L'Architecture romane

Part 4

Chapter 43,180 wordsPublic domain

Après les monuments de Constantin vinrent ceux de ses successeurs qui donnèrent encore plus d’extension à la construction des basiliques.

Parmi celles qui furent bâties en grand nombre jusqu’à la fin du Vᵉ siècle, il faut citer la basilique de Saint-Paul-hors-les-Murs, sur la route d’Ostie, construite sur l’emplacement d’une petite église de Constantin.

Commencée en 386 et terminée dans les premières années du Vᵉ siècle, sous le règne d’Honorius, elle était, avec l’église Saint-Pierre, une des plus grandes basiliques de Rome.

Elle possédait un vaste transsept, appartenant à la disposition théodosienne[8].

Le plan de la basilique de Saint-Paul-hors-les-Murs donne le transsept de l’église chrétienne bien marqué. La nef principale et les quatre nefs latérales sont séparées du transsept par un mur, percé d’un arc triomphal et de quatre arcs secondaires. L’autel majeur

avec sa clôture,--l’_altarium_--sur la confession, séparait le chœur réservé aux prêtres, des fidèles placés dans la nef.

Les bras du transsept étaient occupés par les clercs et les personnes revêtues d’un caractère religieux.

Les proportions de la basilique de Saint-Paul-hors-les-Murs étaient colossales; sa longueur était de 143 mètres, y compris l’abside qui avait 25 mètres de diamètre; la nef et les bas côtés avaient 65 mètres de largeur et les transepts 72. La nef centrale, large de 25 mètres environ, était formée de deux rangées de vingt colonnes corinthiennes reliées par des arcades plein cintre sans archivoltes; au-dessus de ces arcades une grande frise était ornée de peintures à fresques, le

dessous des poutres des fermes était à 30 mètres au-dessus du sol. De somptueuses mosaïques décoraient l’abside, les parois du transsept et de l’arc triomphal.

La basilique de Sainte-Marie-Majeure, à Rome (plan, fig. 22), fut élevée au commencement du Vᵉ siècle par Sixte III sur l’emplacement d’un autre édifice de même genre, bâti par le pape Liberius et consacré en 353. Le pape Eugène III, vers le milieu du XIIᵉ siècle, y ajouta un portique qui fut démoli en 1572 par Grégoire XIII et remplacé, sous Benoît XIV, en 1743, par le portique actuel, à huit colonnes, exécuté d’après les plans de Ferdinand Fuga. De ce portique on pénètre par cinq portes dans les trois nefs de la basilique

qui a près de cent mètres de longueur en y comprenant l’hémicycle et trente-deux mètres de largeur.

La nef est formée par deux rangées de colonnes d’ordre ionique, dont les fûts sont lisses; elles sont couronnées par un entablement horizontal dont la frise est décorée de rinceaux et la corniche enrichie de modillons[9] au-dessus et dans la hauteur des toitures des bas côtés une grande frise ornée, au-dessus de laquelle s’ouvrent les fenêtres à plein cintre éclairant la grande nef.

Le plafond de cette nef est du temps de Célestin III vers la fin du XIIᵉ siècle; il est décoré de sculptures

dorées exécutées à la fin du XVᵉ siècle, sous le pontificat d’Alexandre VI, par Julien de Sangallo.

Santo-Pietro-in-Vinculis, fondé, en 425, par Eudoxie, femme de Valentinien III, est une basilique à _trois membres_, c’est-à-dire, suivant les auteurs anciens, que les trois galeries longitudinales, la nef principale et les deux bas côtés étaient considérés comme des églises ayant chacune leur patron particulier; au milieu l’autel principal placé au centre de l’abside et les deux autres,

moins importants, dans des absidioles ménagées à l’extrémité des bas côtés et s’ouvrant, toutes les trois, sur le transept.

La basilique est précédée d’un portique à colonnes sur lequel s’ouvre la porte qui donne accès à la nef,

formée par deux rangées d’arcades retombant sur des colonnes rappelant le dorique romain.

* * * * *

Parmi les baptistères élevés en grand nombre au Vᵉ siècle, celui de Novare est à citer parce qu’il rappelle les dispositions d’un édifice plus ancien destiné au même usage, élevé à Rome au IVᵉ siècle par saint Sylvestre, près de Saint-Jean-de-Latran.

Suivant l’usage adopté par les premiers chrétiens, le baptistère était séparé de la basilique; celui de Novare se compose d’une enceinte de forme octogonale couverte par une voûte en arc de cloître surmontée d’une lanterne ajourée.

Au milieu était la piscine dans laquelle on baptisait par immersion; le mur était évidé par quatre niches semi-circulaires et par quatre enfoncements rectangulaires; dans celui du fond était placé l’autel, dont l’usage était prescrit par les cérémonies liturgiques du baptême. L’édifice était éclairé par des fenêtres, percées, sur chaque pan de l’octogone, au-dessus de la toiture en appentis couvrant les niches formant la base de l’édifice.

CHAPITRE VIII

SYRIE CENTRALE.--BASILIQUE DE TAFKHA.--BAPTISTÈRE DE MOUDJELEIA.--ÉGLISES DE BEHIO ET DE BABOUDA.

L’architecture chrétienne qui avait pris à Rome, dès les premières années du IVᵉ siècle, un essor si puissant, se répandait et se développait au même temps en Orient et particulièrement dans la Syrie centrale. L’influence romaine s’était d’ailleurs manifestée dans ce pays dès le IIᵉ siècle et il fut pendant plusieurs siècles un foyer d’art dont le rayonnement s’étendit jusqu’en Europe[10].

La basilique de Tafkha (Syrie centrale) est un édifice chrétien bâti du IVᵉ au Vᵉ siècle sur le modèle des basiliques antiques.

On saisit ici sur le fait la transition de la basilique civile romaine à l’église chrétienne[11].

Le système de construction est des plus simples: la nef était formée par des rangées d’arcs parallèles, un grand arc pour le vaisseau central et deux plus petits, superposés, pour les bas côtés (fig. 29). Ceux-ci avaient deux étages; le plancher de la galerie haute était en pierre, comme l’édifice tout entier, et il se composait de dalles portées sur des corbeaux engagés dans les murs transversaux.

Ces murs étaient espacés à environ trois mètres l’un

de l’autre et le plafond était fait par de larges dalles posées sur leur sommet, la portée des dalles du plafond étant diminuée par la saillie d’une corniche courant sur toute la largeur de la nef. Sur ces dalles, une aire en béton ou en ciment assurait, par des pentes, l’écoulement des eaux pluviales.

Les coupes transversale et longitudinale (fig. 29 et 30) montrent clairement ces curieuses dispositions en même temps que l’habileté des constructeurs qui, n’ayant que la pierre à leur disposition, ont su en tirer parti de la manière la plus pratique pour la construction proprement dite; ils ont même remplacé le bois, qui, sans doute, était rare dans la région, par la pierre, car la fenêtre, percée dans le mur du fond, à gauche de l’abside, est fermée par une dalle mobile faisant office

de volet; une des fenêtres de la tour a également conservé son volet de pierre.

Cette tour, à trois étages, est accolée au flanc gauche de la façade. Ce genre de construction est fréquent dans la Syrie centrale. Les grandes maisons antiques sont accompagnées de tours, et les monuments funèbres affectent cette forme[12].

Le monument de Moudjeleia (Syrie centrale) présente tous les caractères d’un baptistère du Vᵉ siècle; il n’existe pas, d’ailleurs, dans toute la région, d’église de forme polygonale.

Le centre de l’édifice était sans doute hypèthre; on ne voit, d’ailleurs, aucune trace des dispositions primitives de la couverture sur la partie centrale, tandis que la charpente des bas côtés a laissé des encastrements qui déterminent son ancienne disposition. Une toiture à simple pente recouvrait l’abside et ses annexes.

Ce petit édifice est disposé selon les traditions chrétiennes suivies pour l’établissement des baptistères; l’absidiole ménagée en face de la partie octogonale devait recevoir un autel afin qu’on pût dire la messe et donner la communion aux néophytes.

La basilique de Behio (Syrie centrale), bâtie vers le

commencement du VIᵉ siècle, diffère des édifices élevés dans le même temps par la forme de l’abside, carrée au lieu d’être hémisphérique, et par la galerie ou portique s’étendant sur le flanc de l’édifice.

Le pignon au-dessus de l’arc de l’abside montre très nettement les dispositions de la toiture qui couvrait la basilique, et l’on voit avec quels soins les constructeurs ménageaient dans la maçonnerie la place que devaient occuper les diverses parties de la charpente apparente indiquées dans tous leurs détails par la figure 45.

La petite église de Babouda (Syrie centrale) est un

exemple, admirablement conservé, d’une église rurale

élevée dans les premiers siècles de l’ère chrétienne--Vᵉ siècle.

Elle se compose d’une seule nef, couverte en charpente apparente et à l’extrémité de laquelle a été établi l’hémicycle, ou plutôt l’abside voûtée en quart de sphère.

La nef est précédée d’un portique à trois arcades sur lequel s’ouvrent les trois portes donnant accès dans la salle; au-dessus du porche, une loge à jour éclairant la nef et une tribune à laquelle on devait accéder par un escalier intérieur.

CHAPITRE IX

SYRIE CENTRALE.--BAPTISTÈRE DE SAINT-GEORGES D’EZRA, ÉGLISES DE BAQOUZA ET DE QALB-LOUZEH.

Le baptistère de Saint-Georges d’Ezra est un des monuments les plus précieux de la Syrie centrale. Dans la primitive Église, les baptistères étaient rares, car il n’y en avait qu’un par ville épiscopale, l’usage étant de réserver à l’évêque l’administration du sacrement du baptême.

Saint-Georges d’Ezra est parvenu jusqu’à nous sans autre modification que celle d’avoir été transformé en église, toujours consacré au culte catholique pour lequel il a été construit et qui se célèbre encore sous ses voûtes vénérables[13].

Le plan est très simple; il se compose de deux octogones concentriques inscrits dans un carré; l’octogone central est couronné par une coupole. Sur le pan oriental s’ouvre l’abside précédée d’une étroite travée; de chaque côté sont établis des réduits carrés, et dans chacun des angles du carré une niche ou exèdre dont la face forme un des pans coupés de l’octogone; trois portes s’ouvrent sur la façade occidentale et une sur chacune des faces latérales.

La coupole, de dix mètres environ de diamètre, est soutenue par huit piliers de cinq mètres de hauteur; les deux assises hautes de la rotonde octogone sont: la première à 16 côtés, la seconde à 32, de manière à passer graduellement de la forme polygonale au plan circulaire de la base de la coupole, de forme ovoïde, en élévation et rappelant les monuments de l’Asie centrale.

A l’exception de la coupole faite en blocage, toute la maçonnerie est en pierres appareillées, posées sans mortier.

A la base de la coupole s’ouvrent de petites fenêtres semi-circulaires, une dans chaque pan de l’octogone; c’est le plus ancien exemple existant d’un système d’éclairage qui reçut à Sainte-Sophie, de Constantinople, son plein développement[14]. Le bas côté et le sanctuaire sont couverts en dalles posées sur les murs ou sur les arcs, et dont la portée est diminuée par une corniche courante (fig. 40).

Au fond de l’abside règnent trois rangs de gradins en hémicycle destinés aux sièges du clergé; l’autel est placé dans la première travée du sanctuaire qui communique par une porte avec la sacristie réservée; la

seconde sacristie est, au contraire, accessible au public par une porte s’ouvrant sur l’exèdre de l’angle sud-est.

Un rideau tendu entre les pilastres d’entrée du sanctuaire voilait les saints mystères, selon la liturgie orientale.

La porte principale se compose d’une baie rectangulaire surmontée d’un linteau déchargé par un arc; sur le linteau décoré à ses deux extrémités de croix et de pampres se trouve une inscription grecque datée de la neuvième indiction en l’année 410, c’est-à-dire de la fin de 515 ou du commencement de 516, date de l’achèvement de l’édifice.

L’église de Baqouza (Syrie centrale), élevée au commencement du VIᵉ siècle, est un beau monument bien planté sur la pente d’une colline; un large soubassement rachète la déclivité du terrain et donne à l’église une assiette remarquable[15].

Le chevet, avec ses plans fermement accusés et son magnifique appareil, est d’un sentiment tout antique.

Les dessins (fig. 41 et 42) supposent l’édifice reconstitué avec la plus scrupuleuse exactitude d’après les débris existant tout entiers.

La nef est formée par deux rangées de colonnes, de

proportions antiques, portant des arcs plein cintre, non extradossés et sans aucun ornement mouluré; au-dessus des arcs, une rangée de fenêtres, dont les trumeaux sont faits d’une assise et dont la partie cintrée est évidée dans un monolithe, éclaire l’intérieur de la basilique. Une charpente apparente, comprise entre les deux pignons, couvre la nef ainsi que les bas côtés.

Devant les portes latérales sont disposés des porches formés d’une petite voûte en pierre dont les sommiers sont supportés par des colonnes isolées et des corbeaux ou demi-colonnes engagés dans les murs de l’édifice. L’abside, voûtée en quart de sphère appareillée et couverte en pierre, s’ouvre dans le mur du fond à un niveau supérieur au sol de la nef.

La façade occidentale est précédée d’un portique qui n’a pas été indiqué dans la coupe (fig. 41), en raison de l’incertitude que l’état des ruines laisse sur son élévation.

L’église de Qalb-Louzeh (Syrie centrale), dans sa forme basilicale, est un monument d’une remarquable conservation; il ne manque que le mur extérieur du bas côté rond et une partie de la façade occidentale. (Il suffit de prolonger les lignes interrompues pour reconstruire, par la pensée, jusque dans ses plus petits détails le monument tel qu’il existait au VIᵉ siècle de notre ère[16].)

L’église a environ 38 mètres de longueur sur 18 de largeur. Elle comprend un pronaos ou narthex flanqué de tours, puis une nef avec deux bas côtés.

La nef est formée de piliers massifs reliés par des arcs trapus; au-dessus, une rangée de petites fenêtres, alternant avec un ordre de colonnettes, décore l’étage supérieur. Chacun de ces couples de colonnettes formait corbeau portant chaque forme de la charpente apparente comprise entre les deux pignons extrêmes.

Les bas côtés sont couverts en dalles de pierre dont les points sont à recouvrement et dont le bord extérieur mouluré constitue la corniche du bas côté.

Le comble, indiqué dans la figure 45, a disparu; mais la place des colonnettes, la hauteur de l’encastrement qui les surmonte, déterminent la place et les dimensions des entraits, de même que l’inclinaison des pignons, les trous carrés destinés à recevoir les pannes rapprochées, portées sur les arbalétriers, permettent de retrouver tous les détails de ses dispositions.

L’ornementation de la basilique de Qalb-Louzeh est plus riche que dans les autres édifices du même

genre et du même temps; elle affecte des formes qui tendent vers les pratiques byzantines.

Les éléments empruntés à la décoration antique sont mêlés à des croix et à des symboles chrétiens. On sait combien les représentations de la nature vivante sont rares dans la sculpture ecclésiastique des églises orientales. L’église de Qalb-Louzeh possède, à ce point de vue, un détail curieux. Sur le linteau de la première porte latérale se trouvent deux bustes d’hommes, au-dessus desquels sont gravés en caractères grecs: Michel, Gabriel. Ces deux bustes étaient donc la figure des deux archanges qui, placés au-dessus de l’entrée, semblaient veiller à la garde du sanctuaire.

Les portes latérales étaient précédées de porches, les uns en bois couverts d’un toit à double pente et les autres en pierre et formés d’une voûte en berceau.

CHAPITRE X

SYRIE CENTRALE.--ÉGLISE DE ROUEIHA ET DE TOURMANIN.--PALESTINE.--LE TEMPLE A JÉRUSALEM.--PORTE DOUBLE.

Le village de Roueiha (Syrie centrale), appartenant à la région de Djebel-Riha, bien que situé sur le versant oriental de la montagne et déjà dans la plaine, renferme un monument qui rappelle ceux de la région situés plus au nord.

L’église diffère essentiellement de celles qui précèdent. Les colonnes, nombreuses et serrées, à l’imitation de la basilique romaine, ont fait place à de larges et rares piliers, reliés par de grands arcs.

A chacun de ces piliers correspond un arc-doubleau

porté par des pilastres cannelés et qui, coupant

transversalement la nef, en modifient absolument la physionomie. Ces doubleaux, surmontés d’un pignon, divisent la nef en trois travées ainsi que le comble en charpente dont les formes apparentes étaient supportées par des consoles placées au-dessus de la rangée des petites fenêtres hautes.

L’église est entourée d’une enceinte rectangulaire formée par un mur en pierre. Une seule porte, placée à côté d’un petit bâtiment qui devait être le logement du gardien de la porte, donne accès dans cet enclos. Il paraît avoir été la propriété particulière d’une famille qui y avait sa sépulture; deux tombeaux fort bien conservés et très intéressants s’y voient encore; l’un d’eux porte l’épitaphe d’un certain Bizzos, fils de Pardos; le même nom se trouve gravé au-dessus de la porte principale de l’église, ce qui permet de penser que ce personnage, qui vivait au VIᵉ siècle de notre ère, est le fondateur du monument.

L’église de Tourmanin (Syrie centrale) tient à la fois de celles de Baqouza et de Qalb-Louzeh; la nef et le chœur appartiennent à la première de ces deux églises, le narthex à la seconde. Sa longueur totale est de 40 mètres et sa largeur de 15. L’intérieur de la nef ressemble à celui de Baqouza et un ordre de colonnettes, comme à Qalb-Louzeh, supportait les poutres de la charpente apparente.

Le monument est assis sur un soubassement qui lui donne une large base; la façade a un grand caractère et en même temps un agencement de lignes d’un effet pittoresque. Comme celle de Qalb-Louzeh, elle se compose d’une large arcade surmontée d’une terrasse et flanquée de deux tours carrées; mais ces tours sont plus dégagées et la terrasse est recouverte d’une loggia d’une disposition ingénieuse et élégante[17].

On ne saurait rien imaginer de plus logique et de plus raisonné que cette composition où chaque élément a sa fonction nettement accusée, où l’équilibre résulte des conditions de stabilité des matériaux posés sans ciment et où la décoration n’est qu’une conséquence de la construction. L’effet produit est très saisissant.

Le chevet a aussi un grand caractère; orné de deux ordres superposés, comme à Baqouza et à Qalb-Louzeh, il est remarquable par l’harmonie et la vigueur de ses lignes; l’abside est à pans coupés dont l’arête est ornée de colonnettes, elle forme un demi-dodécagone régulier. Les bases ont un profil qui accuse le VIᵉ siècle et la sculpture des chapiteaux de l’abside, plate et comme découpée, paraît être du même temps.

De même qu’à Qalb-Louzeh, le narthex qui précède la porte principale est d’un grand effet et la large arcade qui lui donne accès, entre les deux tours, est d’un vigoureux caractère.

Cette disposition est fort originale et il est facile d’y reconnaître, en germe, la disposition des façades du moyen âge occidental.

C’est à l’abside surtout qu’apparaît, de la manière la plus évidente, ce lien de parenté qui unit les églises de la Syrie centrale à celles de l’Occident.

Extérieurement, cette abside est décorée, comme à Qalb-Louzeh, de deux ordres de colonnettes directement superposées; la donnée est encore antique, bien que l’application en soit absolument nouvelle. L’architecte, doué d’un grand sens pratique, a supprimé, les jugeant inutiles, la corniche, la frise et l’architrave qu’un constructeur romain n’eût pas manqué d’intercaler dans sa composition. Néanmoins la colonne est restée antique dans ses proportions et dans le rapport des deux ordres[18]; mais que le temps et la réflexion fassent litière de ces derniers scrupules, que ce chapiteau et cette base intermédiaires, inutiles, disparaissent ou soient remplacés par une bague, que la longue colonnette ainsi obtenue se rapproche de sa voisine, que les corbeaux de la corniche se serrent en se découpant, l’abside romane de France ou des bords du Rhin apparaît et sa filiation s’établit.

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Le temple de Jérusalem, célèbre à plus d’un titre,

est ici particulièrement intéressant parce qu’il est un exemple, fort rare au VIᵉ siècle, de coupoles en pierre, appareillées normalement.

A cette époque on construisit, dans la Syrie centrale