Part 5
aussi bien que dans la Palestine, des édifices à coupoles et nous donnons un spécimen curieux de ce genre de construction par le baptistère de Saint-Georges d’Ezra (fig. 39); mais ces monuments furent élevés à l’imitation des Perses, non seulement dans la forme générale, mais aussi dans les détails de la construction. Ce mode consistait à bâtir, en rudes maçonneries de briques ou de blocage liées ou recouvertes par d’excellents mortiers et par des procédés rudimentaires, des arcs et des coupoles, non sur des cintres en bois ou en briques habilement coupés ou bâtis suivant les épures d’un appareil savamment tracé, mais sur des formes en terre ou en sable grossièrement établies par des moyens empiriques.
Les coupoles de la porte double du temple de Jérusalem marquent un progrès très sensible et qu’il est utile de remarquer. Elles furent élevées à peu près au même temps que Sainte-Sophie suivant la méthode syrienne, laissant à la pierre apparente son aspect naturel dans son appareil de construction, sans adjonction de matériaux décoratifs.
«A Jérusalem, la terrasse du Haram (la mosquée d’Omar) domine, au sud, un terrain désert; les anciennes portes (du Temple) se voient donc mieux de ce côté. Il y en a trois, que l’on nomme, d’après le nombre de leurs baies, la _Porte simple_, la _Porte triple_ et la _Porte double_.
«Elles donnent bien une idée de ce qu’étaient, au temps de Jésus-Christ, ces portes du temple où Jésus et ses disciples se sont si souvent assis à l’ombre, pendant les heures chaudes du jour.
«La porte se compose de deux baies qui s’ouvrent dans un grand vestibule dont les voûtes s’appuient sur une grosse colonne centrale. De ce vestibule partent deux rampes parallèles, séparées par un rang de piliers, qui conduisent à la plate-forme supérieure[19].»
La porte double a été reconstruite vers le VIᵉ siècle. On a ravalé les murs anciens; quatre arcs-doubleaux ont été bandés sur la colonne centrale et on couvrit les quatre compartiments au moyen de quatre coupoles appareillées retombant sur quatre pendentifs sphériques.
CHAPITRE XI
ÉGLISE LATINE DE SAINT-FRONT, A PÉRIGUEUX.--BASILIQUE DE SAINTE-AGNÈS-HORS-LES-MURS ET BASILIQUE DE SAINT-CLÉMENT, A ROME.--MOSQUÉE DE CORDOUE.
La vénérable basilique de Saint-Front, à Périgueux, a remplacé une église latine à trois nefs, élevée vers le VIᵉ siècle; on reconnaît cette disposition à l’intérieur de la basilique sur la muraille occidentale. On a retrouvé vers l’ouest la façade de l’église latine, le porche qui la précédait, ainsi que deux cryptes, ou confessions placées à droite et à gauche du chevet et qui flanquent aujourd’hui le bras occidental de la croix grecque (fig. 55).
«La première église de Saint-Front offrait trois nefs; sa façade, dont la partie centrale, couronnée par un
pignon, s’élève au-dessus des ailes, en serait seule une preuve» (de Verneilh).
La façade, qui existe encore, cachée par des constructions modernes, est décorée d’un appareil réticulé, donnant, par ses dispositions, l’aspect grossièrement imité d’une mosaïque romaine, réminiscences antiques dont on trouve encore des traces dans les parements extérieurs de quelques églises d’Auvergne.
La nef principale de l’église latine était couverte par une charpente lambrissée; il n’existe, du reste, aucune trace de la voûte de la nef sur le parement intérieur de la façade dont nous venons de parler.
Les bas côtés étaient voûtés; chaque travée était couverte d’un berceau perpendiculaire à la nef, disposition curieuse à cette époque autant que rare, mais qu’on retrouve plus tard (notamment à Saint-Savin).
Suivant certains auteurs, le clocher serait contemporain de la grande basilique et, selon d’autres, sa construction serait antérieure au XIᵉ siècle; mais ce qui paraît certain, c’est qu’il aurait été élevé par l’évêque Frotaire sur deux travées de l’église latine et au-dessus de la sépulture de Saint-Front.
Le porche antérieur, dont on voit les traces en avant de la façade occidentale, est peut-être un des plus anciens; une large arcade plein cintre en formait l’entrée. Il reste encore quelques fragments de sa décoration primitive qui attestent leur origine romaine.
Le dessin de la figure 54 est tiré du projet de restauration de l’église latine et montre deux des cinq travées de la nef. Ce dessin fait partie des belles et savantes études faites sur Saint-Front par feu Bruyerre, architecte de grand talent, mort en février, 1887, avant d’avoir achevé la restauration du clocher, qu’il a préparée par des recherches archéologiques des plus intéressantes pour l’histoire de ce superbe monument.
* * * * *
La basilique de Sainte-Agnès-hors-les-Murs, bâtie dans les premières années du VIIᵉ siècle, présente un caractère particulier par les détails de sa construction et par la disposition des bas côtés, qui sont pourvus de galeries superposées ouvrant sur la nef principale par deux étages d’arcades; la galerie haute formant tribune règne au-dessus du porche de la façade
et met en communication les deux côtés de la nef.
La basilique se compose d’un porche sur toute la largeur de l’édifice et sur lequel s’ouvrent les portes du vaisseau central et des bas côtés. La nef est formée par deux rangées de colonnes reliées par des arcades
à deux étages et surmontées de fenêtres à plein cintre, la nef et les bas côtés étaient couverts par une charpente lambrissée; on remarque au-dessus des chapiteaux un rudiment d’entablement qui n’est pas d’un heureux effet. Une partie des colonnes de cette basilique proviendrait, selon quelques auteurs, des temples antiques, dépouillés notamment par Constantin, qui aurait fait transporter à Byzance une grande quantité de statues, de colonnes et de marbres précieux enlevés aux édifices de Rome et des autres villes de l’empire.
* * * * *
Élevée dans la première moitié du IXᵉ siècle, la basilique chrétienne de Saint-Clément, à Rome, a conservé presque tout entières les formes traditionnelles des basiliques civiles des premiers siècles du christianisme.
Elle fut érigée, suivant les auteurs anciens, sur l’emplacement de la maison de saint Clément, l’un des successeurs immédiats de saint Pierre. Elle existait déjà au commencement du Vᵉ siècle puisque, en 417, le pontife Zozyme y condamna l’hérétique Célestius, disciple de Pélage.
Le plan de la basilique est un parallélogramme divisé en trois nefs par deux lignes de colonnes d’ordre ionique, dont les fûts sont lisses, et reliées entre elles par des arcades ornées d’archivoltes; au-dessus s’ouvrent les fenêtres éclairant l’édifice dont
la nef était couverte par une charpente apparente.
Au fond, à l’est, s’ouvre l’hémicycle ou abside couronnée d’une voûte en quart de sphère: un banc contourne l’abside et au milieu, derrière l’autel, s’élève le siège de l’évêque ou de l’officiant. En avant se trouve l’autel érigé sur une crypte--_martyrium_--contenant les reliques de saint Clément, patron de l’église, et de saint Ignace, évêque d’Antioche.
A l’extrémité des bas côtés deux absidioles avaient été ménagées--avant la construction des chapelles--et formaient avec l’autel majeur une basilique à trois membres (chapitre V, première partie).
En avant de la basilique s’étend, sur toute sa largeur, un portique sur lequel s’ouvre la porte; ce portique est précédé d’un _atrium_ entouré de portiques au milieu duquel se trouvait un puits ou une fontaine.
* * * * *
La mosquée de Cordoue, commencée vers la fin du VIIIᵉ siècle, a plus d’un point de comparaison avec les monuments élevés à Rome et en Syrie à peu près vers le même temps.
Pour bien se rendre compte du plan et des dispositions de la mosquée de Cordoue, il faut se rappeler que, lorsque l’Espagne, après la conquête arabe, commençait à jouir d’un gouvernement régulier et protecteur, on vit accourir dans cette ville, de Syrie et d’Égypte, les partisans nombreux et puissants de cette ancienne famille des Ommiades qui vinrent s’y établir. «Les rapports multipliés de l’Orient avec l’Occident donnent l’explication assez naturelle d’un goût d’architecture qui dut vraisemblablement s’introduire alors à Cordoue et dont les parties de la grande mosquée d’Abdérame présentent un exemple extrêmement remarquable[20].»
Ce monument, empruntant aux ruines romaines leurs marbres, leurs colonnes et quelques ornements,
dut suivre les dispositions généralement adoptées déjà et qui devinrent le type de l’architecture des temples de l’Islam.
Le plan de la mosquée de Cordoue semble avoir été inspiré par les monuments chrétiens des premiers temps du moyen âge. On peut y retrouver le plan d’une basilique latine avec son atrium, son sanctuaire ou abside et sa nef principale à laquelle les constructeurs arabes auraient ajouté, à droite et à gauche, cette grande quantité de collatéraux parallèles, ou bas côtés, ce qui constitue la principale modification qu’ils ont apportée à ce genre d’édifice pour l’approprier à leurs besoins.
La mosquée primitive comprenait onze grandes nefs allant du nord au sud; ces nefs aboutissaient sur la cour qui précédait le temple et en était une partie nécessaire. Trente-trois nefs plus petites, courant de l’est à l’ouest, coupaient les onze plus grandes à angle droit, formant ainsi un vaste quinconce de colonnes.
Son plan actuel a la forme d’un rectangle d’environ 162 mètres de longueur, du nord au sud, sur 123 mètres de l’est à l’ouest: au nord, une grande cour, entourée de portiques sur trois côtés adossés à de hautes murailles, précède les entrées de la mosquée. Celle-ci est divisée en 19 nefs parallèles, ayant environ 100 mètres de longueur, venant aboutir sur la cour de la mosquée et communiquant avec elle par de grandes portes dont quelques-unes existent encore.
La nef principale du nord au sud qui a 7 mètres de largeur, et les 18 autres nefs ou bas côtés, sont subdivisées par 35 galeries beaucoup plus étroites de l’est à l’ouest, coupant les nefs à angle droit. Cet immense quinconce couvre une surface bâtie de près de vingt mille mètres carrés.
La construction est fort simple et en même temps très soignée; les galeries, larges en moyenne de 6 mètres, sauf la principale qui a 7 mètres, sont hautes de 9 mètres. Elles sont formées par des alignements de colonnes de 3 mètres de haut, reliées au-dessus des chapiteaux généralement d’ordre composite
et corinthien ou imités par les Arabes, par des arcs en fer à cheval, composés de claveaux alternés en pierre blanche et en briques rouges. Ces premiers arcs sont surhaussés par d’autres arcs bandés sur les piliers surmontant le sommier placé sur chaque colonne. Les constructeurs évitèrent ainsi les traverses en bois qui constituent très souvent la solidité des arcades arabes.
Ces deux étages d’arcs produisent par leur répétition, jointe à l’alternance de couleurs claires des claveaux, un très grand effet, malgré la simplicité des moyens employés par les architectes. Les charpentes sont apparentes et rappellent encore, par leurs formes, les dispositions de la toiture des basiliques latines.
La décoration est également fort simple, elle tire son effet principal des matériaux mêmes de la construction et particulièrement de la richesse extraordinaire des colonnes; celles-ci sont d’une variété étonnante, aussi bien par la matière même que par le travail qui les a ornées. La plupart de ces fûts sont antiques, enlevés à l’Espagne, à la Gaule et à l’Afrique romaine.
A gauche de la septième nef--en comptant par le bas ou la droite du plan,--se trouve une petite chapelle désignée par les auteurs sous le nom de _villa viciosa_; elle est couverte par un dôme étincelant de mosaïques. Derrière cette chapelle et au fond de la nef majeure, s’élève le _Kiblah_, à huit pans, couronné d’une coupole creusée dans un seul bloc de marbre.
Ces deux sanctuaires sont du Xᵉ siècle; mais leurs détails et leur ornementation sont les preuves certaines des influences romaines et orientales qui ont donné à l’ensemble de ce vaste édifice son principal caractère.
CHAPITRE XII
L’ART BYZANTIN.
Si la fondation d’un nouvel empire à Byzance, par Constantin, en 330 de l’ère chrétienne, est un des grands événements de l’histoire du monde, elle marque en même temps, dans l’histoire de l’architecture, la naissance d’un art nouveau ou, plus exactement, le départ d’une évolution de l’art antique, modifié par les influences orientales.
L’art byzantin n’est pas sorti spontanément du fait de la translation du siège de l’empire, de Rome a Byzance, car les traditions romaines se sont longtemps continuées et elles sont visibles encore au VIᵉ siècle, dans les plans des édifices construits par Justinien aussi bien que dans les détails de la construction de ces monuments. D’ailleurs, Constantin s’était préoccupé d’imiter Rome et les édifices qu’il éleva en grand nombre dans sa nouvelle capitale sont romains.
Depuis la chute de l’empire latin, Byzance avait vaillamment résisté aux Barbares; aussi le Vᵉ siècle qui vit toutes ces luttes ne fut-il pas favorable au développement des arts dans le nouvel empire d’Orient.
«La période qui s’étend de Constantin à Justinien fut, pour l’art byzantin, un âge de formation[21].»
Mais, dès le commencement du VIᵉ siècle, l’art byzantin se dégage des traditions latines; il marque l’essor d’un développement original qui s’est manifesté par une architecture hardie, laquelle témoigne de la grande science et de l’habileté des architectes byzantins.
Le caractère dominant de l’architecture byzantine réside dans l’emploi de la coupole comme partie architectonique, avec toutes les conséquences résultant de ce mode de construction.
La coupole n’était pas une forme nouvelle. Les Romains la connaissaient de longue date puisqu’ils avaient sous les yeux, à Rome, le temple rond du Panthéon et le Caldarium des Thermes d’Antonin Caracalla, modèles achevés d’architecture, aussi admirables par les savantes combinaisons de leur structure que par la magnificence de leur décoration. Les anciens Romains ou les nouveaux Byzantins connaissaient également, par leurs relations suivies avec les peuples de l’Orient et de la Perse, alors dans tout l’éclat de leur prospérité et de leur civilisation, la coupole asiatique sur pendentif; mais on ne l’avait appliquée jusque-là qu’à des édifices de petites dimensions comme des chapelles ou des baptistères.
Cependant des essais avaient été faits sur de plus grandes dimensions et la coupole de Saint-Georges à Ezra, dans la Syrie centrale, est un des exemples les plus intéressants de ce genre de construction. La coupole d’Ezra, bâtie dans les premières années du VIᵉ siècle, a environ dix mètres de diamètre; il faut noter que le plan de Saint-Georges d’Ezra étant octogone, il était plus facile de passer de l’octogone à la coupole circulaire que d’élever celle-ci sur un plan carré, racheté par des pendentifs. Toutefois, l’exemple n’en est pas moins des plus instructifs.
Mais, lorsque la coupole devint le principe même de la construction, les difficultés s’accrurent en raison de la dimension agrandie des édifices. L’une de ces difficultés fut de concilier la nouvelle architecture avec les formes rectangulaires nécessitées par les services du culte chrétien. On commença par supprimer les colonnades de la basilique latine ou des anciens édifices à coupoles de l’antiquité païenne et chrétienne; on les remplaça par de puissants piliers au-dessus desquels on banda de grands arcs dont les vastes ouvertures sont les quatre côtés d’une croix dont la coupole est le centre. Dans ces grands arcs formant l’ossature de l’édifice, comme dans les thermes romains, les colonnes ne sont plus que des subdivisions; elles ne servent plus qu’à soutenir les arcades des tribunes ou à séparer les galeries secondaires.
La coupole repose ainsi directement sur le sommet des quatre arcs élevés sur plan carré, reliés par des pendentifs sphériques appareillés normalement à la courbe, rachetant le carré--c’est-à-dire passant du plan carré de la naissance des arcs au plan circulaire couronnant leurs clefs--et reportant les charges de la coupole hémisphérique sur les quatre piliers.
Afin de contrebuter ces grands arcs sur lesquels agissent d’énergiques poussées verticales, on appuya contre eux des voûtes en quart de sphère ou en berceau, et la coupole centrale se trouva ainsi soutenue et maintenue de tous côtés. Elle devient le centre autour duquel sont disposés les demi-coupoles et les berceaux nécessaires pour assurer la stabilité de l’ouvrage; en même temps cette disposition donne à l’édifice de grands espaces qui sont utilisés pour la célébration des offices prescrits par la liturgie chrétienne.
Au point de vue technique, ce nouveau mode de bâtir fit une grande impression sur l’esprit des architectes; il excita leur émulation, il provoqua leurs études sur cette nouvelle forme dont ils pouvaient tirer un si grand parti et surtout sur les règles architectoniques qu’il fallait suivre dans ses applications.
«Dès lors, les basiliques de type latin devinrent l’exception en Orient. La coupole fut comme le thème autour duquel on exécuta des variations nombreuses[22].»
Sous Justinien on éleva à Constantinople, mais sur des plans différents, un grand nombre d’églises à coupoles présentant de grandes variétés dans leurs dispositions, notamment un édifice célèbre à cette époque: l’église des Saints-Apôtres, décrite par Procope[23].
L’historien grec, si utile à consulter pour ceux qui cherchent la vérité des faits plutôt que l’expression plus ou moins exacte d’une opinion personnelle, nous donne des détails d’un haut intérêt qui prouvent l’origine orientale de deux célèbres monuments élevés en Occident, reproduisant au XIᵉ siècle les dispositions d’un édifice bâti à Constantinople au temps de Justinien[24].
CHAPITRE XIII
ÉGLISE DES SS. SERGE ET BACCHUS, A CONSTANTINOPLE.--ÉGLISE DE SAINT-VITAL, A RAVENNE.
L’église des SS. Serge et Bacchus fut élevée à Constantinople dans les premières années du VIᵉ siècle, sous le règne de Justinien.
Elle est, parmi les rotondes byzantines bâties en Orient, une des plus remarquables.
«La coupole octogonale est flanquée de quatre niches dont les axes sont à 45 degrés sur ceux de l’édifice. Les renflements ainsi produits font la transition entre l’octogone central et le carré de l’enceinte extérieure; des niches placées aux coins de celle-ci achèvent de compléter cette disposition[25].»
La coupole, d’un type fort original, présente, au-dessus des huit pendentifs, seize arêtes saillantes, séparant les uns des autres des fuseaux concaves et formant des pénétrations dans lesquelles de petites fenêtres alternées éclairent et décorent la base de la coupole.
Malgré la forme carrée de son mur d’enceinte, l’église des SS. Serge et Bacchus peut être considérée comme une rotonde parce que toutes ses parties sont groupées symétriquement autour d’une coupole à base octogonale.
Le problème d’appliquer cette rotonde aux besoins d’une église chrétienne a été habilement résolu; les niches n’existant que sur les côtés diagonaux de l’octogone intérieur, l’espace central se rapproche du carré et prend une plus grande surface, augmentée par les galeries entourant l’octogone central. C’est un compromis entre le rectangle des églises latines et la rotonde.
L’élévation des travées rappelle encore
les dispositions romaines; les colonnes de l’ordre inférieur, formant comme le soubassement de l’ordonnance générale, sont relevées par un entablement; les arcades de l’étage supérieur forment les pans de l’octogone à l’angle desquels s’élève un pendentif, et elles sont subdivisées chacune par trois arcatures reposant sur des colonnes sans architrave.
L’église de Saint-Vital, à Ravenne, fut fondée en l’année 526 de notre ère, par saint Ecclesius, après un voyage qu’il fit à Constantinople avec le pape Jean Iᵉʳ. Elle paraît avoir été élevée suivant le plan de l’église octogone construite à Antioche par Constantin. Les travaux commencés furent continués d’après les ordres de Justinien, dont les armées venaient de reconquérir une partie de l’Italie, et sous la direction d’un personnage du nom de Julien--_Julianus_--qui exerçait les fonctions de trésorier--_argentarius_.
L’édifice achevé, orné de superbes mosaïques, aurait été consacré vers 547 par Maximianus, archevêque de Ravenne--546 à 556--en présence de l’empereur d’Orient Justinien et de l’impératrice Théodora.
La disposition générale de l’église, les détails de sa décoration intérieure donnent à cet édifice un caractère particulièrement intéressant, car nous trouvons pour la première fois un monument franchement byzantin, construit en Occident au commencement du VIᵉ siècle et portant les signes certains qui ont marqué les œuvres des architectes de cette époque.
Les analogies frappantes qui existent entre le plan de Saint-Vital et celui de l’église des SS. Serge et Bacchus, appelée par ses contemporains la petite Sainte-Sophie--et qui a précédé la grande,--ont fait supposer avec raison que le célèbre monument de Ravenne a été construit par des architectes de Constantinople.
Le plan de l’église de Saint-Vital est un octogone ayant 34 mètres de diamètre intérieur, cantonné à l’extérieur de plusieurs tours rondes et terminé à l’est par une grande abside.
L’église est orientée suivant la règle prescrite par le clergé dès le Vᵉ siècle. (_Orientation des basiliques chrétiennes_, Iᵉʳ partie, chap. V.)
La nef intérieure, de 15 mètres de diamètre, reproduit dans son plan la même forme que le périmètre extérieur; mais chaque pan est agrandi par un exèdre,
formé par deux colonnes disposées symétriquement sur un arc de cercle communiquant par les entre-colonnements avec la galerie intermédiaire.
Les bas côtés, enveloppant la nef intérieure, sont à deux étages recouverts par des voûtes d’arête; ils établissent la circulation depuis la tribune à l’ouest jusqu’à la travée de l’octogone contenant le sanctuaire à l’est, sur lequel s’ouvrent deux tribunes dans la galerie haute. Le chœur et le sanctuaire sont accessibles, dans la galerie basse et latéralement, par des entre-colonnements qui établissent une communication facile avec
les sacristies placées dans les tours vers l’abside.
Ces tribunes étaient, suivant l’usage, réservées aux femmes.
Le porche moderne, qui précède l’édifice, a changé les dispositions anciennes. Le narthex à deux étages, ou porche primitif, n’occupait sur la surface ouest qu’un des côtés de l’octogone; deux tours s’élevaient à chaque extrémité de cet avant-corps; elles contenaient