Part 9
Cette immense construction, dont le sol est à 80 mètres au-dessus du niveau moyen de la mer, est admirable en tous points; d’abord par la grandeur de la conception et par les efforts qu’il a fallu faire pour la réaliser au milieu d’obstacles de toute nature résultant de la situation même, de la difficulté d’approvisionnement des matériaux et des moyens restreints de les mettre en œuvre.
La figure 109 donne le plan de l’église après son achèvement; la silhouette ponctuée à l’est est celle du chœur reconstruit au XVᵉ siècle; les lignes ponctuées à l’ouest indiquent les constructions ajoutées par Robert de Torigni, de 1154 à 1186.
Ce vaste édifice, élevé sur le plateau artificiel construit par Hildebert, avait alors la forme d’une croix latine figurée par le chœur, par le transsept et par la nef composée de sept travées.--Il en reste quatre; les trois premières ont été détruites en 1776.--Au centre, les arcs triomphaux de la nef et du chœur, ainsi que les arcs latéraux du transsept, supportaient la tour-lanterne que Bernard du Bec, treizième abbé du Mont, de 1131 à 1149, construisit en 1135, et dont les vestiges sont encore visibles sur les quatre faces de la tour-lanterne, au-dessous de la massive pyramide construite en 1602.
Ainsi que la plupart des églises romanes construites dans le nord de l’Europe et notamment en Normandie, la nef centrale était couverte par une charpente apparente. Le chœur et l’abside étaient couverts par des voûtes en berceau ou en quart de sphère; les absidioles du transsept sont voûtées de même, c’est-à-dire en quart de sphère.
Les bas côtés sont couverts par des voûtes, composées d’arcs-doubleaux dont les intervalles sont remplis par des voûtes d’arête.
Les piles carrées sont cantonnées par quatre colonnes engagées (fig. 109). Les colonnes, placées du côté de la nef, s’élèvent jusqu’à la corniche supérieure et supportaient les fermes de la charpente apparente (fig. 110 et 111); les trois autres colonnes, surmontées de chapiteaux, reçoivent les arcs-doubleaux du mur latéral et ceux des bas côtés.
Le transsept et les absidioles ont conservé leurs dispositions anciennes, sauf la charpente supérieure apparente; la façade du côté nord du transsept a été modifiée au XIIIᵉ siècle par la construction du cloître.
Le chœur roman s’est écroulé en 1421; il avait les mêmes dispositions qu’à Cerisy-la-Forêt.
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L’architecture romane a exercé sur l’architecture de l’Angleterre une influence certaine, qui s’est manifestée dès les premiers temps de la conquête normande; cette influence s’est établie naturellement, car les édifices élevés vers la fin du XIᵉ siècle de chaque côté du détroit furent bâtis par des architectes normands ou par des constructeurs instruits en Normandie, où l’architecture romane avait fait déjà à cette époque de si grands progrès. Lorsque les Normands envahirent l’Angleterre après la conquête, ils y trouvèrent une civilisation chrétienne consacrée déjà par une longue suite de siècles. L’architecture nationale, autant qu’on en peut juger par les rares documents qui sont parvenus jusqu’à nous, suivait, pour la construction des édifices religieux, la tradition basilicale, traduite grossièrement par les Saxons qui, ne connaissant pas la voûte ou n’osant pas encore l’employer, couvraient leurs églises en bois.
«Ce système de couverture était tellement ancré dans la pratique des constructeurs indigènes qu’on ne pourrait citer, dans toute l’architecture anglaise de l’époque, un seul exemple de nef voûtée. Même après la conquête normande, on voit s’élancer des piliers de hautes colonnes, qui vont jusqu’au haut des nefs chercher des arcs imaginaires, à défaut desquels elles s’arrêtent brusquement sous des charpentes plates, peintes et dorées.
«Comme en Normandie, cependant, toute la construction semble attendre une couverture voûtée. Les piliers sont, ou bien de lourdes piles cylindriques dressées en petit appareil, ou bien des massifs formés de demi-colonnes et d’autres moulures rondes; leurs bases se composent d’un simple tore et d’une plinthe chanfreinée; leurs chapiteaux constituent une variante rudimentaire du chapiteau cubique[63].»
L’église abbatiale de Waltham a été construite selon ce programme, à la fin du XIᵉ siècle ou au commencement du siècle suivant; la nef se compose de deux rangs d’arcades superposées, s’élevant du sol à la corniche supportant la charpente sans aucune liaison avec les murs latéraux; l’arcade supérieure n’est qu’une décoration traditionnelle, car elle n’éclaire, comme l’arcade inférieure, que le bas côté d’un seul étage couvert par une charpente apparente. Le mur intérieur de la nef est d’une grande épaisseur et semble avoir été préparé pour résister facilement à la poussée des voûtes de la nef.
Les dispositions générales et les détails de la construction rappellent les églises de la Normandie, mais plus particulièrement celle de Cerisy-la-Forêt, dont l’église de Waltham-Abbey semble être une copie servile, sauf par les petits détails de l’arrangement des arcatures supérieures de la nef. Il est intéressant de comparer la coupe figure 114 avec celle de Cerisy-la-Forêt, figure 108.
L’église ou la cathédrale de Peterborough, construite ou commencée dans les premières années du XIIᵉ siècle, présente une ressemblance plus complète encore avec l’église abbatiale de Cerisy-la-Forêt.
La nef centrale est couverte en charpente et les bas côtés sont voûtés,--avec cette particularité que les voûtes ne sont pas d’arête, mais reposent sur des _croisées d’ogives_.
Ces bas côtés sont surmontés de galeries, couvertes par une charpente apparente en appentis et ouvrant par des arcades géminées sur le vaisseau central (fig. 117). Une étroite galerie ménagée dans l’épaisseur des murs
de la nef, comme à Cerisy-la-Forêt, et de même qu’à Waltham-Abbey, établit une circulation autour de l’édifice à la hauteur des fenêtres hautes de la nef.
Au centre de l’édifice s’élève une tour-lanterne portée sur quatre grosses piles formant la croisée du transsept et de la nef, à l’exemple des églises romanes du continent. Dans les églises anglaises comme dans les églises normandes, les archivoltes des arcades, les encadrements des galeries et surtout les portails reproduisent à profusion les ornements linéaires particuliers à l’école normande, billettes, pointes de diamants,
étoiles, dessins imbriqués ou à bâtons rompus, etc.
La façade de l’église-cathédrale de Peterborough s’ouvre entre deux clochers placés en avant et à côté des collatéraux, et terminés horizontalement par une forte corniche à créneaux. Les portails sont en plein cintre, sans linteau ni tympan, la porte s’ouvrant dans toute la hauteur de l’ouverture.
La plupart des églises et des cathédrales d’Angleterre remontent à l’époque normande; mais comme elles ont été agrandies et transformées à différentes époques, on ne retrouve des traces de leur origine romane que dans les cryptes ou confessions sur
lesquelles elles ont été élevées.
La cathédrale de Winchester, qui date de la fin du XIᵉ siècle, possède encore un transsept et une grande crypte primitifs; d’autres cryptes importantes existent à Worcester et à Canterbury, ainsi qu’à l’église de Gloucester, dont le chœur est également de la fin du XIᵉ siècle.
La cathédrale de Norwick, fondée en 1096, est un spécimen des formes très allongées données au chœur et qui sont très particulières aux églises romanes de l’Angleterre.
La cathédrale de Peterborough, achevée vers la fin du XIᵉ siècle,
présente tous les caractères des édifices bâtis du XIᵉ au XIIᵉ siècle, sous l’influence directe de l’architecture romane continentale, à laquelle elle ressemble absolument par la grandeur des dimensions, par la proportion des arcades et même par les détails de son ornementation. Ces divers éléments primitifs se sont transformés et constituent le fond de l’architecture anglaise, ou plutôt anglo-normande, dans laquelle on retrouve toujours les traces de son origine romane.
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Les cloîtres des abbayes sont une réminiscence de l’_atrium_ qui précédait les basiliques chrétiennes primitives. A partir du VIᵉ siècle, ainsi que nous l’avons vu[64], la plupart des basiliques furent affectées à des communautés religieuses, et les bâtiments réguliers nécessaires furent établis sur l’un des côtés de l’église, autour d’une cour _carrée_. C’est sur ce point que fut transporté, sous le nom de cloître--_claustrum_--le _quadri-portique_, devenu inutile sur la façade.
Le cloître de Moissac, s’il ne peut pas être classé parmi les édifices de forme basilicale, doit être compté au nombre de ceux qui s’en rapprochent le plus par le système de leur construction. La forme est rectangulaire; les galeries, couvertes par une charpente apparente, sont construites en briques, unies ou moulurées; elles sont formées d’une série d’arcatures en arcs brisés, retombant alternativement sur une colonnette ou deux colonnettes jumellées et sur des piliers carrés assurant la stabilité des fragiles arcatures; les colonnettes portent des chapiteaux trop lourds par rapport à leur diamètre.
Ces chapiteaux, très richement, mais très naïvement sculptés, en rappelant les traditions byzantines, ainsi que les grandes figures décorant les piliers carrés, proviennent d’un édifice du XIᵉ siècle, dont les fragments ont servi à reconstruire les bâtiments claustraux dans les premières années du XIIᵉ siècle.
La reconstruction du cloître, si amplement orné de sculptures, antérieurement à la soumission des moines de Moissac aux règles de Cîteaux, explique la contradiction qui existe entre la réforme imposée par saint Bernard relativement à la somptuosité des constructions monastiques et la richesse ornementale du cloître.
CHAPITRE V
ÉGLISES RONDES ET POLYGONES.--ÉGLISE DU SAINT-SÉPULCRE A JÉRUSALEM.
Sans vouloir faire l’historique des temples ronds, il est juste de rappeler tout d’abord l’un des plus anciens des édifices de ce genre: le Panthéon d’Agrippa, à Rome, que nous avons étudié avec l’attention que mérite l’un des chefs-d’œuvre du génie romain[65].
«Le vaste répertoire de l’architecture romane offre un certain nombre d’églises et de chapelles singulières par leur forme, qui est ronde ou approchant du rond. Elles dérivent d’édifices dont l’idée première remontait à l’antiquité chrétienne, quoique plusieurs d’entre elles aient été prises plus d’une fois pour des monuments païens... Le Saint-Sépulcre, dont la conquête fut le but de la première croisade, n’était plus l’éminente et magnifique basilique que Constantin avait fait bâtir sur l’emplacement assigné par la tradition au tombeau du Sauveur. Deux fois reconstruit, après deux destructions, l’une par les Perses, l’autre par les Arabes, il avait reçu, dès le VIIᵉ siècle, la forme qu’on lui voit encore aujourd’hui: celle d’une rotonde avec bas côté étagé; seulement cette rotonde, que les modernes ont coiffée d’une coupole en maçonnerie, reçut d’abord et garda pendant toute la durée du moyen âge un chapeau de charpente en forme de cône tronqué et ouvert à son sommet. Par là, le Saint-Sépulcre ressemblait aux temples hypèthres de l’antiquité. Son plan, d’ailleurs, n’était pas une nouveauté. Des rotondes avaient été construites pour l’exercice du culte chrétien avant le sac de Jérusalem par les Perses: témoin Sainte-Constance[66] et Saint-Étienne-le-Rond, à Rome, et notre Saint-Germain-l’Auxerrois de Paris, qui commença par être une église ronde, et bien d’autres encore. On ne peut donc pas dire que le Saint-Sépulcre renouvelé ait été la première église bâtie en rond; mais il est certain que, sous cette forme, elle devint un type qu’on imita dans toute la chrétienté. L’histoire nous apprend qu’on en fit en France, au XIᵉ et encore au XIIᵉ siècle[67], beaucoup de copies sur une grande échelle. Elles ne durèrent pas, car nous voyons à leur place des églises dans la forme ordinaire, par conséquent reconstruites. La disparition de ces églises, construites par les architectes romans à l’instar du Saint-Sépulcre, résulte des vices de construction de leur couverture. Tantôt, en effet, on voulut les coiffer de coupoles qui s’écroulèrent, tantôt on chercha à éluder la difficulté de construire une coupole en les recouvrant, comme le Saint-Sépulcre de Jérusalem, d’ouvrages en charpente; mais ces ouvrages furent la proie des flammes et entraînèrent dans leur ruine le bâtiment lui-même. Pourtant deux de ces essais, Saint-Bénigne de Dijon et l’église de Charroux, ont subsisté jusque dans les premières années de ce siècle, grâce à ce que la plus grande partie de leur diamètre avait été donnée au bas côté, tandis que la rotonde centrale y était extrêmement exiguë et, par conséquent, plus facile à couvrir; encore celle de Saint-Bénigne fut-elle hypèthre. Les imitations en petit, qui se sont conservées, permettent de conjecturer ce que furent la plupart de ces grands édifices[68].»
Parmi les églises rondes les plus intéressantes, il faut citer: le Saint-Sépulcre de Neuvy (Cher), commencé en 1045, abandonné à la hauteur du premier étage et achevé un siècle plus tard; Saint-Bonnet-la-Rivière (Corrèze), dont la rotonde intérieure, de 10 mètres environ de diamètre, portée sur dix colonnes, est couverte en charpente ainsi que le bas côté; le temple de Lanleff (Côtes-du-Nord), ou prétendu tel, ruiné depuis des siècles et dont la rotonde intérieure, de 10 mètres, est portée sur douze arcades romanes; et enfin l’église Sainte-Croix, à Quimperlé, bâtie en 1081, qui s’écroula en 1862 et qui a été reconstruite sur ses vestiges dans ces dernières années.
Le prototype des églises polygones construites en Occident paraît avoir été l’église à huit pans, appelée le _Temple d’or_, que Constantin fit élever à Antioche, au IVᵉ siècle de notre ère.
Le plus ancien monument de ce genre en Europe est la chapelle palatine d’Aix, bâtie sous Charlemagne, dans les dernières années du VIIIᵉ siècle.
On connaît deux copies à peu près fidèles de l’église d’Aix-la-Chapelle: l’une du XIᵉ siècle, à Nimègue (Pays-Bas), et l’autre du XIIᵉ, à Ottmarsheim (Alsace) (fig. 122 et 123). On connaît également des dérivés de ce type: l’église de Rieux-Mérinville, en France, et l’église du Saint-Sépulcre, à Cambridge, en Angleterre.
Les templiers affectionnèrent la forme octogone, sans doute parce qu’elle se rapprochait de celle de leur église mère, à Jérusalem, qui avait été élevée elle-même sur le plan du Saint-Sépulcre.
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Les premières constructions de l’église du Saint-Sépulcre, à Jérusalem, furent faites d’après les ordres de Constantin.
«Commencées en 326, elles furent achevées en 335, année de leur dédicace. Elles comprenaient une grande basilique, des cours et des colonnades (fig. 119). Ces magnifiques édifices furent totalement rasés, en 614, par Chosroës II, roi des Perses. A ses bandes victorieuses s’étaient joints des milliers de Juifs, qui furent les plus acharnés à l’œuvre de massacre et de destruction... La restauration fut entreprise par un moine nommé Modeste, supérieur du couvent de Théodose, et depuis patriarche de Jérusalem. Avec l’aide de saint Jean l’Aumônier, patriarche d’Alexandrie, elle fut achevée dans l’espace de quinze années. Modeste ne put pas, comme Constantin, recouvrir d’une seule et immense basilique l’ensemble des Saints Lieux; il se borna à construire sur chaque emplacement vénéré une petite église selon le goût du temps... Ce fut dans cette nouvelle église de la Résurrection que, le 14 septembre 629, l’empereur Héraclius II, vainqueur à son tour de Chosroës, rapporta sur ses épaules le bois de la vraie croix, précieux trophée de ses triomphes. Mais le règne des chrétiens ne devait pas être de longue durée. Huit ans après l’exaltation de la croix, les disciples de Mahomet, vainqueurs d’Héraclius et de Jezdegerd, maîtres de la Syrie et de la Perse, assiégeaient Jérusalem... Le patriarche Sophronius se mit à la tête des habitants et, par sa vigoureuse résistance, obtint au moins une capitulation. Le premier article stipulait que le calife recevrait lui-même la soumission des vaincus. Omar vint donc de Médine... Il conclut devant la porte de la ville sainte un traité qui garantissait aux chrétiens la possession de leurs églises et la liberté de leur culte... Puis il entra dans Jérusalem, alla prier sur les marches de la porte orientale de l’église du Saint-Sépulcre et jeta les fondements d’une mosquée sur les ruines du temple, après avoir indiqué l’emplacement de la grande coupole qui porte vulgairement son nom (637). Depuis ce temps jusqu’au commencement du XIᵉ siècle, l’église de Jérusalem traversa diverses alternatives de repos et de persécution. Le règne le plus heureux fut celui du célèbre Haroun-al-Raschid (786 à 809). Les chrétiens durent à la modération du calife et à ses relations amicales avec Charlemagne quelques années de tranquillité. On sait que le nouvel empereur d’Occident inaugura cette protection, dont l’exercice séculaire devint le droit et l’honneur du souverain de la France; vers l’an 800, il envoya d’abondantes aumônes en Terre-Sainte pour la réparation des églises... L’époque la plus triste de toute cette période fut celle qui suivit la mort d’Haroun-al-Raschid; à la faveur de l’anarchie qui désola l’empire arabe, la persécution s’étendit sur la communauté chrétienne... Le nouveau souverain,
Hakem-Biamr-Illah, en 996, ordonna la destruction complète des églises de Jérusalem, poussé, dit Raoul Glaber, par les Juifs d’Occident... Les ordres du calife furent sévèrement exécutés; les églises de la Résurrection, du Calvaire, de Sainte-Marie, de Sainte-Hélène tombèrent sous le marteau et la torche des démolisseurs; le saint tombeau échappa seul à l’action du fer et du feu... On attribue à l’intervention de Marie, mère de Hakem et sœur des deux patriarches de Jérusalem et d’Alexandrie, le brusque changement qui se fit dans les dispositions du vainqueur. L’année même de la destruction des églises saintes (1010), il permit de les restaurer. Alors, dit Raoul Glaber, accourut de tout l’univers une foule immense de pèlerins apportant de l’argent pour la reconstruction de la maison de Dieu. Mais les
ressources n’étant pas suffisantes, on se contenta d’une restauration partielle... La reconstruction fut reprise sous la direction d’architectes grecs et achevée en 1048.
«Depuis cette époque jusqu’aux croisades, ces édifices ne semblent pas avoir subi de changements.
Pendant les premières années de l’occupation franque, les vainqueurs, occupés à consolider leur conquête, n’eurent pas assez de loisirs pour travailler à l’agrandissement des églises... Quelques années plus tard, dans les premières années du XIIᵉ siècle, les croisés se mirent à l’œuvre et réunirent dans un seul monument tous les sanctuaires isolés jusque-là. Leurs constructions subsistent encore[69] (fig. 124 et 125).»
CHAPITRE VI
ÉGLISE D’OTTMARSHEIM (ALSACE).--ÉGLISE DE RIEUX-MÉRINVILLE (FRANCE).--ÉGLISE DE CAMBRIDGE (ANGLETERRE).
La chapelle du palais de Charlemagne, construite à Aix, à l’exemple de Saint-Vital de Ravenne, qui avait été lui-même élevé sur le modèle du _Temple d’or_ que Constantin fit construire à Antioche en l’honneur de la Vierge, eut une grande influence sur les progrès de l’art dans les pays voisins. Cette forme nouvelle, importée d’Orient et adoptée par le plus puissant souverain de son temps, ne pouvait manquer d’être imitée surtout par les architectes francs, qui reçurent plus directement les rayons de l’art carolingien.
L’église octogone d’Ottmarsheim, dans la haute Alsace, fut bâtie, selon les chroniqueurs romans, par le frère de Vernher, évêque de Strasbourg, fondateur d’une abbaye de l’ordre de Saint-Benoît: Rodolphe de Souabe, anti-empereur en 1077 et célèbre par le rôle qu’il joua à cette époque dans la querelle des _Investitures_.
L’imitation de l’église carolingienne d’Aix-la-Chapelle est presque complète. La nef centrale d’Ottmarsheim est un octogone couronné par une coupole ovoïde
dont les dispositions, réduites dans leurs dimensions, sont identiques à celle d’Aix-la-Chapelle. Cette coupole s’élève également sur des piles reliées par des arcades superposées; les unes, inférieures, correspondant aux bas côtés du pourtour; les autres à la galerie supérieure surmontant ce bas côté. Mais la différence s’établit par la forme du mur extérieur; il n’est plus à seize pans comme il l’est à Aix; il reste octogone, et les voûtes superposées du bas côté forment des compartiments alternativement carrés ou triangulaires.
A Aix-la-Chapelle, l’architecture romane s’annonçait; elle s’affirme à Ottmarsheim par l’emploi systématique des arcs-doubleaux dans les voûtes; cependant l’influence de l’art byzantin est encore très caractérisée par l’absence de contreforts et par les détails de la construction.
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Le monument de Rieux-Mérinville, près de Carcassonne, dont la construction remonte à la fin du XIᵉ siècle, est évidemment une des nombreuses imitations de l’église du Saint-Sépulcre de Jérusalem.
Les églises circulaires ou celles qui se rapprochent de cette forme, par le nombre plus ou moins grand des côtés inscrits dans le cercle, sont fort rares en France et même dans le reste de l’Europe.
Le plan de l’église de Rieux-Mérinville est un polygone de quatorze côtés, enveloppant un heptagone qui forme le centre de l’édifice; au-dessus des sept arcades, supportées par des colonnes ou des faisceaux de colonnettes, s’élève une coupole sur le plan du polygone intérieur, dont les pans se perdent en moulant vers le sommet ovoïde.
Le mur extérieur se compose de quatorze pans, dont chaque angle est renforcé à l’intérieur et à l’extérieur par des colonnes engagées qui maintiennent la poussée des arêtiers de la voûte intérieure. Cette voûte, couvrant le bas côté enveloppant toute la nef centrale, est en quart de cercle, et elle est très judicieusement construite en demi-berceau contrebutant la coupole centrale,
dont chaque pan est maintenu par deux de ces demi-berceaux. Chaque pan du mur d’enveloppe est décoré à l’intérieur d’une arcade plein cintre retombant sur des colonnettes correspondant dans l’angle intérieur aux colonnes engagées renforçant chacun des angles extérieurs; au-dessus de ces arcades, de petites fenêtres largement ébrasées à l’extérieur éclairent, insuffisamment d’ailleurs, l’intérieur de l’église. La porte principale est à l’ouest, et une petite porte, beaucoup plus richement décorée, s’ouvre au sud.