L'art roman dans le Sud-Manche

Chapter 7

Chapter 73,717 wordsPublic domain

Saint-Léonard-de-Vains possédait deux des trois points de départ (le troisième était Genêts) du chemin montois reliant le Mont à Caen, appelé aussi le chemin des Ducs.

= Histoire

Saint-Léonard est une bourgade très ancienne qui doit son nom à Saint Léonard (ou Léodovald). Celui-ci y vécut au 6e siècle avant d’être élu huitième évêque d’Avranches en 578.

La bourgade connut les invasions normandes au 9e siècle. Après la conquête normande, elle entra dans le domaine ducal et fut fieffée aux seigneurs de Vains. En 1087, peu de temps avant sa mort, Guillaume le Conquérant la donna à l’abbaye Saint-Etienne de Caen. En 1158, Henri II confirma cette donation qui comprenait un manoir, des terres labourables et des vignes, ainsi que des salines avec le droit de pêche et de varech [1].

Le prieuré de Saint-Léonard était un prieuré simple, c’est-à-dire un petit monastère où quelques religieux détachés des grandes abbayes vivaient sous la direction d’un prieur, mais sans charge d’âmes.

L’église prieurale fut la propriété de l’abbaye Saint-Etienne de Caen jusqu’à la Révolution française.

Comme l’explique Jean Bindet, “après la nationalisation des biens du clergé en novembre 1789 et la vente des biens nationaux à partir de 1791, le prieuré et le colombier furent laissés à l’abandon et leurs ruines, avec l’église qui n’avait pas trop souffert, furent cédées en 1793 pour la somme de 200 francs en assignats... L’acquéreur, voulant tirer parti de son achat, résolut de transformer l’église en bâtiment de ferme. Le choeur de la vénérable église devint une cuisine avec une cheminée aménagée au chevet de l’abside; la nef devint une grange et une étable; la tour elle-même fut utilisée: la base comme cellier, et l’étage fut divisé en chambre et en grenier et surmonté d’une cheminée.” [2]

L’église est restée une propriété privée. En collaboration avec les Monuments historiques, le propriétaire a transformé la nef en maison d’habitation, en ouvrant des fenêtres rectangulaires et en aménageant l’intérieur.

#Le prieuré

= Le plan

L’église est formée d’un vaisseau rectangulaire régulièrement orienté (d’ouest en est) comprenant une nef et un choeur de deux travées à chevet plat (voir le plan). La tour, située dans l’axe du vaisseau, est implantée entre choeur et nef. Les matériaux

= Les appareils

La partie supérieure de la base et le second étage de la tour présentent un moyen appareil de granit aux blocs réguliers. Le granit est également utilisé pour les contreforts et le pourtour des ouvertures à l’extérieur, et pour les piliers, les colonnes et les arcs à l’intérieur.

Les maçonneries de la nef, du choeur, de la partie inférieure de la base et du premier étage de la tour sont formées d’un appareil irrégulier de plaquettes de schiste disposées le plus souvent à l’horizontale, sauf quelques éléments d’opus spicatum à la base de la tour.

Le schiste est la pierre locale. Le sol de la région est formé de terrains sédimentaires schisteux. Le granit provient certainement du massif granitique d’Avranches qui affleure à proximité.

= Les enduits et la toiture

A l’intérieur, la voûte d’arêtes, les arcs et les murs de la travée sur laquelle s’élève la tour sont recouverts d’une épaisse couche de plâtre en mauvais état. Une toiture en ardoises d’Angers recouvre les charpentes de la nef et du choeur et le toit en bâtière de la tour.

#Description extérieure

= La façade occidentale

La façade occidentale est consolidée dans sa partie centrale par deux épais contreforts terminés par un glacis à la base du mur pignon. Ces contreforts encadrent deux ouvertures rectangulaires. Deux contreforts consolidaient aussi la façade aux extrémités. Seul subsiste le contrefort nord. Le contrefort sud a été détruit.

= La nef

La nef est devenue une maison d’habitation. Les murs latéraux sont percés de portes et de grandes fenêtres rectangulaires. Ces murs sont consolidés par deux épais contreforts à l’ouest et à l’est.

= La tour

La tour, située entre choeur et nef, est formée d’une base carrée dans le prolongement du choeur. Cette base est surmontée de deux étages en léger retrait les uns des autres.

La base est consolidée au nord par un contrefort central. Le contrefort est encadré de deux baies en plein-cintre à l’arc formé d’une rangée de petits claveaux de granit. La baie orientale a été bouchée. Le mur est percé d’une porte au cintre surbaissé reposant sur des piédroits sans ornement. Quelques modillons très abîmés subsistent dans la partie supérieure de la base. Bien que très remanié, le mur sud offre les mêmes éléments: un contrefort central dont il ne subsiste que la partie supérieure au-dessus d’une porte au cintre surbaissé, trois modillons, et quelques claveaux de l’arc d’une baie aujourd’hui disparue.

Le premier étage devait être aveugle à l’origine. La petite ouverture rectangulaire pratiquée dans le mur nord et les grandes ouvertures du mur sud datent des remaniements postérieurs à la Révolution, lorsque les étages de la tour furent aménagés en chambre et en grenier.

Le second étage est orné sur ses faces nord, est et sud de deux arcatures jumelles en plein-cintre. Les arcades, non moulurées, reposent sur des piédroits sans ornement par le biais d’un tailloir carré se prolongeant en un bandeau droit sur le nu du mur. L’une des arcatures est aveugle, l’autre encadre une ouverture en plein-cintre.

La tour est surmontée d’un toit en bâtière. Ce toit repose au nord et au sud sur une corniche supportée par des modillons sculptés de têtes humaines ou moulurés en quart-de-rond.

= Le choeur

Le choeur, à chevet plat, comporte deux travées.

Le mur latéral nord est soutenu par trois contreforts plats sur lesquels devait reposer une corniche aujourd’hui disparue. La disposition est la même pour le mur latéral sud. Les grandes fenêtres rectangulaires ont été ouvertes après la Révolution, lorsque le choeur a servi de maison d’habitation.

Le mur oriental s’appuie sur trois contreforts plats reposant sur un soubassement de pierre. Deux baies en plein-cintre ont été bouchées. Restés visibles, leurs arcs et piédroits sont ornés d’une simple moulure torique.

#Description intérieure

La travée supportant la tour entre choeur et nef est délimitée par de gros piliers qui reçoivent quatre arcs en plein-cintre encadrant une voûte d’arêtes.

Au nord et au sud, les arcs reposent sur d’épais pilastres par le biais d’une imposte moulurée en forme de bandeau chanfreiné. A l’est et à l’ouest, ces arcs reposent sur deux colonnes engagées jumelées. Les corbeilles des chapiteaux, dont le tailloir est formé par l’imposte moulurée, sont sculptées de crochets d’angle en très bas relief. La base carrée des colonnes est ornée de deux tores entourant une scotie.

Les retombées des arêtes sont reçues aux angles rentrants des piliers par quatre colonnes de même profil que celles recevant les arcs. Le pilier repose sur une base plus large aux arêtes chanfreinées. Cette base est visible à l’est. A l’ouest, elle disparaît dans le sol.

La disposition intérieure de la nef et du choeur ne présente que peu d’intérêt du fait des nombreuses transformations postérieures à la Révolution.

#Datation

Les indices de datation doivent être cherchés dans la tour. Les éléments d’opus spicatum présents dans les maçonneries de la base, la disposition intérieure de la tour et les arcatures jumelles en plein-cintre ornant son second étage permettent de dater l’église du début du 12e siècle.

#Documents

* La bibliographie de Saint-Léonard-de-Vains

* Le plan du prieuré de Saint-Léonard-de-Vains

#Notes

[1] D’après: Pigeon (Emile-Auber). Saint Léodovald ou Saint Léonard, in: Mémoires de la Société académique du Cotentin, 1895, p. 99 note 4.

[2] Bindet (Jean). Le prieuré de Saint-Léonard-de-Vains, in: Revue de l’Avranchin et du Pays de Granville, décembre 1976, tome LIII, p. 290-291.

11. SAINT-LOUP

[Le site / Emplacement / Histoire // L’église / Le plan / Les matériaux / Les appareils / Les enduits, sols, plafonds et toitures // Description extérieure / La façade occidentale / La nef / Le choeur // Description intérieure / La nef / Le choeur // Datation // Une petite école locale d’architecture // Documents // Notes]

#Le site

= Emplacement

Saint-Loup est situé au sud-est d’Avranches, à 6 kilomètres de la ville, dans une région vallonnée située juste au-dessous du massif granitique d’Avranches (voir la carte).

= Histoire

L’église est placée sous le vocable de Saint Loup. Le second saint est Saint Gilles. La paroisse appartenait au doyenné de Tirepied, qui comprenait vingt-six paroisses et qui était l’un des quatre doyennés de l’archidiachoné d’Avranches.

L’église fut sans doute construite par les seigneurs du lieu, qui étaient les patrons présentateurs. Le Livre blanc (Pouillé de 1412) cité par le chanoine Pigeon mentionne: “Ecclesia de S. Lupo – Patronus laïcus...” [1]

Dans leur monographie de la paroisse, M. Masselin et L. Hulmel relatent: “Les plus anciens seigneurs de Saint-Loup dont nous ayons trouvé mention portaient le nom de Grimault. La famille de ce nom possédait un grand nombre de fiefs dans le diocèse d’Avranches au XIIe et XIIIe siècle... En 1463, la seigneurie de Saint-Loup appartient aux Vivien… A la fin du XVIe siècle, elle passa dans la famille des Quesnoy. En l’an 1600, Jacques du Quesnoy était seigneur de Saint-Loup. C’est lui qui fit reconstruire la chapelle qui est au nord du choeur de l’église. Il mourut à Saint-Loup et fut inhumé dans cette chapelle en 1651.” [2]

En effet, l’inscription indiquant la date de cette chapelle (1602) est ornée du blason des Quesnoy. L’inscription est située au-dessus de l’arcade en plein-cintre surplombant l’ouverture de la chapelle vers le choeur.

L’église fut classée en 1921.

#L’église

= Le plan

L’église est formée d’un vaisseau rectangulaire régulièrement orienté (d’ouest en est) constitué d’une nef de deux travées suivie d’un choeur de deux travées terminé par une abside semi-circulaire (voir le plan). La tour, située dans l’axe du vaisseau, s’élève au-dessus de la première travée du choeur. La seule modification apportée à l’édifice roman est l’ouverture en 1602 d’une chapelle latérale dans la seconde travée du choeur côté nord.

= Les matériaux

= = Les appareils

A l’exception des murs latéraux de la nef, les maçonneries présentent un moyen appareil de granit. L’appareil est plus petit pour la tour. Les murs latéraux de la nef sont formés d’un appareil irrégulier de moëllons de granit “jaune”. Cette différence d’appareil est due au fait qu’à cette époque, la nef était souvent construite à peu de frais par les paroissiens alors que le choeur, beaucoup plus soigné, était édifié par le seigneur. Les pierres de granit proviennent certainement du massif granitique d’Avranches, situé au nord, à proximité immédiate de Saint-Loup.

= = Les enduits, sols, plafonds et toitures

L’intérieur a été recouvert d’un enduit à la chaux, sauf les impostes des pilastres supportant l’arc triomphal et les doubleaux du choeur. Pour ces impostes, la pierre de granit a été laissée apparente.

Le sol est recouvert de carrelages. Il est en ciment sous les bancs de la nef.

La nef est surmontée d’une voûte en berceau de bois à poinçons et entraits apparents, posée en 1978 sous la direction de Jacques Traverse, architecte en chef des Monuments historiques.

Le toit actuel, couvert d’ardoises d’Angers, est certainement plus élevé que le toit primitif, et ses pentes sont plus longues.

#Description extérieure

= La façade occidentale

Le mur de façade est surmonté d’un léger glacis en arrière duquel s’élève le mur pignon. La façade est percée d’un portail surmonté d’une baie à l’arc brisé et aux contours chanfreinés datant sans doute du 13e siècle. Le portail est compris dans une masse rectangulaire en légère avancée par rapport au mur de façade, et qui se prolonge par deux contreforts plats encadrant la baie. Les contreforts s’amortissent par un glacis à la base du pignon.

L’arcade en plein-cintre du portail (voir le schéma) est composée de deux voussures surmontées d’une archivolte formée d’un bandeau chanfreiné. Chaque voussure présente les moulurations suivantes: un épais tore d’angle, un listel, un cavet peu profond et un rang de dents-de-scie sculptées en creux et peu marquées. Les voussures sont reçues par quatre colonnettes engagées. Les tailloirs des chapiteaux sont moulurés en quart-de-rond. Ils se prolongent en un bandeau horizontal le long de la masse rectangulaire encadrant le portail. Les corbeilles sont ornées de sculptures frustes: crochets d’angle ou têtes d’angle aux traits effacés. Les bases carrées sont ornées d’un tore surmontant un chanfrein sculpté de petites griffes peu visibles. Elles reposent sur un muret de pierre se prolongeant sur toute la longueur de la façade. Le linteau est formé d’un gros bloc monolithe de granit. Il est surmonté de pierres losangées disposées en opus reticulatum. Ces pierres losangées ont toutes été rejointoyées de manière grossière.

= La nef

La nef comporte trois travées. Ses murs latéraux sont épaulés chacun de quatre contreforts plats qui montent de fond jusqu’au départ de la toiture, et sont surmontés d’un glacis.

Dans la partie supérieure des murs latéraux, il subsiste trois étroites petites baies en plein-cintre: deux au sud et une au nord. Leur cintre est creusé dans un linteau monolithe de granit.

Les autres baies ont été percées ou agrandies par la suite. Une baie trilobée a été ouverte dans le mur sud près du choeur, sans doute au 16e ou 17e siècle. Trois autres larges baies sans caractère, une dans le mur sud et deux dans le mur nord, datent sans doute du 19e siècle.

= Le choeur

Le choeur comprend deux travées prolongées par une abside semi-circulaire.

La première travée est percée au sud par une porte (voir le schéma). L’arcade en plein-cintre est formée d’une voussure surmontée d’une archivolte constituée par un cordon chanfreiné. La voussure est moulurée d’un épais tore d’angle suivi d’un listel puis d’un large cavet peu profond. Elle repose sur deux colonnettes engagées.

Les tailloirs des chapiteaux, moulurés en quart-de-rond, surmontent des corbeilles ornées de sculptures représentant des têtes humaines. A gauche, la corbeille est sculptée à l’angle d’une tête d’homme dont on voit les yeux, la moustache et le menton proéminent. Cette tête est entourée de deux bourrelets saillants en forme de demi-cercle. A droite, la tête d’homme est plus petite et moins saillante.

Un tore épais surmonte la base carrée au chanfrein orné de motifs géométriques. A gauche, quatre petites griffes triangulaires ornent le chanfrein alors qu’à droite, deux bourrelets en forme de demi-cercle entourent une griffe centrale. Le linteau est formé d’un gros bloc de granit surmonté de trois blocs plus petits constituant le tympan.

La porte sud présente un profil similaire à celui du portail occidental: mêmes moulurations pour la voussure, mêmes tailloirs, sculptures semblables pour les corbeilles et pour les bases.

Cette porte est encadrée de deux contreforts plats s’arrêtant à la base de la maçonnerie rectangulaire. Celle-ci est surmontée d’un petit toit de pierre en appentis reliant les toitures du choeur et de la nef. Entre les deux contreforts, la maçonnerie repose sur une corniche située dans l’alignement de celle du choeur. Cette corniche est supportée par trois gros modillons sculptés des motifs suivants: un être grotesque mettant la main droite à la bouche alors que le bras gauche est replié; une tête d’homme; un homme accroupi avec les mains sur les genoux. La même disposition se retrouve au nord. La corniche est également soutenue par trois modillons. L’un des modillons est sculpté d’une très grosse tête humaine avec une moustache.

La corniche de la seconde travée du mur latéral sud et de l’abside semi-circulaire est formée d’une robuste tablette portée par de gros modillons sculptés. Quatre modillons représentent des têtes humaines ou des têtes grotesques grimaçantes toutes différentes. Trois modillons sont sculptés de têtes accolées peu visibles. Trois autres modillons sont ornés de crochets très simples.

L’abside semi-circulaire est divisée en cinq pans par des contreforts plats assez larges prenant appui sur un épais soubassement en pierre. Le pan central n’est pas curviligne comme les autres. Le mur est aplati, ce qui n’était pas le cas dans la disposition primitive. L’appareil des maçonneries est plus récent, tout comme les modillons taillés en biseau et non sculptés. On ignore la raison de cette réfection, et sa date.

Au nord, une chapelle latérale est adossée à la seconde travée du choeur. Ajoutée en 1602, elle est la seule modification d’importance apportée à l’édifice roman. Deux contreforts à ressaut épaulent le mur nord, deux autres consolident le mur oriental, et un le mur occidental.

La tour s’élève au-dessus de la première travée du choeur. C’est une solide tour carrée formée de deux étages de même périmètre, et surmontée d’une flèche en charpente. Le premier étage est orné au nord et au sud de grandes arcatures aveugles, alors que le second est percé d’une baie sur chaque face. La séparation des deux étages est soulignée par un bandeau chanfreiné.

L’étage inférieur est orné au nord et au sud d’une double arcature aveugle en plein-cintre. Cette arcature est surmontée d’un cordon saillant se prolongeant ensuite en un bandeau droit sur le nu du mur et se poursuivant sur les faces est et ouest parallèlement au bandeau séparant les deux étages de la tour. A l’écoinçon des arcatures jumelles, la maçonnerie présente un petit appareil décoratif réticulé.

L’étage supérieur est percé d’une baie sur chaque face. Cette baie est surmontée d’une arcade en plein-cintre formée de deux voussures entourées d’un cordon chanfreiné. Chaque voussure est moulurée d’un épais tore d’angle suivi d’un listel puis d’un large cavet peu profond. De part et d’autre de la baie, les voussures reposent sur quatre colonnettes engagées. Les corbeilles des chapiteaux sont sculptées de motifs géométriques - crochets d’angle, demi-cercles - ou de têtes humaines. Ces corbeilles sont surmontées d’un tailloir carré prolongées par un bandeau droit sur le mur. La base carrée des colonnettes est surmontée d’un double tore. Le profil de ces baies est semblable à celui du portail occidental et de la porte sud: mêmes moulurations pour les voussures, sculptures semblables pour les corbeilles.

Cet étage est surmonté d’une corniche soutenue par des modillons sculptés de têtes humaines ou moulurés en quart-de-rond. La corniche a été refaite sur toute sa longueur au sud et sur les deux tiers de sa longueur au nord, sans doute au moment de la reconstruction de la flèche. La flèche est octogonale sur sa base carrée, et pourvue de petites lucarnes.

#Description intérieure

= La nef

Les étroites petites baies haut situées dans les murs latéraux - deux au sud et une au nord - ont un fort ébrasement vers l’intérieur et vers le bas.

La nef et le choeur communiquent par un arc triomphal en plein-cintre à double rouleau aux arêtes légèrement chanfreinées. L’arc est reçu par deux pilastres engagés sur dosseret par l’intermédiaire d’une imposte moulurée en quart-de-rond. Les angles des pilastres et de leurs dosserets sont abattus. L’arc triomphal est surmonté d’une baie ouvrant sur le premier étage de la tour.

= Le choeur

Le choeur, moins large que la nef, comprend deux travées et il est terminé par une abside semi-circulaire. Chaque travée est surmontée d’une voûte d’arêtes sur plan barlong, et l’abside est surmontée d’un cul-de-four. Deux épais doubleaux sans ornement séparent le choeur de l’abside, et la première travée de la seconde. Ces doubleaux sont reçus par des pilastres aux angles abattus par l’intermédiaire d’une imposte moulurée en quart-de-rond. Côté sud, le pilastre séparant les deux travées du choeur est tronqué à un mètre environ du sol.

Au nord, la première travée est percée d’une petite baie en plein-cintre haut située et très ébrasée. La deuxième travée ouvre par une arcade en plein-cintre sur la chapelle rectangulaire construite en 1602 et voûtée en berceau. Face à la chapelle, la large baie trilobée ouverte dans le mur sud est semblable à la baie du 16e ou 17e siècle percée dans la dernière travée du mur sud de la nef. L’abside semi-circulaire est ouverte au nord-est par une petite baie en plein-cintre à fort ébrasement, et au sud-est par une baie trilobée.

#Datation

L’église de Saint-Loup appartient à la première moitié du 12e siècle: voûte d’arêtes, arc triomphal et doubleaux en plein-cintre dans le choeur; voussures et colonnettes épaisses pour le portail occidental, la porte sud et les baies de la tour. L’église présente un intérêt d’autant plus grand qu’il s’agit du seul édifice roman ayant subsisté dans son ensemble dans la région. Divers éléments d’architecture sont originaux: un profil similaire pour le portail occidental, la porte sud et les baies de la tour; de nombreuses corbeilles et bases sculptées; et surtout, supportant la corniche du choeur, de gros modillons sculptés de personnages grotesques ou de figures humaines.

#Une petite école locale d’architecture

Saint-Loup fut le point de départ d’une petite école locale d’architecture.

Le portail sud de l’église de Saint-Loup trouve une réplique presque parfaite dans celui de l’église de Saint-Quentin. Le portail occidental de l’église de Saint-Quentin dénote lui aussi l’influence de Saint-Loup.

La tour de l’église de Saint-Loup présente des traits communs avec celle de l’église de Saint-Pair, édifiée à partir de 1131. La disposition des deux étages est semblable: un premier étage orné au nord et au sud d’arcatures jumelles aveugles, et un second étage percé d’une baie. La baie est simple à Saint-Loup et géminée à Saint-Pair. A Saint-Pair, l’arcade, ornée d’une simple moulure torique, repose sur deux colonnettes engagées. A Saint-Loup, l’arcade, plus complexe, est formée de deux voussures moulurées surmontées d’un cordon chanfreiné. De part et d’autre de la baie, les voussures reposent sur quatre colonnettes engagées. Les deux tours disposent d’une corniche supportée par des modillons. Les modillons de l’église de Saint-Loup, sculptés de têtes humaines ou moulurés en quart-de-rond, sont beaucoup plus visibles que ceux de l’église de Saint-Pair, très usés par le temps.

#Documents

* La bibliographie de Saint-Loup

* Le plan de l’église de Saint-Loup

* Le schéma du portail occidental

* Le schéma de la porte sud

#Notes

[1] Pigeon (Emile-Auber). Le diocèse d’Avranches. Coutances, Salettes, 1888, tome II, p. 644.

[2] Masselin (M.) et Hulmel (L.). Monographie de la paroisse de Saint-Loup, in: Revue de l’Avranchin, tome LIV, 1977, p. 120.

12. SAINT-QUENTIN-SUR-LE-HOMME

[Le site / Emplacement / Histoire // L’église / Le plan / Les matériaux / Les appareils / Les enduits, sols, plafonds et toitures // Description extérieure / La façade occidentale / La nef / La tour // Description intérieure / La nef / La tour // La restauration des parties romanes au 20e siècle // Datation // Les portails des églises de Saint-Quentin et de Saint-Loup // Documents // Notes]

#Le site

= Emplacement

Le village de Saint-Quentin-sur-le-Homme est situé au sud-est d’Avranches, à 5,5 kilomètres de la ville, dans un des plis des côteaux de la Sélune, une rivière coulant vers le sud (voir la carte).

Saint-Quentin était situé sur le chemin montois reliant le Mont Saint-Michel aux villes de l’actuel département du Calvados: Tinchebray, Condé-sur-Noireau, Falaise et Lisieux. Venant du Mont, le chemin passait par Pontaubault puis Saint-Quentin avant de se diriger vers Juvigny-le-Tertre et Sourdeval.

= Histoire

Saint-Quentin faisait partie des neuf paroisses qui rayonnaient autour de la cité épiscopale d’Avranches et qui furent regroupées pour former le doyenné de la Chrétienté, lui-même compris dans l’archidiachoné d’Avranches.