L'Art du brodeur

Part 5

Chapter 53,936 wordsPublic domain

BOUTS: mot qui sert à exprimer les différentes grosseurs de l’or de Paris; ainsi deux bouts, trois bouts, quatre bouts, désignent le nombre de soies sur lesquelles l’or est filé. La grosseur de l’or de Lyon se désigne par une S marquée sur la patte des bobines, ainsi 2/S, 3/S, 4/S, 5/S, 6/S, 7/S. _Voyez d, d, Pl. 1_.

BRANCHE, se dit de la frisure & du bouillon, dans l’état qu’on l’achete avant de la couper par petits grains. Il faut tirer chaque branche de frisure sur sa longueur, pour que la spirale en soit un peu moins serrée; si on l’alongeoit trop, chaque tour d’or laisseroit voir la soie qui l’enfile, ce qui est contraire aux Ordonnances. On coupe avec des ciseaux cinq ou six branches de frisure en même temps.

BROCHE, est un outil de buis, _voyez pl. 1, fig. r_, ayant six pouces de long, avec une patte triangulaire pour l’empêcher de rouler quand on s’en sert; c’est sur la partie évuidée de la broche qu’on dévide l’or à coucher ou la chenille; on en passe les bouts dans la fente _x_, en travaillant; on ne touche que la broche & jamais l’or, de peur de le flétrir; on le dépasse du bec ou de la fente, à mesure qu’on l’emploie; on en déroule quelques tours, on les repasse dans la fente, ce qui le contient & sert à le mener ferme en travaillant.

BROCHETTE, _pl. 1, fig. n_, outil qui sert à tenir une bobine d’or ou de soie qu’on veut survuider sur une autre à l’aide du rouet. _pl. 3, fig. 3_.

BRODEUR OU BORDEUR, Ouvrier qui emploie l’or ou la soie sur une étoffe déja fabriquée: la Communauté des Brodeurs est sous l’invocation de Saint Clair. On nomme _Grenouilles_, les fausses Ouvrieres, à cause que gagnant moins que les Maîtres, elles ne boivent que de l’eau.

BRODOIR, petit métier qui sert à fabriquer un petit galon sur l’épaisseur de deux étoffes brodées séparément, puis réunies. Cet outil appartient aux Boursiers; on envoie au Brodoir, chez eux, les parements d’habits d’homme, mitres, &c.

BRUSLÉ. On brûle le déchet & les vieilles Broderies pour en extraire la soie & les corps étrangers. Si les Orfévres n’ont pas eux-mêmes brûlé l’or filé, ils ne l’achetent que comme de l’argent, n’en pouvant faire la différence qu’au creuset; ils paient l’once d’or sept livres, & l’once d’argent six livres cinq sols.

CALLE, petite cheville de bois qu’on fait quelquefois entrer à force dans la mortaise extérieure du métier, pour contenir les lattes quarrément, quand elles sont beaucoup plus étroites que les mortaises.

CALQUER, se fait en dessinant sur du papier huilé, tous les traits d’un dessin qui est dessous, & qu’on voit au travers. On calque sur le papier verni avec une pointe. On calque encore un dessin à pointe ou à milieu, quand après avoir dessiné une moitié un peu ferme, on ploie le papier en deux, & qu’on gratte par l’envers avec l’ongle ou quelques corps durs & polis, ce qui répete l’objet tout entier.

CANETILLE. On nomme ainsi dans la société, la frisure & le bouillon.

La canetille est aussi un gros trait d’or ondulé ou bouclé, puis applati au cylindre, dont on borde quelques fleurons & des Croix d’Ordres. Les Boutonniers en emploient plus que les Brodeurs.

CANEVAS, c’est une toile dont les fils plus ou moins gros sont toujours à une ligne de distance les uns des autres en tous sens: il s’en fait de différentes largeurs. Il faut lisser le canevas avant de le dessiner. Le canevas sert pour la tapisserie de gros & petit point. On s’en sert aussi pour remplir les vuides des morceaux échancrés quand on veut les tendre sur le métier.

CERCEAUX: ce sont des anneaux de trait de cinq ou six lignes de diametre, écrasés & polis comme le clinquant: on ne s’en sert que dans les ouvrages communs.

CHANLATTE: c’est une piece de bois de cinq à six pouces d’épaisseur & de toute la largeur de la Boutique, que l’on a attachée ou scélée le long du mur des fenêtres, à la même hauteur des tréteaux, & qui en tient lieu pour porter un des bouts des ensubles. _Voyez pl. 2, fig. d, d_, de la Vignette.

CHAPELET, bobines chargées d’une nuance suivie & enfilée pour les trouver plus facilement. _Voyez pl. 1, fig. u_.

CHASUBLIERS. Des Brodeurs ont embrassé cette branche de commerce, qui n’a guere de rapport à leur Art: ils taillent, doublent & montent les ornements d’Eglise. J’ai cru qu’il suffiroit de la ¿Planche 6, pour donner une idée de l’économie avec laquelle on taille les ornements d’Eglise.

CHENILLE. Le paquet de chenille de quatre brins, chacun de quatre aunes, pese ordinairement un gros trois quarts: en couleurs ordinaires, comme gris, jaune, verd, bleu, on le vend vingt sols; en rouge & cramoisi, vingt-cinq sols. Ce sont les Rubaniers qui font & vendent la chenille. Il faut, pour être bonne, qu’elle soit bien fournie de poils & coupée bien également: on en fait de plusieurs grosseurs; celle filée sur fil est moins chere & moins bonne. On emploie la chenille ou passée à l’aiguille, ou cousue sur l’étoffe, ou en chaînette au crochet.

CLINQUANT. C’est un gros trait d’or passé plusieurs fois au cylindre luisant & poli. Les Tireurs d’or en tiennent de plusieurs largeurs & épaisseurs; ils en ont aussi de plissé. Le clinquant s’emploie ou cousu à plat avec de la soie, ou recouvert de bouillon, ou guipé suivant le goût.

CLOUS A TENDRE: ce sont deux chevilles de fer, de dix à douze pouces de longueur, qui servent à bander l’étoffe en chassant la latte de la mortaise jusqu’à ce que le métier soit assez tendu.

CLOUS: il en faut quatre d’environ trois pouces de long; ils servent à contenir les ensubles dans le plus grand éloignement possible, quand le clou à tendre a fait son office.

COLLER. Quand la Broderie est finie, mise en taille, nétoyée, battue & brossée, on la colle avec de l’empois blanc, de la gomme d’Arabie, & même de la colle de Gand pour le gros ouvrage; on l’étale beaucoup par l’envers en frottant avec la paulme de la main. Cette opération rend à l’étoffe sa fermeté, & sert à arrêter les bouts d’or ou de soie qui sont en dessous. Comme souvent la Broderie se fait au poids, les Ouvriers chargent l’envers de beaucoup de gomme pour en imposer; si la Broderie est de grosse enlevure, on se sert de colle de Flandre. Il faut bien laisser sécher la colle avant de détendre le métier, autrement l’étoffe se griperoit, & feroit des grimaces. Si l’on est fort pressé, on peut avoir recours à quelques réchauds de feu pour faire sécher plus vîte, en prenant garde de les approcher trop près de l’étoffe.

CORDON. Les Tireurs d’or en tiennent de tout fait en deux brins d’or, qu’on passe à l’aiguille comme le passé; cette matiere étant plus terne que le filé, convient pour faire des fonds de compartiments ou revers de fleurs.

Les Tordeurs font des cordons de trois, six, dix, & seize brins d’or tord au rouet pour lisérer les compartiments. L’or rebours est destiné à faire les cordons. J’ai dû dire quelque part qu’on n’embrasse pas le cordon avec la soie qui le coud; mais on la fiche dans le retors, & le point se trouve caché.

CORDONNETS. Les Marchands de soie en botte tiennent des cordonnets de toutes couleurs pour la chaînette & la Broderie imitant les Indes. Le bon cordonnet doit être de trême d’Alais, bien égal & point bourasseux: on le vend quatre livres l’once.

COUCHURE: on nomme ainsi l’or cousu à plat en deux ou trois brins à côté les uns des autres, qu’on conduit avec une broche. La rencontre des points de soie qui cousent l’or, forme à volonté des losanges, écailles, chevrons, dont la couchure emprunte ses différents noms.

COUPON: c’est l’étendue d’un bout de dessin ordinairement de sept à huit pouces, qui se raccorde par ses extrémités, & que l’on répete autant de fois qu’on en a besoin pour faire une bordure.

COUTISSE: c’est une sangle de trois pouces de large, que l’on ploie en double sur sa largeur, & dont on cloue les deux lisieres ensemble le long de chaque ensuble, entre les deux mortaises paralleles; _voyez pl. 1, fig. 2, a, a_: c’est à la coutisse que l’on coud l’étoffe en commençant à tendre; _voyez fig. 6, b, b_. Quand les coutisses sont usées ou arrachées, on risque de mal tendre son métier. Le Maître doit les renouveller.

CROCHET, outil pour broder au tambour, _voyez pl. 1, fig. 12_, composé d’une aiguille _a_, dont la pointe se termine en un très-petit hameçon. Cette aiguille est arrêtée par une vis _b_, dans un manche _c_, de buis ou d’ivoire. Ce manche est creux, son couvercle _d_ est à vis, & peut contenir plusieurs aiguilles, pour en changer suivant les différents fonds, ou quand on les casse.

CUL-DE-POULE, lame épaisse & reployée en zigzag, dont les Boutonniers font plus d’usage que les Brodeurs. Les Allemands en emploient beaucoup dans leurs ouvrages.

DÉCOUPEURS Brodeurs, sont ceux qui découpent avec un fer les compartiments de vélin ou de papier qu’on met sous la guipure & quelquefois sous le passé. Ils travaillent sur une table de tilleul pour soulager la pointe de leur fer; ils le tiennent à pleine main, & parcourent successivement tous les traits tracés sur le vélin, en appuyant à chaque coup de fer sur le manche avec la paume de la main droite; le doigt index de la main gauche suit de près la pointe du fer, pour contenir le vélin qui releveroit chaque fois qu’on releve l’outil. Le Découpeur doit savoir un peu dessiner pour conserver les formes en traçant son dessin sur le vélin; il doit éviter de faire des hoches à chaque coup de fer, & conserver purs tous les contours.

Quand tout le dessin est évuidé, il tire avec une pince les brides qui lioient plusieurs vélins ensemble; car j’oubliois de dire qu’il en découpe quatre ou cinq en même temps. Les rognures servent à faire de la colle.

Le Brodeur découpeur, découpe aussi des lames d’or ou d’argent liées plusieurs ensemble avec des brides, de telle forme qu’on l’exige; il a fallu qu’il couvrît la premiere lame d’un papier fin sur lequel il a tracé son épargne. Les rognures vont au déchet, & sont considérables: elles renchérissent beaucoup ces sortes de paillons.

Il les perce ensuite tout autour avec un poinçon & un petit marteau, pour qu’on puisse les coudre. Les paillons vernis se découpent de même.

Ils découpent aussi des lames de bois, de carton & d’étain, pour garnir les ouies des guittares & tympanons.

DÉGAUCHIR. Quand le métier est mal tendu, qu’il tombe ou qu’il reçoit quelque coup considérable, la Broderie, & sur-tout la couchure, se relâche & se dérange, ce qu’on nomme _dégauchir_. On prévient ces accidents en calant les lattes, ou les attachant au milieu du tréteau avec une corde.

DESSIN MARQUÉ. Pour les bordures d’habits d’homme & autres, dont le même coupon se répete plusieurs fois, l’Entrepreneur marque sur un coupon piqué, les matieres différentes dont il veut que chaque sujet soit traité, afin que les parties qui se brodent dans différentes maisons, se trouvent conformes quand on les réunit. Les signes de ces matieres sont de convention; assez communément un _o_ signifie paillettes, un _x_ le passé; les points :: le cordon; la frisure s’exprime par des hachures en biais; le bouillon se marque en crayon rouge, & ainsi des autres matieres. On donne un pareil coupon dans chaque atelier. Il est bon de veiller de temps en temps à ce qu’on s’entende bien.

DÉTENDRE. Il ne faut détendre le métier que quand la colle est bien séche. On commence par ôter le gareau, s’il y en a un; on tire les ficelles qu’on dévide tout de suite sur les doigts écartés en écheveau, pour s’en servir une autre fois; à l’aide des clous à tendre, on ôte les quatre petits clouds, on retire les cales & les lattes des mortaises; puis avec des ciseaux on coupe les fils qui cousoient l’étoffe à la coutisse; on découd le galon, on épluche tous les points: toutes ces opérations doivent se faire avec des mouvements doux, en prenant garde de chiffonner l’étoffe; ensuite on la ploie en mettant des linges ou du papier fin dedans, pour la serrer ou pour la livrer.

Si c’est de la Broderie de rapport, on découpe par l’envers avec des ciseaux, tout ce qui n’est pas compris sous la Broderie, puis on la passe à la balance pour savoir à combien elle revient.

DEZ. Le dez sert à pousser l’aiguille dans l’étoffe, & garantit les doigts de l’Ouvrier; il en faut nécessairement deux pour travailler à l’enlevure: il en faut de piqués à gros & petits trous, suivant la grosseur des aiguilles dont on se sert. On fait des dez d’or, d’argent, de cuivre & d’ivoire; ceux de cuivre sont d’un usage plus commun.

Il faut bien se garder de lisser les fleurs de soie avec le dez; cette opération que font à chaque point les Ouvriers médiocres, ternit la soie & lui ôte son lustre.

DILIGENT, machine pour mettre également & promptement plusieurs brins d’or sur une broche sans le manier, _voyez pl. 1, fig. 1_; il suffit de tourner la manivelle _a_, après avoir serré la broche _b_, entre le pignon _c_, & un petit vérouil _d_, jusqu’à ce que la broche soit pleine; on coupe avec des ciseaux le fil d’or qui tient aux bobines; on lâche le vérouil, puis on passe les bouts d’or de la broche dans une fente qui est vers la tête _x, fig. r_, & l’or est mis plus promptement & plus ferme. Cette machine, que plusieurs Brodeurs ont adoptée dans les temps où la couchure étoit beaucoup d’usage, a été inventée en 1733, par M. de Saint-Aubin, mon pere.

DOIGTIER, c’est un petit aneau de cuir ou de fer-blanc, qu’on met sur la seconde phalange du petit doigt pour le garantir d’être écorché en tirant le point.

Il y a un autre doigtier dont on arme l’index de la main droite, pour conduire la grande aiguille en brodant au tambour; ce doigtier a une petite hoche dans sa partie supérieure, sur laquelle repose l’aiguille en travaillant.

DORURE. On appelle _dorure_, la Broderie enlevée, soit d’or, soit d’argent. Ce terme n’est guere d’usage qu’entre les gens du métier.

DOUX. Poncer sur le doux, c’est frotter la poncette sur le côté du dessin par où le perçoir est entré en piquant: les erreurs qu’on fait en se trompant de côté, sont souvent de conséquence pour les choses qui font regard, comme devants d’habit, housses, bordures, &c. Il faut poncer un côté sur le doux, & l’autre sur le rude, en retournant le dessin; il faut, avant de poncer pour la seconde fois, secouer ou essuyer le dessin pour qu’il ne poële point l’étoffe.

EFFILER. Il faut effiler les aiguillées d’or avant de les enfiler, environ de la longueur d’un pouce à chaque bout, pour pouvoir larder & arrêter l’or à la tête de l’aiguille, & l’arrêter dans l’étoffe en commençant à travailler. Cet effilage donne nécessairement un gros par once de déchet.

EGRATIGNEURS Brodeurs. Il a été de mode (& l’usage & le talent en sont à peu-près perdus) qu’après avoir tracé sur satin avec une pointe un sujet quelconque, le Brodeur égratignoit l’étoffe avec un fer à découper, suivant les contours tracés. Cette espece de gravure, qui loin d’ajouter à la surface de l’étoffe, l’altéroit beaucoup, étoit du ressort des Brodeurs: ils découpoient aussi les boucles du velours bouclé, suivant les dessins qu’on leur demandoit: cette mode a fait place à d’autres.

EMBOUTIR, c’est élever des fleurs ou compartiments de Broderie avec des morceaux de drap ou de feutre, qu’on coud sur l’étoffe avant d’y rapporter les morceaux de Broderie qui ont été faits séparément. On en coud quelquefois plusieurs les uns sur les autres, en en diminuant la grandeur pour varier le relief de la Broderie. Les blasons de couvertures de chariots, sont souvent emboutis de crin ou de laine.

EMPORTE-PIECE, outil de fer long de quatre pouces, & gros de six à huit lignes, terminé à un bout par une petite hotte évuidée & tranchante en son extrémité, de forme ou d’ovale, ou d’étoile ou de rosette, _voyez pl. 1, fig. i, i, i_. Pour s’en servir, on pose la lame d’or ou d’argent sur une table de plomb, puis avec un maillet _l_, dont on frappe sur le haut de l’emporte-piece en le tenant bien perpendiculaire; on taille d’un seul coup des paillettes de la forme de l’outil: elles sortent à mesure par le haut de la petite hotte _k, k, k_.

ENFILER. Comme chaque aiguillée de soie ou de laine, forme à son extrémité une petite houppe ou plusieurs filets imperceptibles & de différentes longueurs, _voyez pl. 1, fig. s_, on a quelquefois bien de la peine à les faire entrer tous ensemble dans la tête de l’aiguille; pour y réussir, ou il faut mouiller le petit bout de l’aiguillée pour en réunir les brins, ou il faut en former une boucle _x_, qu’on rend aiguë, soit en la pinçant avec les dents, soit en passant ferme l’aiguille dans cette boucle, comme si on vouloit la couper en son extrémité _x_; puis on enfile cette boucle dans la tête de l’aiguille, puis on passe l’aiguille & l’aiguillée dans cette boucle pour arrêter.

ENLEVURE, se fait quelquefois sur du carton modelé, & plus communément sur du fil: les bons Enleveurs sont plus chers que ceux qui couchent l’or. On enleve le dessous de la couchure par quelques points de gros fil de différents sens & de loin en loin, ou sous les extrémités des compartiments, en chevrons, barres, écailles, pour donner quelque ondulation de lumiere à l’or couché.

ENSUBLES ou ENSOUPLES: ce sont deux morceaux de cœur de chêne d’égale dimension & longs à volonté, équarris ou arrondis de quatre à cinq pouces de diametre; à six pouces de chaque bout, doit être une mortaise de part en part sur les quatre faces, _voyez fig. 2, pl. 1_. Cette partie du métier ou ensuble, doit être plus renflée que le reste; c’est dans une de ces mortaises _a, a, a, a, fig. 6_, que doit entrer la latte _b, b, b, b_. Depuis cette mortaise jusqu’à sa parallele, doit être une sangle ou coutisse clouée de petits clous très-près les uns des autres & très-enfoncés: c’est à cette coutisse qu’on coud l’étoffe, en commençant à tendre le métier. Les Brodeurs ont par paires des ensubles de différentes longueurs. Quoique les ensubles de fer soient peu en usage, elles sont d’une bien plus grande commodité, tant à cause de leur plus grande résistance, que parce qu’étant plus mignones, les Ouvriers les embrassent mieux, & peuvent atteindre plus avant au milieu de l’étoffe. _Voyez pl. 1, fig. 10_, une ensuble de fer revêtue de grosse toile pour y pouvoir coudre la sangle, & _fig. 11_, les vis de fer tenant lieu de lattes. J’ai eu à moi un métier de cette façon, & malgré sa pesanteur je le trouvois plus commode.

EPARGNE. Faire l’épargne, c’est dessiner sans ordre & le plus rapproché qu’il est possible, sur du vélin, du papier ou de l’étoffe, les objets qu’on doit découper ensuite, pour les placer suivant le dessin général: on rapproche ainsi les objets pour économiser la matiere; ainsi la figure 11 de la Planche 5, est l’épargne de la figure 12, même Planche.

ETOFFES. Les Ouvriers nomment ainsi les différentes matieres que leur distribuent les Entrepreneurs.

FAVEURS, Vernis, Avanturines, sont plusieurs brins d’or & de soie tors ensemble au rouet, dont les Brodeurs cachent les épaisseurs de l’enlevure en vive-arête; ils couchent ces matieres à points de soie; quelquefois ils en font des fonds de compartiments & des troncs d’arbres.

FERS, outils pour découper le vélin ou les lames; _voyez pl. 1, fig. t, t_. Les Brodeurs en ont de différentes longueurs: ce sont des lames bien trempées, montées dans des manches de bois; quand elles sont neuves, le Découpeur les garnit de bandes de peau, crainte de se couper en travaillant; il suffit que la pointe de la lame soit découverte de trois à quatre lignes.

FICELLES. On acheve de tendre le métier avec des ficelles qu’on passe deux fois dans chaque boucle du trelissage, comme _fig. 6, pl. 1_; puis autour des lattes alternativement. La ficelle en pelotte est moins commode que le fil d’emballage en trois. Les ficelles s’alongent & se relâchent pendant le cours de l’ouvrage: il faut les tirer plusieurs fois.

FOND. On appelle _fond_, l’étoffe sur laquelle on brode, & celle sur laquelle on applique les morceaux de rapport: on dit, _ordonner les fonds_, _délivrer les fonds_.

FRISON, trait bouclé & applati au cylindre, dont on orne quelquefois la Broderie: il est peu d’usage en ce pays-ci.

FRISURE, est un trait d’or mat, roulé en tire-bourre sur une grande aiguille, formant un tuyau que les Brodeurs coupent par petits bouts de deux ou trois lignes; pour les employer, il faut les enfiler de soie grains à grains comme le bouillon. La frisure est un peu plus solide. Il s’en fabrique de plusieurs grosseurs: on en fait des graines de fleurs en boucles & en poires; on la guipe pour faire des nervures & de petits osiers fort agréables.

GALONER, c’est border les parties des étoffes qui n’ont point de lisiere & qui sont taillées juste, pour les empêcher de s’effiler & pour résister à l’effort des ficelles. On prend pour galoner de bon ruban de fil à trois ou quatre sous l’aune: il peut servir plusieurs fois.

GARDE-MAIN: c’est un papier ou un parchemin percé d’un trou grand comme un écu, pour ne laisser rien à découvert, que la place où l’Ouvrier travaille: peu de Brodeuses veulent s’en servir.

GAREAU: c’est un outil composé de deux bandes de fer de six à huit lignes d’épaisseur, chacune moins longue que la largeur du métier qu’on veut redresser, _voyez pl. 1, fig. 4 & 5_. Ces deux bandes sont percées de trous sur une partie de leur longueur, pour pouvoir les alonger ou racourcir en changeant de place l’écrou _a_ qui leur sert d’axe: elles sont terminées à leurs extrémités par deux pattes courbes _b, b_, qui doivent embrasser l’ensuble quand le gareau sera bandé comme _d d, fig. 6_. On ajuste ces deux bandes de deux ou trois pouces plus longues que la largeur du métier; puis par un effort de lévier qu’on fait faire à ces deux bandes, après avoir posé les pattes contre les deux ensubles, on rapproche ces bandes paralleles; on les fixe avec une boucle de fer coulante, comme _e, fig. 6_, ce qui nécessairement doit redresser les ensubles qui cambroient en dedans, & fait tendre le fond dans son milieu. Il est à propos, avant de bander le gareau, de mettre entre sa patte & l’ensuble, un papier ployé en plusieurs doubles, sur-tout s’il y a de l’étoffe roulée.

Il y a un autre gareau, _fig. 4_, composé de deux tringles qui engrainent à vis l’une dans l’autre, & qu’on fait alonger en tournant avec une main de fer ou un clou, qu’on fourre successivement dans les trous pratiqués sur les quatre faces d’un noyau adhérent à la tringle vissée: ce gareau est simple & d’un fort bon usage.

GAUCHERE, Brodeuse habituée à avoir la main gauche sur le métier, pour avoir le jour en dedans la main, comme _pl. 2, fig. i_.

Les droitieres se placent vis-à-vis de l’autre côté du métier. Il seroit à désirer que les Brodeuses s’accoutumassent à broder indifféremment des deux mains.

GUIPURE: sorte de Broderie qui se fait avec de l’or fin sur vélin ou sur fil, les brins d’or bien lisses & bien rangés à côté les uns des autres, & cousus de soie aux deux côtés du vélin. On guipe en clinquant sur fil, les objets les plus délicats; on guipe en frisure & bouillon à points enfilés l’un après l’autre, comme _pl. 4, fig. 7_. Tous ces procédés laissent tout l’or en dessus, on ne voit à l’envers que les points de soie qui l’attachent.

HACHEBACHÉ, se dit des longs points de soie que les Ouvriers font sur la taillure, pour exprimer quelques plis ou quelques ombres: on dit indistinctement _harpé_ ou _hachebaché_.

JAIS, verre fondu & filé en petits tubes de toutes couleurs. Les Emailleurs le vendent 4 livres l’once tout coupé par petits bouts de deux ou trois lignes. Pour l’employer en Broderie, on l’enfile de laiton ou de soie bien cirée pour le coudre sur l’étoffe.

Le jais de Milan est plus égal de grosseur & mieux coupé.

JASERON, très-gros bouillon qu’on emploie sans le couper, pour faire de riches nervures, ou les filets de différentes bordures.

JONC, gros trait d’or tourné en spirale, dont on borde les blasons & croix d’Ordres: il s’en fait de différentes grosseurs.