L'art de chevalerie selon Vegece
Part 11
Cy est assavoir que pour assaillir toutes fortes places si que dit vegece/ sont cinq principaulx engins par lesquelz on les peut prendre. L’un est celluy duquel par force de pouldre faicte de charbon de souffre de salepetre et telz mixtions qu’il y convient sont lancees par grant force si grosses pierres qu’elles rompent et abatent tours/ murs et tout ce qu’elles encontrent/ & de ceulx en est de merveilleuse force/ l’un plus l’autre moins.
Item on fait ung autre engin qui selon l’ancien usage comme dit vegece est appelle mosselle ou moitelle si est couverte comme une maison plate et large/ & y a fiens par dessus affin que pierres ne le puissent rompre ne feu ne s’y puisse prendre et a roues se maine en tel engin sont dedens mussez hommes qui mainent et trainent avec eulz branches d’arbres et toutes choses bonnes a remplir fossez/ & par celle voye en peut on user en tel cas qui veult par quoy sera donnee voye aux autres engins de povoir estre menez jusques aux murs.
Item le iii.e engin est appellé mouton lequel est fait de mairien en guise de une maison couverte dessus/ en laquelle couverture sont clouez tout a l’environ cuirs crus et tous frecs qui peut/ affin que feu ne s’y puisse prendre. Au front de celle maison a ung tref/ qui a le bout tout couvert de fer gros et mascis Celluy tref on tire a chaines et est fait en la maniere que on le peut bouter et tirer tellement que ceulx qui sont dedens l’engin pevent par ce tref ferir grans coups contre le mur si que tout l’estonnent Si donne ses cops tout en la maniere que ung mouton recule pour heurter: & pour ceste cause est appellé mouton.
Item le quart est appellé bigue et destuy l’on n’a acoustumé soy aider si non au grant effort/ il est fait de gros mairien a viii. piez de lé & xvi. de long. couvert de cloyes et de fiens/ affin que pierres ne luy nuyssent/ & de cuirs gras advironnés pour le feu dessoubz en cest engin sont les hommes d’armes qui percent le mur et dessus ponts levis qu’on dit ponts volans/ que embatre pevent jusques aux murs assient leur estage eschielles en divers estages.
Item le v.e engin est encore de plus grant force & le moins en usage pource qu’il n’affiert si non en assaulz de grant et notable cité ou fortes places fort desirees ou sieges sont tenus a bon loisir/ et cestuy est appellé tour/ et est fait de gros mairien et d’entablemens a plusieurs estages. Et pour ce dit vegece que si grant edifice doibt bien estre gardé. Il affiert affin que feu n’y soit bouté qu’il soit couvert qui peut de lames de fer ou de cuirs crus et tous frecs/ Ausquelz selon ce qu’ilz sont haulz on leur donne de clarté. Car aucuns sont de trente piez: autres de l. & autres de lx. Et mesmement telz en y a si hault que non pas seulement surmontent les murs/ mais mesmement les plus haultes tours Si est celluy engin assis sur roes mouvables qui a force d’ommes et de chevaulz est mené au plus pres des murs qu’il est possible/ et pons volans y a que on peult embatre jusques dessus les murs/ & s’il advient que celle tour puist estre approchee des murs fort seroit ce en pou d’eure la ville n’estoit prinse/ car la dedens sont foison de gens d’armes en tous les estages. Dont ceulz d’en hault se combatent a bon trait & main a main a ceulx de dessus les murs et tost vaincre les pevent/ ceulx des autres estages percent le mur et ainsy de toutes pars envaÿe la cité ou forteresse par tel effort que ceulx de dedens ne scevent auquelles entendre/ si sont de legier prins et c’est ce que vegece enseigne quant il dit/ de plus de pars & de plus d’engins et de force/ assauldras tout a ung coup la forteresse et plus se esbahiront les deffendeurs & plus tost se rendront/ & pource que ad ce faire servent les eschielles et semblablement tous engins qui pevent estre faitz a monter hault est besoing premiers telz montees que on sache la haulteur des murs/ et a ceste cause l’enseigne vegece par deux voyes. L’une est telle qu’il dist que une saiette soit traicte jusques au hault du mur/ a laquelle ait ataché ung filet fort long qui soit tenu et pour ce pourra estre sceue la haulteur du mur. L’autre voie est que quant le soleil est tourné & il jecte l’ombre du mur & des tours a terre/ adont peult on mesurer l’ombre l’espace d’icellui/ deux bastons fichez aux deux boutz/ & par advis le bon et saige peut on extimer la haulteur que aux engins & autres habillemens convient avoir.
Cy commence a parler de deffendre chasteaux et villes selon vegece et sa doctrine. xxxvi. chapitre.
Chose est certaine que assez de legier se pourroit prendre & vaincre toute forte place s’il n’y avoit qui la deffendist. Et pour ce tout ainsy que vegece mist en son livre pour doctrines d’armes les manieres d’assaillir citez & chasteaulz. Semblablement fist il de les deffendre/ sy dit que contre les dessusditz engins et perilz et autres assés dont sachans qui en eux aient vertu de chevalerie y a mout de remedes/ car il n’est maladie ou il n’y ait secours/ & mieulz vault subtilité d’armes que force/ souvent advient et mesmement en cas de prendre chasteaulx et citez/ ainsy que par subtil art prindrent les rommains la forte cité de capasa que au roy tygrayn estoit d’armenie/ qui les guerroioit/ car ainsy que les ambaxadeurs d’icelle cité pour cuider traictier paix alloient & venoient les rommains s’embuscherent empres les murs Et quant lesditz ambassadeurs cuiderent entrer es portes les rommains saillirent sus si appertement qu’ilz prindrent la porte et tant le tindrent par leur vaillans et nobles couraiges que tout l’ost y entra Et par ceste maniere fut gorgiasement prinse celle cité tant forte et bien garnie qui par assault ne le peut estre. Et derechief dit vegece que plus est le commun avantaige aux deffendeurs que pour les assailleurs pour plusieurs raisons et mesmement en fait de combatre/ car ce que on gecte de hault soient lances pierres ou autrement de tant viennent de plus hault/ de tant plus blescent/ ausquelles choses se grant vertu y est adjoustee nulle garentise ne peut deffendre les combateurs de ce attains que fouldre ne les craventent. Premierement pevent ceulz de dedens estre secourus par leur seigneur s’il n’est en la place/ lequel a tresgrant force de gens d’armes pourra venir lever le siege & leur venir donner secours/ ou par aide d’aucuns de leurs amys ausquelz mandé et requis l’auront.
Quant le duc Lantalus capitaine d’ost rommaine estoit a ost contre le roy mitridates/ il manda a ses gens lesquelz estoient en la cité de Miteme qui si forte estoit que la mer y battoit d’une part et deux paires de murs l’advironnoient/ qu’ilz ne se esmayassent pour la grant aliance & puissance du roy mitridates/ & que tost secours auroient/ & fut grant chose au message passer par tant de gens et y aller/ mais ce fut par nuyt a nager ou il mist deux grosses bouteilles soubz ses aisselles/ & naga vi. mille pas de mer/ & par celle voye entra en la cité/ & tantost apres fut le roy mitridates contresiegé/ ou a tresgrant meschief fut son ost par faulte de vivres qui [ve]nir ne luy povoient. Eulz mesmes ou partie d’eulz se assez fors se sentent pevent assaillir les aultres despourveuz se leur point voient/ & ainsy les assaillir comme ilz sont assailliz/ car par celle maniere et voye a esté plusieurs foys assailli et vaincu. Et est chose tresfort necessaire que toutes gens qui en bataille vont pour la deffence du païs et cité/ aient bonne esperance envers dieu d’avoir la victoire pour le bon droit qu’ilz ont autrement ilz ne pourroient hardiement ne vaillamment combatre/ et que ceste esperance doibvent avoir est apparu trop de foys par l’effect qui en advenoit que dieu est favourable a telz combateurs/ si comme mesmement sembla qu’il fust a la cité de romme/ lors que entre les aultres foys ung nommé hanibal venu avecque merveilleux & grant ost devant la cité pour la destruire/ mais comme les rommains feussent yssus contre luy par grant et merveilleux hardement posé qu’ilz feussent le tiers moins de gens. Nostreseigneur qui ne voulut la ville ou il vouloit le temps advenir ediffier son eglise estre destruite/ envoya une si tresgrosse et merveilleuse pluye droit a l’eure que assembler vouloient que tant furent chargez leurs harnoys d’eaue que aider ne se peurent & a force les convint retraire/ et par troys foys ensuivant ainsy leur en advint comme se droit miracle fust. Hanibal dist que pas ne vouloit prendre guerre aux dieux/ car bien veoit qu’ilz estoient favourables a romme.
Item par paix et convenances qui se pevent faire et que on fait souvent advient aucunesfois que c’est plus le proffit de ceulz de dedens que de ceulz de dehors/ mais se a toutes fins les convient la dedens deffendre par vertu de leurs corps sans autre remede/ bon couraige leur est besoing. A l’exemple des cartaginois lesquelz ains que rendre voulsissent leur cité aux rommains pour destruire mieulz aimerent mourir/ lors que en parolles les tindrent lesditz cartaginois que forgé eussent armeures d’or/ d’argent/ de cuivre/ & de plusieurs autres metaulz pource que fer et acier leurs estoient faillis/ & avecques icelles se deffendirent jusques a la mort.
Sy convient que telz gens s’aident d’engins feu et pierres par tresgrant force/ Il est de necessité que ilz aient appareillé pos huille et souffre estouppes a grans touppilons que souvent traient aux engins de leurs adversaires et ennemys tant que en quelque maniere ou façon le feu y boutent/ & peut on bien trouver la maniere et habillité de faire bastons de sec boys cavez dedens et plains de feu convient et avoir estouppes & tirer ausditz engins le mieulz qu’on peult. Et semblablement les peut on bien destruire par ung engin duquel on gecte une fonde laquelle fonde est de fer a aneaulz/ et empres se dessusdit engin soit une forge laquelle ait ung grant fer bien rouge et bien embrasé si soit incontinent ce fer jecté en l’engin de dehors quel qu’il soit/ et contre ce fer ne peut avoir deffence cuir cru ne mesmement platines de fer.
Item on peut par nuyt avaller certains hommes en corbeilles a tout bon feu tout alumant si le fichent en engins.
Item on a veu plusieurs fois saillir hors ceulz de dedens et destruire par fer et par feu leurs ennemis. Avec ces choses dit que ceulz de dedens doivent adviser que de la partie ou cest engin appellé tour est assiz/ et soit de nuyt suhaussé le maçonnaige affin qu’il soit plus hault que l’engin et par en hault bastir d’aiz et d’entablemens pour mieulz surhausser/ Car ce le mur n’est plus hault l’engin est de petit proffit/ mais les assiegans ont communement une cautelle qu’ilz batissent ladite tour affin qu’elle semble plus basse que les murs/ apres font secretement une autre tourelle d’entablemens/ laquelle quant le grant engin est joinct au mur soudainement a cordes & tresgrans crocs la mectent hors/ et l’assient sur l’autre et tout acoup par celle voye les gens d’armes assaillent si soudainement les murs que grant deffence y convient s’ilz n’y montent/ mais a cestuy impediment doibvent estre pourveuz ceulz de dedens de bons gros trefz ferrez bien longz par lesquelz avec grant force le boutent arriere.
Item il dit que quant jadiz la cité de rodes fut assiegee par une semblable tour mouvable de tresmerveilleuse haulteur et trop plus que les murs n’estoient/ ceulx de dedens voyans venir vers eulz le grant edifice Si s’adviserent la nuyt devant de grant cautelle. Ilz percerent leurs murs par subtilz moyens et caulz/ c’est assavoir les fondemens dessoubz les murs & fouyrent la terre ou lieu & a l’endroit qu’il leur sembloit que l’engin devoit estre mené/ et grans fossez firent pour laquelle chose l’engin arrivé a tout ses roes grant & merveilleusement pesant fondit la terre en maniere que estre ne peut relevé/ & par celle voye fut la cité garantie. Et est assavoir que propres noms avoient au temps ancien les joinctures mouvables de ces engins si que dit sera sy apres Par quoy lesditez tours jointes aux murs/ les archiers les fondeurs et tous les hommes de trait & aussy les gens d’armes chascun endroit soy efforçoient a tollir les murs a ceulx de dedens qui a leur povoir les leur callengoient. Si estoient les murs pourprins d’eschelles de toutes pars ou s’abandonnoient a plusieurs perilz ceulz de dehors pour y monter/ lequel usage d’escheller en tel cas trouverons premierement ceulx de la cité de capue contre ceulz de dehors lesquelz eulz et leurs eschelles furent tresbuchiez/ et a force de trait les mettoient par terre mors & occis/ sy y avoit engins qui se nommoient Sambuche/ Exostre/ et Thelenon.
Sambusch est ung engin fait en maniere de une harpe habille a percer le mur et est a cordes ataché a ladicte tour.
Exostre estoit nommé le pont par dessus que on jectoit soudainement de la tour sur le mur/ par lequel les gens d’armes alloient jusques dedens les murs.
Telenon estoit ung engin qui avoit ung tref fiché par le millieu si que une lance ung autre tref plus loing/ duquel chascun des boutz on pourroit avaller a chaines et a cordes tout ainsy que on voulloit. Et quant l’un estoit avalé/ l’autre se haulçoit/ ainsy que fait une lance sur le bout/ devers la forteresse estoit fait ainsy que ung petit chastellet de cloyes et d’aiz bien joinct/ et le bout de celle part avallé se chargoit de gens d’armes et l’autre bout de celle part avallé on les mettoit contremont jusques dessus les murs. La deffence contre iceulz engins estoient bons magonneaux lombardes et grosses pierres et arbalestres a tour bien tenduz/ a bonnes cordes de nerfs.
Cy devise les remedes contre lesditz engins. xxxvii. chapitre.
Contre l’engin qui est nommé mouton enseigne vegece plusieurs remedes. C’est assavoir que quieutes matelas ou sacs plains de fiens soient avallez contre le mur au droit ou le tref doibt venir ferir/ et par la moleté d’iceulz seront les coups rompus.
Item on fait ung autre engin appellé loup auquel est ung fer courve/ qui a tresfors dens agus Si est assis par telle maniere sur le mur qui vient engouler le tref du mouton/ & sy fort le tient que estre ne peult avant ne arriere/ & aucunesfois le tirent en hault a force de cordes si que plus ne les peut nuyre. Et s’il advient que par force soit le mur percé ou prins ceulz de dedens garnis de toutes estoffes tantost facent ung autre mur de celle part et enclouent leurs ennemys se ilz pevent entre deux murs/ ou s’ilz s’y viennent embatre si les occient.
Remedes convenables contre la mine. xxxviii. cha.
Contre l’autre maniere de combatre forteresses c’est assavoir par mine qui se fait soubz terre sont les remedes telz.
Premierement se estre peult on doibt tellement a parfondir que nulle mine ne puisse par dessoubz passer.
Item ceulz de dedens doibvent aussy monter au plus hault de leurs tours/ & prendre garde s’ilz verront de quelque part hommes portans terres/ et avec ce doibvent souvent escouter joingnans les murs par embas se aucunement orront marteller/ & s’il advient qu’ilz s’en apperçoivent doibvent tantost continuer et tant faire qu’ilz viennent jusques a la myne de leurs ennemys/ et celle part a tout hommes et bonnes lances leur calenger par grant vigueur l’aler plus avant. Sy aient mys des a l’entree de leur mine cuves plaines d’eaues et d’orine puys faignent qu’ilz s’en fuyent et s’en saillent hors s’ilz pevent et tout acoup jectent celle eaue contreval Et se par l’aide des femmes elle povoit estre boullant mieulz vauldroit/ & ainsy dit il ont esté plusieurs mineurs occis.
Or posons que ceulx de l’ost eussent les murs les tours et les portes de la cité/ se doibvent pourtant ceulx de la cité occir comme bestes & par paour on les puisse prendre Nenny/ Ains comme vassaulz eulz deffendans jusques a la mort/ tousjours aiant bonne esperance doibvent monter aux fenestrages des maisons et sur les toitz et a bonnes pierres et tuilles eaue boullant et chaulz s’ilz pevent occir leurs ennemys ainsy qu’ilz vont traçant par tropeaulx pour fourrager la ville/ & s’ilz pretendoient bouter le feu les servent de sy grosses pierres que tous les escervellent/ car trop a de lancer greigneur advantaige si que dit est le hault que le bas/ & par ainsy si chier se vendent que ilz ne laissent pas d’avantaige/ car par celle voye en hardy couraige n’en doubte nulz/ se sont plusieurs villes surprinses par celle voye eschappees et delivrees a grant victoire/ car trop est grant chose a gens d’armes s’embatre en autruy ville/ en cas que bien garnie soit et bon couraige aient les habitans d’eulz deffendre.
O merveilleux couraige contre leurs ennemys eurent ceulz de la cité de moyance quant ilz veirent que plus ne se povoient nullement tenir contre les rommains qui moult longuement y avoient tenu le siege. Adonc comme ceulx qui mieulx aymoient mourir et destruire eulz mesmes leur cité & tous leurs biens que ce que leurs ennemys en feussent maistres/ ne joissans de leurs grans tresors/ car mout riche estoit sy bouterent le feu par tout qui grant hydeur estoit a veoir si grant cité toute en une flambe ou estoient perilz femmes et enfans et puys issirent hors sy vendirent chier leur grant ire aux rommains qui moult y perdirent des leurs Ains que affin les meissent et riens n’y gaignerent.
Une chose apprent vegece/ c’est que les habitans se ad ce sont venus bien se gardent de tenir chose a eulz musable/ comme tenir leurs portes closes/ car dist il on dit donner congié en tel cas a son ennemy de soy aller se bon luy semble/ car le tenir enclos luy pourroit doubler force/ puis que espoir n’auroit de povoir fouyr.
Advient aucunesfoys que ceulz de l’ost faingnent par cautelle qu’ilz se departent/ et vont assez loingz ainsi que firent jadis ceulz de gresse devant troyes apres la paix faicte/ mais lors qu’ilz pensoient que ceulz de dedens se tenissent asseurez. Doncques tout quoyement par nuyt retournerent sy eschellerent les murs et monterent dessus/ ou les guettes trouverent endormys et acoup les surprennent/ si les occirent incontinent. Et par celle cautelle ont esté plusieurs villes prinses/ & aussy eust esté la bonne ville de romme au temps que ung nommé Hanibal estoit devant/ quant le cry des oyes d’aventure esveilla les gardes/ & pource que telles choses communement et souvent se font y affiert a toute heure grant garde. Et doibvent estre faictes chambrettes ou petites logettes sur les murs pour garder ceulx qui feront le guet de froit en yver & de la chaleur du soleil en esté/ & avoient en usaige anciennement de nourrir tressaiges et aspres chiens en icelles maisons et es tours/ affin que par eulz peust estre sentue ou congneue la venue des ennemys.
Avec toutes ces manieres de deffendre enseigne vegece aux enclos que soingneux soient d’enquerre et savoir par aucunes espies l’affaire de leurs ennemys/ ne chose n’est nullement sy utile Car par ce pevent mieulz appointer de leurs necessités et affaires/ par quoy s’ilz ont tresvaillant et noble couraige et ilz puissent bonnement savoir l’eure que leurs adversaires ne soient sur leur garde ou soient assiz a leur menger/ ou se voient esbatant ça et la/ et qu’ilz ne se donnent garde que ceulz de dedens doivent saillir/ adont tout acoup doivent aller sur eulz/ & mesmement s’ilz pevent saillir hors par quelque faulse posterne par derriere est leur meilleur/ et que bien se gardent que leur convine ne soit accusé: par quoy aucune embusche y puist estre mise pour les occir/ mais se par la voye dessusdite les povoient surprendre/ ilz s’en pourroient despecher. Et a propos de hardy couraige en deffence de cité fut grant merveilles de la cité de munance en espaigne au temps que les rommains les avoient tellement menez que yssir n’osoient de la forte closture Neantmoins delibererent mieulz mourir que estre serfz/ mais ainçoys se voulurent chier vendre a leurs ennemys. Et pource de telle quantité qu’ilz avoient de blez qui pou estoit brasserent ung tel beuvrage que quant beu l’eurent furent tous yvres si yssirent adont & tant firent d’armes que ains que estre peussent du tout desconfitz/ ilz destruirent presque tous les ennemys/ & se en quantité egalle eussent esté ja rommains n’en fussent venus achief. Mais au premier propos dit vegece/ s’il advient que en celle empainte fortune ne soit pour eulz ains soient reboutez/ doibvent bien avoir ordonné que incontinent et prestement la porte soit ouverte/ & se les autres les suyvent jusques sur le pont ou dedens la porte ilz soingnent que dedens soient enclos/ et que sur les murs ait assez bonne garnison de pierres et grant force de trait pour les convoier de toutes manieres d’engins/ & par telle maniere et façon que tous ou la plus part ne s’en retournent pas Si ne soit le gaing tout pour eulz Neantmoins est tresmerveilleux et grant peril soy combatre sur pont/ A l’exemple de ung roy de gaule Lutuitus avecques son grant ost contre les rommains que tellement eut chargé le pont de bois que sur la riviere du rosne eut fait faire qu’il rompit et y perirent et furent nayés tous les siens de quoy ce fut trespiteuse besoigne. Et s’il advient aucunement que par maniere d’aucun accord ou traictié soit parlé d’avoir la fortresse de ce on soit advisé que la tresgrande desloyauté d’aucun mauvais ne peut nullement decevoir l’ignorance des simples/ car aucunesfoys et souvent ont plus nuyt paix faintes soubz umbre d’accord que force d’armes.
Cy commence a parler des batailles qui se font par mer. xxxix. chapitre.
En ensuivant les choses dessusdictes en la fin de son livre touche vegece assés en bref aucunes choses convenables a batailles qui se font par mer. Et premierement de la façon des nefz faire & gallees/ dit que en mars ne en avril que arbres habondent de humeurs ne doivent pas estre les arbres coppez pour faire les nefz Ains le doivent estre en juillet et en aoust lors que l’umeur des arbres se prent a secher/ & que mesmement les ais syez doibvent estre laissiez secher tant que lors soit la verdeur. Avec ce dit que a claulber les ais des nefz vallent mieulx cloux d’errain que de fer quoy que fer soit plus fort/ mais l’arrain pource que plus a en soy de moisteur mieulz se tient en l’eaue et plus longuement sans pourrir.
Item dit que ceulz qui par mer veullent aller soit en armee ou autre affaire doibvent bien eulz pourveoir de bons nautonniers maistres en cest office/ et que bien se congnoissent es vens et quelz choses leur pevent nuyre des perilz de mer/ sachent les destours et aussy les adresces de tous les portz/ et que tresbien ilz se congnoissent en la carte et es signes du ciel/ ou mariniers prendent leur regard/ congnoissent aussy les signes qui demonstrent fortune de mer advenir prochaine qui apperent tant au soleil comme en la lune es vens es oyseaulx et mesmement aux poissons soient tous maistres et gouverneurs de leurs voilles tirer cordes a point et laisser ancrer et desancrer et que plusieurs foys se soient trouvez en batailles de mer en divers perilz et autres adventures.