L'art roman dans le Sud-Manche
Chapter 2
L'étage de la tour est percé sur chaque face d'une ouverture longue et étroite surmontée d'un petit gâble reposant sur de fines colonnettes. Au-dessus de la tour s'élève une flèche octogonale de pierre aux angles adoucis par des tores. L'étage et la flèche dateraient du 15e ou 16e siècle.
Les murs latéraux du choeur sont épaulés chacun de deux contreforts plats prenant appui sur un épais soubassement de pierre. Ces contreforts supportent une corniche dont les modillons sont presque tous biseautés. Au nord, un seul modillon est sculpté d'une tête humaine. Au sud, deux autres modillons sont chacun sculptés de deux têtes accolées peu visibles.
En 1832, deux baies sans caractère furent percées de chaque côté de la première travée. Ces baies ont remplacé les petites baies romanes primitives. Au nord, on voit encore les piédroits de granit de deux baies bouchées à cette époque, ainsi que le cintre de l'une d'elles.
Le chevet plat est prolongé par une construction à cinq pans du 19e siècle, qui abrite la sacristie. La baie du chevet, bouchée par un mur de briques, fut dégagée en 1961. Cette baie géminée, probablement contemporaine de la voûte du choeur, est visible dans la sacristie.
A l'intérieur de l'église, la nef est séparée de la base de la tour par un arc fourré et légèrement brisé aux claveaux irréguliers. Cet arc, qui appartient à l'édifice roman, repose sur deux épais pilastres pris dans l'épaisseur du mur. L'imposte des pilastres est moulurée en forme de bandeau chanfreiné. L'arc situé entre la base de la tour et le choeur a quant à lui été entièrement remanié lors de la réfection du choeur au 15e ou 16e siècle. Il a été renforcé par un arc intérieur aux arêtes chanfreinées reposant sur des demi-colonnes engagées.
La travée entre choeur et nef est surmontée d'une voûte en croisée d'ogives sur plan barlong. Cette voûte fut sans doute construite à la même époque que les voûtes en croisée d'ogives surmontant les deux travées du choeur.
Une grande partie de l'église date de la seconde moitié du 12e siècle, le principal indice de datation étant la porte sud. A l'extérieur, un ensemble roman assez homogène est formé par la majeure partie de la nef, la base de la tour et les murs latéraux du choeur. Les contreforts plats reposent sur un soubassement de pierre le long des murs latéraux du choeur. Un trait d'architecture local que l'on retrouve dans l'église d'Yquelon.
La nef pourrait avoir été terminée au 13e siècle puisque le mur nord dispose d'une porte à l'arcade brisée. L'église fut ensuite profondément remaniée à la fin du 15e ou au début du 16e siècle. A l'intérieur, transformation de la travée sur laquelle repose la tour, construction d'une voûte en croisée d'ogives au-dessus du choeur, percement d'une grande baie géminée dans le mur du chevet. A l'extérieur, construction de l'étage et de la flèche de la tour.
A deux kilomètres à l'est de Granville, non loin de la rivière du Boscq (voir la carte), le village d'Yquelon est regroupé autour de son église. Celle-ci est formée d'une nef de deux travées suivie d'un choeur de deux travées à chevet plat. La tour, massive, est accolée à la première travée du choeur côté nord.
La façade occidentale est consolidée à chaque extrémité par deux contreforts plats prenant appui sur un petit muret de pierre. Son mur pignon se termine par une croix antéfixe aux branches bifides.
En 1896, les baies en plein-cintre surmontant le portail d'entrée ont remplacé une grande ouverture rectangulaire, qui avait elle-même remplacé deux petites baies romanes. L'oculus, de petite dimension, est d'origine. Des billettes ornent son pourtour. Sa partie inférieure inclut une pierre sculptée de deux têtes humaines.
L'arcade en plein-cintre du portail est formée d'une voussure non moulurée reposant sur des piédroits sans ornement. Le claveau central est orné d'une tête humaine en fort relief. L'archivolte repose sur des pierres sculptées de têtes humaines, tout comme celle du portail sud de l'église de Bréville.
Est également romane la porte (en grande partie bouchée) comprise dans la première travée du mur sud du choeur. Son arcade en plein-cintre est formée d'une voussure moulurée d'un tore. Le tore est surmonté d'un chanfrein sculpté d'une rangée de dents-de-scie peu marquées. L'archivolte est formée d'un épais bandeau aux arêtes chanfreinées. Cette porte a certainement été remaniée. Les chapiteaux, sans astragale, sont mal raccordés au fût des colonnes, et mal raccordés aussi au départ de la voussure.
La seule baie romane est une étroite petite baie au cintre creusé dans un linteau de granit. Elle est située dans le mur nord du choeur.
La tour, massive et de forme carrée, est surmontée d'un toit en bâtière. Elle présente trois étages en léger retrait les uns par rapport aux autres, et de même appareil que la nef et le choeur. Des ouvertures rectangulaires indiquent une reconstruction, au moins partielle, depuis le 12e siècle. A quelle époque? Aucun élément d'architecture ne permet de donner une date précise.
A l'intérieur de l'église, les deux travées du choeur sont séparées par un doubleau sans ornement et légèrement brisé. Chaque travée est surmontée d'une voûte en croisée d'ogives romane. Les ogives, très larges, sont ornées de deux épais tores d'angle entourant une petite moulure triangulaire saillante. Doubleau et ogives reposent sur des culots en forme de pyramide renversée. Les clefs de voûte sont sculptées de motifs géométriques en faible relief compris dans un cercle.
Dans le mur nord de la nef, un enfeu surmonté d'un arc surbaissé abrite une pierre tombale en calcaire tendre datant du 12e siècle. Elle est décrite ainsi dans le Bulletin de la Société des antiquaires de Normandie (tome 14, 1886-1887, p. 44-45):
"La pierre tombale supporte un chevalier en relief, représenté les mains jointes, la tête appuyée sur un oreiller, et ayant un lévrier à ses pieds. (...) Elle ne porte ni indication de nom, ni indication d'année. Il serait par conséquent impossible de déterminer le personnage dont elle recouvrait les restes. Ce que l'on peut dire avec certitude, c'est qu'il appartient à la puissante famille d'Yquelon, dont un des membres, Roger d'Yquelon, apposa sa signature au bas de deux grandes chartes de l'abbaye de la Luzerne (désormais appelée abbaye de la Lucerne, ndlr), en 1162."
Découverte en 1885 dans le cimetière jouxtant le nord de l'église, la pierre tombale fut encastrée dans l'enfeu en 1893.
La voûte en croisée d'ogives du choeur, le portail occidental et la porte sud permettent de dater la nef et le choeur de l'église de la seconde moitié du 12e siècle.
Les portes des églises d'Yquelon et de Bréville présentent de nombreuses similitudes.
Le portail occidental d'Yquelon et la porte sud de Bréville ont tous deux une archivolte formée d'un épais bandeau orné de dents-de-scie en fort relief. Le rang de dents-de-scie est lui-même sculpté en creux d'une rangée de bâtons brisés. L'archivolte repose sur des têtes sculptées. Une sculpture de tête humaine en fort relief orne le claveau central de la voussure. Les têtes d'Yquelon, sculptées dans le granit, sont beaucoup plus visibles que celles de Bréville, sculptées dans une pierre calcaire beaucoup plus friable.
Les portes sud d'Yquelon et de Bréville présentent elles aussi des traits communs: une voussure moulurée d'un tore épais surmonté d'un chanfrein orné de dents-de-scie peu marquées, des corbeilles de chapiteaux sculptées de crochets d'angle aujourd'hui pratiquement effacés.
La porte sud de l'église de Bréville est en quelque sorte la synthèse des deux portes (portail occidental et porte sud) de l'église d'Yquelon. Elles furent sans doute exécutées dans le même atelier. On retrouve aussi le même type d'archivolte sculptée de dents-de-scie et reposant sur deux têtes humaines dans le beau portail roman de l'église de Sartilly, dont les moulurations sont beaucoup plus soignées.
#Le beau portail roman de l'église de Sartilly
Le bourg de Sartilly est situé sur l'axe routier Avranches-Granville, à quinze kilomètres au sud de Granville (voir la carte). Sa vaste église fut construite au 19e siècle à l'emplacement d'un édifice roman. Le portail sud de l'église actuelle, en granit, est le seul élément qui subsiste de l'église détruite (dont il était le portail ouest).
L'arcade du portail est formée d'une voussure au cintre surbaissé surmontée de quelques blocs de granit de taille régulière. Cette première voussure est moulurée d'un tore d'angle suivi d'un listel et d'un large cavet orné de gros besants légèrement renflés. Elle est suivie de deux autres voussures en plein-cintre entourées d'une archivolte. La première voussure en plein-cintre est moulurée d'un tore d'angle alors que la deuxième est moulurée de deux tores encadrant un listel. L'archivolte est ornée de dents-de-scie en fort relief, qui sont sculptées en creux d'une rangée de bâtons brisés. Cette archivolte repose de part et d'autre de l'arcade sur deux têtes sculptées aux traits fins et bien dessinés.
Des colonnettes engagées supportent les voussures par le biais d'une imposte moulurée d'un cavet. L'imposte se prolonge légèrement pour surmonter les deux pilastres encadrant l'ensemble. Les colonnettes présentent toutes le même profil. La corbeille sculptée des chapiteaux est surmontée d'un tailloir carré. Leur base carrée est ornée de deux tores entourant une scotie. Les sculptures des chapiteaux sont taillées en fort relief dans le granit. Leurs motifs sont variés: feuilles de chêne, feuilles d'acanthe très simplifiées, volutes encadrant une feuille d'acanthe à l'angle, volutes d'angle.
L'archivolte du portail de Sartilly ressemble aux archivoltes du portail occidental d'Yquelon et de la porte sud de Bréville, constructions romanes de la seconde moitié du 12e siècle. Les moulurations de l'arcade et les sculptures des chapiteaux sont le fruit d'un travail particulièrement soigné. Les moulurations de la voussure au cintre surbaissé dénotent l'influence exercée par l'église de Saint-Loup, édifice du début du 12e siècle, qui fut le point de départ d'une petite école d'architecture.
II. VERSION LONGUE
1. INTRODUCTION
[La région // Les divisions ecclésiastiques // Les voies montoises // Les matériaux locaux // Documents // Notes]
#La région
Dans la région côtière entourant le Mont Saint-Michel, si peu d’églises sont entièrement romanes, plusieurs églises datent en partie des 11e et 12e siècles, le reste ayant été reconstruit au fil des siècles. Si l’on suit la côte du nord au sud (voir la carte), ces églises sont situées à Saint-Martin-le-Vieux, Bréville, Yquelon, Saint-Pair-sur-Mer, Angey, Saint-Jean-le-Thomas, Dragey, Genêts, Saint-Léonard-de-Vains, Saint-Loup et Saint-Quentin. S'y ajoute le beau portail roman de Sartilly.
Cette région côtière était au Moyen-Age une région riche. Le peuplement y était beaucoup plus dense que dans les régions intérieures et la vie économique était active: pêcheries, salines à proximité de Saint-Martin-de-Bréhal, Bréville et Saint-Léonard-de-Vains, exploitation de la tangue et du varech utilisés comme engrais marins, nombreuses cultures intensives. On cultivait par exemple la vigne dans la région de Saint-Jean-le-Thomas et de Dragey et sur les côteaux d’Avranches.
La région appartient au Cotentin pour sa partie nord et à l’Avranchin pour sa partie sud. La limite entre le Cotentin et l’Avranchin est la petite rivière du Thar, coulant d’est en ouest et se jetant dans la Manche au sud de Saint-Pair-sur-Mer. Tout ce pays devint la propriété des ducs normands en 933 après avoir subi les invasions scandinaves.
#Les divisions ecclésiastiques
Ces églises étaient des églises paroissiales appartenant aux anciens diocèses de Coutances et d’Avranches, à l’exception du prieuré Saint-Léonard-de-Vains, qui était la propriété de l’abbaye Saint-Etienne de Caen. Certaines de ces églises et leurs dépendances furent données par les ducs normands à l’abbaye du Mont Saint-Michel aux 10e et 11e siècles. D’autres firent l’objet de donations à l’abbaye naissante de la Lucerne au 12e siècle.
Les paroisses de Saint-Pair-sur-Mer, Saint-Martin-le-Vieux, Bréville et Yquelon appartenaient au doyenné de Saint-Pair (voir la carte), l’un des cinq doyennés de l’archidiachoné de Coutances. L’archidiachoné de Coutances était l’un des quatre archidiachonés du diocèse de Coutances, les autres étant les archidiachonés du Cotentin, de Bauptois et du Val-de-Vire.
Les paroisses de Genêts, Angey, Sartilly, Dragey, Saint-Jean-le-Thomas et le prieuré Saint-Léonard-de-Vains appartenaient au doyenné de Genêts (voir la carte). La paroisse de Saint-Loup appartenait au doyenné de Tirepied et celle de Saint-Quentin au doyenné de la Chrétienté, ce dernier regroupant les neuf paroisses rayonnant autour de la cité épiscopale d’Avranches. Ces doyennés appartenaient à l’archidiachoné d’Avranches, composé de quatre doyennés, le quatrième étant le doyenné d’Avranches. Le diocèse d’Avranches regroupait deux archidiachonés, celui d’Avranches et celui de Mortain.
#Les voies montoises
La région était traversée par tout un réseau de voies montoises qu’empruntaient les pèlerins pour se rendre au Mont Saint-Michel (voir la carte). Les douze sites qui nous intéressent étaient situés sur cinq chemins montois au nord d’Avranches, et un chemin montois au sud.
Au nord d’Avranches, on avait d’ouest en est:
- Le chemin des grèves du Mont Saint-Michel à Saint-Pair. Venant du Mont, il passait au Bec d’Andaine, près de Genêts, longeait les dunes de Dragey et de Saint-Jean-le-Thomas, gravissait les falaises de Champeaux et de Carolles, traversait ensuite Bouillon et Jullouville pour aboutir à Saint-Pair.
- Le chemin montois du Mont Saint-Michel à Saint-Pair. Il empruntait le parcours suivant: Genêts, Dragey, Saint-Jean-le-Thomas, Champeaux, Saint-Michel-des-Loups, Bouillon et Saint-Pair. Il traversait ensuite Saint-Nicolas, Yquelon, Longueville, Bréville, Coudeville, Saint-Martin-le-Vieux, Sainte-Marguerite, Lingreville, Montmartin, Régneville, Le Pont de la Roque et continuait vers Cherbourg.
- Le chemin montois qui reliait le Mont Saint-Michel à Coutances. Il traversait Genêts, Dragey, Saint-Jean-le-Thomas, Saint-Michel-des-Loups et Saint-Pierre-Langers. On pouvait ensuite rejoindre Coutances soit par Cérences, soit par Bréhal. Pour rejoindre Coutances par Cérences, on passait à Saint-Léger, Saint-Jean-des-Champs, Saint-Sauveur-la-Pommeraye et Le Loreur. Pour rejoindre Coutances par Bréhal, on passait à Saint-Aubin-des-Préaux, Saint-Planchers, Hudimesnil, Chanteloup, Le Bourg-Rey, Quettreville-sur-Sienne et Hyenville. Le chemin rejoignait ensuite l’actuelle route Granville-Coutances.
- Le chemin montois du Mont Saint-Michel à Saint-Lô. Son itinéraire était le suivant: Genêts, Dragey, Champcey, Sartilly, La Rochelle Normande, Champcervon, La Lucerne d’Outremer, La Haye-Pesnel, Le Mesnil-Villeman, Le Mesnil-Amand, Gavray, Saint-Denis-le-Gast, Saint-Martin-de-Cenilly, Notre-Dame-de-Cenilly, Cerisy-la-Salle, Carantilly, Quibou, Canisy, Saint-Gilles et Saint-Lô.
- Le chemin montois du Mont Saint-Michel à Caen. Ce chemin montois avait trois points de départ: un à Genêts et deux à Saint-Léonard-de-Vains. Il traversait ensuite Vains, Bacilly, Montviron, Les Chambres, Noirpalu, Bourguenolles, La Lande d’Airou, Saultchevreuil, Villedieu, La Colombe, Margueray et Pontfarcy.
Au sud d’Avranches, un chemin montois reliait le Mont aux villes de l’actuel Calvados: Tinchebray, Condé-sur-Noireau et Falaise. Il continuait ensuite vers Lisieux ou rejoignait un deuxième itinéraire vers Rouen et Bernay. Dans l’ancien diocèse d’Avranches, il avait le parcours suivant: venant du Mont, il passait par Pontaubault et Saint-Quentin-sur-le-Homme pour se diriger ensuite vers Saint-Osvin, Le Grand-Celland, La Chapelle-Urée, Reffuveille, Juvigny-le-Tertre, Bellefontaine, Saint-Barthélémy, Saint-Clément et Sourdeval.
#Les matériaux locaux
Les églises sont toutes construites en granit et en schiste. L’appareil de la tour, les contreforts, l’arcade et les piédroits des baies et des portes sont toujours en granit. Les maçonneries de la nef et du choeur présentent souvent un appareil irrégulier fait de moëllons de schiste ou de granit.
Ces matériaux sont des matériaux locaux. Le sol de la région est formé de terrains sédimentaires composés de roches schisteuses. Ces terrains entourent deux larges massifs granitiques, ceux de Vire et d’Avranches. Allongé d’est en ouest dans la région de Sartilly-Carolles, le massif granitique de Vire forme une bande rocheuse d’une largeur de cinq kilomètres environ, et se termine à l’ouest par les falaises de Carolles et de Champeaux. Le massif granitique d’Avranches est une étroite bande granitique orientée d’ouest en est. Débutant à Avranches pour se terminer aux abords de Mortain, la bande s’étend sur 28 kilomètres alors que sa largeur ne dépasse pas 2 à 4 kilomètres.
Les deux massifs granitiques sont ceinturés d’une auréole métamorphique composée de schistes et de grauwackes (roches schisteuses). Les formations de Granville et de Saint-Pair présentent des traits particuliers. La formation de Saint-Pair est un flysch (formation détritique) composé de grauwackes, siltites et argilites noires présentant des schistosités. La formation de Granville est un flysch formé d’une alternance de grauwackes et de schistes.
[Cette étude est issue d’un mémoire de maîtrise d’histoire de l’Université de Caen [1], considérablement remanié, et complété par une série de photos prises par Alain Dermigny de janvier à avril 1985. Il aura fallu vingt ans pour que ce travail soit publié, grâce aux avantages procurés par la publication en ligne, ce qui représente un temps considérable à l’échelle d’une vie, mais peu de temps à l’échelle d’un édifice roman.]
#Documents
* La bibliographie régionale
* La carte de la région
* La carte géologique
* La carte des chemins montois
* La carte du doyenné de Saint-Pair
* La carte du doyenné de Genêts
#Notes
[1] Intitulé “Les éléments romans dans les églises des régions de Granville et d’Avranches” et daté de 1978, ce mémoire est disponible dans les bibliothèques de Caen (bibliothèque municipale et bibliothèque universitaire) et à la médiathèque de Granville, en trois parties: (1) Texte. (2) Cartes, schémas et plans. (3) Photos ou diapos.
2. SAINT-MARTIN-LE-VIEUX
[Le site / Emplacement / Histoire // L’église / Le plan / Les matériaux / Les appareils / Les enduits // Le choeur / Extérieur / Intérieur // La nef // Datation // Documents // Notes]
#Le site
= Emplacement
Le village de Saint-Martin-le-Vieux est situé entre Bréhal et la mer, près du hâvre de la Venlée, très exactement à 2 kilomètres à l’ouest de Bréhal et à 9 kilomètres au nord de Granville (voir la carte). L’église, en ruines, se dresse sur un petit promontoire. Le village était traversé par le chemin montois qui, venant du Mont Saint-Michel, passait à Saint-Pair pour se diriger vers Cherbourg.
= Histoire
L’église était placée sous le vocable de Saint Martin. Le second saint était Saint Eutrope. La paroisse appartenait au doyenné de Saint-Pair et à l’archidiachoné de Coutances.
Foulques Paynel, sans doute un parent de Guillaume Paynel, fondateur de l’abbaye d’Hambye en 1145, avait donné à cette abbaye la troisième gerbe de Saint-Martin-le-Vieux. Cette donation figure dans le Cartulaire de l’abbaye d’Hambye: “Notum sit omnibus tam praesentibus quam futuris quod ego Fulco Paganellus dedi deo et abbatiae Sanctae Mariae de Hambeja monachisque ibidem deo servientibus in perpetuam et puram elemonisam tertiam garbam decimae Sancti Martini Veteri de Brehal quam ego in manu habebam…” [1]
Pendant la Révolution, l’église fut fermée. Elle servit d’arsenal et tout son mobilier fut vendu. Elle fut rendue au culte en 1801. Vers 1804 ou 1805, elle menaçait de s’effondrer et ne fut plus utilisée. Depuis cette époque, la paroisse de Saint-Martin-le-Vieux est rattachée à celle de Bréhal. [2]
#L’église
= Le plan
L’église est formée d’un vaisseau rectangulaire régulièrement orienté (d’ouest en est) composé d’un choeur à chevet plat et d’une longue nef (voir le plan). Le choeur et la nef sont séparés par un double campanile ajouté au 16e siècle. L’ensemble, en ruines, est envahi par la végétation.
= Les matériaux
= = Les appareils
Les maçonneries présentent un appareil irrégulier fait de moëllons de schiste et de granit. De nombreux éléments d’opus spicatum sont visibles, surtout dans la partie inférieure du mur sud de la nef. Le granit est utilisé pour les arcs et les piédroits des ouvertures. Le schiste est la pierre locale. Quant au granit, il pourrait provenir du massif granitique de Vire affleurant à quelques kilomètres au sud. Le double campanile du 16e siècle a été édifié en granit rose de Chausey.
= = Les enduits
Des plaques d’enduit à la chaux et d’enduit de ciment subsistent sur les murs intérieurs de la nef et du choeur. Il n’y a plus ni dallages, ni plafonds, ni toitures. Toutefois quelques grandes plaques de schiste disséminées dans les ruines du choeur dénotent un ancien dallage en schiste.
#Le choeur
= Extérieur
Le chevet est ouvert par une grande baie médiane autrefois géminée et surmontée d’un arc brisé. Le meneau central a disparu. Dans sa partie basse, le mur du chevet est consolidé par un épais contrefort plat central.
Face à un terrain en forte déclivité, le mur nord du choeur est épaulé de deux contreforts plus épais dans leur partie basse que dans leur partie haute. Entre les deux contreforts, une étroite petite baie en plein-cintre a été bouchée. Ses piédroits et son cintre creusé dans un linteau monolithe de granit sont très visibles.
Le mur sud du choeur ne dispose pas de contreforts. Il est percé de trois grandes baies: une baie à l’arc brisé, une baie trilobée et une baie à l’arc surbaissé qui, comme celle du chevet, sont très postérieures à la construction du choeur. Peut-être ont-elles été ouvertes au moment de l’édification du double campanile au 16e siècle.
= Intérieur
Le mur nord présente un vestige d’arcade en plein-cintre. Une piscine surmontée d’un arc surbaissé subsiste dans le mur sud.
#La nef
Le mur sud de la nef est percé de trois étroites petites baies au cintre creusé dans un linteau monolithe de granit. Deux de ces baies sont ouvertes. La troisième, située le plus à l’est, est bouchée. Ce mur est ouvert par une porte au cintre surbaissé et aux contours chanfreinés. Le chanfrein est encadré de deux petits tores. La porte est surmontée par une petite ouverture trilobée. La partie orientale du mur est percée d’une grande baie à l’arc surbaissé. Ces deux ouvertures sont sans doute contemporaines de celles du choeur.
Le mur occidental était percé en son milieu par une grande baie en plein-cintre aujourd’hui bouchée.
Le mur nord a pratiquement disparu. Seuls subsistent les maçonneries situées près du mur occidental, sur une longueur de 2,30 mètres environ.
#Datation
L’église date certainement du 11e siècle. Ceci est attesté par les nombreux éléments d’opus spicatum, la porte au cintre surbaissé de la nef et les étroites petites baies au cintre creusé dans un linteau monolithe de granit. Le fait que l’église soit dédiée à Saint Martin est aussi une preuve d’ancienneté.
L’église a été l’objet de remaniements postérieurs: percement de la baie géminée du chevet et des baies des murs sud du choeur et de la nef, édification d’un double campanile au 16e siècle.
#Documents
* La bibliographie de Saint-Martin-le-Vieux
* Le plan de l’église de Saint-Martin-le-Vieux
#Notes
[1] Cité par: Renault. Le canton de Bréhal, in: Annuaire du département de la Manche, 1854, p. 30-31.
[2] D’après: Béhier (Pierre). Bréhal-Chanteloup. Coutances, OCEP, 1969, p. 240.
3. BREVILLE