure torique. Elle daterait du début du 12e siècle.
Pour les églises de la première ou seconde moitié du 12e siècle, les arcades en plein-cintre des portes sont formées d’une ou deux voussures moulurées surmontées d’une archivolte.
A Saint-Loup et Saint-Quentin, édifices de la première moitié du 12e siècle, les voussures sont moulurées d’un tore d’angle suivi d’un listel puis d’un cavet peu profond, et l’archivolte est un cordon chanfreiné.
A Bréville et Yquelon, églises de la seconde moitié du 12e siècle, les voussures sont moulurées d’un tore d’angle surmonté d’un chanfrein sculpté de dents-de-scie peu visibles. L’archivolte est formée d’un épais cordon orné de dents-de-scie en fort relief sculptées en creux d’un rang de bâtons brisés. Elle repose sur des têtes sculptées de part et d’autre de l’arcade. On retrouve ce même genre d’archivolte à Sartilly.
Les voussures reposent sur d’épaisses colonnettes engagées. Le tailloir des chapiteaux est carré, sauf à Saint-Loup et Saint-Quentin où il est mouluré en quart-de-rond. Les corbeilles des chapiteaux sont sculptées en bas relief. Les bases des colonnes sont carrées. Elles sont ornées d’un ou deux tores. A Saint-Loup et Saint-Quentin, le chanfrein surmonté d’un tore est sculpté de petites griffes triangulaires ou de bourrelets semi-circulaires entourant une griffe centrale. A Saint-Léonard ou Sartilly, deux tores entourent une scotie.
Les linteaux sont formés d’épais blocs de granit rectangulaires (Saint-Loup, Bréville) ou en bâtière (Saint-Jean-le-Thomas). Les tympans du portail occidental et de la porte sud de Saint-Quentin sont formés d’un gros bloc monolithe de granit.
Le plus beau portail roman est celui de Sartilly. Les moulurations des voussures et de l’archivolte et les sculptures des chapiteaux sont très soignées. La facture de ce portail est bien supérieure à celle des autres portails romans de la région.
= Les tours
Seules les tours de Saint-Pair, Saint-Léonard-de-Vains et Saint-Loup sont entièrement romanes. Ces tours ont deux étages. Celle de Saint-Léonard, construite au début du 12e siècle, est percée à l’étage supérieur de longues arcatures jumelles en plein-cintre.
Celles de Saint-Pair et de Saint-Loup, édifices de la première moitié du 12e siècle, présentent des traits communs. Le premier étage est orné au nord et au sud de deux arcatures aveugles jumelles. Le second étage est percé d’une baie sur chaque face: une baie simple à Saint-Loup et une baie géminée à Saint-Pair. La tour est surmontée d’une corniche soutenue par des modillons.
Pour les autres églises, la base seule est romane, et les étages supérieurs sont plus récents. A Saint-Quentin, par exemple, les deux étages de la tour ont été construits au 13e siècle. A Genêts, la partie inférieure de l’étage est romane. La partie supérieure a été ajoutée dans les premières années du 17e siècle. Les baies géminées romanes ont été prolongées par des baies trilobées gothiques.
#L’architecture intérieure
= Les plafonds et les voûtes