L'Architecture romane

Part 6

Chapter 63,297 wordsPublic domain

des escaliers s’ouvrant dans le vestibule du temple et desservant les galeries hautes, éclairées par des fenêtres percées dans le mur extérieur.

L’extérieur de Saint-Vital n’offre plus grand intérêt parce qu’il a été dénaturé par de nombreuses réparations et par l’adjonction du porche moderne placé maladroitement en biais.

A l’intérieur, le principe des églises à coupole est développé avec une puissance de moyens, aussi originaux par la composition et les détails de l’architecture que par la somptuosité de sa décoration appliquée.

Chacune des faces de l’octogone central, soutenu par huit piliers robustes qui portent sur leurs reins la grande coupole, est percée d’une grande arcade. Ces arcades forment sur sept de leurs pans des niches qui viennent se fermer en quart de sphère derrière les grands arcs et qui sont ajourées par deux étages d’arcatures éclairant les galeries hautes et basses. Le huitième pan de l’octogone à l’est s’ouvre dans toute la hauteur de l’arcade afin de laisser voir l’abside et l’autel.

Au-dessus de ces grandes arcades s’élève la coupole hémisphérique, dont la base circulaire se lie à l’octogone par une série de petits pendentifs.--Cette disposition rappelle les moyens employés en 515 par les constructeurs du baptistère de Saint-Georges d’Ezra, dans la Syrie centrale (fig. 39). A la base de la coupole, huit grandes baies géminées, à la manière byzantine, éclairent la partie haute de la nef centrale.

Les détails de la construction attestent la continuité de l’influence romaine; la coupole est construite en poteries noyées dans un mortier très solide, à l’exemple du temple de _Minerva medica_ et du cirque de Maxence. A Saint-Vital, la base de la coupole est bâtie en poteries ayant la forme des amphores antiques, emboîtées les unes dans les autres et posées verticalement; la calotte est faite de même, mais avec des amphores plus petites reliées par du mortier; ces poteries forment une spirale continue, d’une grande légèreté et d’une solidité à toute épreuve.

Les détails de l’architecture et de la sculpture sont également romains, mais interprétés avec une grande rudesse, appréciable surtout dans la sculpture des chapiteaux de forme orientale supportant les arcatures des grandes niches. Cette sculpture est grossière, et le rudiment d’entablement romain qui surmonte ces chapiteaux alourdit inutilement la retombée des arcatures.

Mais ce qui distingue surtout l’église de Saint-Vital parmi les édifices byzantins, c’est la somptueuse décoration en mosaïque dont elle fut revêtue du temps de Justinien.

«C’est à Ravenne qu’il faut chercher les plus belles mosaïques byzantines. Rien en ce genre n’égale la décoration de l’abside de Saint-Vital. D’un côté, Justinien entouré de dignitaires et de gardes; de l’autre, Théodora, suivie des femmes de sa cour, offrent des présents à l’église. L’impératrice franchit l’atrium, où se trouve la fontaine sacrée, tandis qu’un serviteur soulève devant elle les voiles suspendus à la porte du temple; son costume est splendide: une large broderie, qui représente l’adoration des mages, orne le bas de sa robe; des joyaux couvrent sa poitrine; de la chevelure pendent sur les épaules des torsades de perles, et un haut diadème couronne la tête ceinte du nimbe[26].»

CHAPITRE XIV

ÉGLISE DE SAINTE-SOPHIE, A CONSTANTINOPLE.

Le premier temple de la _Sagesse-Divine de Sainte-Sophie_ fut élevé à Constantinople, en 325, par Constantin. Constantius son fils l’agrandit en 338. Sous le règne d’Arcadius, en 404, un incendie consuma l’édifice, qui fut reconstruit par Théodose en 415 et détruit en 532 par un nouvel incendie.

Justinien, dans la cinquième année de son règne, commença la reconstruction de Sainte-Sophie en donnant au nouvel édifice des proportions beaucoup plus vastes et une magnificence infiniment plus grande. L’église fut réédifiée, sept années après, sur les plans

d’Anthémius de Tralles, mort en 534 avant d’avoir achevé son œuvre, et d’Isidore de Milet, son collaborateur ou sûrement son successeur, tous deux originaires des provinces d’Asie, où l’architecture s’était développée avec le plus d’originalité du IVᵉ au Vᵉ siècle.

Au mois de décembre 538, on célébra l’achèvement de l’édifice. La moitié orientale de la grande coupole, ébranlée par plusieurs tremblements de terre--l’un en 553 qui dura quarante jours et l’autre en 557, qui détruisit une partie de la ville--s’écroula le 7 mai 558.

Justinien fit reconstruire la coupole et il chargea de ce travail le neveu d’Isidore qui augmenta l’élévation de la coupole afin de diminuer les poussées et donna en même temps plus de solidité aux grands arcs.

L’église fut enfin terminée, somptueusement décorée et inaugurée de nouveau le jour de Noël de l’année 568.

Les historiens signalent encore un écroulement partiel de la voûte en 987, accident qui fut promptement réparé.

Sainte-Sophie de Constantinople doit être considérée comme le type par excellence de l’art byzantin; elle présente le double avantage de marquer l’avènement d’un style nouveau et d’atteindre du même coup à des proportions telles qu’elles n’ont jamais été surpassées ni en Orient ni en Occident.

«Justinien voulut que la nouvelle église dépassât en splendeur tout ce qu’on racontait des anciens édifices les plus célèbres et, en particulier, du temple de Salomon[27]....

«Vue de l’extérieur, Sainte-Sophie ne produit qu’une impression médiocre et la coupole même, si hardie qu’en soit la construction, paraît déprimée. C’est à l’intérieur de l’église qu’il faut pénétrer pour en bien comprendre l’originalité et les splendeurs.»

Le plan de Sainte-Sophie semble procéder de celui de Saint-Serge agrandi, en rappelant surtout les vastes proportions des grandes salles voûtées des Thermes romains; ces deux influences sont visibles, car on voit l’intention bien marquée de combiner la forme allongée de la basilique--comme celle de Constantin (fig. 16 et 17) avec le système concentrique des édifices à coupole--comme celle des SS. Serge et Bacchus (fig. 63 et 64). Les

grands hémicycles transforment le carré central en un ovale et leurs niches secondaires font de cet ovale un rectangle. La nef est accompagnée de galeries étroites de bas côtés qui n’ont pas le caractère de leur fonction. Coupés par les gros piliers en compartiments inégaux et voûtés inégalement, ils ne sont plus que des services sacrifiés. Au-dessus s’étendent les galeries, ou gynécées, réservées aux femmes.

Cet immense ensemble, construit tout en pierres et en marbre, à l’exception des voûtes qui sont faites en matériaux plus légers--en tuiles blanches de Rhodes,--est très pittoresque, mais un peu confus, en raison des dimensions et des formes très variées; il s’étend sur une surface à peu près carrée, mesurant, pour l’église seule, 76 mètres de longueur sur 68 de largeur.

En avant du temple s’étend l’atrium, et du côté de l’église se trouve un double narthex qui communique avec elle par neuf portes.

L’édifice est couvert par des voûtes; une vaste coupole--32 mètres de diamètre--portée sur des pendentifs sphériques reportant la charge sur les piliers, s’élève au centre.

La nef principale, de forme carrée, est allongée par deux hémicycles cantonnés par quatre grandes niches, et dont les voûtes en quart de sphère contrebutent la base de la coupole à l’est et à l’ouest; les deux autres côtés, au nord et au sud, sont maintenus par de puissants contreforts dans l’épaisseur desquels de larges ouvertures forment galerie que des colonnes achèvent de séparer de la grande nef. Les portes et l’abside occupent le fond des hémicycles.

Ce grand vaisseau est éclairé latéralement par un réseau de jours perçant les murs des grands arcs au nord et au midi et, dans la partie supérieure, par quarante fenêtres ménagées à la base de la coupole.

La construction de Sainte-Sophie est une merveille, car nulle part on n’a appliqué avec plus de hardiesse et

de franchise les principes de construction d’une architecture rationnelle.

Sainte-Sophie est le chef-d’œuvre de l’art byzantin; elle est restée un modèle pour tout l’Orient. On s’est efforcé de l’imiter, tout en le simplifiant, non seulement en Orient, mais encore dans toute l’Europe occidentale, en Italie, en Allemagne et surtout en France où l’art antique et l’art byzantin semèrent les germes d’une architecture qui devait avoir un si grand éclat quelques siècles plus tard.

CHAPITRE XV

ÉGLISE DE THÉOTOCOS, A CONSTANTINOPLE.--ÉGLISE DE SANTA-FOSCA, A TORCELLO (ITALIE).--ÉGLISE DE SAINT-NICODÈME, A ATHÈNES.--ÉGLISE DU MONASTÈRE DE DAPHNI, PRÈS D’ATHÈNES.

L’église de la _Mère-de-Dieu_--_Agia Theotocos_--édifice byzantin bâti à Constantinople dans les dernières années du IXᵉ siècle, rappelle des dispositions presque identiques à celles du prétoire de Mousmieh, bâti par les Romains, dans la Syrie centrale, vers le IIᵉ siècle de notre ère (fig. 6 et 7). Suivant l’usage adopté par les chrétiens grecs, le plan figure une croix grecque composée d’une nef carrée, formant la croisée des quatre bras au-dessus desquels s’élève la coupole principale. La nef centrale est cantonnée de quatre bras: celui de l’est, prolongé pour continuer le chœur et se terminant par une abside majeure accompagnée latéralement de deux galeries terminées chacune par une absidiole; celui de l’ouest, augmenté ou, plus exactement, précédé d’un narthex plus ou moins important, communiquant avec les galeries latérales. La croisée de celle-ci, près du chœur et du narthex, est souvent couronnée par une petite coupole.

Cette disposition--s’accusant par une coupole centrale flanquée de quatre coupoles plus petites aux angles du carré, au-dessus duquel elle s’élève--est très fréquente dans l’architecture byzantine. On sent encore l’influence de Sainte-Sophie que les architectes byzantins ont imitée, tout en simplifiant la construction dans son ensemble et dans ses détails pour des raisons majeures, parmi lesquelles il est permis de supposer que la question des dépenses devait avoir une importance réelle.

On remarque également des modifications apportées par les constructeurs, ayant pour objet d’augmenter la solidité des arcs formant le carré et de diminuer sinon l’importance de la coupole, tout au moins, et peut-être surtout, d’en assurer parfaitement la stabilité.

On voit aussi que la coupole s’élève davantage audessus des grands arcs et les fenêtres disposées à la base de cette coupole--qui semble annoncer déjà les tours-lanternes romanes--prennent une plus grande importance en décorant et en éclairant même la partie centrale de l’édifice.

La coupole de l’église de Théotocos présente ces caractères particulièrement intéressants. Elle repose sur des pendentifs très accusés, rachetant le carré, au-dessus desquels une couronne de fenêtres sur plan circulaire est fermée par une calotte hémisphérique.

L’appareil de la construction est déjà plus soigné; à l’extérieur, les murs sont bâtis en briques ou, le plus souvent, en assises alternées de briques et de pierres de taille. Ils sont même souvent divisés en grandes bandes horizontales diversement colorées qu’on généralisa en encadrant les fenêtres ou en enveloppant les archivoltes. A l’intérieur, les mosaïques à fond d’or sont remplacées par des marbres ou des mosaïques fort simples ou très souvent par des fresques appliquées sur des enduits préparés avec soin.

* * * * *

L’église ou la rotonde de Santa-Fosca, dans l’île de Torcello, près de Venise, présente également une grande analogie, comme plan et comme parti architectonique, avec les dispositions syriennes du prétoire de Mousmieh (fig. 6 et 7).

Elle ressemble surtout à l’église de Théotocos, bâtie à peu près en même temps à Constantinople, vers la fin du IXᵉ siècle (fig. 72 et 73).

L’église de Santa-Fosca se compose d’un carré central de dix mètres de côté environ, surmonté d’une coupole circulaire, entourée sur ses côtés de larges arcs-doubleaux--un

grand et deux plus petits--retombant sur des colonnes isolées et des pilastres engagés. Ces arcs-doubleaux sur plan carré soutiennent fortement la base circulaire de la coupole.

Les angles rentrants extérieurs du carré sont renforcés par des niches en quart de cercle, qui maintiennent solidement les poussées des trompes intérieures. La coupe (fig. 76) faite sur la diagonale du carré central indique cette ingénieuse disposition.

Dans le quatrième côté se trouve l’abside, précédée d’un chœur ayant la largeur du grand arc et accompagnée de deux galeries latérales de même largeur que les petits arcs et terminées par des absidioles.

Au XIᵉ siècle, l’église a été agrandie par la construction

d’une galerie ouverte enveloppant les trois côtés de l’édifice.

La coupole est remarquable par les détails de sa construction; elle ne repose pas sur des pendentifs franchement accusés comme à l’église de Théotocos à Constantinople. Pour racheter le carré, les architectes de Torcello ont construit, dans les angles du carré central, des trompes superposées, transformant le carré en octogone, de sorte que les pendentifs--entre les pans de l’octogone--ont peu d’importance et se trouvent

noyés dans le blocage formant la calotte de la coupole hémisphérique. Celle-ci n’est pas accusée extérieurement; elle est couverte par une charpente comme à Saint-Vital, à Ravenne (fig. 66).

A Athènes, l’une des plus grandes églises est celle de Saint-Nicodème, bâtie vers le Xᵉ siècle suivant les

principes de l’art byzantin modifié par les constructeurs grecs.

L’édifice est couronné dans la nef centrale carrée par une seule coupole circulaire dont la base, décorée de fenêtres, rappelle celle de Théotocos à Constantinople; mais le parti pris pour racheter le carré est différent. L’architecte, n’ayant pas osé construire sa coupole sur quatre pendentifs ou cherchant un effet nouveau, l’a établie sur quatre grandes niches ou, plus exactement, sur quatre trompes, faisant passer le plan du carré à l’octogone et de l’octogone au plan circulaire par huit tympans gauches, élevés sur l’extrados des huit arcs (coupe longitudinale, fig. 80).

L’abside et deux absidioles s’ouvrent sur le côté oriental du côté central. Celui-ci est entouré de bas côtés voûtés supportant une galerie, également voûtée, destinée aux femmes.

L’édifice présente cette particularité qu’il est couvert par une terrasse au-dessus de laquelle s’élève la coupole percée à sa base d’une couronne de fenêtres s’ouvrant au-dessus de la toiture.

A l’intérieur, des mosaïques décorent les murs et la coupole, des plus curieuses pour l’étude de l’iconographie chrétienne grecque.

L’église du monastère de Daphni, élevée vers le IXᵉ siècle, à 10 kilomètres d’Athènes, est, parmi les édifices religieux bâtis par les Grecs, celui qui rappelle le

plus les traditions byzantines, si complètement caractérisées à Sainte-Sophie de Constantinople.

Comme l’église de Saint-Nicodème, elle consiste en une nef centrale carrée, surmontée d’une coupole qui repose sur des trompes dont la figure 81 donne les curieuses dispositions. Sur le côté oriental de la nef s’ouvrent l’abside principale et deux absidioles couvertes par des voûtes d’arête; le fond de ces absides et absidioles, à pans à l’extérieur, est semi-circulaire à l’intérieur et couvert par des voûtes en quart de sphère.

A l’extérieur, les murs sont construits en pierre, dont les assises et les joints sont marqués par des rangées de briques; à l’intérieur, les voûtes sont en briques et elles étaient décorées de brillantes mosaïques.

CHAPITRE XVI

CHAPELLE DU PALAIS DE CHARLEMAGNE, A AIX (ALLEMAGNE).--ÉGLISE DE GERMINY-DES-PRÉS (FRANCE).--ÉGLISE DE LA MARTORANA, A PALERME (SICILE).

La chapelle palatine d’Aix fut élevée par Charlemagne à la fin du VIIIᵉ siècle: un moine de Fontanelles (saint Wandrille) en dirigea les travaux et le pape Léon III en fit la consécration le jour des Rois de l’année 804.

«Aucun des édifices chrétiens, élevés depuis l’achèvement de Sainte-Sophie de Constantinople jusqu’au IXᵉ siècle, ne fut l’objet, de la part de son fondateur, d’autant de sollicitude que Notre-Dame d’Aix-la-Chapelle. Imitant ce qu’avait fait Justinien pour Sainte-Sophie, Charlemagne fit venir de Trèves, de Rome, de Ravenne, les matériaux précieux destinés à son palais et à la chapelle attenante. Dans l’église, les portes et les balustrades encore existantes sont en bronze; la coupole était revêtue de mosaïques[29].»

La rotonde carolingienne d’Aix procède évidemment de la rotonde byzantine de Ravenne. Comme celle-ci, Notre-Dame d’Aix-la-Chapelle se compose d’une salle centrale octogone de 14ᵐ,50 de diamètre, voûtée en coupole et entourée de bas côtes de 6ᵐ,30 de largeur, ou galeries à deux étages largement ouvertes sur le vaisseau central (fig. 84).

Le porche, à deux étages, est identique à celui de Ravenne; deux tours placées de chaque côté contiennent les escaliers conduisant à une tribune qui communique avec les galeries hautes contournant la nef.

La différence existant entre les deux rotondes tient à la forme des voûtes et aux dispositions de celles qui les enveloppent. A Ravenne, la coupole sphérique se raccorde par une série de pendentifs avec les parois octogones du tambour. Dans la chapelle d’Aix, la rotonde est octogone comme son appui. Mais la diversité des formes et du système de construction apparaît surtout dans les galeries du pourtour, qui sont dans la chapelle palatine mieux liées aux supports de la coupole et, par elles-mêmes, beaucoup mieux disposées qu’elles ne le sont à Saint-Vital.

Dans la chapelle palatine d’Aix, les supports de la coupole sont relativement frêles et la masse des maçonneries est reportée jusqu’à l’enceinte; celle-ci forme un polygone de seize côtés, se combinant avec l’octogone par une série de voûtes alternativement carrées ou triangulaires. Des arcs-doubleaux, retombant sur des dosserets engagés dans les piliers ou le mur d’enceinte, forment

seize arcs-boutants et répartissent sur celui-ci la poussée de la coupole (fig. 85).

Les galeries basses sont voûtées d’arêtes, sur lesquelles est établi le sol des galeries hautes; celles-ci sont couvertes par des voûtes légères en berceau rampant, sur lesquelles est posée directement la toiture composée de dalles, de pierre ou de terre cuite, ou peut-être même de feuilles de plomb ou de bronze.

Si les monuments à date certaine méritent de fixer l’attention des archéologues, ceux qui ont été élevés par Charlemagne ou de son temps, et dont les origines sont connues, doivent être particulièrement étudiés en raison de l’influence considérable qu’ils ont eue, certainement et directement, sur l’_architecture romane_.

Nous avons vu la chapelle palatine d’Aix, en Allemagne, le plus important des édifices construits par Charlemagne; nous devons citer une église bâtie en France, à la même époque que l’église d’Aix-la-Chapelle, c’est-à-dire dans les premières années du IXᵉ siècle: l’église de Germiny-des-Prés. Elle est des plus curieuses, parce qu’elle a tous les caractères des églises byzantines bâties, avant le IXᵉ siècle, à Constantinople, ou au commencement de ce siècle à Athènes; elle présente en même temps une grande analogie avec un édifice antique: le prétoire de Mousmieh (fig. 6 et 7), dans la Syrie centrale, construit par les Romains au IIᵉ siècle de notre ère.

Suivant les écrits du moine Létolde, qui vivait au Xᵉ siècle, Théodulphe, évêque d’Orléans, après avoir été abbé de l’abbaye de Saint-Benoit-sur-Loire, fit construire, en 806, l’église Germigny-des-Prés ou Germiny-des-Prés. (Plutôt _Germiny_, car d’après d’anciens auteurs cette église est dite des saints _Ginevra_ et _Germinus_.)

Elle se compose, comme les édifices que nous connaissons

déjà dans la Syrie centrale et en Orient, d’une nef centrale sur plan carré, couronnée par une voûte annulaire très légère, maintenue par les murs s’élevant au-dessus pour assurer sa stabilité et recevoir la toiture en charpente.

Autour de la nef quatre bas côtés égaux forment un carré cantonné par trois--et peut-être quatre--absides, la principale à l’est et les deux ou trois secondaires aux trois autres points cardinaux. Les bas côtés, montant au-dessus des absides, sont couverts par des voûtes

(fig. 87) au-dessus desquelles s’élève encore la nef centrale, percée sur chacune de ses faces d’une petite fenêtre éclairant la partie supérieure qui conserve sa forme carrée.

Les trois--ou quatre--absides sont voûtées en quart de sphère; l’abside principale, à l’est, est ornée d’arcatures et la voûte de l’hémicycle est décorée de mosaïques à fond d’or. La partie haute de la nef centrale est couverte de stuc et tout l’édifice est bâti avec soin en pierres de petit appareil.

La disposition de la nef centrale s’élevant en s’étageant au-dessus des bas côtés égaux et des absides est intéressante à retenir, pour plusieurs raisons. D’abord, parce qu’elle est une réminiscence évidente des coupoles latines, byzantines ou grecques, comme celles du prétoire de Mousmieh et de Saint-Georges d’Ezra dans la Syrie centrale (fig. 6, 7, 39, 40); du baptistère de Novare (fig. 26, 27); de Saint-Vital de Ravenne (fig. 67, 68, 69); des églises des saints Serge et Bacchus, de Sainte-Sophie et de Théotocos à Constantinople (fig. 64, 65, 70, 71, 72, 73, 74); de l’église de Santa-Fosca à Torcello (fig. 75, 76 et 77); de Saint-Nicodème et de Daphni à Athènes (fig. 78 à 83); et de l’église d’Aix-la-Chapelle en Allemagne (fig. 84 à 86). Puis, parce

qu’elle est une innovation et que le mode de construction rationnelle est beaucoup plus simple et moins coûteux que celui des coupoles.

Et enfin, parce qu’elle est une des premières applications en France de la tour-lanterne[30] s’élevant au-dessus de l’autel principal sur la croisée formée par la nef, les