L'art de chevalerie selon Vegece
Part 14
Chier amy tu dis moult bien/ mais neantmoins te certiffie que selon droit d’armes veoir plus fort selon dieu et l’escripture on peut vaincre son ennemy par cautelle engin ou barat sans tort d’armes/ puis que la guerre est jugee et notiffiee entre les parties/ & qu’il soit vray nostre seigneur en donna mesmes exemple quant il ordonna et enseigna a Josué comment par cautelle surprendroit ses ennemys/ et de telles choses user se peut on assez communement aider en armes/ mais je te confesse bien qu’ilz sont certaines manieres de barter/ lesquelles sont reprouvees et deffendues tant en fait d’armes comme en tous autres cas Sicomme je assuroye aucun de venir vers moy en certain lieu & je y seroye pour parler a luy/ & tant feisse par mon asseurement qu’il y venist/ & la je le feisse surprendre par aucun agait pour luy mal faire/ occir ou prendre/ telle chose seroit traÿson mauvaise. Ou se par fainte treve ou paix j’espioye mon point de grever autruy quant garde ne s’en donneroit ou que despourveu seroit et en tous cas semblablez. Je feroye mal mon grant deshonneur reproche & pechié Et pource dist la loy puis que la loy est donnee a son ennemy on luy doibt tenir et garder/ mais autre chose est se le vaillant capitaine ou homme d’armes scet ordonner embusches par ou son ennemy ou adversaire doit passer qui garde ne s’en donne ou aultres manieres de cautelles/ mais qu’elles ne soient contre foy promises ne l’asseurement que on auroit fait/ & a la raison que tu dis puys que on a bonne et juste cause que on s’en doit actendre a dieu/ quoy que en substance je le t’accorde Toutesfoys combien que bon droit ait le roy de france contre le roy d’angleterre en cas pareil/ si convient il aider a soustenir son bon droit le mieulz que on peut/ & adont quant par sens et tresbonne diligence on fait son devoir/ doibt on avoir tresgrande esperance en dieu le createur qu’il aidera la chose a conduire & en bien parfaire.
Cy devise se ung homme d’armes estant a gaiges estoit destroussé en quelque chemin s’il pourroit demander par droit au seigneur de par qui il a esté envoyé ses dommaiges. xvi. chapitre.
Maistre a nostre propos me semble par ce que m’avez cy devant conclud/ c’est assavoir que se ung chevalier ou aucun homme d’armes envoyé d’aucun seigneur pour garnison d’aucune forteresse/ sans que convenances de gaiges ne de sauldees luy soient faictes et il advient que en chemin soit destroussé/ se audit seigneur quil l’a envoyé peut par droit s’il luy plaist faire demande de restitution. Et certes je vueil faire encore autre question. Je suppose que ung capitaine de lombardie ou d’autrepart ainsy que autresfoys on a fait venir en france eust avecques soy amené cent ou deux cens bons brigans si fut luy & sa compaignee retenu chascun a cinq francs pour le moys/ & envoiez en certain lieu/ auquel chemin fut par ses ennemys assailly ou il perdit ses places son harnoys et ses choses/ & ses compaignons leurs cuirasses leurs pavaix & toutes leurs bagues Je te demande s’ilz pourroient demander au roy leur dommaige.
Ad ce je te respons que non au cas que autre convenance n’y auroit/ et ne pevent demander que ce qui leur fut promis/ & se tu me veulz demander pour quelle raison le capitaine n’a aussy grant accion de demander au maistre qu’il l’envoye comme dit est. Je te dis pour ce que la loy porte plus grant faveur a cellui qui pas n’est lyé & est mys en besoingne que a cellui qui se lye/ & par exemple le peus veoir de ung homme qui aura demouré avecques ung marchant ou autre homme an & jour sans ce que par marchié fait se soit loué. Il peut faire trop plus grant demande des biens de l’ostel et de la marchandise/ s’il n’y a aucune autre certaine cause/ que ledit maistre s’excuse que celluy homme qui loué seroit par marchié fait/ & pource te dis que l’omme n’est pas bien advisé qui prent aucun pour residamment demourer en sa maison/ s’il ne fait avecques luy aucun marché absolut/ car la loy presuppose l’omme ainsy demourant comme compaignon du maistre ainsy que a gaigne et a perte.
Cy devise se gens d’armes venans a l’aide d’aucun prince s’ilz pevent prendre vivres a eulz necessaires au moins de grief/ que faire se pourroit sur les laboureurs/ ainçoys qu’ilz peussent estre arrivez au païs dudit prince. xvii.e chapitre
Autre question te vueil faire. Supposons que ung seigneur eust envoyé querre sauldoyers pour ung an en estrange pays pour le venir secourir en sa guerre/ laquelle il esperast durer longuement/ Advenist que avant icelle guerre et que icelles gens avecques leur capitaine puissent estre arrivez au pays dudit prince quoy que de tout leur povoir se fussent hastez/ s’ilz leur souffrent prendre tant seulement vivres necessaires en passant oultre pour necessité de vie tant seulement soustenir/ au moins de grief sur les povres laboureurs que faire se pourroit. Je te respons que ouy/ voire non pas qu’ilz feissent comme les loups/ ausquelz ne souffist pas quant au toit entrent d’une brebis Ains estranglent tout le troppeau/ comme semblablement le font plusieurs de nos gens d’armes/ lesquelz s’ilz ont besoing d’un poullet ou d’un pinion ilz en occient x. ou xii. Et tel oultraige font de biens comme s’ilz fussent loups ravissans sans riens de conscience et comme s’il ne fust pas de dieu ne que jamais deussent mourir. Helas bien sont aveuglez ceulz qui le font/ car plus en peril de mort vont que autre gens. et telz y ont moins de regard que autrez.
Cy devise sy loist aux gens d’armes quant ilz sont bien paiés de prendre vivres sur le païs. xviii. chapitre.
Maistre or m’escoute ung petit s’il te plaist. Je te demande quant gens d’armes sont prins a gaiges/ ausquelz il n’ait deffaulte de payer/ s’il leur loist avec leur gaiges prendre vivres sur le pays et pillier autres choses comme au jourd’uy on le fait communement.
Je te respons certainement que non & que telle chose n’est pas droit de guerre/ ains est extortion mauvaise et violente faicte sur le peuple a tort & a peché Car sicomme toy mesmes as cy devant dit a vouloir mener juste guerre/ le prince avant la main doibt bien adviser en quel lieu et comment pour ce faire finance sera prinse: & sur toutes choses doit donner ordre que ses gens d’armes soient bien paiez pour paier justement leurs vivres et ce qu’ilz prennent. & adonc seroit juste chose de bien pugnir ceulz qui prendroient riens sans paier/ mais arguer me povoies voir/ mais se par quelque adventure soubdain cas advenoit que les ennemys survenissent sur le pays/ par quoy conviendroit deffendre/ ains que le prince eust fait sy grant amas comme il appartiendroit a paier gens d’armes de moys en moys/ car en tresor pas n’en auroit: Je te respons que a toute chose necessaire se convient aider selon povoir/ car quant en ce cas seroit le prince assez excusé/ de propres ouvriers du roy mys en icelle besoingne pour lui & en son nom pource ne doibt estre leur avecques leurs gaiges/ mais ce que le prince leur veult donner de grace/ laquelle grace pour voir dire bien et largement leur affiert. Sicomme a ceulz qui mettent a escot si chier chastel comme le sang les membres et la vie/ et de leur bien remunerer est d’ancienneté noble coustume/ de plus en plus a ceulz qui l’ont desservye & de proyes gaigné et en guerre ne recepvoient quelque proffit les vaillans anciens/ Ains leur suffisoit seulement en avoir l’onneur et que leurs gens en eussent le preu. Et par ce tellement acqueroient l’amour des gens d’armes qu’ilz en achevoient les grandes et merveilleuses emprinses comme il apparut.
Cy devise que on doibt faire des proies et choses qui sont prinses en armes. xix. chapitre.
Autre maniere de question faire te vueil. Je te demande que on doibt faire des choses gaignees sur les ennemys & en bataille.
Amy a ceste question convient respondre par distinction de cas. Car premierement selon la loy civille est assy. de quel affaire est la personne qui a conquis en armes et y a maniere d’entendre en quel cas et en quelles guerres/ icelles loix pevent avoir lieu.
Premierement se une guerre se fait par mandement du roy ou prince qui ait povoir de ordonner et mettre sus juste guerre Aucuns droitz sont reservez a tel seigneur/ qui a autres gens ne sont pas/ c’est assavoir que toute gaigne doibt estre a la voulenté du prince ou du lieutenant capitaine/ car depuis que les gens d’armes sont aux gaiges du roy ou prince selon les loix tout doibt estre au seigneur soit prisonnier ou autre proye/ & ainsy anciennement le souloit on faire/ quoy que de grace au temps present au païs de france ou quelque autre part par longue coustume soit laissé es hommes d’armes ce qu’ilz conquierent se chose n’est de sy grant poix qu’elle passe le pris et somme de dix mille francs/ laquelle chose soit prisonnier ou autre meuble doit estre rendue au roy/ par tel si qu’il est tenu de donner audit homme d’armes la somme de x. mille francs/ & telle chose est de bonne coustume de pays/ mais la dessusdicte loy y afferme le decret qui dit plainement que toute la proye doibt estre a la voulenté du seigneur/ il la doibt justement partir a ceulz qui luy ont bien aidé a gaigner a chascun selon sa merite/ & que ceste chose soit vraye ne pourroit nul le contraire soustenir/ car prouvee est par droit escript qui mesmement y assigne telle raison/ c’est assavoir que se ainsy estoit que les prisonniers ou proye feussent aux gens d’armes/ tout ainsy et par ceste mesme raison deveroient estre des chasteaulz et villes qu’ilz prendroient a eulz Laquelle chose seroit injuste & de mauvaise raison qu’ilz gaignassent terre avec les sauldees du prince et a ses despens/ car ce qu’ilz font est fait comme haste/ il ne auroit plus que faire de gens.
Je te demande se iceulx pourroient faire demande de toute l’annee ou seulement du temps encouru puys la convenance Car il sembleroit que ouy/ car la loy dit que se ung advocat du roy ou de aucun seigneur prins a pencion a commencé a faire son office/ les gaiges de toute l’annee luy sont deuz posé qu’il mourust ses hoirs pourroient faire la demande/ pourquoy ne pourroient doncques ces gens joyr de ce mesme droit/ car peut estre qu’il en ont perdu d’estre retenuz autre part ou asseurez eussent esté pour toute l’annee. Et assez d’aultres raisons se pourroient encore dire lesquelles pour briefté je laisse/ et te respons en bref que en ceste raison et toutes aultres que dire y pourroyes sont de pou de valleur Car je te certifie qu’ilz se doivent tenir contens d’estre paiez seulement du temps qu’ilz ont servy/ & telle est la raison.
Ilz furent sauldoyers pour garder le pays ains qu’il fust perdu/ mais puis qu’il est perdu ilz ne pevent plus nullement servir de ce pourquoy ilz ont esté prins Et pour celle cauce ilz ne doibvent en nulle façon ne maniere avoir ne recepvoir les gaiges du dessusdit service lesquelz ne le pevent faire aucunement C’est assavoir garder le pays qui est perdu/ & nulle loy n’oblige l’omme a chose impossible/ car se contraindre voulloient d’estre payez on leur pourroit respondre/ & on vous contraindra de garder le païs qui est ja perdu comment sera ce fait. Et par ce concludz ce que dit est.
Cy commence a parler de prisonniers de guerre. Et devise comment ung puissant homme prins en guerre doit estre rendu au prince/ et aussi comment non. xx. cha.
Et pource que cy devant t’ay dit que selon ladicte loy est assavoir de quel affaire est la personne qui en armes a acquis/ & de se t’ay declairé une partie. Or supposons autrement/ c’est assavoir que ung baron feist guerre contre ung autre fust juste ou non/ ou deffendist sa terre contre aucun aultre/ car pour soy deffendre et sa terre deffendre et garder quelque soit le cas. Il convient juger juste guerre comme soy deffendre soit doncques selon la loy et droit/ se celluy baron qui se deffent prent celluy qui l’a envaÿ/ cuideroies tu doncques qu’il fust sien.
Je te certiffie que non seroit ne autre droit selon la loy n’y auroit qu’il pourroit sans plus tenir et garder sa personne tant qu’il la pourroit presenter au seigneur souverain de qui il tiendroit sa baronnye/ lequel en feist le jugement/ mais autre regard y peut avoir/ c’est assavoir que celluy qui le prent est tel qu’il ait povoir de la souveraine justice justicer les hommes malfaiteurs et que de ce faire soit acoustumé comme droit seigneur. sicomme ilz sont assez de seigneuries de semblable auctorité. Je te dis que puis qu’il a trouvé courant le païs robant & occiant ses hommes qu’il le pourra pugnir par sa justice suppose encore que plus grant maistre fust que non obstant ce que arguer on pourroit sur ce pas/ que l’omme ne doibt estre jugé en sa propre cause. Je te respons qu’il le peut faire et par deux raisons. L’une par la vertu de sa jurisdiction qui est de pugnir et faire justice des malfaicteurs. L’autre qu’il pugnist le delict de celluy qui le fait sur le propre lieu & de ce faire a povoir de la loy car se ung homme assault ung autre & tout a l’offendre/ l’assailly peut faire a l’autre ce que de luy pensoit a faire/ et te dy que c’est attemprance de raisonnable deffence/ mais je te confesse bien que se ledit assailly que jurisdiction n’auroit de ce faire pugnissoit de lui mesmes soubz tiltre de justice son adversaire ou le tenoit en prison que feroit a son seigneur/ & se mettroit en peril de perdre ce qu’il tiendroit de luy/ si le doit tantost rendre audit seigneur car mesmement seroit il loisible en tel cas a ung homme d’eglise pour raver ses choses.
Cy devise se on doibt faire mourir ung capitaine d’ost ou autre grant homme d’armes en fait de guerre & s’il doit estre au prince/ et se c’est chose de droit de faire paier a ung homme raençon pour sa delivrance. xxi. chapitre.
Maistre puis que entrés sommes au propos des prisonniers en fait de guerre. Je te demande s’il advient que le capitaine soit prins ou aucun hault homme qui a la partie qui prins l’a/ ait esté fort nuysant et pourroit encore estre s’il eschappoit se selon droit on le peut ou doit faire mourir/ car par loy de nature sembleroit que ouy/ comme il soit vray que toute chose tente a destruire son contraire.
Chier amy je te respons que quoy mesme la loy civile die que celuy qui est prins en bataille est cerf et esclave de celluy qui le prent ne doibt pas estre occis/ car le decret afferme que depuis que ung homme est en prison misericorde lui est deue/ dont se deue lui est misericorde comment pourroit il estre occis sans ce que tort luy fust fait Et encore te diray plus fort.
Ung autre decret dit puis que ung homme a vaincu ung autre/ il est tenu de luy pardonner le mesfait et par especial de luy rendre la vie/ si te dy bien que c’est contre tout droit et toute gentillesse de occir celuy qui se rend/ & te dy que les parens en pourroient poursuivir comme de tort fait/ s’il n’estoit ainsi que le prince l’ostast des mains de celluy qui l’auroit prins & que par bonne et juste cause s’il l’avoit bien desservy et que conseil eust que grant mal pourroit venir a luy et a sa terre de le laisser aller/ le fist mourir en autre usage seroit chose tresmerveilleuse et moult inhumaine et trop grant cruaulté.
Et se tu me dis que les anciens avoient loy que s’il leur plaisoit de faire mourir leurs prisonniers ou les vendre a autres/ ou leur faire faire leur labour.
Je te respons que entre cristiens desquelz la loy est du tout fondee sur misericorde et pité ne loist pas user de tel tirannye. Car selon nostre loy ce sont choses excommuniees et reprouvees.
Or te forme autre question c’est assavoir a qui le prisonnier doibt estre ou au seigneur ou a celluy qui l’a prins/ car il m’est advis que cy devant as bien dit que une loy tesmoingne que le prisonnier est a la voulenté de cellui qui le prent/ & puis que a sa voulenté est dont sembleroit il qu’il fust sien.
Bel amy il semble que tu ayes oublyé ce que par cy devant t’ay dit. Si te dis derechief que quoy que voirement soient de divers maistres plusieurs oppinions pro et contra en ce cas Neantmoins est conclud que toutes proyes prinses si que ja pieça t’ay dit doibvent estre en la voulenté du prince/ auquel il appartient les distribuer selon discretion.
Bien t’entans maistre. Or me dy puys que ainsy est que nous cristiens avons laissé les loix anciennes de mettre en servitude ou occir les prisonniers. Je te demande se justement on peut demander finance d’or d’argent ou autre meuble selon ce que on use en fait de guerre communement/ car se bien m’en souvient tu as cy devant dit que au prisonnier est deue misericorde/ & on luy fait doncques tort de luy faire paier raençon comme on ne luy face nulle misericorde.
Je te respons derechief que voirement lui est deue misericorde en deux manieres/ c’est assavoir que la vie luy doibt estre respitee Et plusfort te dy que le maistre est tenu par droit et obligé de faire ayde et deffendre a son prisonnier contre ung autre qui le vouldroit offencer.
Item avec ce luy est deue misericorde en telle maniere que s’il estoit possible que ung homme d’armes eust tout son vaillant sur soy a l’eure que il est prins tout peut estre au maistre s’il ne luy fait aucune misericorde/ mais de droit escrit il luy doibt faire tellement que en prenant raençon de luy laquelle chose est previse en droit d’armes par especial une nation contre une autre nation quant ilz se combatent sicomme une nation de françoys & l’autre nation d’angloys. Et doibt estre regardé par raison que la raençon ne soit si cruelle que l’omme en soit desert/ femme et enfans mis en povreté/ car autrement ce seroit tirannie et contre tout droit d’armes/ car il n’appartient pas que le gentil homme soit mendiant apres sa raençon Ains luy doibt demourer de quoy vivre et son estat tenir Bien fait a priser l’usance d’italie esquelles guerres quant l’omme d’armes est prins ne pert de commun usage que son cheval & harnois/ sy ne luy fault vendre sa terre ne soy desherter pour sa raençon paier. Si peus veoir en quelle maniere raençon convenable est juste selon le droit d’armes/ laquelle est permise/ mais de mettre l’omme en mauvaise prison et le contraindre par tourmens a paier plus qu’il ne peult est erreur inhumaine et fait de mauvais tirant crestien pire que juif. Et si sachez de vray que ce qu’il en a par celle voye est tresmauvaisement acquis et est tenu de le rendre ou c’est a sa damnation si s’en garde ung chascun.
Cy devise se c’est chose de droit de prendre sur terre d’ennemis les simples laboureurs qui ne se meslent de la guerre. xxii.e chapitre.
Maistre je te demande quant ung roy ou prince a guerre a ung autre quelle qu’elle soit/ juste ou non/ s’il peut de droit courir la terre de son ennemy et prendre se il peut a prisonniers toutes manieres de gens/ c’est assavoir ceulz du menu peuple gens de labeur et telz gens/ il sembleroit que non Car pour quelle raison doivent ilz porter la penitance de ce qu’ilz ne se meslent comme ilz ne sachent mestier d’armes et ne soit leur office/ ne que a juger guerre ne soient appellez et que par eulz ne vient Ains leur en desplaist/ sicomme a ceulz qui tousjours vouldroient vivre en paix ne plus ne demandent si en doibvent estre francs sicomme il me semble ainsy que par droit font religieux prestres & toutes gens d’esglise. pource que leur estat n’est pas d’eulz entremettre aucunement de fait de guerre Et avec ce quel honneur peut ce estre ne quel pris d’armes de occir ceulz qui oncques harnois ne porterent ne ne s’en sauroient nullement aider ne les povres pastoureaulx & innocens qui ne font nulle autre office que garder les bestes.
Amy ad ce je te respons supposant en telle maniere/ posons que le peuple d’engleterre ne voulzist faire aucune ayde a leur roy pour grever au roy de france/ & les françoys allassent sur eulx sans faulte par droit et selon loy ne deveroient en riens meffaire ne a corps ne es biens du peuple ne de ceulx qu’ilz savoient qui en riens ne seroient en aide tant de chevance comme de conseil a leur roy.
S’il est ainsy que les subgectz d’icelluy roy ou d’autre en cas pareil soient ilz riches ou povres donnent aide confort et faveur de maintenir la guerre/ les françoys selon droit d’armes pevent courir le païs et prendre tout ce qu’ilz trouveront/ c’est assavoir prisonniers de tous estas mondains & toutes choses sans ce que par droit y soient tenuz de les rendre/ car je te dis que par droit determiné tel est droit de guerre/ que se une guerre est jugee par les conseulz des deux roys les gens d’armes pevent gaigner l’un sur l’autre/ & se aucunesfois les povres et simples/ posons qu’ilz ne s’arment le comperent ne peut estre autrement/ car les mauvaises herbes ne se pevent esracher des bonnes quant pres sont l’une de l’autre que les bonnes ne s’en sentent/ mais vray est a droit regarder que les vaillans hommes d’armes se doivent le plus qu’ilz pevent garder de destruire hommes povres ne souffrir que leurs gens les tirannisent car autrement ilz seroient sarrazins et non pas cristiens. Et se j’ay dit que misericorde soit deue aux ungs saiges que moins ne l’est pas aux autres/ sy doivent grever ceulx qui mainnent la guerre & de leur puissance espargner les simples et paisibles.
Cy devise se ung estudiant anglois estoit aux escolles a paris trouvé/ ou semblablement d’autre terre aux françoys ennemie s’il pourroit estre prins a raençon. xxiii. c.
Mais puis qu’en matiere de prisonniers en fait de guerre sommes entrés je vueil que toy mesmes juges selon ton advis de tel debat et par tel exemple le te proposeray. On scet assez car c’est chose notoire comment le roy de france et celluy d’angleterre ont communement guerre entre eulz. Je prens que ung estudiant licencié de la cité de lomdres soit venu a paris a l’estude pour estre gradué en la science de decret ou de theologie. Advient que ung françoys homme d’armes entent qu’il est anglois & a prisonnier le prent A laquelle chose l’autre forment s’oppose & tant que devant justice vient la question. Auquel debat l’engloys qui en droit fonde ses raisons/ dit qu’il a cas expres de la loy qui fait pour soy pour cause des grans previleges d’eulx aux escoliers et deffent que on ne leur face nul mal ne nul desplaisir/ mais honneur et reverence/ & vecy dist il la raison que la loy y assigne qui seroit celluy dist la loy qui n’auroit escoliers pour recommandez/ lesquelz pour savoir et science acquerir ont delaissé richesses delitz et toutes aises de corps/ leurs amis charnelz & leur pays ont prins estat de povreté/ & ainsy que banis de tous biens ont relenqui le monde et tous autres plaisirs pour l’amour de science/ si seroit bien plain de toute descongnoissance qui mal ne encombrier leur feroit.
A ces raisons l’omme d’armes replicque ainsy. frere je te dy que entre nous françoys ne faisons force des loix de l’empereur Auquel nous ne suymes pas subgectz/ si n’y a que veoir/ l’escolier respond. loix ne sont autre chose que droictes raisons ordonnees selon sagesse/ & se cure n’en avez ja pource ne demeure que le roy de france et les bons seigneurs ne usent de raison et de choses raisonnables/ & de ce que eulx mesmes ont ordonné/ car charlemaine termina l’estude generalle a paris par la voulenté du pape/ laquelle estude se tenoit pour lors a romme/ et y donnerent grans et notables previleges/ & pource envoya le roy de toutes pars querir escoliers & maistres de tous langaiges & les comprint esditz previleges & pourquoy doncques ne pourroient ilz de tous pays venir quant du roy ont licence/ comme tous roys jurent a leur advenement tenir lesditz previleges. A dist l’omme d’armes supposé ce que vous dictes vous devez savoir que puis que guerre fut entre nostre roy et le vostre nul angloys ne doibt en france venir pour telle occasion ne quelconque autre sans avoir bon saufconduit/ et bonne y est la raison/ car vous pourriés soubz l’ombre de l’estude escripre et faire savoir nostre estat en vostre terre/ & pourriez faire des secretz maulx se vous voulliés/ sy n’est raison que au roy ne a sa terre doive tourner a prejudice nul previlege. Ces raisons ouyes amy dy moy ce qu’il t’en semble.