L'Architecture Gothique

Part 9

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du XVIᵉ siècle. Il eut un rôle prépondérant un peu plus tard en prêchant la seconde et malheureuse croisade, sous Louis le Jeune, et en 1147, quelques années avant sa mort, 1153, il se trouva mêlé à la question des _Manichéens_, en combattant cette hérésie qui agitait alors les esprits et préparait la séparation qui

amena plus tard la terrible guerre dite des Albigeois, et qui ensanglanta le midi de la France dans les premières années du XIIIᵉ siècle.

La gloire _monastique_ de saint Bernard s’établit non seulement à Clairvaux par la règle sévère et réformatrice qu’il imposa aux moines transfuges de Solesmes ou de Cluny, mais encore par le succès des _colonies cisterciennes_ qu’il fonda, au nombre de soixante-douze d’après ses historiens, en Italie, en Espagne, en Suède et en Danemark.

De son temps, le pauvre ermitage de la _Vallée d’absinthe_, à laquelle il avait donné lui-même, en 1114, le

nom de Claire-Vallée--Clairvaux,--était devenu une vaste résidence féodale assez riche, par ses fermes et ses dépendances agricoles, pour nourrir plus de sept cents religieux. Le monastère était entouré de murailles qui avaient plus d’une demi-lieue de tour et la maison

abbatiale était devenue une demeure seigneuriale. Comme maison mère et chef d’ordre, l’abbaye de Clairvaux commandait à cent soixante monastères en France et à l’étranger. Cinquante ans après la mort de saint Bernard, l’ordre avait pris une importance colossale. Au XIIIᵉ siècle et plus tard, les moines cisterciens ou bernardins élevèrent des abbayes immenses décorées avec une somptuosité royale; elles comprenaient des églises aussi vastes que les plus grandes cathédrales contemporaines, des bâtiments abbatiaux ornés de peintures dont l’oratoire était, à Chââlis par exemple, une sainte-chapelle aussi riche que celle du roi saint Louis à Paris, et dont les caves mêmes excitaient l’admiration

par les énormes tonneaux sculptés qu’elles contenaient.

De sorte que, par un singulier retour des choses d’ici-bas, les pauvres moines qui s’étaient réfugiés dans les forêts sauvages après avoir quitté Solesmes ou Cluny, par horreur pour la somptuosité de ses bâtiments, fondèrent des établissements nouveaux sous la rigidité de règles austères qui devinrent, à leur tour, plus grands, plus riches, plus somptueux que ceux dont ils avaient condamné la magnificence; avec cette différence que la ruine de l’institut cistercien, causée par l’excès de ses richesses, fut si complète qu’il ne reste plus de leurs innombrables monastères, détruits ou dénaturés par les révolutions sociales, que quelques vestiges archéologiques et des souvenirs historiques.

L’influence de l’institut cistercien se manifesta en divers pays d’Europe: en Espagne, dans le grand monastère d’Alcobaco, en Estramadure, qui aurait été bâti par des moines architectes envoyés par saint Bernard; en Sicile, où l’abbaye de Montreale est célèbre par la richesse de ses détails architectoniques; en Allemagne, par la fondation des abbayes d’Altenberg en Westphalie et de Maulbronn dans le Wurtemberg. En 1133, Everard, comte de Berg, appela les religieux de Cîteaux et, en 1145, ils fondèrent sur les bords de la Dheen une abbaye magnifique qui fut habitée par des religieux cisterciens jusqu’à la Révolution, époque à laquelle elle subit le sort des maisons religieuses.

L’abbaye cistercienne de Maulbronn est la mieux conservée de celles qui sont dues à l’influence de saint Bernard pendant les XIIᵉ et XIIIᵉ siècles. L’église abbatiale, le cloître, le réfectoire, la salle du chapitre, les celliers, les magasins, les granges et le logis de l’abbé, séparé des bâtiments claustraux auxquels ils étaient reliés par une galerie, existent encore dans leur état primitif. L’abbaye de Maulbronn marque mieux encore que celle d’Altenberg le caractère de simplicité conforme aux instructions données par saint Bernard ou sous son influence par les règles bénédictines réformées à Cîteaux dans les premières années du XIIᵉ siècle.

Dans les provinces qui formèrent la France moderne, les _colonies_ cisterciennes s’étaient propagées rapidement dès le XIIᵉ siècle.

Il existait dans l’Ile-de-France des abbayes importantes et célèbres dont il reste encore des ruines qui

donnent l’idée de leur splendeur monumentale, comme celles d’Ourscamps, près de Noyon; de Chââlis, près de Senlis; de Longpont et de Vaux-de-Cernay, près de Paris. En Provence, les monastères et les prieurés du XIIᵉ siècle sont nombreux, comme ceux de Sénanque, de Silvacane, du Thoronet et de Montmajour, près d’Arles, à l’extrémité de la vallée des Baux. Parmi les abbayes fondées au XIIIᵉ siècle, on peut signaler celle de Royaumont, dans l’Ile-de-France; Vaucelles, près de Cambrai; Preuilly-en-Brie; la Trappe, dans le Perche; Breuil-Benoît, Mortemer et Bonport, en Normandie; Boschaud, en Périgord; l’Escale-Dieu, en Bigorre; les Feuillants, Nizors et Bonnefont, en Comminges; Grandselve et Baulbonne, près de Toulouse; Floran, Valmagne et Fontfroide, en Languedoc; Fontenay, en Bourgogne, etc.

Vers la fin du XIᵉ siècle et dans les premières années du XIIᵉ, des congrégations s’étaient formées dans le même esprit que Cîteaux; «au premier rang se place l’ordre des prémontrés, ainsi nommés de l’abbaye mère fondée en 1119 par saint Norbert à Prémontré, près de Coucy[62]». Ils fondèrent les monastères de Saint-Martin à Laon et d’autres en Champagne, en Artois, en Bretagne et en Normandie.

Dans les premières années du XIIᵉ siècle, Robert d’Arbrissel fonda plusieurs monastères doubles d’hommes et de femmes à l’exemple de ceux qui avaient été créés en Espagne au IXᵉ siècle; celui de Fontevrault n’eut pas plus de succès que les autres au point de vue monastique, mais il en est résulté de superbes édifices, et l’abbaye même contribua par ses constructions grandioses au progrès de l’architecture qui se développa en Anjou dès le commencement du XIIᵉ siècle, et se manifesta à Angers principalement par des œuvres architectoniques dont nous avons signalé l’importance capitale dans la première partie de ce volume.

Les églises épiscopales possédaient également des

bâtiments claustraux, les chanoines des cathédrales vivant en commun selon des usages anciens qui se perpétuèrent jusqu’au XVᵉ siècle. Les cathédrales d’Aix, d’Arles, de Cavaillon, en Provence; d’Elne, en Roussillon; du Puy, en Velay; de Saint-Bertrand, en Comminges,

ont conservé leurs cloîtres construits au XIIᵉ siècle.

L’abbaye de la Chaise-Dieu, en Auvergne, fondée au XIᵉ siècle, était devenue une des écoles monastiques qui exerça une grande influence par les talents d’un moine-architecte et sculpteur, Guinamaud, qui établit la réputation d’art de la Chaise-Dieu où, dès la fin du XIIᵉ siècle, se formaient les artistes les plus experts en sculpture, en peinture et en orfèvrerie.

Les bâtiments de la Chaise-Dieu ont été reconstruits aux XIIIᵉ et XIVᵉ siècles.

L’ordre des frères prêcheurs, fondé par saint Dominique dans les premières années du XIIIᵉ siècle, a créé

plus de chefs-d’œuvre intellectuels que de monuments d’architecture, et la renommée des dominicains s’est établie beaucoup plus sur leurs prédications et leurs écrits que par le nombre et la magnificence de leurs monastères.

Vers le même temps saint François d’Assise institua l’ordre des frères mineurs, prêchant la pauvreté absolue--ce qui ne les empêcha pas de devenir autant et même plus riches que leurs devanciers.--Ces deux ordres, prêcheurs et mendiants, qui semblaient être une protestation contre le pouvoir, extraordinairement puissant alors, des ordres bénédictins, furent fortement soutenus par saint Louis, qui protégea également d’autres ordres, les augustins et les carmes, pour réagir contre l’indépendance des clunisiens et des cisterciens.

A Paris, saint Louis donna aux frères prêcheurs l’emplacement de l’église Saint-Jacques, rue Saint-Jacques,--d’où le nom de Jacobins donné aux religieux de l’ordre de saint Dominique,--sur lequel fut élevé en 1221 le couvent des Jacobins, dont l’église présente cette particularité, comme à Agen et à Toulouse, d’être divisée en deux nefs, selon le plan adopté par les frères prêcheurs.

A partir du milieu du XIIIᵉ siècle, les dispositions des abbayes s’éloignent des usages bénédictins et tendent de plus en plus à se modeler sur les habitudes séculières, la vie des abbés étant peu différente alors de celle des laïques et, comme conséquence, l’architecture monastique perdit successivement ses particularités caractéristiques.

L’ordre des chartreux, fondé par saint Bruno vers la fin du XIᵉ siècle, était soumis à une règle si rigoureuse,--qui paraît avoir été non moins rigoureusement suivie, tout au moins jusqu’au XVᵉ siècle,--que cette cause suffirait à expliquer qu’il ne soit resté aucun vestige des monuments élevés par eux à l’exemple des ordres religieux créés à la même époque. Les chartreux paraissent avoir observé plus longtemps leurs vœux de pauvreté et d’humilité qui les obligeaient à vivre comme des anachorètes, bien qu’ils habitassent sous le même toit; car, loin de vivre en commun, c’est-à-dire en cénobites, selon la règle bénédictine, cistercienne ou toute autre, ils s’imposaient le système cellulaire dans toute sa rigueur, et le silence absolu observé strictement était encore une aggravation de ce système d’isolement qui leur faisait dédaigner tout ce qui était de nature à adoucir et, par conséquent, à modifier leurs obligations religieuses.

Cependant les chartreux paraissent s’être départis de cette extrême rigueur, sinon dans leur règle, tout au moins dans les bâtiments de leurs monastères. Ils sacrifièrent à l’architecture vers le XVᵉ siècle par la construction de _chartreuses_ qui sont loin des somptuosités cisterciennes, mais qui présentent cependant un intérêt architectonique par leurs dispositions spéciales.

Les bâtiments ordinaires comprenaient la porterie, dont la porte unique donnait accès dans la cour du monastère, dans laquelle se trouvait l’église, le logis du prieur, la maison des hôtes ou des pèlerins, la buanderie, le four, les étables, les magasins, le colombier. L’église communiquait avec un cloître intérieur desservant la salle du chapitre et le réfectoire qui ne s’ouvrait aux moines qu’à certaines fêtes de l’année. Le caractère très particulier des monastères réguliers de saint Bruno, c’est le grand cloître, le véritable cloître des chartreux. Il est généralement de forme rectangulaire, bordé vers l’intérieur d’une galerie sur laquelle s’ouvrent les cellules des religieux, formant chacune une petite habitation avec un jardin particulier. Outre la porte, chaque cellule est munie d’un guichet sur lequel les frères convers déposent de l’extérieur le maigre repas destiné au chartreux qui ne doit avoir aucun rapport avec ses semblables.

On sait que la règle de saint Bruno exige que les

chartreux vivent en anachorètes; ils doivent travailler, manger, dormir isolément; le silence leur est imposé et lorsque les religieux se rencontrent, ils doivent se saluer sans parler; ils ne se réunissent qu’à l’église pour les offices déterminés par la _règle_ et ils ne prennent leurs rares repas en commun qu’à certains jours de l’année.

Cette règle d’une sévérité si absolue explique l’austérité de l’architecture qui ne s’est manifestée, ainsi que nous l’avons dit, qu’au XVᵉ siècle et seulement

dans quelques parties du monastère comme l’église et les galeries du cloître intérieur, contrastant avec la sévérité obligatoire du grand cloître des religieux.

L’ancienne chartreuse de Villefranche de Rouergue, élevée ou reconstruite aux XVᵉ et XVIᵉ siècles, conserve encore quelques constructions remarquables; le plan et la vue cavalière (fig. 145 et 146), tirés de l’_Encyclopédie de l’architecture et de la construction_, donnent une idée exacte du monastère dont il reste plusieurs cellules des religieux, ainsi que le réfectoire et quelques vestiges des constructions primitives.

Malgré la sévérité de la règle de saint Bruno, quelques monastères de son ordre sont restés célèbres, notamment celui que les chartreux appelés par saint Louis établirent dans le fameux château _Vauvert_, hors des murs de Paris, près de la route d’Issy, château qui passait pour être hanté par le diable et dont les Parisiens n’approchaient qu’avec terreur. D’où est venue l’expression populaire: _aller au diable Vauvert_, ou, plus tard, _aller au diable au vert_. Cependant les chartreux fondèrent leur monastère, qui fut enrichi d’une magnifique église construite par Pierre de Montereau et dont saint Louis vint poser la première pierre en 1260. La chartreuse de Vauvert prit un grand développement et devint une des plus importantes. C’est dans le petit cloître qu’au commencement du XVIIᵉ siècle le peintre Eustache Le Sueur retraça, dans des fresques célèbres, la vie de saint Bruno.

En Italie, les chartreuses les plus connues sont celles de Florence, créée vers le milieu du XIVᵉ siècle et attribuée à Orcagna pour une partie; de Pavie, fondée à la fin du XIVᵉ siècle par Jean-Galeas Visconti.

En France, indépendamment de la chartreuse de Vauvert qui eut une fortune très particulière par suite des protections royales, les chartreuses les plus intéressantes sont celles de Clermont en Auvergne, de Villefranche de Rouergue (fig. 145 et 146), de Villeneuve-lez-Avignon et de Montrieux dans le Var. La

chartreuse de Dijon est une des plus anciennes, non seulement par les bâtiments fondés par les architectes du duc de Bourgogne, mais surtout par les sculptures, célèbres à juste titre, du tombeau de Philippe le Hardi et de sa femme Marguerite de Flandre, ainsi que celles du puits de Moïse dues aux sculpteurs bourguignons, les frères Claux Suter, qui vivaient à la fin du XIVᵉ siècle

et qui eurent une influence notable sur le relèvement des arts à la même époque[63].

Enfin la chartreuse la plus imposante, sinon la plus intéressante par la beauté de ses bâtiments, tout au moins la plus célèbre, est celle qui fut établie dans les montagnes près de Grenoble et qui est universellement connue sous le nom de Grande-Chartreuse.

Le monastère primitif aurait été fondé par saint Bruno, et il ne comprenait à l’origine qu’une modeste chapelle et quelques cellules isolées, qui occupaient, dit-on, la partie du _désert_ où se sont élevées les chapelles de Saint-Bruno et de Sainte-Marie. Les bâtiments actuels ont été reconstruits aux XVIᵉ et XVIIᵉ siècles selon les usages du temps, dont les galeries du grand cloître donnent une idée exacte. L’église actuelle, très simple, n’a conservé de la décoration du XVIᵉ siècle que les stalles du chœur. Le grand cloître est formé de galeries sur lesquelles s’ouvrent les soixante cellules des chartreux et qui sont aménagées selon la règle de saint Bruno en ce qui concerne les bâtiments du monastère dont nous avons indiqué les principales dispositions.

CHAPITRE IV

ABBAYES FORTIFIÉES.

Au XIIᵉ siècle, les monastères avaient entouré de murs de clôture les différents bâtiments claustraux et leurs dépendances, avec les ateliers et même les fermes de l’exploitation agricole, l’abbaye devant trouver dans son enceinte toutes les choses nécessaires à la vie, afin d’éviter aux moines tout rapport avec le dehors.

Mais, à la fin du XIIᵉ siècle, les grandes abbayes se transforment en demeures féodales; elles s’entourent alors de murailles fortifiées s’étendant même autour de la ville qui s’était formée sous leur protection et qui avait suivi leur fortune. C’est ce qui se passa à Cluny, et la ville, fortifiée par les moines, dut leur payer des dîmes.

Sous Philippe-Auguste et saint Louis, les abbés n’étaient plus seulement les chefs des établissements monastiques, ils étaient devenus des seigneurs féodaux,

les vassaux du pouvoir royal, et cette situation les mettait dans l’obligation de fournir au suzerain des hommes d’armes en temps de guerre ou de tenir garnison[64].

L’abbaye de Tournus fut entourée, comme Cluny, de murailles continuant les remparts de la ville.

L’abbaye de Saint-Allyre, en Auvergne, près de Clermont, était défendue par des murailles et des tours qui

paraissent avoir complété au XIIIᵉ siècle l’abbaye fondée au IXᵉ siècle en la fortifiant selon les usages du temps.

Bien d’autres monastères présentent des dispositions défensives plus ou moins importantes; mais la plus célèbre, parmi tant d’abbayes élevées par les bénédictins, est certainement celle du Mont-Saint-Michel, qui présente, par des monuments d’une hardiesse et d’une grandeur incomparables, les plus beaux exemples de l’architecture monastique et militaire depuis le XIᵉ siècle jusqu’à la fin du XVᵉ.

L’abbaye du Mont-Saint-Michel, fondée en 708, suivant les traditions, par saint Aubert, et restaurée à la fin du Xᵉ siècle par Richard sans Peur, troisième duc de Normandie, avec l’aide des bénédictins du Mont-Cassin qu’il installa au Mont en 966, prit au XIᵉ siècle un grand développement et, vers la fin du XIIᵉ siècle, elle était dans un grand état de prospérité. Toutefois les bâtiments du monastère n’avaient pas l’importance qu’ils ont eue dès le siècle suivant[65]. Au XIIᵉ siècle, ils

se composaient de l’église, élevée de 1020 à 1135[66], et des _Lieux réguliers_, avec les habitations des serviteurs et des hôtes, s’étendant au nord de la nef de l’église--en G, G´ et F du plan, figure 152.--Restaurés ou reconstruits en grande partie par l’abbé Roger II, au commencement du XIIᵉ siècle, ils furent augmentés à l’ouest et au sud-ouest par Robert de Thorigni, de 1154 à 1186.

Le monastère n’était pas fortifié alors.

Placé au sommet d’un rocher dont les escarpements inaccessibles au nord et à l’ouest forment les remparts naturels les plus sûrs, sa position constituait en ce temps son unique défense. Sa situation au milieu des grèves, presque toujours dangereuses à traverser--ce qui l’avait fait désigner au moyen âge: le _Mont-Saint-Michel au péril de la mer_,--rendait impossible toute tentative d’investissement et le mettait même à l’abri d’un coup de main. Des clôtures en pierres ou des palissades en bois l’entouraient sur les points où les pentes du rocher, moins rudes, permettaient un abord relativement facile à l’est, au point où se trouvait l’entrée et au-devant de laquelle des habitations étaient venues se grouper. Formée au Xᵉ siècle de quelques familles décimées par les Normands qui dépeuplèrent l’Avranchin après la mort de Charlemagne, la _ville_ ne se composait au XIIIᵉ siècle que de quelques maisons établies sur le point le plus élevé du rocher à l’est, afin d’être à l’abri des fluctuations de la mer.

En 1203, l’abbaye fut en grande partie détruite, sauf l’église, pendant les guerres entre Philippe-Auguste, roi de France, et Jean sans Terre, roi d’Angleterre.

Les faits historiques prouvent que l’abbaye et la

ville n’avaient pas d’ouvrages défensifs proprement dits au XIIᵉ siècle ni dans les premières années du XIIIᵉ.

A partir de cette époque, les abbayes, particulièrement celles de l’ordre de saint Benoît, deviennent de véritables forteresses capables de soutenir un siège. Les abbés, seigneurs féodaux, fortifièrent leurs monastères pour les mettre à l’abri des désastres qui avaient signalé le commencement du XIIIᵉ siècle, et le Mont-Saint-Michel est un des plus curieux exemples de cette transformation.

Les premiers constructeurs de l’abbaye semblent n’avoir pas voulu diminuer la hauteur de la montagne et, afin de ne rien enlever à la majesté du superbe piédestal de l’église, ils formèrent un vaste plateau dont le centre affleure la crête du rocher et dont les côtés reposent sur des murs et des piles reliés par des voûtes et

forment un soubassement d’une solidité parfaite couronné par l’église.