Part 12
Mais il faut d’abord dire un mot de la structure des coupoles; elle consiste en une succession d’assises formant des lignes circulaires de claveaux concaves. «Il résulte de cette disposition des assises que leurs éléments usent à s’entretenir la plus grande partie de la force qui les sollicite à tomber; par conséquent, il n’y a qu’une médiocre poussée des rangs supérieurs sur les rangs inférieurs et, en définitive, la coupole ne chasse guère au vide les supports sur lesquels elle est assise[88].» Ce mode de construction a cet avantage, mais il nécessite des massifs énormes pour supporter les coupoles et il ne peut servir qu’à couvrir des édifices ronds ou octogones. Le perfectionnement apporté par les constructeurs du XIᵉ siècle a été d’élever des coupoles sur des espaces carrés à l’aide de pendentifs rachetant le carré et reportant, avec les arcs-doubleaux, la charge des voûtes sur les piles.
Dans ces conditions, les fonctions de pendentifs, appareillés normalement, et celles des croisées d’ogives, appareillées de même, sont identiques, puisque dans tous les cas elles reportent, avec les arcs-doubleaux, leurs poussées et les charges des remplissages des voûtes sur les piles.
Les architectes romans, rompus à toutes les pratiques professionnelles, étaient trop habiles constructeurs
pour ne pas utiliser ces principes en cherchant à les perfectionner par des combinaisons moins coûteuses. Deux raisons surtout devaient stimuler leurs recherches; tout d’abord la question d’argent, grave question qui a eu une grande importance dans tous les temps; le mode de construction des coupoles nécessitait des piles et des arcs-doubleaux très puissants et, par conséquent, de grandes dépenses. Puis le besoin d’agrandir les églises qui, étant donnée la sévérité des lois liturgiques si puissantes au moyen âge, ne pouvaient être bâties ou réédifiées que sur le lieu consacré. D’où résultait la nécessité de modifier les voûtes afin de diminuer leur poids en les répartissant sur des points d’appui plus nombreux, mais d’une section moindre et permettant, comme conséquence, d’agrandir l’espace intérieur des églises.
Nous examinerons d’ailleurs cette transformation économique, après avoir étudié les églises à coupoles bâties en grand nombre, à l’exemple de Saint-Front ou suivant ses principes de construction.
Saint-Front présente les mêmes dispositions que l’église des Saints-Apôtres, dispositions que nous avons décrites dans le chapitre précédent.
Les nefs croisées figurant une croix grecque et couronnées de cinq coupoles sont formées par de puissants arcs-doubleaux qui, bandés sur les piles et réunis par des pendentifs appareillés normalement à la courbe (fig. 159), composent une assise inébranlable aux coupoles ovoïdes, sur plan circulaire, dont les poussées verticales se répartissent également sur les arcs mutuellement contrebutés. Les piles, percées de hautes et étroites arcades, établissent une circulation latérale; les murs de clôture, d’une mince épaisseur et formant le parement extérieur, sont percés de fenêtres en plein cintre.
Il est intéressant de remarquer l’analogie qui existe entre les dispositions de Saint-Front et de Saint-Marc et celles de Sainte-Sophie et des Saints-Apôtres à Constantinople qui rappellent le parti architectural adopté par les Romains dans les Thermes d’Antonin Caracalla; il est utile de revoir à ce sujet dans la première partie les chapitres III, XII et XIV.
A l’est, l’hémicycle primitif a été remplacé plus tard par une abside plus importante, et deux absidioles ont été ménagées dans le côté oriental des bras de la croix nord et sud.
A l’ouest, l’église à coupoles communique avec l’ancienne église latine dont nous avons parlé au chapitre XI de la première partie et sur deux travées de laquelle le grand clocher, marquant la sépulture de Saint-Front, aurait été élevé par Frotaire, évêque de Périgueux sur la fin du Xᵉ siècle.
Les grands doubleaux de l’église à coupoles présentent cette particularité d’être des arcs brisés. Ainsi que nous l’avons déjà dit au chapitre X de la deuxième partie, cette forme est un moyen de construction, plutôt qu’un caractère d’architecture, employé pour diminuer l’action des poussées de l’arc plein cintre, beaucoup plus énergique que celles de l’arc brisé.
Du reste, l’arc brisé était connu bien avant la construction de Saint-Front; les savants dont nous parle Quicherat signalent sa présence: au Caire, dans des monuments arabes du IXᵉ siècle de notre ère; au centre de l’Arménie, à Diarbekir, dans un portique de l’époque romaine et dont les colonnes sont reliées par des arcs brisés; enfin, remontant encore plus haut dans l’histoire, en Perse où les constructeurs n’ont pas employé d’autres cintres depuis les derniers Sassanides.
Une forme qui eut autant de succès chez le peuple le plus artiste de l’Orient dut certainement être transportée de très bonne heure dans la Syrie et se rencontrer sur le passage des pèlerins si nombreux qui fréquentaient alors les Lieux Saints; pour que cette forme eût attiré l’attention des Latins, il faut nécessairement qu’ils l’aient vue, non pas dans les mosquées où ils n’avaient garde d’entrer, mais dans des édifices consacrés au culte chrétien.
CHAPITRE XIII
ÉGLISE DE CAHORS (LOT).--ÉGLISE DE SAINT-AVIT-SÉNIEUR (DORDOGNE).
Les premières églises bâties à l’exemple de Saint-Front, celles de la première génération pour ainsi dire comme celles de la cité ou de Saint-Étienne à Périgueux et de Cahors, conservent le même mode de construction, mais présentent quelques différences dans le plan; les bras latéraux de la croix grecque sont supprimés et il ne reste plus qu’un rectangle formé de deux ou de plusieurs travées couronnées par des coupoles et terminé par un sanctuaire demi-circulaire cantonné d’absidioles comme à Cahors, ou même simplement par le mur de clôture d’un des côtés de la travée terminale comme à Saint-Avit, soit parce qu’on s’est contenté de cet arrangement ou bien parce que l’édifice n’a pas été achevé.
L’église de Saint-Étienne, à Cahors, bien qu’elle ait été consacrée dans les premières années du XIIᵉ siècle, remonte cependant au milieu du siècle précédent, et elle doit être contemporaine de l’achèvement de la célèbre église de Périgueux; c’est d’ailleurs une des plus importantes et surtout des plus fidèles imitations de Saint-Front.
La construction de l’église de Cahors est semblable à celle de Saint-Étienne de Périgueux--du moins dans la partie antérieure de celle-ci--qui a suivi de très près celle de Saint-Front.
On peut remarquer déjà dans ces deux églises et surtout à Cahors un perfectionnement sensible dans l’économie de la construction. Les arcs-doubleaux sont beaucoup moins larges, et l’on sent que les architectes,
familiarisés avec la coupole et calculant mieux les poussées des arcs et des voûtes ainsi que la résistance des points d’appui, avaient réalisé un progrès sensible qui est comme le témoignage de leurs connaissances techniques.
A l’intérieur de l’église le parti architectonique est le même qu’à Saint-Front; mais les proportions générales des grands arcs sont moins heureuses, plus trapues
et plus lourdes. La nef se compose de deux travées égales sans galeries latérales; les piles formant un contrefort saillant à l’intérieur sont pleines, sauf un étroit passage à hauteur de la galerie latérale, et elles n’ont plus qu’une arcade simplement décorative. Les deux travées sont couronnées par des coupoles hémisphériques sur pendentifs appareillés comme à Saint-Front et éclairées à leur base par de petites fenêtres ouvertes aux quatre points cardinaux. A l’extrémité orientale, un vaste hémicycle ayant la largeur de la nef est couvert par une voûte en quart de sphère; il est cantonné par trois absidioles et il rappelle, sauf l’absence de la colonnade du sanctuaire intérieur, les dispositions du chœur de l’église du Saint-Sépulcre à Jérusalem, réminiscence que nous avons déjà signalée en étudiant l’église de Vignory et celles de l’Auvergne.
Cette partie de l’église paraît, du reste, postérieure à la construction de la nef; mais elle a cependant tous les caractères particuliers de l’architecture romane.
L’extérieur de l’église présente des dispositions des plus intéressantes parce que les coupoles sont très franchement accusées (fig. 164). Elles émergent au-dessus du comble dont la corniche est soutenue par des corbeaux; elles montrent leurs tambours appareillés formant la base de la coupole et couronnés par une corniche ornée de corbeaux. Aujourd’hui la calotte est couverte par une charpente, mais il est probable que la couverture primitive devait être en pierre ou bien celle-ci était revêtue de lames de métal suivant la courbe hémisphérique de la coupole.
L’église de Saint-Avit-Sénieur procède évidemment
des églises à coupoles de Saint-Étienne, de la Cité à Périgueux, de Cahors et de Saint-Jean à Cole, qui sont des filles de Saint-Front.
Le plan de Saint-Avit ainsi que sa coupe sont les mêmes que ceux de Saint-Étienne, de la Cité et de Cahors et les détails de la construction sont identiques. Mais ce qui rend cet édifice digne d’un examen particulièrement attentif, c’est la disposition des voûtes et ces voûtes elles-mêmes qui diffèrent des églises à coupole sur le modèle duquel l’église de Saint-Avit a été bâtie, sinon achevée.
Il n’est pas démontré, comme on l’a écrit, que les coupoles aient été construites, puis détruites pour être remplacées par les voûtes qui existent encore aujourd’hui.
Si l’église commencée sur le plan de Saint-Front ou de ses dérivés avait dû être couronnée par des coupoles sur pendentifs, les claveaux des arcs-doubleaux devaient être taillés, selon les lois et l’appareil, suivant la douelle des pendentifs sphériques. La suppression de ceux-ci, en admettant qu’on les ait remplacés après coup par des voûtes dont les arêtes sont marquées par des arcs diagonaux, aurait nécessité un travail de sapement et de relancement beaucoup plus considérable que la construction, ou la reconstruction, toute simple, qui restait à faire de la calotte hémisphérique.
Il était beaucoup plus facile, alors que les piles étaient arrivées à hauteur de la naissance des arcs-doubleaux, de prévoir dans l’appareil des sommiers la retombée des arcs diagonaux. C’est évidemment ce qui a dû se passer, et c’est très probablement vers la fin du XIᵉ siècle que les arcs-doubleaux ont été construits, époque à laquelle on voit apparaître, timidement du reste, les arcs diagonaux ou croisées d’ogives.
D’ailleurs, les voûtes de Saint-Avit qu’on suppose avoir été refaites à la fin du XIIIᵉ siècle ne sont pas appareillées comme elles le furent dès la fin du XIIᵉ siècle et surtout dans les siècles suivants, c’est-à-dire en voûtes d’arête dont les pénétrations sont accusées et surtout soutenues par des arcs diagonaux. Les voûtes indiquées par la figure 166 n’ont plus la forme d’une coupole proprement dite; c’est une voûte annulaire appareillée horizontalement ou à peu près, soutenue comme elle le serait par des cintres permanents, à l’aide de croisées d’ogives et de nervures transversales, accusant et surmontant les clefs des arcs-doubleaux.
Il semble qu’on peut voir dans cette disposition ingénieuse des voûtes de Saint-Avit, beaucoup plus légères que les coupoles et par conséquent ayant moins d’action sur les murs latéraux, le passage de la coupole à la voûte d’arête portée sur des arcs diagonaux. Nous l’avons indiqué dans le chapitre XII en étudiant le pendentif de Saint-Front, comparé à la _croisée d’ogives_ et en constatant l’identité de leurs fonctions statiques.
Ces tentatives, si bien caractérisées à Saint-Avit, se renouvelèrent plus fréquemment, et on peut suivre leurs développements, dans la première moitié du XIIᵉ siècle en Allemagne, en Italie et en France[89].
CHAPITRE XIV
CATHÉDRALE D’ANGOULÊME (FRANCE).--ÉGLISE DE RIPEN (DANEMARK).--ÉGLISE DE SOLIGNAC (FRANCE).
Les églises bâties à l’exemple de Saint-Front se modifient encore à la seconde génération; le plan revient à la forme de croix latine par l’addition au transsept de deux bras voûtés en berceau.
Les dispositions intérieures se perfectionnent et marquent davantage encore les progrès que nous avons indiqués dans l’église de Cahors. On sent la préoccupation constante des constructeurs romans, cherchant à diminuer les énormes masses des églises à coupoles primitives, par une répartition plus pondérée et mieux entendue des poussées et des résistances, et en accusant ces points principaux par des contreforts qui commencent à saillir sur les faces extérieures de l’édifice. On voit même l’art des architectes s’exercer dans la décoration des points d’appui et l’allégement des arcs-doubleaux à l’intérieur. Mais la forme extérieure perd à cette époque son caractère si particulièrement original parce que les coupoles ne s’accusent plus au dehors; elles sont alors couvertes par le comble banal à deux
rampants, et rien ne les distingue plus extérieurement des autres églises romanes à nef unique. Les églises de Brassac (Dordogne), de Sablonceaux (Charente-Inférieure) ont été élevées, ou reconstruites dans ces conditions,
de même que celles d’Angoulême et de Fontevrault.
L’église d’Angoulême, bâtie au commencement du XIIᵉ siècle, sur les vestiges d’un édifice plus ancien, se compose d’une nef unique voûtée par trois coupoles et couverte d’un comble à deux rampants; à l’extrémité orientale de la nef s’élève une tour-lanterne octogone,--qu’on a recouverte vers 1860 d’une coupole qui n’avait très probablement pas existé avant cette époque;--le sanctuaire primitif, sans bas côté, est en forme d’hémicycle cantonné, comme à Cahors, d’absidioles rappelant le Saint-Sépulcre; cet hémicycle ou abside principale
est accompagné de deux absides plus petites, voûtées, comme le sanctuaire, en quart de sphère. Les deux bras du transsept, couverts dans sa largeur par une voûte en berceau, donnent à l’édifice la forme d’une croix latine, plus accusée encore par la construction de deux tours--vers le milieu du XIIᵉ siècle--dont une seule a été achevée un peu plus tard et l’autre élevée jusqu’à la hauteur des combles.
L’école angoumoise, selon Anthyme Saint-Paul[90], sert de trait d’union entre les écoles périgourdine et poitevine, empruntant à la première ses nefs uniques, ses coupoles et à la seconde ses riches façades, son luxe d’arcades et sa décoration sculpturale.
La façade de l’église d’Angoulême, qui rappelle celle de Notre-Dame-la-Grande, à Poitiers, est tout entière
couverte d’arcatures et de sculptures consacrées à la représentation du Jugement dernier.
* * * * *
L’influence de Saint-Front s’est étendue bien au delà des rives de la Loire que des archéologues modernes--peut-être un peu trop jaloux de la gloire de leur clocher--considéraient comme la limite extrême de son rayonnement.
Une église bâtie vers le XIIᵉ siècle dans une des provinces reculées du Danemark, nous montre la force d’expansion des idées qui avaient causé en Aquitaine une féconde révolution dans l’art de bâtir au XIᵉ siècle; ses effets se sont fait sentir dès la fin du même siècle et surtout pendant le XIIᵉ dans toute l’Europe occidentale, non seulement par la reproduction pure et simple des coupoles, mais encore par les transformations successives et rapides qui sont nées de ce mode de construction.
L’église de Ribé ou de Ripen, dans le Jutland, est une des nombreuses églises fondées par Canut II, dit le Grand, après que ce roi eut converti son peuple au christianisme dans les premières années du XIᵉ siècle. Elle fut reconstruite après un incendie, au commencement du XIIᵉ siècle, sur le modèle de Saint-Front ou de ses dérivés; la coupole centrale, sur pendentifs, ressemble absolument, aussi bien par sa forme que par les particularités de sa structure, à l’église mère, avec cette seule différence que les arcs-doubleaux sont en plein cintre. Les bras du transsept sont couverts par des voûtes annulaires sur croisées d’ogives comme celles de la nef de Saint-Avit-Sénieur.
L’église de Solignac, dans le département de la Haute-Vienne, est un exemple d’un édifice à coupoles, rares dans le Limousin.
Elle ressemble à celle de Cahors, sauf en ce qui concerne le nombre des travées et la disposition du sanctuaire,
couvert par une voûte, tout à la fois construite en quart de sphère du côté de l’hémicycle et sur pendentifs du côté de l’arc triomphal formant l’entrée du chœur.
Les ailes du transsept semblent avoir été modifiées après la construction primitive; celle du sud-est, voûtée en berceau et celle du nord-est, couronnée par une coupole hémisphérique, ovale en plan.
La nef est composée de quatre travées couronnées par des coupoles sur pendentifs, la dernière couvrant, avec les particularités que nous avons indiquées, le sanctuaire, cantonné, comme à Cahors, de trois absidioles voûtées en quart de sphère. Celles-ci, circulaires à l’intérieur, sont polygones à l’extérieur et chacun des angles est muni d’un contrefort sous forme de colonne engagée.
Les coupoles de Solignac sont couvertes, comme celles d’Angoulême et d’autres que nous avons signalées, par un comble à deux rampants.
A l’extérieur, les proportions sont moins heureuses encore que celles de Cahors.
A l’intérieur, les absides et les absidioles, bien que polygones, rappellent les églises du Poitou et surtout celles de l’Auvergne par ce détail caractéristique des arcatures ornant la partie haute de l’abside et du transsept, et qui encadrent quelques fenêtres ménagées à la base de la coupole du sanctuaire.
L’église du monastère de Solignac a été élevée dans les premières années du XIIᵉ siècle, car la dédicace en fut faite en 1143.
CHAPITRE XV
ÉGLISE DE FONTEVRAULT.--ÉGLISE DE SAUMUR.--ÉGLISE DU PUY-EN-VELAY (FRANCE).
L’église abbatiale de Fontevrault a été bâtie à peu près en même temps que la cathédrale d’Angoulême, de 1101 à 1120, et consacrée pour la première fois en 1119 par le pape Calixte II.
Le plan de ces deux églises est le même, sauf le chœur; les coupoles sont semblables et sont certainement des dérivés de Saint-Front en ce qui concerne le parti architectural et le mode de construction; cependant les progrès que nous avons constatés à Cahors et à Angoulême s’affirment plus encore et ces perfectionnements s’expliquent par l’habileté toujours croissante des architectes romans; les piles, les arcs-doubleaux et les pendentifs n’ont plus que les dimensions nécessaires; les poussées et les résistances sont calculées savamment et les contreforts, placés aux points utiles, s’accusent davantage, afin de ne plus donner aux murs de clôture que des épaisseurs utilement réduites.
Les détails de la construction, les ornements sculptés sont plus affinés et ils annoncent un art en pleine possession de ses moyens, arrivant à son apogée qui fut bientôt le point de départ d’une transformation nouvelle.
Le chœur de Fontevrault est moins ancien que la nef; c’est une expression différente de l’architecture romane dans laquelle on reconnaît aisément les dispositions des églises d’Auvergne; car cette partie de l’église abbatiale présente une très grande analogie avec le chœur de l’église de Saint-Paul, à Issoire. (Voir la figure 137.)
Mais la manière, nouvelle alors, dont la croisée de transsept a été voûtée est particulièrement remarquable. Ce n’est plus une coupole proprement dite; c’est une voûte sphérique coupée par les quatre doubleaux des arcs de la croisée; c’est, en un mot, une voûte annulaire dont les poussées sont moins énergiques que la coupole, en raison de sa moins grande pesanteur. La construction en est très simple, car chaque ligne d’assise formant claveau concave, les cintres peuvent être réduits à leur plus simple expression. Les retombées et cette voûte annulaire sont accusées par des chapiteaux placés un peu plus haut que ceux qui reçoivent les arcs-doubleaux de cette croisée.
Nous avons vu déjà ce mode de construction de voûtes[91]; il se montre quelques années après Fontevrault, à l’église Saint-Pierre, à Saumur, avec un perfectionnement plus accusé qui marque, mieux encore qu’à Saint-Avit-Sénieur, le passage de la voûte en coupole à la voûte d’arête, soutenue par des _croisées d’ogives_.
Ce dernier système qui donne une plus grande légèreté aux voûtes et nécessite des arcs-doubleaux et des
points d’appui beaucoup moins importants, se développa rapidement; nous en verrons les premières applications dans les chapitres XVI et XVII.
* * * * *
En dehors des églises à coupoles, que nous avons étudiées ou signalées, il faut citer l’église de Notre-Dame au Puy-en-Velay, issue des mêmes types, mais qui présente un caractère particulier.
La nef, se terminant par une abside sans collatéral, consiste en une suite de travées voûtées, comme le carré du transsept l’est ordinairement dans les églises romanes, c’est-à-dire que chacune de ces travées est surmontée d’un tambour octogone, sur plan carré, racheté par des trompes très ingénieusement disposées, et d’une coupole également octogone, qui rappelle celles de Saint-Vital, de Ravenne ou de l’église palatine d’Aix-la-Chapelle; la coupole surmontant la croisée du transsept est disposée de même, mais plus élevée au-dessus du comble à deux pentes qui couvre celles de la nef; les ailes du transsept sont voûtées en berceau.
Suivant Viollet-le-Duc, Notre-Dame du Puy est unique dans sa disposition. «En passant par un porche très relevé, comme une loge immense, on pénètre sous le parvis de l’église et on débouche par un escalier devant le maître-autel. Ce degré se prolonge au loin, dans la rue percée en face le portail. Cette disposition si étrange avait été prise pour permettre aux nombreux pèlerins qui visitaient Notre-Dame du Puy d’arriver processionnellement jusqu’à l’image vénérée. La cathédrale du Puy présente des traces d’un édifice du XIᵉ siècle. Les trois travées orientales sont en plein cintre et les autres
en _arcs brisés_,--achevées vers le milieu du XIIᵉ siècle et couronnées par des coupoles octogones... Les parements extérieurs sont composés d’assises de grès blanc et de lave noire, de façon à former de grandes mosaïques[92].»