L'art du taupier; ou, méthode amusante et infaillible de prendre les taupes
Part 3
5. Quelquefois elle abandonne le terrain qu'elle habite, paraît quelques instants à la surface de la terre, pour entrer bientôt dans un lieu plus commode: cela arrive notamment lorsqu'elle a été surprise par une inondation.
6. Pendant l'hiver et les temps pluvieux, elle habite les endroits élevés, parce qu'ils sont moins humides et plus à l'abri des inondations.
7. Dans la belle saison, la Taupe descend dans les vallons, principalement dans les prés, où elle trouve une terre fraîche et facile à travailler.
8. Lorsqu'il y a de longues sécheresses, elle se réfugie le long des fossés, sur le bord des ruisseaux et sous les haies.
9. C'est en mars, avril et mai que les femelles mettent bas leurs petits. Il y en a ordinairement quatre ou cinq à chaque portée.
10. Elles ont préparé d'avance un nid souterrain, couvert d'une voûte solide, dans un endroit élevé, et ordinairement protégé par une haie ou un buisson. On voit quatre ou cinq grosses taupinières fort rapprochées au-dessus de cette demeure.
11. La Taupe ne fait pas de provisions; elle est donc obligée de se livrer à un travail journalier pour chercher sa nourriture. Il consiste à former à droite et à gauche de la grande route, dont on a parlé plus haut, des boyaux de peu d'étendue que l'on peut désigner sous le nom de chemins, petits boyaux, ou boyaux accessoires.
12. Les boyaux sont ordinairement parallèles à la surface de la terre, à la profondeur de 12 à 18 centimètres, suivant les saisons.
13. Comme les Taupes craignent presque également le froid et le chaud, c'est en hiver et en été qu'elles s'enfoncent le plus profondément dans la terre, c'est-à-dire que leurs boyaux sont le plus éloignés de sa surface.
14. Elles sont fort craintives: lorsqu'elles se sentent en danger, elles s'enfoncent en terre par un boyau perpendiculaire qu'elles creusent quelquefois jusqu'à la profondeur de 50 centimètres.
15. A mesure que les Taupes forment des boyaux, elles rejettent à la surface du sol la terre qu'elles ont détachée: c'est ce qui produit ces monticules que l'on nomme taupinières; elles en font à chaque reprise, trois, quatre, six, jusqu'à neuf, suivant leur âge et leur force.
Les taupinières provenant de la grande route qui conduit au gîte sont, comme elle-même, disposées en ligne directe; leur volume est considérable; elles sont à d'égales distances les unes des autres, et espacées de 8 à 10 mètres.
Celles des chemins ou boyaux accessoires sont placées sans ordre, d'un volume inégal, et à de petites distances.
Dans les terres nouvellement ameublies par la culture, surtout si elles ont été récemment arrosées, la Taupe ne forme aucune taupinière sur son passage; elle se glisse à la superficie; on la voit s'avancer, seulement couverte de la légère couche de terre qu'elle soulève.
16. Revenons aux taupinières. D'après ce que l'on a dit plus haut, il y a nécessairement entre elles une communication par des boyaux souterrains.
17. _Si l'on ouvre avec un instrument quelconque un boyau qui communique à deux taupinières nouvellement formées, la Taupe vient quelques instants après le réparer, afin de se mettre à couvert du danger et du grand air. Pour y parvenir, elle forme à l'endroit ouvert une voûte de terre mobile, qui a la forme d'une taupinière oblongue, au moyen de laquelle elle réunit et rapièce, pour ainsi dire, le boyau coupé._
_Si l'on fait de pareilles ouvertures à la grande route, la Taupe les réparera de la même manière, soit lorsqu'elle sortira de son gîte, soit lorsqu'elle y retournera._
18. _Si l'on endommage une taupinière fraîche, la Taupe vient aussi la réparer[C]._
19. La Taupe travaille dans toutes les saisons, puisque ce n'est qu'à force de travail qu'elle se procure de la nourriture.
20. Il n'est pas vrai qu'elle dorme tout l'hiver, comme l'ont prétendu quelques naturalistes; mais, dans cette saison, elle a peu d'activité, et travaille beaucoup moins qu'en été.
21. C'est à l'approche du printemps que les Taupes sont plus ardentes à l'ouvrage, et qu'elles forment un plus grand nombre de taupinières. Il y en a plusieurs raisons: la première est la nécessité de fournir de la nourriture à leurs petits, qui naissent ordinairement alors; la seconde est la facilité qu'elles trouvent à remuer la terre; la troisième enfin vient de ce que la température venant à s'adoucir, l'animal recouvre ses forces, que diminuait la rigueur du froid.
22. La mâle est beaucoup plus vigoureux que la femelle, et les taupinières qu'il forme sont grosses et multipliées.
23. La femelle travaille moins que le mâle; ses taupinières sont petites et peu nombreuses.
24. Les jeunes ne font que de longues traînasses, en effleurant la superficie de la terre, qui suffit à peine pour les couvrir. Lorsqu'ils commencent à faire des taupinières, elles sont petites, informes, disposées en zigzag.
25. Les heures auxquelles les Taupes travaillent sont, au lever du soleil, à neuf heures, à midi, à trois heures et au coucher du soleil; mais c'est au coucher du soleil qu'elles sont le plus ardentes à l'ouvrage.
26. Dans les temps de sécheresse, on ne les voit guère faire de taupinières qu'au soleil levant; et, en hiver, elles saisissent le temps où il a réchauffé la terre par ses rayons.
27. Il paraît que le sens de la vue est presque nul dans la Taupe; mais en revanche, la nature lui a donné le sens de l'ouïe très-délicat.
ARTICLE II.
_Principes de l'Art du Taupier._
28. On ne prend aisément les Taupes que lorsqu'elles travaillent.
29. Le temps le plus favorable au Taupier est donc vers le commencement du printemps. (Voir paragraphe 21.)
30. C'est dans les prairies que, dans cette saison, il faut principalement leur faire la guerre (7).
31. Il faut les attaquer au lever du soleil, ou à neuf heures du matin, ou à midi, ou à trois heures, ou au soleil couchant (25).
32. Il est plus avantageux de commencer au soleil levant qu'aux autres heures du jour (25).
33. L'heure la plus commode est ensuite à neuf heures du matin, parce que si l'on n'est pas parvenu à prendre toutes les Taupes que l'on avait en vue, on peut continuer successivement les opérations commencées aux autres heures de la journée.
34. Lorsque l'on guette une Taupe, il faut soigneusement éviter de faire du bruit et surtout de frapper la terre (27).
35. On peut, dans certains cas, obliger une Taupe à sortir de son souterrain, en y versant une certaine quantité d'eau (5).
36. Lorsque l'on se trouve près d'une taupinière au moment où la Taupe y souffle, si on coupe avec la houe le boyau qui communique à la taupinière voisine, et que l'on ferme avec un peu de terre ce boyau aux extrémités de la couture, la Taupe se trouvera emprisonnée entre l'endroit de cette coupure et celui de la taupinière (16).
37. Une taupinière fraîche annonce la présence d'une Taupe; il en est de même de plusieurs taupinières fraîches peu éloignées.
38. Quelque fraîche que soit une taupinière, si on la voit percée dans son centre par un trou perpendiculaire d'environ cinq centimètres de diamètre, il est certain que la Taupe a abandonné le terrain pour aller en chercher un qui lui convienne mieux (5).
39. Lorsque l'on voit un assemblage de taupinières fraîches, si l'on prenait la peine de les enlever toutes avec la houe, et de découvrir dans toute leur longueur les boyaux qui communiquent de l'une à l'autre, on serait assuré de rencontrer et de prendre la Taupe qui y travaille.
40. Cette opération serait sans doute trop longue et trop embarrassante; mais elle deviendra extrêmement simple, si l'on peut réduire la Taupe et l'enfermer entre deux points peu éloignés. Pour la prendre, il ne s'agira alors que de découvrir avec la houe l'espace intermédiaire de ces deux points.
41. On réduit une Taupe entre deux points d'un boyau, par le moyen de quelques _coupures_ ou incisions faites à propos à ce boyau. Ces incisions lui coupent, pour ainsi dire, le chemin, puisqu'elle ne les franchit qu'après les avoir réparées (17).
42. Lorsque l'on a fait une coupure, il faut fermer légèrement, avec un peu de terre, les extrémités du boyau qui y aboutissent, afin de retarder la marche de la Taupe.
ARTICLE III.
_Application des principes précédents_, ou _Pratique de l'Art du Taupier_.
INSTRUMENT DU TAUPIER.
Le seul instrument qui soit absolument nécessaire au Taupier est une houe; mais il convient qu'il se munisse aussi de quelques brins de paille, de quelques morceaux de papier blanc et d'un pot d'eau.
_Du nombre de Taupes qui se trouvent dans un héritage; de leur sexe et de leur âge._
La première chose que doit faire un Taupier en entrant dans un héritage, est de reconnaître, s'il est possible, les gîtes et les routes (1 et 2), ensuite de savoir combien il renferme de Taupes, afin de les attaquer toutes à la fois; c'est le moyen d'aller vite en besogne.
Je suppose une pièce de pré, représentée par la planche ci-jointe, couverte de taupinières, _fig._ 6, 7, 8, 9, 10, 11, 12.
J'aperçois d'abord une taupinière isolée, _fig._ 6. J'observe qu'elle est fraîche; elle m'annonce la présence d'une Taupe (37): cette taupinière est grosse; elle a donc été faite par un mâle (22).
Je passe aux deux taupinières, _fig._ 7. Elles sont peu éloignées l'une de l'autre; elles ont donc été faites par une seule Taupe (37): elles sont fraîches, la Taupe y travaille donc; elles sont petites, elles appartiennent donc à une femelle (23).
Les trois taupinières, _fig._ 8, sont peu éloignées l'une de l'autre; elles appartiennent donc à une seule Taupe; elles sont fraîches, cette Taupe y travaille donc; elles sont grosses, c'est donc un mâle.
Les six taupinières, _fig._ 9, sont peu éloignées l'une de l'autre: elles ont donc été faites par une seule Taupe; elles sont fraîches, cette Taupe y travaille donc; elles sont petites, c'est donc une femelle.
Les traînasses en zigzag, ou taupinières informes, _fig._ 10, sont fraîches; elles annoncent la présence d'une jeune Taupe (24).
Les cinq taupinières, _fig._ 11, sont sèches, donc elles ont été abandonnées, (5).
Les sept taupinières, _fig._ 12, sont encore fraîches; mais une d'elles, _M_, est percée par le haut; donc la Taupe qui les a faites les a quittées depuis peu (38).
Je dois être assuré, d'après ces observations, qu'il y a, dans le pré dont il s'agit, deux Taupes mâles, deux femelles et une jeune.
Il n'est pas indifférent de connaître si les Taupes que l'on veut prendre sont mâles ou femelles, si elles sont jeunes ou vieilles: les mâles, travaillant plus vite (22), doivent être guettés de plus près que les femelles les jeunes ne faisant qu'effleurer la terre (24) vont aussi fort vite, et ne doivent pas être perdues de vue.
OPÉRATIONS
PREMIER CAS
_Lorsqu'une Taupe n'a fait qu'une taupinière,_
fig. 6.
J'enlève d'abord la taupinière avec la houe, et je m'assure si elle n'a pas de communication avec d'autres taupinières voisines. Pour y parvenir, je tousse dans l'ouverture que j'ai faite, c'est-à-dire à l'embouchure du boyau commencé; j'en approche en même temps l'oreille: si la taupinière n'a pas de communication, la Taupe, peu éloignée, est effrayée par le bruit; je l'entends s'agiter, et elle ne peut m'échapper.
Je découvre le boyau _a_, _b_ avec la houe, et je suis jusqu'en _b_, où je rencontre la Taupe.
Mais l'animal, connaissant le danger, a peut-être eu le temps de s'enfoncer en terre, en y formant un boyau perpendiculaire _b_, _c_ (14); alors j'ai deux moyens pour le prendre: je creuse jusqu'en _c_, où je rencontre ma proie, ou bien je verse de l'eau en _b_, et l'animal s'y présente de lui-même (5).
Si, au contraire, en toussant je n'ai pas entendu l'animal s'agiter, c'est une preuve que la taupinière communique avec quelques autres taupinières voisines, et j'opère comme dans les cas suivants.
DEUXIÈME CAS
_Lorsque la Taupe a fait deux taupinières,_
A, B, fig. 7.
Je fais une ouverture _d_, _e_, de la longueur de plus de 25 centimètres, dans la direction du boyau qui communique d'une taupinière à l'autre. Je ferme avec un peu de terre les deux extrémités _d_, _e_ du boyau (42). Quelques instants après, la Taupe, d'abord frappée par le grand air, et craignant pour sa sûreté, vient réparer le dégât fait à son souterrain (17), et elle souffle en _d_ ou en _e_. Si c'est en _d_ qu'elle se présente, je suis assuré de la trouver entre ce point et la taupinière _A_, si c'est en _e_, je suis assuré qu'elle est entre ce dernier point et la taupinière _B_. Dans l'une et l'autre hypothèse, j'opère comme il est indiqué au premier cas ci-dessus, c'est-à-dire que je découvre la partie du boyau qui aboutit à la taupinière A, ou celle qui aboutit à la taupinière _B_.
TROISIÈME CAS
_Lorsque la Taupe a fait trois taupinières,_
C, D, E, fig. 8.
Je fais les ouvertures _f_, _g_, _h_, _i_.
La Taupe viendra souffler ou en _f_, ou en _g_, ou en _h_, ou en _i_.
Si elle souffle en _f_, elle se trouve enfermée entre ce point et la taupinière _C_.
Si elle souffle en _i_, elle se trouve enfermée entre ce dernier point et la taupinière _E_.
Si elle souffle en _g_ ou en _h_, elle est dans l'espace intermédiaire entre ces deux points.
Dans ces trois hypothèses, j'opère comme dans le premier cas, en découvrant l'espace dans lequel se trouve la Taupe.
Si la Taupe est enfermée entre _g_ et _h_, que je ne veuille pas prendre la peine de découvrir tout cet intervalle, j'enlève la taupinière _D_, et je fais à sa place une troisième incision ordinaire. J'attends que la Taupe y ait soufflé, et le côté où elle vient m'indique si je la trouverai entre la troisième incision et le point _g_, ou entre cette incision et le point _h_.
QUATRIÈME CAS
_Lorsque la Taupe a fait quatre taupinières et au delà_, fig. 4.
Je suppose les six taupinières _F_, _G_, _H_, _J_, _K_, _L_.
Je fais l'incision _k_, _l_.
Si la Taupe vient souffler en _k_, elle est enfermée entre ce point et la taupinière _F_.
Si, au contraire, elle vient souffler en _l_, elle est enfermée entre ce dernier point et la taupinière _L_.
Dans l'une et l'autre hypothèse, je fais de _K_ en _F_, ou de _l_ en _L_, les opérations indiquées dans le troisième cas ci-dessus, c'est-à-dire que j'agis comme s'il n'y avait que trois taupinières.
_Autre manière d'opérer dans les 2e, 3e et 4e cas ci-dessus._
Je suppose que lorsque j'aurai fait la coupure _d_, _c_, _fig. 7_, la Taupe vient souffler en _d_, et que je me trouve là au moment où elle souffle, je sais qu'elle traversera l'espace _d_, _e_, pour réparer le boyau, en y formant une voûte avec la terre qu'elle détachera du fond de l'endroit ouvert. Si je reste là sans faire de bruit, je la verrai travailler à cette opération. Il ne s'agira, pour prendre la Taupe, que de poser le bout du manche de ma houe derrière elle, avant qu'elle arrive au point _e_. Par ce moyen, la terre que j'ai eu soin de mettre à l'ouverture _d_ l'empêchera d'avancer. Le bout de ma houe l'empêchera de reculer. Je la prendrai donc aisément, en enlevant avec mes doigts le peu de terre mobile dont elle est couverte(1).
_Procédé essentiel à employer._
On peut, sans rester près d'une ouverture, savoir l'instant où une Taupe commence à y souffler. Il ne s'agit que d'y planter un brin de paille, au bout duquel on fixera un petit morceau de papier. Ce petit étendard sera renversé ou au moins ébranlé au premier mouvement que viendra faire la Taupe à l'endroit où il est planté. L'ébranlement ou la chute de cet étendard avertira le Taupier de s'approcher pour guetter et prendre l'animal.
CINQUIÈME CAS
_Lorsque la Taupe ne vient pas souffler aux premières ouvertures faites par le Taupier._
Je suppose qu'après avoir fait l'ouverture _k_, _l_, _fig. 9_, la Taupe continue à souffler à la taupinière _L_; alors je suis sûr qu'elle est entre le point _l_ et la taupinière _L_, et les opérations qui me restent à faire sont les mêmes qu'au troisième cas ci-dessus, c'est-à-dire que je dois agir comme s'il n'y avait que les taupinières _J_, _K_, _L_.
Pour connaître si une Taupe, pendant mon absence, soufflera à une taupinière, je l'aplatis légèrement avec le pied, et, à mon retour, si j'aperçois une petite éminence sur la taupinière aplatie, nul doute que la Taupe y aura travaillé. Mais si la Taupe, ne venant pas souffler aux incisions, cesse aussi de souffler aux taupinières fraîches, on doit conclure qu'elle s'est jetée dans la route par un des boyaux qui y aboutissent (2), et qu'elle a regagné son gîte (1). C'est là où il faut lui faire une nouvelle attaque. On pratique, dans ce cas, plusieurs ouvertures sur la route, à proximité du gîte. La Taupe ne tarde pas à venir souffler à l'extrémité de l'une de ces ouvertures, et conséquemment à indiquer l'endroit où elle se trouve renfermée; on agit alors comme dans les autres cas.
SIXIÈME CAS
_Autre manière d'opérer dans les 2e, 3e, 4e et 5e cas ci-dessus, lorsqu'on se trouve près d'une taupinière au moment où la Taupe y souffle._
Si je me trouve près de la taupinière _L_, _fig. 9_, au moment où la Taupe y souffle, je n'emploierai pas le moyen incertain des jardiniers, qui enlèvent la taupinière d'un coup de bêche; mais je donnerai en _m_, _n_ un grand coup de houe sur le boyau qui communique de cette taupinière à la voisine _K_. C'est une manière sûre d'enfermer la Taupe entre la taupinière _L_ et le point _m_, _n_.
Lorsque la Taupe est ainsi enfermée, j'opère comme dans le premier cas, c'est-à-dire que je découvre l'intervalle dans lequel elle est enfermée, etc.
Il est inutile de dire que, pour que ce moyen puisse être employé avec succès, il faut que la taupinière où souffle la Taupe n'ait qu'une seule communication.
SEPTIÈME CAS
_Lorsqu'une ou plusieurs taupinières fraîches se trouvent à proximité des vieilles taupinières_, fig. 9 et 11.
Dans ce dernier cas, le plus embarrassant de tous pour le Taupier, il est douteux si les taupinières fraîches communiquent par des boyaux avec les vieilles. Quoi qu'il en soit, il faut d'abord faire des coupures entre les unes et les autres, pour que la Taupe, inquiétée dans les fraîches, ne puisse se retirer dans les vieilles. On opère ensuite, suivant les circonstances, comme dans les cas précédents.
Lorsqu'il en est ainsi, on ne peut trop multiplier les coupures, si l'on ne craint pas d'endommager le terrain. Il est bon, par exemple, dans les _fig._ 9 et 11, de faire une coupure dans la direction de _H_ en _N_, et une autre dans la direction de _H_ en _O_, parce qu'il peut y avoir un boyau dans l'une ou l'autre de ces directions, et même dans l'une et dans l'autre.
HUITIÈME CAS
Lorsqu'on se rencontre au moment où la Taupe forme un boyau superficiel (5).
Il ne s'agit, dans ce cas, que de poser le bout du manche de la houe derrière la Taupe pour l'empêcher de rétrograder. On la prend alors sans difficulté, après avoir enlevé avec les doigts la légère couche de terre dont elle est couverte.
OBSERVATIONS
Si l'on guettait constamment une Taupe, et que, sans désemparer, on attendît qu'elle fût prise pour en attaquer une autre, on ne parviendrait à en prendre qu'un très-petit nombre dans un jour.
Mais lorsqu'on parcourt un héritage pour reconnaître les Taupes qui le dévastent, il faut aplatir légèrement avec le pied toutes les taupinières fraîches, et faire toutes les ouvertures nécessaires sur les boyaux, sans craindre d'en faire trop lorsque le terrain le permet. On plante aussi les petits étendards dont il a été parlé page 79, ensuite on se promène d'une Taupe à l'autre, et l'on opère comme il a été dit.
Si l'on attaque ainsi plusieurs Taupes à la fois, il faut être très-vigilant et très-actif, parce que lorsqu'on est occupé à guetter une Taupe, d'autres Taupes peuvent avoir le temps de traverser les ouvertures faites à leur boyau, et l'on est obligé de recommencer ce qui avait été fait.
La Taupe emploiera plus de temps à réparer une coupure et à la traverser, si l'on pose sur le fond de cette coupure une petite motte de terre; c'est donc une précaution que souvent il est bon de prendre; c'est aussi dans cette vue que l'on ferme avec un peu de terre les deux extrémités du boyau coupé.
VOCABULAIRE DE L'ART DU TAUPIER
BOYAU, chemin souterrain formé par une Taupe. Elle rejette la terre qui provient de cette sorte d'excavation à la surface du sol: c'est ce qui produit des taupinières. On donne le nom de route au grand boyau qui conduit au gîte.
COUPURE, incision de 20 à 25 centimètres, que le Taupier pratique avec une houe sur un boyau, ou à l'endroit d'une taupinière, pour en mettre le fond à découvert et y attirer la Taupe. L'air qui s'introduit par cette incision incommode la Taupe, et la porte à aller réparer la voûte de son chemin couvert.
ÉTENDARD, brin de paille ou petit morceau de bois, à l'extrémité supérieure duquel est attaché un peu de papier. On le plante sur une taupinière, ou à l'ouverture faite à un boyau. Son ébranlement ou sa chute annonce au Taupier, lors même qu'il est éloigné, que la Taupe travaille à l'endroit signalé.
GÎTE, lieu où repose la Taupe. On le reconnaît à une voûte aplatie et solide, ou à une taupinière d'un gros volume, quelquefois de forme oblongue.
HOUE OU HOYAU, instrument de fer recourbé et fixé à un manche de bois. Les Taupiers s'en servent pour faire les incisions ou coupures, enlever les taupinières et creuser la terre dans laquelle la Taupe effrayée s'enfonce, lorsqu'elle en a le temps.
ROUTE, est un grand boyau qui aboutit au gîte de la Taupe, et dont les boyaux accessoires sont des ramifications.
SOUFFLER, désigne l'action de la Taupe, qui, avec son museau et ses pattes, pousse la terre à une taupinière, ou forme une voûte sur l'incision faite par le Taupier.
TAUPIER, homme qui, connaissant les moeurs et les usages de la Taupe, sait l'attirer et la réduire entre deux points d'un boyau pour l'y prendre.
TAUPINIÈRE, monticule produit par la terre que la Taupe a détachée pour se former une route souterraine.
TAUPINIÈRE _fraîche_, est celle à laquelle une Taupe travaille ou vient de travailler. On connaît qu'une taupinière est fraîche, lorsqu'on y voit souffler une Taupe ou lorsque la terre n'en est point desséchée.
---- _vieille_, est celle à laquelle une Taupe a cessé d'apporter de la terre. On connaît qu'une taupinière est vieille lorsqu'elle est desséchée.
---- _trouée_, est celle par laquelle une Taupe est sortie pour aller chercher un terrain qui lui convienne mieux que celui qu'elle quitte.
ADDITION A L'ART DU TAUPIER