L'Architecture Gothique

Part 12

Chapter 123,486 wordsPublic domain

_Portes._--A l’exemple des forteresses élevées en Syrie par les Francs après les premières croisades et qui paraissent avoir exercé une grande influence dès leur origine, les architectes du temps de Philippe-Auguste et de saint Louis avaient réduit autant que possible le nombre des entrées dans les forteresses ou les enceintes fortifiées; leur construction était sévèrement calculée, afin de déjouer toute tentative d’envahissement par un coup de force; aussi, la plupart du temps, les places de guerre étaient enlevées par surprise, ruse ou trahison plutôt que par un siège en règle.

Les portes construites dans les enceintes du XIIᵉ siècle, et principalement dans celles du XIIIᵉ, sont les ouvrages de la place les plus fortement défendus; elles étaient précédées d’un pont traversant les fossés pour donner accès à la porte et dont le passage pouvait être interrompu immédiatement en avant de la porte même par l’enlèvement d’un pont mobile. Le passage de la porte, fort étroit, s’ouvrait entre deux tours saillantes, percées d’archères, réunies par une courtine, l’ensemble étant un châtelet qu’il fallait traverser pour pénétrer dans l’intérieur de la forteresse. Ce passage était défendu par une ou deux herses entre lesquelles de larges ouvertures, vastes mâchicoulis, permettaient d’assommer l’assaillant pendant le temps qu’il essayait de forcer les herses composées d’une forte charpente bardée de fer, dont les tiges verticales reliant les traverses étaient armées de pointes à la partie basse.

La porte du château, à Carcassonne, construite vers 1120 et qui existe encore, donne un exemple de cette disposition.

On peut même étudier sur cet ouvrage les précautions minutieuses prises par les architectes pour éviter les surprises qui réussissaient parfois, surtout si elles étaient facilitées par les défenseurs mêmes.

Les architectes accumulaient les obstacles dans les passages par des herses dont les treuils étaient placés à des étages différents, afin d’éviter toute entente entre les soldats, mercenaires pour la plupart, qui étaient au plus offrant. A la porte du château de Carcassonne, la première herse en entrant était levée ou baissée par des chaînes, munies de contrepoids, s’enroulant sur un

treuil qui était placé au deuxième étage du châtelet, tandis que la seconde herse était manœuvrée, par le même procédé, du premier étage dans un local n’ayant aucune espèce de communication avec celui du haut, auquel on n’accédait d’ailleurs que par un escalier en bois placé à l’intérieur dans la cour du château.

Au XIIIᵉ siècle, les constructeurs augmentèrent encore les précautions contre les surprises par des ouvrages extérieurs; la porte de Laon, à Coucy, si bien décrite par Viollet-le-Duc, en est une preuve célèbre. Ces ouvrages,

désignés sous le nom de _barbacanes_, étaient destinés à défendre au dehors l’approche de la porte.

A Carcassonne, la cité entourée de murailles avait été enveloppée dans une seconde enceinte élevée par saint Louis et n’ayant qu’une entrée donnant accès dans les lices (fig. 187), c’est-à-dire dans l’espace compris entre les murailles de la ville et celles de la seconde enceinte; puis il construisit une énorme tour, appelée la Barbacane, à l’ouest du château auquel elle était reliée par des murailles crénelées et des murs intérieurs placés en échelons (plan fig. 167), ouvrage destiné à faciliter les

sorties de la garnison et à couvrir les communications par le pont qu’il jeta sur l’Aude. Cette tour était plutôt un ouvrage avancé qu’une barbacane comme celle qui fut élevée par Philippe le Hardi, vers la fin du XIIIᵉ siècle, en avant de la porte Narbonaise, à l’est de la cité.

La porte Narbonaise présente une disposition analogue à celle du château, mais elle indique les perfectionnements qui s’étaient réalisés depuis un siècle dans la construction des places de guerre. Les tours de la porte sont munies d’un éperon, qui avait été inventé pour éviter les attaques des mineurs et empêcher l’action des béliers en exposant les assaillants aux traits lancés des courtines adjacentes. La porte s’ouvrait de plain-pied sur les lices, et, en avant, la barbacane, en demi-cercle, crénelée, reliée aux parapets également crénelés des lices, en défendait l’approche; on n’accédait

à la barbacane que par un étroit passage précédé d’un pont facile à défendre par le redan adjacent à la poterne de la barbacane.

Le passage de la porte était défendu par deux herses semblables à celles de la porte du château, puis par des vantaux derrière la première herse, qui était précédée d’un large mâchicoulis protégeant la première herse vers l’entrée.

Le mode de construction des portes d’enceintes fortifiées suivit les progrès réalisés par les architectes militaires, progrès que nous avons étudiés dans le chapitre premier de cette troisième partie, au point de vue de la défense des places qui, pendant le XIVᵉ siècle, paraît avoir été supérieure à l’attaque. Les méthodes de construction se perfectionnèrent alors dans les détails, jusqu’au moment où l’artillerie à feu changea les conditions de l’attaque et, par conséquent, celles de la défense des forteresses.

Les portes des enceintes fortifiées se modifièrent au XIVᵉ siècle, non seulement dans la forme des tours défendues au sommet par des _hourds_ fixes--en pierre remplaçant désormais les _hourds_ mobiles en bois--ou des passages munis de herses, de vantaux et de mâchicoulis, mais encore par l’invention des _ponts-levis_. On sait que le pont-levis consiste en un tablier, en charpente, suspendu à l’aide de chaînes à des poutres en bascule; abaissé en dehors pour franchir le fossé, ce tablier, se relevant par l’abaissement à l’intérieur des poutres-leviers pivotant sur un axe, venait s’appliquer sur la face extérieure de la courtine, formant ainsi un premier vantail qu’il fallait enfoncer ou abattre en coupant les chaînes de suspension.

Il est facile de comprendre que ce nouveau mode de pont était d’un usage plus utile et plus sûr que l’ancien pont dont nous avons parlé à propos de la porte du château de Carcassonne; ce pont mobile en avant de la porte devait être enlevé pièce à pièce par une manœuvre assez longue et, par conséquent, qui ne pouvait s’effectuer sur-le-champ en cas d’alerte.

Une des premières applications de ce système semble avoir été faite à Aigues-Mortes. Les portes à l’est, à l’ouest et au sud sont construites selon l’usage adopté au XIIIᵉ siècle, principalement à Carcassonne; mais la porte du nord, dite de la Gardette, construite ou modifiée au XIVᵉ siècle, montre les rainures des bras d’un pont-levis et la porte en arc brisé est encadrée d’une feuillure carrée destinée à recevoir le tablier relevé.

L’usage des ponts-levis en avant des portes se généralisa au XIVᵉ siècle et donna naissance à des combinaisons très ingénieuses. La porte du _Jerzual_, à Dinan, qui paraît remonter à la fin du XIVᵉ siècle, nous en donne un exemple des plus curieux. Elle n’est pas ouverte entre deux tours selon l’usage ordinaire; elle a été pratiquée dans une des tours mêmes de l’enceinte fortifiée; le tablier était attaché à deux leviers dont on voit les rainures extérieures, qui devaient former une sorte de vantail dont les bras-leviers étaient le prolongement; celui-ci, manœuvré de l’intérieur de la tour, se levant à l’aide d’une chaîne passant dans l’ouverture carrée de la voûte, en pivotant horizontalement sur les consoles

externes, abaissait le tablier extérieur. En cas d’alerte, il suffisait de lâcher la chaîne intérieure pour que le vantail des bras, en s’abaissant, relevât le tablier du pont qui venait s’appliquer sur lui entre les consoles, et formait ainsi un double vantail difficile à enfoncer.

Au XVᵉ siècle, l’usage des ponts-levis était adopté partout, et il s’ensuivit un perfectionnement intéressant: c’est la création, dans la courtine entre les tours, d’une poterne, à côté de la porte principale; chacune de ces

ouvertures était munie de son pont-levis: à deux bras pour la porte principale destinée aux cavaliers et aux voitures, et à un seul bras pour la passerelle à l’usage des gens de pied, et dont le tablier était soutenu par une fourche au sommet de laquelle s’attachait la chaîne de suspension.

Le château de Vitré, construit ou complété dans les dernières années du XIVᵉ siècle ou le commencement du XVᵉ, nous en donne la preuve dans la porte de son châtelet.

La porte Saint-Michel, à Guérande, construite comme les murailles de la ville, en 1431, par Jean V, duc de Bretagne, indique par la rainure latérale la disposition et la forme de la suspension du tablier de la poterne.

Les tabliers des ponts-levis relevés fermaient les ouvertures de la porte et de la poterne, en laissant béant le fossé creusé profond, ou rempli d’eau, qui séparait la porte de la voie d’accès.

L’abbaye du Mont-Saint-Michel, que nous avons étudiée dans les chapitres précédents, nous donne encore de curieux renseignements sur l’architecture militaire en ce qui concerne les portes. Suivant l’usage du temps, l’abbé Pierre Le Roy construisit en avant de la porte de l’abbaye une _bastille_ ou _châtelet_ (fig. 163) commandant le passage par une herse et un large mâchicoulis; puis il enveloppa ce châtelet d’une barbacane où aboutissaient, au sud et au nord, les degrés conduisant à l’abbaye; le grand degré du côté nord est particulièrement intéressant par les arrangements très ingénieux des portes donnant aussi dans la barbacane entourant le châtelet. Elles étaient fermées par un vantail occupant toute la largeur des ouvertures; il se mouvait horizontalement et se manœuvrait par un système particulier qui s’explique par la situation exceptionnelle du Mont-Saint-Michel dont les bâtiments, ainsi que les ouvrages militaires, se superposent et ne se relient que par une série de degrés et de rampes de toute espèce. Les vantaux des portes pivotaient sur leurs axes horizontaux; reposant sur les pieds-droits saillants dans l’ébrasement des portes, ils s’ouvraient parallèlement à la pente de l’emmarchement et, à la moindre alerte, ils se baissaient rapidement, entraînés par leur propre poids; ils étaient maintenus fermés par des verrous fixés latéralement et dont on voit encore les gâches scellées dans les pieds-droits des portes[82].

La porte de l’enceinte fortifiée, construite de 1415 à 1420, s’ouvre dans la courtine ouest de la place flanquée par la tour du Roi. Précédées d’un fossé que l’on franchissait sur les ponts-levis baissés, formant une première fermeture lorsqu’ils étaient relevés, la porte principale et la poterne latérale donnent accès dans la ville. Au-dessus des portes était le logis du gardien de la porte; au-dessous, le passage principal et celui de la poterne communiquent de plain-pied avec un premier corps de garde ménagé dans l’étage inférieur de la tour du Roi. Le grand passage était fermé, outre le pont-levis relevé, par deux vantaux et par une herse en fer, qui existe encore, engagée dans ses rainures latérales. La grande baie est surmontée d’un tympan sur lequel étaient sculptées les armoiries réunies du roi, de l’abbaye et de la ville.

Les ouvrages destinés à défendre une rivière dans la traversée d’une ville fortifiée ou l’entrée d’un port se rattachent directement à l’architecture militaire des portes. A Troyes, les arches percées dans les murs de la ville étaient défendues par des grilles ou des herses en fer. A Paris, le passage de la Seine était fermé par des chaînes fixées dans les murailles de l’enceinte bordant les rives et s’appuyait dans la largeur du fleuve

sur des pieux ou des bateaux ancrés solidement. A Angers, les murailles de la ville aboutissaient à deux tours dites la Haute-Chaîne et la Basse-Chaîne, qui étaient destinées à recevoir les treuils manœuvrant les chaînes qu’on tendait la nuit pour barrer la Maine qui traverse la ville.

Les ports de mer étaient défendus par des tours élevées à l’entrée des passes, qui pouvaient être barrées

par des chaînes se manœuvrant de l’intérieur des tours. Le port de la Rochelle présente un exemple de cette disposition. D’après des archéologues dignes de foi, la tour dite de la Chaîne (à gauche du dessin) serait plus ancienne que celle de Saint-Nicolas (à droite du dessin), qui aurait été élevée au XVIᵉ siècle sur la tour contemporaine de celle qui existe encore de l’autre côté du chenal. Les pilotis sur lesquels elles sont bâties paraissent s’être affaissés, ce qui a causé le déversement _sensible_ de la tour Saint-Nicolas. Ces deux tours ne semblent pas avoir été reliées par un grand arc, comme le suppose un projet moderne de _haute fantaisie_; cet arc _inutile_ aurait été couronné de défenses, non moins _inutiles_, car il est facile de comprendre qu’une simple chaîne, tendue entre les deux tours pendant la haute mer--le port étant inaccessible à la basse mer,--était bien suffisante pour arrêter les navires de ce temps, dans leurs tentatives de forcer l’entrée du port.

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_Ponts._--Ainsi que tous les autres édifices construits par les architectes, les ponts remontent aux Romains,

qui décoraient ces ouvrages d’arcs de triomphe, comme celui de Saint-Chamas en Provence, connu sous le nom de pont _Flavien_, et qui paraît remonter aux premiers siècles de l’ère chrétienne.

Plus tard, ces arcs de triomphe se changèrent en ouvrages militaires; ils devinrent des têtes de pont, des bastilles ou des châtelets crénelés, non plus pour orner le pont ou glorifier son fondateur, mais pour défendre le passage de la rivière qu’il franchissait et protéger l’enceinte fortifiée à laquelle il s’attachait.

Parmi les ponts construits au moyen âge par les architectes, le plus ancien paraît être celui de Saint-Bénézet: _pont d’Avignon_. Commencé vers 1180 et terminé dix ans après, ce pont est un ouvrage des plus remarquables, aussi bien par les difficultés de sa construction que par ses détails architectoniques. Il traverse, ou plutôt il traversait le Rhône,--le bras vers le rocher des Doms étant le plus étroit, mais le plus profond,--dont les crues sont aussi rapides que dangereuses, sur dix-neuf arches, franchissant le fleuve de la rive avignonnaise au pied des Doms pour aboutir, après une légère inflexion au sud, à la tour de Villeneuve, sur la rive droite.

Le châtelet de la rive gauche, dont il reste encore des vestiges, aurait été construit par les papes au XIVᵉ siècle pour assurer le péage de compte à demi avec le roi de France.

Le pont d’Avignon paraît avoir été l’une des premières œuvres de la confrérie des hospitaliers-pontifes, instituée au XIIᵉ siècle pour construire les ponts, secourir les voyageurs, et dont le supérieur était saint Bénézet, à l’époque de la construction du pont sur le Rhône. Cette confrérie comptait dans ses rangs d’habiles architectes, car la construction du pont d’Avignon est remarquable. Les arches, de forme elliptique, sont composées de quatre arcs-doubleaux extradossés, indépendants et simplement juxtaposés, afin d’assurer l’élasticité et, par conséquent, la solidité des arcs; ils ne sont rendus solidaires que par la maçonnerie de remplissage des reins, rappelant le parti architectonique de l’aqueduc, dit le pont du Gard; sa largeur est de cinq mètres. Les arcs reposent sur des piles munies, en amont et en aval, d’un éperon très aigu pour résister au courant ordinaire et à la débâcle des glaces en hiver.

Au-dessus de chaque pile, une arcade en plein cintre, traversant les reins des arches, est destinée au passage de l’eau pendant les grandes crues qui couvrent complètement les piles.

Le pont ne compte plus aujourd’hui que quatre

arches et, sur la pile la plus rapprochée de la rive gauche du fleuve, s’élève la chapelle dédiée à saint Nicolas qui existe encore aujourd’hui. On y accède par un escalier formé de marches encorbellées descendant au niveau du sol de la chapelle, et par un palier porté sur une trompe bandée de la pile au flanc de l’arche.

Le vieux pont de Carcassonne paraît être contemporain de celui d’Avignon, mais ses arches sont en plein cintre dont les claveaux sont reliés à l’intrados, et ses piles, munies d’éperons aigus, s’élèvent jusqu’au tablier, où elles forment des garages nécessaires en raison du peu de largeur de l’ouvrage.

Parmi les ponts construits au XIIIᵉ siècle, on peut citer celui de Béziers dont les arches en plein cintre et en arc brisé ressemblent à celles de Carcassonne comme construction; mais les piles ne s’élèvent que de quelques assises au-dessus des sommiers des arcs et leurs reins sont percés d’arcades pour faciliter le passage de l’eau pendant les crues.

Le pont qui franchit le Rhône à Saint-Savournin-du-Port,

dit le pont Saint-Esprit, construit par un abbé clunisien vers 1265, ressemble au pont d’Avignon par la disposition des piles surmontées d’arcades d’écoulement, mais dont les arches sont en plein cintre; son tablier, large de cinq mètres, était fermé par des portes établies pour le péage et celle du côté de la petite ville se relia à la tête du pont qui fit corps plus tard avec la forteresse commandant en amont le cours du Rhône.

La question du péage était importante en ce temps et elle donna lieu à plus d’une querelle; les tours et les châtelets qui s’élevaient sur les ponts étaient des locaux destinés à la perception des droits de passage aussi bien que des ouvrages militaires.

Le pont, dit des Consuls, à Montauban, commencé vers la fin du XIIIᵉ siècle, ne fut terminé qu’au commencement du siècle suivant, grâce aux secours apportés par Philippe le Bel, mais à la condition d’établir sur ce pont trois tours dont il se réservait la propriété et la garde afin de percevoir le péage à son profit.

Le pont de Montauban, construit tout entier en briques, se compose de sept arches en arc brisé reposant sur des piles munies d’éperons et surmontées d’une arcade également en arc brisé, aussi élevées que les arches afin de faciliter le passage des eaux pendant les crues fréquentes du Tarn.

Un des plus beaux ponts construits au XIVᵉ siècle est celui de Cahors, qui est resté intéressant _malgré_ les restaurations qu’il a subies, principalement dans ces dernières années.

Commencé en 1308 par Raymond Panchelli (Raymond II), évêque de Cahors de 1300 à 1312, le pont, dit de Valentré, n’aurait été terminé qu’en 1355. Il se compose de six arches en arc brisé se rapprochant du plein cintre; les piles, s’élevant jusqu’au parapet où leur couronnement forme un abri, sont triangulaires en amont et carrées en aval du pont. Le passage était commandé aux extrémités par des ouvrages crénelés formant châtelet ou tête de pont sur chaque rive et, au milieu, par une tour élevée, munie de portes qui pouvaient intercepter la circulation ou retenir l’assaillant en cas de surprise d’un des deux châtelets.

Le pont d’Orthez présente une grande analogie avec celui de Cahors; il doit remonter au même temps et il devait être défendu, indépendamment de la tour du milieu, par des têtes de pont dont une au moins a été détruite pour établir la voie ferrée de Bayonne à Pau.

Les ponts avaient, au moyen âge, une grande importance comme voie publique ou comme ouvrage militaire et sur certains points, notamment au confluent

de deux rivières, les ponts étaient reliés fortement à des ouvrages défensifs considérables, comme à Sens, à Montereau, etc.

A Paris, à Orléans, à Rouen, à Nantes et dans un grand nombre de villes traversées par des fleuves ou des rivières, les ponts étaient des ouvrages militaires importants pour la défense et des plus intéressants au point de vue de l’architecture.

Enfin le Mont-Saint-Michel nous montre un pont fortifié construit au XVᵉ siècle. Bien qu’il ne franchisse pas une rivière, ce pont est cependant un ouvrage

remarquable. Il témoigne du talent et de l’adresse des architectes de ce temps, construisant, avec la même science et le même art, le chœur de l’église abbatiale dont les proportions gigantesques, aussi bien que la perfection d’exécution, sont à juste titre dignes d’admiration, le pont défendant par ses mâchicoulis les passages intérieurs de l’abbaye et reliant par un tablier crénelé l’église basse aux bâtiments abbatiaux, et nous donnant par l’ensemble de ces ouvrages magnifiques de véritables chefs-d’œuvre de l’architecture religieuse, monastique et militaire.

QUATRIÈME PARTIE

L’ARCHITECTURE CIVILE

CHAPITRE PREMIER

GRANGES, HOPITAUX, MAISONS, HOTELS.

Jusqu’à la fin du XIIIᵉ siècle, l’architecture civile n’apparaît pas avec un caractère particulier; elle subissait l’influence religieuse et monastique parce que la plupart des édifices étaient élevés par des architectes religieux ou par les disciples laïques qu’ils avaient formés à leurs écoles.

Ce n’est que pendant le siècle suivant que, s’affranchissant des traditions religieuses, l’architecture prend, dans les monuments publics aussi bien que dans les hôtels ou les maisons privés, des dispositions appropriées à leur destination. Les ornements cessent dès lors d’être empruntés aux sujets religieux pour s’inspirer des scènes de la vie contemporaine et se séparent des formes et des détails _convenus_ par l’étude de la nature.

_Granges._--Les granges, les hôpitaux et les maisons, pendant l’époque dite _romane_ et la période dite _gothique_, étaient construits selon les méthodes architectoniques du temps. Nous ne parlons que des monuments montrant des dispositions architecturales intéressantes.

Les _granges_ et les _greniers d’abondance_ étaient des bâtiments ruraux dépendant des abbayes, mais en dehors des _lieux réguliers_. Ces bâtiments faisaient partie du _prieuré_ ou de la ferme. Ils étaient accessibles sur le pignon par la porte principale s’ouvrant sur la cour et par des portes secondaires ménagées dans les façades latérales; souvent même, une petite porte s’ouvrait, à côté de la grande, sur la façade, pour assurer le service

ordinaire. Le grand vantail ne s’ouvrait que pour le passage des charrettes, qui entraient par une porte et ressortaient par une autre grande porte ouverte sur le pignon opposé, comme à la grange de Perrières, située en Normandie, mais qui dépendait de l’abbaye de Marmoutier, près de Tours.

La grange était, le plus souvent, un grand bâtiment divisé en trois nefs; la nef centrale communiquait

avec les bas côtés par des arcades ou des piles en pierre ou en bois, supportant la charpente du comble à deux pentes qui couvrait les trois nefs.