L'Art du brodeur

Part 6

Chapter 63,836 wordsPublic domain

LAMES, sont des feuilles d’or ou d’argent battu & poli, de trois à quatre pouces quarrés, qu’on découpe avec le fer ou l’emporte-piece de la forme qu’on veut, pour les employer ensuite en Broderie. L’usage des lames est nouveau.

On nomme aussi _lame_, les clinquants de différentes largeurs.

On emploie depuis quelque temps, des lames d’argent vernies de différentes couleurs; comme le brillant est fort à la mode, elles sont très-recherchées, quoique fort peu solides: on les nomme communément _paillons_. On les vend vingt-huit & jusqu’à trente livres l’once toutes découpées.

LANCÉ: on dit que les points ne sont que lancés, quand ils sont trop longs.

LANCÉE. On fait de la Broderie lancée en soie tout en travers de l’objet, de telle largeur qu’il soit, d’une ou plusieurs nuances, puis rabattues en sens contraire par des soies très-fines. _Voyez pl. 3, fig. 6_, & _pl. 7, fig. 4_.

LATTES, _voyez pl. 1, fig. 3_, bandes de chêne de six lignes d’épaisseur, de trois pouces de large, & longues à volonté: elles doivent être percées sur toute leur longueur, de trous rangés sur deux lignes alternes. La latte sert à tendre le métier en l’insinuant dans la mortaise de l’ensuble, & la fixant avec deux clous les plus distants qu’il est possible, comme _fig. 6_; il en faut deux pour chaque métier. Quand les lattes sont trop minces, & qu’on tend beaucoup le métier, elles sont sujettes à se cambrer ou à casser; on remédie au premier cas en les arrêtant au tréteau avec une corde; & pour le second cas, on a des lattes plus épaisses vers le milieu, comme _fig. 3, bis_, sur-tout pour les grands ouvrages. Quand on n’a pas de lattes aussi longues que tout le développement de l’étoffe, on peut alonger celles que l’on a avec d’autres petites du même diametre, en arrêtant l’une sur l’autre vers la moitié de leur longueur, avec des clous fichés dans les trous qui se rencontrent, & quelques liens de ficelle, comme _f, f, fig. 6_.

LIGNEUL: ce sont plusieurs fils écrus, cirés & dévidés sur une broche, qu’on coud à petits points de soie pour faire la premiere carcasse de l’enlevure; on en coud plusieurs les uns sur les autres, suivant qu’on veut donner à l’objet plus ou moins de relief.

MENNE-LOURD. On appelle ainsi de petits ébauchoirs de buis ou d’ivoire de différentes formes, comme _f, f, pl. 1_, dont les Brodeurs se servent pour modeler leurs fils à mesure qu’ils les emploient en Broderie.

MÉTIER. On appelle _métier_, le chassis auquel on attache l’étoffe avant de la broder, de telle grandeur qu’il soit. _Pl. 1, fig. 6_, représente le métier tout monté, composé de deux ensubles, _g g, g g_, deux lattes _c, c_, quatre clous _a, a, a, a_, les ficelles _h, h_, & le gareau _d d_. Les Tourneurs vendent d’autres petits métiers tenant à des pieds mobiles, ou pour broder sur les genoux; on ne s’en sert guere que pour des ouvrages d’amusement. Ils en font de peints & vernis, armés de crochets & ressorts à vis, dorés d’or moulu.

MILANESE: c’est un cordon composé de deux cordons de soie tors en sens contraire, ensuite réunis, tors & recouverts à volonté, plus ou moins riche, d’un ou de deux brins d’or ou de battu, que le Tordeur fait courir dessus, pendant qu’un petit garçon fait tourner la roue qui tord la milanese.

Les Tordeurs travaillent dans de longues allées aux environs de la porte Saint-Denis. La milanese sert à lisérer la Broderie, quand on ne veut pas employer le cordon qui est quatre fois plus cher. Il s’en fait de différentes formes & grosseurs: son nom dit assez son origine.

NŒUDS. On en distingue de trois especes; 1º. les nœuds de fil ou de soie, que les Dames font en s’amusant avec la navette; ces nœuds successivement arrangés très-près les uns des autres, forment une espece de cordonnet agréable, qu’on coud avec de la soie sur la surface de l’étoffe. On les dévide par pelottes, & on les emploie à la broche.

2º. Les nœuds qu’on fait au bout de l’aiguillée, pour l’arrêter en dessous de l’étoffe. Les Brodeuses délicates évitent de faire des nœuds en travaillant; elles arrêtent leur aiguillée par deux ou trois petits points perdus dans les fleurs.

3º. Les nœuds qu’on met par ornement dans le cœur des fleurs ou aisselles des plantes, pour exprimer les graines, sont plus faciles à faire qu’à décrire. Voici à peu-près comme on s’y prend:

L’aiguillée étant arrêtée dans l’étoffe, on lui fait former une grande boucle sur l’étoffe en tournant la main; on passe l’aiguille dans cette boucle, on la fiche tout auprès du premier point; & pendant que la main de dessous tire l’aiguille, celle de dessus tient la boucle, & la fait couler à mesure qu’elle diminue, jusqu’à la partie de l’aiguillée qui touche immédiatement à la surface de l’étoffe, ce qui doit former un nœud. Pour qu’il soit plus sensible, il a fallu enfiler plusieurs brins de soie d’une ou de plusieurs couleurs dans la même aiguille; on recommence autant de fois que le sujet l’exige; quelquefois même on fait des fonds entiers sablés de nœuds.

OR. Tout l’or qu’on emploie en Broderie n’étant que de l’argent doré, il y a beaucoup de degrés de dorure, qui augmentent ou diminuent le prix & la solidité.

_Prix en 1769._

L’or double surdoré, 96 liv. le marc. L’or surdoré, 88 L’or à passer, 82 L’or pâle ou veiné, 72 L’or verd, rouge & bleu, 82 L’or frisé, 80 L’or cordon, 84 L’or de Lyon, 72 L’or de Milan, 68 L’or rebours, 75

Tous les détails de ces matieres appartiennent à l’Art du Tireur d’or.

Pour faire les gros cordons, il faut prendre de l’or filé à gauche qu’on appelle _rebours_, pour que le trait ne casse point en le tordant à droite.

L’or de Milan n’a sa lame dorée que du côté apparent, ce qui le rend plus pâle.

L’or de Lyon est d’un titre à dix livres par marc au-dessous de l’or de Paris.

L’OR TRAIT, est un trait fin d’argent doré, qui n’est filé sur aucune soie: il casse aisément.

OR FAUX, c’est du cuivre filé & doré plus ou moins: par les Ordonnances, il ne doit être filé que sur fil; il y a quelques cas où l’on déroge à l’Ordonnance. Le prix en varie depuis 10 jusqu’à 24 livres le marc. On fait en faux les mêmes matieres qu’en fin.

ORDONNER, c’est dessiner sur le fond en repassant avec une plume & de l’encre sur toutes les traces de la ponçure. On ordonne sur les fonds bruns avec du blanc de céruse, du massico & autres couleurs claires & bien broyées. Il faut battre l’étoffe & la brosser quand elle est ordonnée, pour nétoyer les restes de la ponçure.

ORFROI. Les bandes & le chaperon d’une chappe, les bandes d’une tunique, la croix d’une chasuble, les bandes riches d’un parement d’autel, s’appellent _orfroi_; on les fait très-souvent d’une étoffe plus riche que le reste de l’ornement. _Voyez pl. 6, fig. 1, 2, 3, 4_, la distribution des orfrois brodés.

PAILLETTES: ce sont de petits anneaux d’or applatis au marteau poli, au centre desquels il reste un petit trou propre à passer l’aiguille pour les coudre.

Il y a des paillettes de différentes grandeurs; elles ont chacune leur nom qui sert à les distinguer. _Voyez pl. 5, fig. 7_.

1. La très-grande, 2. la ronde, 3. la comptée, 4. la quatrieme, 5. la troisieme, 6. la balzac, 7. la grande semence, 8. la semence, 9. & 10. la quarantaine; après cela on a les paillettes qui se font à l’emporte-piece, en ovale _f_, cœur _g_, amandes _h_, losange _i_, quarré _l_, treffle _m_, rosette _n_, étoile _o_, ronde _p_, belle vue _q_ & _r_ de la _fig. 8_. On vend les paillettes ordinaires de quatre-vingt dix à quatre-vingt-douze livres le marc, & les autres à proportion. Il se fait aussi des paillettes coloriées une à une, qui se vendent jusqu’à cent quatre-vingt livres le marc.

Il se fait aussi des paillettes d’acier noir d’eau, pour les Broderies de deuil. Les Émailleurs tiennent aussi des paillettes de verre noir fondu & percé à l’outil, mais trop épaisses pour être employées en paillettes comptées comme les autres: tous ces menus ornements se varient à l’infini.

PAILLONS, morceaux de lames d’argent vernis de différentes couleurs; il y a des Ouvriers qui ne les colorent que quand ils sont brodés en place. On les attache, ou en guipant de la frisure dans les trous qui les bordent, comme _pl. 5, fig. 9, bis_, ou par de petits points de bouillon de l’un à l’autre trou, ou en les recouvrant à claire-voie, de soie de la même couleur, lancée en travers comme _fig. 13_, ce qui les nue & fait un bon effet. On peut mettre des coups d’ombre en formation sur le fond. Pour ce dernier procédé, il ne faut pas que les paillons soient percés par les bords.

PASTÉ: c’est un morceau de chapeau taillé en rond, de trois ou quatre pouces de diametre, quelquefois divisé par d’autres petites bandes de chapeau, comme _pl. 1, fig. e_. C’est sur ce pâté que les Ouvriers mettent par petits tas, les différentes paillettes, frisure & bouillon, dont ils ont besoin pour travailler; c’est en quelque façon la palette du Brodeur. Les pâtés sont sujets à être renversés, si l’aiguillée les accroche, ou si le métier reçoit quelques secousses violentes. Il se fait des ouvrages si recherchés, qu’il faut plusieurs pâtés à un seul Ouvrier.

PERÇOIR, petit bâton de canne ou de bouleau, dans lequel est emmanchée une aiguille bien pointue; on s’en sert à piquer les dessins. Il faut tenir le perçoir très-perpendiculaire en piquant, pour que la ponçure puisse passer librement au travers du papier. On fait des perçoirs très-commodes avec le manche des outils à broder au tambour.

PIQUER. Il faut piquer réguliérement à petits trous très-près les uns des autres, tous les contours, nervures, graines du dessin, même les traits qui en annoncent les angles & retraites, en contenant le papier tout près du perçoir avec le doigt de la main gauche. Ce papier doit être posé sur une serge ou une table garnie de drap. On pique souvent quatre ou cinq papiers ensemble; ces percés servent à faire les dessins marqués qu’on donne dans les différents atteliers. Ce sont ordinairement les enfants ou apprentifs qui piquent les dessins: il ne faut que de la patience & de la routine.

PINCES, outil d’acier qui sert à tirer l’aiguille en faisant l’enlevure épaisse & dure.

PONCETTE, petit sac de grosse toile, contenant de la chaux vive bien pulvérisée, quand on veut poncer en blanc sur des fonds bruns. Sur les étoffes blanches ou de couleur claire, on se sert de poncette de charbon de bois blanc, rapé & bien tamisé. Quelques-uns font leur poncette avec de la lie de vin bien brûlée: je l’estime la meilleure.

On ponce encore les petits morceaux avec un tampon de feutre roulé & trempé de temps en temps dans la ponçure qu’on a dans un vase plat. Ce procédé est plus propre, mais moins expéditif.

POINT, on nomme ainsi la partie d’or ou de soie qui reste sur la surface de l’étoffe, chaque fois qu’on tire l’aiguillée en dessous; ainsi on dit, _point court_, _point long_, _point alterne_, _point satiné_, _point fendu_, c’est celui dans lequel rentre le second point; _point passé_, c’est celui qui embrasse en dessus comme en dessous la largeur de l’objet; _point perdu_, c’est celui qui sert à arrêter l’aiguillée en commençant & en finissant de l’employer. On appelle encore _points perdus_, ceux qui réunissent plusieurs pieces de rapport ensemble, parce qu’ils ne doivent point paroître.

POINT, se dit aussi du rapport qu’ont entre eux les petits points de soie dont on coud l’or couché, & qui forment par leur rencontre le point satiné, point de chevron, point de losange ou d’écaille, ou point de 2, 3, 4, 5 ou 6 à côté les uns des autres; ce qu’il ne faut pas confondre quand on fait travailler plusieurs morceaux pareils dans différents atteliers.

POINT, se dit encore du grain de frisure que l’Ouvrier a sur son pâté, & qu’il emploie un à un en l’enfilant: ainsi on dit _hachebachure de deux_, _trois_ ou _quatre points_.

PRATIQUE, est une chaînette d’or de six ou neuf brins, fabriquée au boisseau, que l’on coud par sa moitié intérieure sur les contours extérieurs de la Broderie de rapport, avant ou après l’avoir faite. _Voy. pl. 4, fig 5, b, b, b_. La pratique sert à recevoir le point d’aiguille qui coud la Broderie quand elle est faite, sur tel fond que l’on veut; elle cache l’épaisseur du fond sur lequel on a brodé le rapport, & garantit l’ouvrage du coup de ciseau qui la découpe; assez ordinairement elle engage un peu les formes & les contours.

RACHER, c’est assurer & finir une Broderie lancée ou cordonnets collés, par de petits points symmétriquement arrangés.

RAPPORT. Il se fait des Broderies en rapport brodées sur toile, taffetas ou papier, que les Brodeurs tiennent en magasin prêtes à être appliquées sur tel fond qu’on voudra. Ordinairement ce sont des bordures d’habits d’homme, qui se vendent depuis dix-huit jusqu’à trente livres l’once, suivant les especes de paillettes qui l’enrichissent.

RAPPORT, est aussi la maniere de broder sur toile par parties détachées, les feuilles, fleurs ou galons d’un compartiment, ou les différentes parties d’un trophée, qu’on réunit ensuite les unes sur les autres après les avoir découpées chacune séparément; ce procédé donne un relief plus net & plus distinct à chaque objet, & coûte moins de peines à l’Ouvrier.

REHAUSSÉ, se dit quand on exprime les lumieres ou les clairs d’un fruit ou d’une draperie brodée, par des points d’or ou d’argent mis après coup. La rehaussure fait en vieillissant l’effet contraire de ce à quoi on l’a destiné: elle noircit & fait tache.

RETRAITE, ce sont des croix piquées sur les angles du dessin poncif, qui indiquent les points de renseignement du dessin à l’étoffe, ou du dessin à lui-même. La retraite sert aussi de guide quand on est obligé de poncer plusieurs fois le même dessin à côté l’un de l’autre: une feuille, une graine, servent de retraite.

Il se fait des tailles d’habits ou de meubles par retraite, c’est-à-dire, qu’on ne dessine sur la taille, que les retraites du coupon, & les parties alongées ou raccourcies dans les endroits qui tournent; le coupon ponce le reste sur l’étoffe.

On ne sauroit être trop scrupuleux sur l’exacte rencontre des retraites.

REZEAU. On en emploie de différentes richesses, pour servir de fond à des compartiments; quelquefois on l’achete tout fabriqué au boisseau par les Ouvriers de Saint-Denis, ou de Villiers-le-Bel; celui que les Brodeurs font à l’aiguille est beaucoup meilleur & plus correct. On s’en sert beaucoup pour les grands habits de Cour; on en fait des mantilles: on brode dessus en soie ou en paillettes; on en recouvre quelquefois les paillons: on en emploie dans les bordures d’habits d’homme, comme _pl. 4, fig 5_.

ROUET A MAIN: c’est une machine de fer dont les Brodeurs se servent pour faire des bouts de milanese ou de cordon, pour échantillonner, ou dans des momens pressés. _Voy. pl. 1, fig. 7_.

ROUET. Il faut au Maître Brodeur un rouet pour tracaner & dévider les soies, & les mettre en bobines. On trouve ces rouets tout faits chez les Tourneurs. _Voyez pl. 3, fig. 3_.

ROULE, ROULER. On roule l’étoffe autour de l’ensuble, plus ou moins de tours suivant sa largeur, pour que les Ouvrieres puissent atteindre, sans trop se gêner, jusqu’au milieu de l’étoffe tendue; c’est même par le milieu du métier qu’il faut commencer les morceaux riches & la Broderie en chenille, pour ne la pas froisser: on déroule à mesure que l’ouvrage avance. Chaque tour d’ensuble s’appelle un _roule_, le demi-tour, un _demi-roule_, &c.

S, marque que l’on voit sur les bobines d’or de Lyon, & qui indique la grosseur de l’or. Voyez l’article BOUTS.

SATINER, c’est coudre un ou deux brins d’or à côté les uns des autres sur enlevure, de maniere qu’on ne voie point les points de soie.

On satine en soie les plumes, cheveux, crinieres; & dans les tableaux nués, ces choses se brodent en suivant le sens des ondulations.

SOIES. On emploie en Broderie de toutes sortes de soies.

La soie de Grenade de toutes couleurs; le prix en varie, suivant le plus ou le moins d’abondance: la livre de soie est de quinze onces.

La trême d’Alais ou trême de Perse, pour les belles fleurs.

L’organsin Messine noir pour le deuil; c’est une soie fine & torse.

La soie plate que les Ouvriers refendent avec les doigts en brins aussi fins qu’ils le désirent. On s’en sert pour broder les tableaux.

Le capiton, pour les fonds d’ouvrages communs, & la tapisserie.

SORBEC: c’est une soie de couleur quelconque, sur laquelle le Tordeur a fait courir un trait d’or battu. Il faut coudre le sorbec; il casseroit en le passant dans l’étoffe.

SUPPORTS, animaux & figures brodés en laine ou en soie, pour les armes de caparaçons & couvertures de mulets & chariots d’armée. Quelques Brodeurs tiennent en magasin des supports tout brodés en rapport de différentes grandeurs.

TAILLE. Prendre la taille, c’est poser un devant d’habit, une housse, (le morceau qu’on veut broder,) sur un papier blanc de la même grandeur, & piquer avec un perçoir tous les contours qui sont tracés sur l’étoffe, ou qu’elle indique par sa coupe. Faire la taille, c’est répéter le coupon du dessin choisi & piqué, en le ponçant & le dessinant suivant les contours; l’art est d’alonger ou raccourcir les parties du coupon sans le corrompre, suivant qu’il se trouve plus ou moins gêné dans les parties tournantes. Les Brodeurs font communément faire leurs tailles par les Dessinateurs; ils les piquent, & elles leur servent à poncer également les deux devants d’un habit, les deux côtés d’une housse, plusieurs pentes ou morceaux pareils, en retournant le dessin ou poncif quand il en est besoin; ce qui s’explique ainsi: _poncer sur le doux & sur le rude_.

La taille sert aussi à juger si l’étoffe ne s’est pas étendue ou alongée en tendant le métier ou en brodant; on présente la taille sur l’étoffe, & l’on voit si les contours se rencontrent bien juste les uns sur les autres; s’il y a quelque différence, il faut bander les lattes ou lâcher les ficelles jusqu’à ce que les contours soient bien pareils. Cette opération s’appelle _mettre en taille_: il faut la faire avant de coller l’ouvrage.

TAMBOUR, est une espece de métier à pied ou à mettre sur les genoux; il ne sert guere que pour broder en chaînette. Il y en a de plusieurs formes. _Voyez pl. 1, fig. 8 & 9_.

TATIGNON: meuble de cuivre ou de fer blanc, dans lequel l’Ouvrier a sa chandelle. Chaque Ouvrier a ses mouchettes dans son tatignon posé sur le métier, bien garni de papier. Quelques-uns y ajoutent un garde-vue.

TESTE: ce sont des paillettes très-minces & un peu embouties par le Fabriquant.

TORCHE: Écheveau d’or ou de soie coupé par aiguillées, & renfermé dans un papier ou parchemin roulé, un peu moins long que les aiguillées, & relié d’un petit cordon. _Voy. pl. 1, fig. 9_. On tire les aiguillées une à une avec la pointe de l’aiguille à mesure qu’on en a besoin.

TOURNETTES: ce sont deux cylindres d’osier à claire-voie, mobiles sur un arbre perpendiculaire, dont l’un est fixé dans un banc, & l’autre dans une coulisse mobile, qu’on fixe à la distance convenable à l’étendue de l’écheveau de soie qu’on veut dévider, avec une vis de bois qui engraine dans le banc. _Voyez pl. 2, B_, de la Vignette.

Les tournettes portent la soie, & en facilitent le dévidage par leur mouvement.

TRACANER, c’est survuider l’or ou la soie d’une bobine sur une autre à l’aide d’un rouet & de la brochette.

TRAIT: fil d’or ou d’argent rond & très-fin, sans soie dessous; on l’emploie plus sûrement couché que passé: sa finesse le rend facile à casser. Ne pourroit-on pas, pour les ouvrages précieux en filer d’or pur?

TRELISSER, c’est faire de larges points noués avec de la ficelle, le long des deux extrémités qui regardent les lattes. Ces points noués, qu’on appelle _trelissage_, servent à recevoir les ficelles qui doivent tendre le métier. Ce procédé supplée au galon dont on pourroit border l’étoffe pour la conserver: il est plus expéditif. _Voyez pl. 1, fig. 6, i i i i_.

TRÉTEAU, espece de banc de trois pieds de haut, dont la tablette peut avoir cinq pouces de large. C’est sur cette tablette que reposent les bouts de l’ensuble opposés à la chanlatte. _Voyez pl. 2, fig. c, c_. La tablette doit être percée de quelques trous vers ses extrémités, pour recevoir au besoin une cheville de fer qui sert à arrêter le métier, & empêcher que les Brodeuses ne le poussent à terre en s’appuyant contre.

VELIN, peau de veau préparée par un Parcheminier; on la découpe avec un fer, après l’avoir teinte en safran & l’avoir dessiné: ces découpures donnent un petit relief à la Broderie en guipure, quelquefois même au passé. La peau de vélin coûte 24 à 30 sols: on peut au besoin lui substituer le parchemin fort; mais il est moins convenable. Les rognures servent à faire de la colle.

VERNIS: c’est un cordonnet d’or & de soie couleur maron, qu’on couche à petits points sur l’épaisseur des morceaux d’enlevure. Pour les Broderies communes, on se contente de noircir ses épaisseurs avec un pinceau trempé dans l’encre.

On emploie d’autre vernis en toutes couleurs; c’est un fil d’or sur lequel le Tordeur fait courir une soie fine, pour imiter l’aventurine: on peut le passer à l’aiguille.

_Fin de l’Explication des Termes._

EXPLICATION DES PLANCHES.

_PLANCHE PREMIERE._

_Elle représente les Outils du Brodeur._

Figure _a_, Perçoir de canne ou de bouleau.

Figure _b_, Perçoir à manche à vis, de bois ou d’ivoire.

Figure _c_, Poncettes noires ou blanches: elles sont faites de même.

Figure _d d d_, Bobines de différentes formes; la troisieme fait voir sur l’extérieur de la patte, la marque du poids de la bobine, & celle de la grosseur de l’or.

Figure _e_, Pâté chargé de petits tas de différentes paillettes & de frisure.

Figure _f f_, Menne-lourd ou ébauchoir de buis ou d’ivoire.

Figure _g_, Bouriquet de carton qui reste sur le métier, & dans lequel les Ouvriers amassent les bouts d’or écorché, les paillettes mal faites, & tout ce qui n’est bon qu’au déchet. Ce déchet appartient au Maître.

Figure _h_, Tatignon de cuivre qui porte la lumiere de l’Ouvrier.

Figure _i i i i_, Emportes-pieces d’acier, tranchantes par le bas, de différentes formes, servant à tailler les paillettes dans un morceau de lame; ces paillettes sortent d’elles-mêmes par le haut de la petite hotte _k k k_, à mesure que l’on frappe sur la tête de l’outil avec un maillet pour en fabriquer d’autres. Plusieurs Brodeurs font leurs paillettes eux-mêmes.

Figure _l_, Maillet de buis pour frapper sur l’emporte-piece quand on veut faire des paillettes.

Figure _m_, petit Marteau de fer pour frapper sur le poinçon qui fait les trous des grandes paillettes & paillons.

Figure _n_, Brochette de fer, emmanchée de bois, enfilant une Bobine prête à être dévidée.

Figure _o_, Hirondelle de carte, sur laquelle on dévide la soie plate & les nœuds.

Figure _p p_, Dés piqués de trous de différentes grosseurs.

_Figure_ 1, Diligent composé d’une tablette _q_, sur laquelle est élevé un chassis _r, r, r_; ce chassis porte trois brochettes de fer, _s, s, s_, dans lesquelles on enfile les bobines chargées d’or qu’on veut mettre en broche. Ces brochettes sont contenues par un petit tourniquet _t t t_, qui bouche le trou par où elles ont sorti pour enfiler les bobines.

Sur le devant de la tablette _q_, est élevée à gauche, une roue de fer engrenant dans un pignon _c_, le tout porté par un chassis de fer fixé sur la tablette avec deux vis.

A droite de la tablette _q_, est un petit montant de bois _u_, traversé d’un vérouil de bois, garni d’une pointe de fer parallele à l’axe du pignon: c’est entre ce vérouil & le pignon, qu’on serre la broche _b_, sur laquelle on veut dévider l’or. Un autre petit vérouil oblique, placé dans l’épaisseur du montant _u_, en le poussant un peu, contient le premier & l’empêche de reculer, quand on tourne la manivelle _a_, pour mettre l’or en broche. La tablette _q_ est bordée d’une petite tringle de bois pour contenir les ciseaux & le déchet.

Figure _q_, Torche de parchemin contenant l’or à passer.