L'art d'aimer

Part 10

Chapter 103,213 wordsPublic domain

Ses cheveux s’étaient dénoués, épandus sur son front et sur ses épaules: à genoux, elle enferma sa prière dans ce secret.

Demeuré seul dans une sorte de rayonnement ébloui qui peu à peu s’était endormi, Raymond assis à sa table écoutait le rythme de ses songes. Toute la chair blanche de Simone neigeait sur ses pensées.

--Tu es, disait-il, la neige de mon enfance.

Sur une feuille bleue, sur laquelle Simone, en se dévêtant, avait jeté la rose rouge de son corsage, il écrivit:

Ta neige a neigé ses plumes de songe Qui couvrent ma chair de leur ouate et montent Jusqu’à la coupelle bleue des hêtres et des chênes, Jusqu’au dôme de la forêt, lourde de ses faînes Endormies... O, Simone, mon âme tremble Et se blottit en la tiédeur mate de tes mousses Et de tes aines embaumées, tièdes et rousses Comme la chevelure de l’Automne. Il semble Qu’une musique de silence bruit et se lève Du parfum de ton âme secrète qui saigne Le lent jaillissement de ses élans et de ses rêves. Je bois cette musique mouillée où se baigne Mon visage grave, et j’écoute le goutte à goutte De la source d’or et d’ombre à l’odeur salée Dont le rythme bat le rythme de ma pensée. Tout le bleu de ton sang coule sous cette voûte Dont l’ogive domine mon âme qui s’agenouille. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Du sanglot de ta prière, étouffe et mouille Mon baiser qui s’écrase au pistil de ton songe...

XX

Fidèle au rendez-vous qu’il s’était donné avec Morangis, Raymond vint ce soir-là sonner à la porte de Madeleine. On l’attendait.

Raymond était demeuré pour Madeleine l’amant de son intelligence, et c’était une empreinte indélébile. Et si Morangis se sentait attiré vers Madeleine qu’il visitait maintenant quotidiennement, c’était, sans qu’il s’en doute peut-être, leur double imprégnation des pensées de Raymond qui créait leur fraternité. Leur mutuelle tendresse pour le jeune Dionys ajoutait encore à ce lien moral, une sorte de secrète complicité sexuelle. Ainsi Dionys se trouvait être à la fois le complément sensuel et sentimental de Madeleine et de Morangis: un peu une femme pour Madeleine cérébralement virile, un peu un homme pour Morangis, artiste à la sensibilité féminine.

Élevé dans cette atmosphère de double adoration, Dionys prenait de plus en plus conscience de sa divinité, et se laissait aimer passivement, comme tous les dieux.

--Pourtant, réfléchit Raymond, en amour, c’est celui qui aime qui est le vrai Dieu, car c’est lui qui impose sa volonté, son sentiment, sa création d’un monde. Celui qui se laisse aimer est l’esclave...

Après quelques paroles de banalité affectueuse Raymond retomba dans son monologue interrompu, qu’il sut accrocher à la conversation commencée.

Madeleine pensait aussi que c’était celui qui aimait qui était le maître:

--Être aimé, dit-elle, c’est, en effet, tomber dans un décor étranger, sous les feux d’une lampe magique qui nous transforment, nous métamorphosent à nos propres yeux.

--Oui, continua Raymond, ce qui nous réjouit, en amour, c’est la sensation de notre puissance: faire jaillir d’une femme la plus grande volupté, lui imposer notre joie, mais surtout peut-être nos sentiments, nos jugements... La sensualité est plus cérébrale que physique, et notre volupté consiste davantage à décrocher l’exaltation d’une femme qu’à nous griser d’un vertige physique si fugitif.

«Chez certaines femmes aussi la sensualité se cérébralise, et c’est ce qui distingue les lesbiennes des femmes dites normales. Comme les hommes elles mettent leur volupté à vouloir donner de la joie et non plus à la subir; elles veulent prendre au lieu de se donner. Les vraies lesbiennes dédaignent les passivités de l’amour.

--Cela se comprend, observa Morangis, puisque, dit-on, elles sont douées d’un bourgeon de virilité...

--Celles-là, reprit Raymond, ce sont les tribades, mais l’espèce en est fort rare. Non, la lesbienne n’est pas un être hybride, physiologiquement: elle est une pure femme, mais une femme qui conçoit la sensualité d’une façon virile, et la transpose cérébralement comme les hommes. Je me souviens des confidences indiscrètes que me fit sur ce sujet une jeune lesbienne qui n’avait plus de secrets, même physiques, pour moi. (Les lesbiennes passives ne dédaignent pas du tout les hommes un peu féminins dont la virilité, même excessive, ne les brutalise pas.) Celle-ci était aimée, à l’époque de cette confession, d’une Muse célèbre, célèbre surtout peut-être pour la rigueur de ses principes saphiques, pour l’orthodoxie de son dogme: jamais, en effet, aucun homme n’avait pénétré ni dans son cœur ni dans sa chair.

«Elle m’évoquait cette Muse nue dans sa nudité d’éphèbe, et, ceinte d’un olisbos, se précipitant vers elle, de toute son ardeur artificiellement inépuisable! «Elle me violait encore des mots et des baisers de sa bouche, du désir de ses mains et de ses yeux, et, se réjouissant de ma craintive défaillance, me torturait sans pitié de l’orgueil factice, dont elle était armée. Triste possession qui ne me possédait pas. Je la revois lasse et découragée, ayant jeté loin d’elle sa ceinture virile et s’abandonnant enfin à mes reposantes caresses.

--C’est là vraiment, dit en souriant Madeleine, une forme imprévue du bovarysme...

--Oui, Madeleine, répondit Raymond, une forme d’un bovarysme physiologique, par lequel ces femmes se conçoivent hommes. Elles sont des hommes. Il y a des hommes qui se conçoivent femmes; et ce sont vraiment des femmes.

Ils parlèrent ensuite d’eux-mêmes avec discrétion. Raymond ne faisait jamais de confidences à personne; Madeleine, en toute pureté, s’abandonnait aux spontanéités de ses instincts et de ses passions, se faisant une morale de sa sincérité. Quant à Morangis, il trouvait dans les paroles de Raymond un assentiment à ses curiosités sensuelles. Dionys, blotti dans la robe de Madeleine, écoutait sagement en fumant de blondes cigarettes.

* * * * *

Chaque soir, lorsqu’il abandonnait Simone, Raymond lui remettait une petite lettre bleue, qui était comme la mise au point de leurs sentiments et de leur amour, un éclair de conscience que le lyrisme des mots atténuait.

Il sentait bien, au fond de lui-même, que ces écritures étaient une faiblesse et comme l’aveu d’un doute maladif, mais il ne pouvait résister à ce besoin de s’analyser et de fixer, pour une éternité illusoire, l’essentiel de leurs gestes et de leurs sentiments:

--C’est ma vie que je compose, pensait-il: c’est aussi physiologique que pour les abeilles la fabrication de leur miel... Sans l’agglutination de ma salive mystique, que serait le parfum de Simone?...

«On n’écrit, pensait-il, que ce qu’on n’a pas complètement vécu, épuisé: c’est un prolongement des rythmes, des accords et des images: une création d’art. Aussi un état de désir cultivé: Je veux que ces heures de solitude soient baignées dans l’érotique mysticité de mes mots, qu’ils s’enroulent à elle comme des bras, qu’ils s’écrasent sur sa chair comme des baisers. Je veux que ma présence lui soit une obsession, qu’elle m’évoque parmi la tentation de mes livres dont elle fut un instant jalouse. Mais je la sais rassurée: elle sait maintenant que mes livres dorment dans leur poussière de pensée morte et que je ne les ouvrirai pas.

XXI

Un matin, parmi les lettres, les journaux et les papiers de son courrier, Raymond découvrit une nouvelle lettre de Rite. Il avait déjà fait le geste de la jeter dans les limbes où dormaient les autres messages de l’exilée, mais il songea que maintenant il se sentait assez affermi dans son sentiment pour Simone et qu’il pouvait sans danger de dispersion sentimentale, écouter la plainte de Rite et dérouler le film de ses dernières semaines. Commençant par la première lettre, il suivit donc la graduation de l’inquiétude de Rite jusqu’au point mort d’une sérénité découragée. Elle était enfin revenue près de son mari: «Maintenant que tu es loin et silencieux, c’est auprès de lui que je te retrouve, écrivait-elle, nous vivons en toi, et cette communion fait l’harmonie douloureuse de notre vie.» Mais sous ces mots qui semblaient accepter la cruauté de son destin, il y avait un cri d’appel auquel Raymond ne put résister. Il était ému, plus qu’il ne voulait se l’avouer, de la constance de cet amour et de cette divinisation de lui-même. Il profita donc d’un après-midi où Simone ne devait venir qu’à six heures pour donner un rendez-vous à Rite, en un petit coin de souvenirs où ils s’étaient jadis réfugiés un jour d’orage.

Rite est là debout dans cette chambre d’hôtel, son geste d’accueil replié par l’émotion. Ses lèvres tremblantes s’ouvrent et elle ne peut parler. De son visage immobilisé en un sourire grave et douloureux tombent ses larmes. Raymond s’est approché d’elle et la serre silencieusement contre lui. Il a posé sa tête sur le cœur de Rite qui sonne comme une cloche sous la blanche coupole de son sein. Puis tout à coup leurs bouches se sont cherchées et jointes et ils se boivent en fermant les yeux. Ils ne s’arrachent à l’obstination de ce baiser que pour se mêler dans leur nudité retrouvée. La chair de Rite frémit comme un violon sous la main de Raymond et ses larmes se mêlent à l’onction de sa joie. Enfermé dans le vertige de cette musique parfumée, Raymond, accroché aux genoux haut-levés de Rite se sent le divin rameur de cette barque dorée, que chacun de ses mouvements soulève au-dessus des vagues, au-dessus des songes. Fuir, se fuir, plus loin encore de soi-même et des fantômes du souvenir. En pleine mer. En pleine solitude.

Raymond n’avait peut-être jamais encore si lucidement compris la solitude où nous élève la communion sensuelle. Rite avait senti, elle, que la douleur des jours d’angoisse et d’attente aboutissait à cette heure dont le rayonnement abolissait le passé. Elle vivait dans un présent qui se prolongeait indéfiniment dans l’avenir. Elle ne songea même pas à interroger Raymond sur sa vie de l’absence, et lui-même, ne voulut pas, par de vaines paroles, réveiller des tristesses endormies.

Il se souvint seulement tout à coup que Simone l’attendait, et qu’il lui fallait partir. Malgré les effusions de sa tendresse sensuelle, Simone était encore pour lui l’incertain, donc l’amour. Rite ne comprit pas la cruauté de ce départ précipité dont Raymond atténua l’amertume par la langueur prolongée de son adieu:

--Nous nous sommes retrouvés, Rite, parce que nous ne nous sommes jamais perdus.

XXII

Simone, un peu fiévreuse, attendait Raymond. Il la surprit penchée au-dessus de l’escalier et l’ayant aperçu montant les marches elle était rentrée subrepticement chez elle, en refermant silencieusement la porte sur son inquiétude rassurée.

--Elle m’aime donc, se dit-il, puisqu’elle m’attend avec impatience. Mais je ne suis peut-être pour elle que l’eurythmie de sa chair et de sa sensibilité. Les hommes s’enorgueillissent d’être l’amant d’une belle femme. Ils ne sont souvent pour elle que cela: le régulateur de leur horlogerie sensuelle.

Raymond s’agenouilla près de Simone, étendue sur son divan: ses lèvres suivaient rêveusement la ligne de ses bras nus, qu’il souleva pour boire déjà un peu de son parfum secret, au creux de ses aisselles. Un peu de l’odeur de Rite se mêlait à sa rêveuse aspiration...

Mais Simone avait pris la tête de Raymond entre ses mains.

--Il y a ce soir, lui dit-elle, une lumière ardente dans tes yeux et sur ton visage. Je sens que tu m’aimes.

Et toute émue, elle baisa longuement la lumière des yeux de Raymond. Son baiser descendit vers sa bouche, s’y scella dans une respiration de toute sa chair; et déjà la plainte de Simone montait dans la nuit qui les isolait du monde. Mélopée douloureuse qui semblait se déchirer, s’ensanglanter au thyrse sacré, et qui ne s’éteignait que pour résurgir, inlassablement.

La fatigue nerveuse, ainsi qu’un alcool, avivait la ferveur de Raymond, et Simone troublée de la perpétuation de ces accords sensuels, s’exaltait: de son âme jaillissait la spontanéité jusque-là réfrénée de ses mots et de ses sentiments.

--Tu n’as donc pas compris que je t’aime, Raymond: que je m’abandonne toute à toi et que je mets dans mon amour toute la religiosité de mon enfance. Je baise ton corps comme jadis, petite fille, je venais baiser les plaies sacrées du Christ. Mais le Christ, tu me l’as dit, était un peu comme André Gide: il aimait mieux les hommes que les femmes. Je lui en veux de s’être laissé aimer par Madeleine et de ne lui avoir donné en retour que le mensonge d’un songe.

--Qui sait! Simone, répondit Raymond, en rêvant à cette image du fils de Dieu en exaltation sensuelle; l’orgasme divin...

Mais Simone ne sourit même pas à cette évocation un peu blasphématoire.

--Laissons le Christ et ses amours incertaines, dit-elle un peu brusquement: il s’agit de nous et de notre amour... Oui, je sais, Raymond, ton insatiabilité toujours tourmentée épuise mon âme et ma chair...

«Ma mort seule, ajouta-t-elle un peu tristement, te guérirait peut-être de ce doute perpétuel que tu sembles cultiver en toi comme une plante empoisonnée. Même à cette minute où mes mots te supplient et pleurent leur sincérité, tu ne me crois peut-être pas encore. Mais je veux que tu me croies, Raymond, parce que je ne puis plus porter seule le secret que jusqu’à ce jour je t’ai caché pour ne pas t’inquiéter: je préférerais mourir que de te faire de la peine, mais en vérité je ne puis plus supporter l’injuste douleur de ton doute.

--Quel secret, Simone? interrogea Raymond avec angoisse. Réponds-moi...

Elle se recueillit un instant, et comme hallucinée par sa propre pensée:

--Non, je ne veux pas te quitter une fois encore... Je ne peux pas, je ne peux plus vivre loin de toi... Si je meurs, Raymond, ce sera près de toi, clouée à ta chair comme à une croix, en me brûlant à ton désir et à ton amour...

--Quoi? Simone, me quitter, mourir... tu me rends fou; que veux-tu dire? Nous nous aimons: nous ne nous quitterons jamais... jamais plus.

Et, en disant cela, Raymond avait déjà vécu la ferveur éternisée que lui offrait Simone.

--On veut nous séparer, Raymond, répondit-elle. On veut nous séparer pour que je vive... On veut m’arracher à mon divin bourreau... C’est toi le «bourreau», expliqua-t-elle, en souriant dans ses larmes.

«Écoute, et pardonne-moi la peine que je vais te faire, si tu m’aimes...

Simone avoua alors à Raymond l’état de fièvre dans lequel elle vivait depuis quelques mois, et qui souvent la faisait défaillir.

--Malgré ces faiblesses de ma chair malade, je n’ai jamais voulu me priver de venir vers toi. Tu te souviens de ce soir où je m’étais évanouie dans la voiture qui nous reconduisait chez toi et où tu me portas dans tes bras jusque sur ton divan? O, Raymond, ce soir-là, je me suis donnée à toi avec un tel désespoir que j’aurais voulu mourir dans ton étreinte. Je savais que j’étais condamnée...

--Que dis-tu, Simone, condamnée...

--Oui, condamnée, Raymond, puisque je ne voulais pas te quitter; je ne voulais pas obéir à mon médecin et partir--seule, ordonnait-il,--vers le soleil de la Corse ou de l’Algérie; tout de suite.

«Ainsi, ajoutait-elle gravement, je te donne ma vie, Raymond, et lorsque je serai morte, je demeurerai à jamais dans ta pensée, associée à toute ta vie... Cette idée cruelle de la mort m’est maintenant presque douce, car je t’aurai moins perdu que si tu partais, si tu me quittais...

Raymond ne sachant comment exprimer son émotion par des mots, prit Simone contre sa poitrine, baisant ses yeux mouillés, buvant ses larmes: «Ma petite fille, répétait-il, ma petite fille. Non, ce n’est pas vrai... Je veux que tu guérisses, pour nous. Notre vie sera belle puisque nous nous aimons avec une si merveilleuse plénitude.»

Il se souvenait maintenant des défaillances de Simone dont il n’avait pas voulu s’inquiéter; ces états de fièvre ne la rendaient-elle pas plus amoureuse, plus passionnée? Et lorsque parfois elle s’était évanouie dans la détente de sa chair, Raymond avait admiré cette pâleur fervente immobilisée dans son étreinte. Maintenant qu’il comprenait l’héroïsme de Simone, il la trouvait plus belle encore, martyre de son amour, et, jamais plus fervemment qu’à cette minute, il n’eut le désir de posséder cette Simone nouvelle qui lui avait clamé son amour désespéré.

--Ne doute pas de moi, non plus, Simone, lui répétait-il, en l’écrasant toute contre lui: tu sais que je mourrais de ta mort...

--Il faut vivre pour moi, ajouta-t-il, pensant, dans la sincérité de son orgueil, que c’était là l’argument le plus convaincant.

Il lui parla longuement à voix basse, la caressant de ses lèvres, de ses yeux, de ses mains, de ses pensées, de ses désirs et de la musique de sa voix, jusqu’à ce que calmée et persuadée de l’indissolubilité de leur amour, elle promit à Raymond qu’elle partirait, qu’elle guérirait.

En une sorte d’hallucination fiévreuse et illuminée, elle voyait et déroulait devant eux le film de leur vie, associée désormais dans toutes ses minutes: elle avait confiance maintenant dans la vie, au moment où peut-être elle allait s’en évader.

Avec une grande lucidité et une subite volonté ardente de vivre, elle organisait les jours, les mois de l’absence, qui seraient une mutuelle et perpétuelle prière, une communion plus profonde de leurs pensées: la réelle identification de leurs deux êtres.

--Et puis, ajouta-t-elle, déjà revenue en pensée près d’un Raymond immuable dans son amour; et puis, lorsque je serai un peu guérie, un peu sauvée, Raymond, je te ferai signe...

En prononçant ces mots, ses mains pâles faisaient dans l’air le geste d’appel qui rappelait Raymond. Debout dans sa fragile nudité, elle semblait une petite victoire, perçant le destin de la pointe rouge de ses seins.

--Oui, Raymond, je te ferai signe de toute mon âme, de toute ma chair blanche, agitée comme un drapeau dans le soleil. Tu viendras me prendre dans tes bras, et tu me porteras encore, évanouie dans mon émoi, vers la brûlure de ton amour. O, Raymond, je fondrai en toi comme une neige de tendresse accumulée... Oui, je serai encore ta neige parfumée!

* * * * *

Maintenant, Simone avait hâte d’être partie, d’être là-bas dans la brûlure du soleil de Corse qui la guérirait. Le départ, c’était déjà un peu le retour, et en le quittant, c’était encore vers Raymond qu’elle partait, vers ce Raymond définitivement conquis, par delà les inquiétudes et les doutes.

Il y avait, à l’heure de l’adieu, une profonde sérénité dans le désespoir de Simone; mais Raymond, penché sur la main qui échappait déjà à ses lèvres, eut tout à coup cette impression que son amour s’était immatérialisé, et que désormais il le porterait en lui comme une hostie.

FIN

ACHEVÉ D’IMPRIMER POUR LE COMPTE DES «ÉDITIONS DU SIÈCLE», ET PAR LES SOINS DE L’IMPRIMERIE FRANÇAISE DE L’ÉDITION, A PARIS, LE PREMIER DE DÉCEMBRE MCMXXV

LES ROMANS DU SIÈCLE

Dans cette nouvelle collection de romans qui constitue, à nos yeux, une sélection résolument littéraire, indépendante de tout souci commercial, nous nous engageons à ne publier que des ouvrages très remarquables. Nous désirons que tous les genres y soient représentés, du roman psychologique au roman lyrique, par des œuvres que nous prétendons imposer uniquement en considération de leur valeur. C’est dire que nous nous adressons d’emblée à cette élite d’amateurs très lettrés de France et d’Europe qui depuis toujours assure le succès des vrais écrivains. C’est sur cette élite que nous comptons.

Nº I. --JACQUES REBOUL: Le Cavalier et la Mort 7 50 Nº II. --PAUL VIMEREU: Saint Remi écoute 7 50 Nº III.--ALFRED DE TARDE: Allegra ou le Clos des Loisirs 7 95 Nº IV. --LOUIS THOMAS: L’Espoir en Dieu 7 95 Nº V. --HENRI DE ZIÉGLER: Les deux Romes 9 » Nº VI bis.--JEAN DE GOURMONT: L’art d’aimer 9 »

A paraître:

Nº VI. --JEAN DE GOURMONT; La Toison d’or. Nº VII.--ROBERT D’HUMIÈRES: Lettres volées.