Part 11
Des fortifications du XIVᵉ siècle, entourant l’ancienne ville au sommet du rocher, et reliant les remparts aux défenses de la Merveille au nord et à celles des bâtiments abbatiaux au sud, il reste encore quelques vestiges, ainsi que la tour du nord tout entière. Les murailles étaient couronnées de mâchicoulis en pierre, selon le système, nouveau alors, qui consistait à installer toute la défense au sommet des remparts. La porte de l’enceinte était au sud-est, suivant les indications fournies par les miniatures du _Livre d’heures de Pierre II_, duc de Bretagne, qui donnent l’emplacement de la première enceinte à la fin du XIVᵉ siècle.
A cette époque, l’abbaye était gouvernée par Pierre Le Roy, qui fut un de ses plus illustres abbés et l’un de ses plus grands constructeurs. Il reconstruisit le sommet de la tour des Corbins (Merveille), restaura et recouvrit les bâtiments abbatiaux, au sud de l’église, commencés par Richard Tustin en 1260, continués par ses successeurs et en partie ruinés par l’incendie de 1374. Il compléta les défenses à l’est, en élevant la tour carrée, appelée Perrine, du nom de son auteur, en O du plan (fig. 151), et dans laquelle il disposa plusieurs chambres pour loger ses soldats. Nous avons vu que les abbés étaient devenus des seigneurs féodaux, et, au Mont-Saint-Michel, l’abbé était en même temps capitaine de la place pour le roi; et il conféra des fiefs à des seigneurs de la province, à la charge par ceux-ci de venir garder le Mont en des conditions déterminées, dont voici un passage traduit du texte latin[77]: «Ceux qui tenaient ces vavassories les tenaient en foi et hommage, et devaient le relief et treize chevaliers, dont chacun était tenu de venir lui-même pour la garde de la porte de l’abbaye, quand il était nécessaire, c’est-à-dire en temps de guerre; chacun devait la garde pour tout le temps du cours et du décours de la mer, c’est-à-dire de la descente et de la montée de la marée, armé chacun de gambeson, chapel de fer, gantelets, bouclier, lance et toutes armes; et ils devaient se présenter aussi en armes le jour de Saint-Michel, en septembre.»
Au nord de Bellechaise, il construisit, dans les premières années du XVᵉ siècle, le châtelet et la courtine crénelée qui le joint à la Merveille (fig. 163, en tête de ce chapitre). Le châtelet fut élevé en avant de la face nord du bâtiment dit Bellechaise, en D (fig. 150), laissant entre celle-ci et la face sud un espace vide, large mâchicoulis protégeant la porte Nord, celle de la salle des Gardes, devenue la seconde porte intérieure depuis la construction du châtelet. Celui-ci se compose d’un bâtiment carré, flanqué aux angles de la face nord par deux tourelles encorbellées reposant sur des contreforts, et qui semblent être, par leurs formes générales, deux immenses bombardes dressées sur leurs culasses. Entre les piédestaux de ces tourelles s’ouvre la porte, ou la voûte rampante, couvrant l’escalier montant à la salle des Gardes; cette porte était défendue par une herse manœuvrée de l’intérieur, au premier étage du châtelet, et par trois mâchicoulis disposés au sommet de la courtine, entre les tourelles crénelées. Afin de couvrir le châtelet, Pierre Le Roy éleva la barbacane qui l’enveloppe à l’est et au nord, ainsi que le grand degré au nord. Il modifia en même temps les remparts
des côtés nord et ouest, en élevant la tour Claudine, joignant l’angle nord-est de la Merveille, en ménageant, dans l’étage inférieur de cette tour, un corps de garde dont la poterne communique avec le grand degré et commandant tous les passages par des dispositions très ingénieuses, qui forment un exemple unique en leur genre[78].
En 1411, l’abbé Robert Jolivet obtint du pape Jean XXIII le gouvernement de l’abbaye; élu par les moines, il fut chargé par le roi de la garde du Mont-Saint-Michel, et cependant il vivait à Paris; mais, en 1416, il regagna son abbaye, menacée par les Anglais,
qui, après la bataille d’Azincourt, en 1415, s’étaient emparés de la basse Normandie. Tandis que les Anglais fortifiaient Tombelaine, Robert Jolivet achevait de bâtir les murs et quelques tours qui cernent la ville, et qui existent encore. Pour subvenir à ces dépenses, l’abbé fut autorisé par le roi à prendre quinze cents livres sur les revenus des aides de la vicomté d’Avranches, et un autre subside sur le maître de la Monnaie de Saint-Lô.
A l’époque où Robert Jolivet éleva la nouvelle enceinte, de 1415 à 1420 environ, la ville s’était agrandie vers le sud, et, indépendamment de la nécessité de la défendre contre les Anglais retranchés à Tombelaine, il était indispensable d’opposer à l’attaque un front de défense beaucoup plus développé que celui du rempart du XIVᵉ siècle. Robert Jolivet vint souder ses nouvelles murailles à l’est sur celles qui devaient être élevées pendant le siècle précédent, et qui descendent des escarpements du rocher, défendues par la tour du Nord, jusque sur la grève. Il flanqua ses murs, d’abord, d’une tour formant un saillant considérable destiné à battre les courtines adjacentes et à défendre le front de l’ouvrage; puis il continua les murs au sud, en les renforçant de cinq autres tours. La dernière, dite tour du Roi, constitue le saillant sud-ouest de la place et défend en même temps la porte de la ville à l’ouest.
Les murailles et leurs bases en glacis sont défendues par des mâchicoulis fixes, en pierre, placés au sommet, et dont les consoles supportent des parapets découverts et crénelés; plusieurs tours étaient couvertes et servaient de place d’armes pour les défenseurs des remparts. A partir de la tour du Roi, les murailles se retournent à angle droit, se relient par des degrés, des chemins de ronde crénelés, commandés par un corps de garde, aux rampes abruptes du rocher inaccessible, dont les crêtes sont pourtant fortifiées et communiquent avec les défenses de l’abbaye au sud.
Dans les premières années du XVᵉ siècle, et surtout vers la fin du même siècle, l’artillerie à feu, qui commençait à être employée avec succès dans les sièges, avait fait de si rapides progrès que les conditions de l’attaque, et par conséquent celles de la défense, furent complètement changées. Les tours devinrent des bastillons, ou bastions, dont la partie supérieure, terrassée, était transformée en batterie, dont les épaulements remplaçaient les crénelages; les mâchicoulis, qui n’étaient plus qu’une décoration traditionnelle, disparurent, et l’art militaire, de progrès en progrès, remplaça l’architecture, dont le concours était désormais inutile.
CHAPITRE II
CHATEAUX ET DONJONS.
Les premiers châteaux semblent avoir eu pour but, au moyen âge, de s’opposer aux invasions et de servir de refuges aux populations décimées par les incursions des Normands. Ils ne se composaient alors que d’un retranchement plus ou moins étendu. Entouré d’un fossé formé par des terrassements dont l’escarpement était entouré de palissades, il rappelait le camp romain, au milieu duquel, à l’exemple du _prætorium_, s’élevait la _motte_, élévation conique formée par la nature
ou par l’amoncellement des terres; la motte était couronnée par un bâtiment construit le plus souvent en bois, qui servait de poste d’observation ou de réduit moins accessible que l’enceinte même du château.
Il est permis de voir, dans ces dispositions rudimentaires, l’origine des châteaux et des donjons féodaux, qui ont eu une importance si considérable pendant le moyen âge, et principalement pendant la période dite gothique.
Ces ouvrages défensifs avaient été créés sur divers points du domaine royal exposés aux incursions dévastatrices des pirates scandinaves, afin d’assurer la sécurité publique; mais les concessions temporaires de l’empereur Charles le Chauve furent considérées comme définitives par ceux à qui il les avait faites. «Aussi, quand le faible empereur proclama, à Quierzy-sur-Oise, en 877, l’hérédité des fiefs, principale garantie de l’indépendance seigneuriale, il ne fit que sanctionner un fait accompli... Lorsque la féodalité se fut bien assise et que les seigneurs songèrent à maintenir leurs usurpations à la fois contre les rois de France, contre l’étranger et leurs propres voisins, ils choisirent à loisir les meilleures positions stratégiques de leurs domaines et s’appliquèrent à les fortifier d’une manière durable. Ils avaient de bonnes redevances et leurs serfs étaient corvéables à merci[79].» Alors s’élevèrent des châteaux de pierre, suivant les dispositions primitives. En 980, Frotaire en construisit cinq autour de Périgueux, sa ville épiscopale.
En 991, Thibault File-Étoupe bâtit sur la colline de Montlhéry, près des résidences royales de Paris et d’Étampes, une forteresse qui fut redoutable aux cinq premiers Capétiens, et qui, plus tard, entre les mains de la royauté, fut un des boulevards de la banlieue parisienne.
Au moyen âge, le château était à la ville fortifiée ce que le donjon était au château féodal, et l’histoire de l’un se lie directement à celle de l’autre.
Dans l’enceinte des villes, le château était le logis du seigneur et de ses soldats; il se rattachait au système défensif de la place, et il avait avec le dehors une ou plusieurs sorties spéciales; il était, en outre, fortifié contre la ville même, en formant une forteresse ayant ses défenses particulières.
Le château de la cité de Carcassonne est un exemple
célèbre de ces dispositions défensives et offensives. Élevé dans les premières années du XIIᵉ siècle, il est formé de bâtiments destinés au seigneur et à la garnison, et défendus, à l’est et au nord, du côté de la cité, par des courtines et des tours (fig. 175). A l’angle sud-ouest du château, des donjons et des réduits, indépendants les uns des autres, commandent les cours et les abords. Son front ouest regarde la campagne, et c’est sur ce point que se trouve la porte communiquant avec les dehors, qui était défendue par une série d’ouvrages formidables et des plus ingénieux pour déjouer toute surprise.
Pendant les époques dites _romane_ et _gothique_, le _château_ était une petite ville ayant son enceinte fortifiée,
composée de murailles renforcées par des tours, qui constituaient autant de places d’armes interrompant au besoin la circulation et formant autant de réduits capables d’arrêter l’assaillant.
Le _donjon_ était le château de la petite ville, c’est-à-dire le logis temporaire du seigneur, dont les vassaux habitaient les dépendances intérieures, et les soldats les bâtiments de la porte et les tours de l’enceinte. Le seigneur s’ingéniait à donner à son habitation particulière l’aspect le plus formidable, afin d’inspirer la crainte, précaution de première nécessité en ces temps de luttes incessantes qui faisaient des amis de la veille les ennemis les plus irréconciliables du lendemain. «En temps de paix, le donjon renfermait les trésors, les armes, les archives de la famille; mais le seigneur n’y logeait point; il ne s’y rendait seulement, avec sa femme et ses enfants, qu’en temps de guerre. Comme il ne pouvait y demeurer et s’y défendre seul, il s’entourait alors d’un plus ou moins grand nombre d’hommes d’armes dévoués qui s’y renfermaient avec lui. De là, exerçant une surveillance minutieuse sur la garnison et sur les dehors, car le donjon est toujours placé en face du point attaquable de la forteresse, ses fidèles et lui tenaient en respect les vassaux et leurs hommes entassés dans les logis; à toute heure, pouvant sortir et rentrer par des issues masquées et bien gardées, la garnison ne savait pas quels étaient les moyens de défense, et, naturellement, le seigneur faisait tout pour qu’on les crût formidables[80].»
Les châteaux et les donjons construits en pierre s’élevaient le plus souvent sur les escarpements naturels d’un promontoire dominant deux vallées, et souvent dans le voisinage d’une rivière plutôt que sur les _mottes_ féodales primitives, qui étaient souvent artificielles et dont le sol ne présentait pas la consistance nécessaire pour supporter les masses de maçonnerie des nouveaux ouvrages.
Dès la fin du Xᵉ siècle et dans les premières années du XIᵉ, «Foulques Nerra couvre de châteaux ses terres d’Anjou et toutes les bonnes positions dont il peut s’emparer sur son voisin le comte de Blois et de Tours; celui-ci construit également des forteresses pour résister à l’agresseur et complète le réseau de places fortes qu’avait commencé son père Thibault le Tricheur, un des seigneurs les plus turbulents de son époque[81]».
Le donjon de Langeais, construit sur une colline escarpée dominant la Loire, fut fondé par Foulques Nerra à la fin du Xᵉ siècle; il en reste encore trois faces de murs qui portent la marque des traditions gallo-romaines par le mode de construction des murailles en pierre de petit appareil et les fenêtres, dont les claveaux du cintre sont en pierre et en briques.
Un grand nombre de châteaux et de donjons ont été construits aux XIᵉ et XIIᵉ siècles; on peut citer les châteaux du Plessy-Grimoult, du Pin, celui de la Pommeraye, élevé sur une _motte_ entourée de fossés profonds séparant trois enceintes; de Beaugency-sur-Loire dont le vaste donjon avait quatre étages; de Loches, qui aurait été fondé par Foulques Nerra, mais qui paraît appartenir au XIIᵉ siècle, époque à laquelle l’architecture militaire avait accompli de grands perfectionnements. Le donjon de Loches peut passer pour le plus beau de France; il s’élève encore à plus de 30 mètres; l’enceinte paraît avoir été élevée au XIIIᵉ siècle; les tours présentent en plan un arc brisé afin d’offrir plus de résistance au point qui était attaqué le plus souvent par la sape des mineurs.
Au château de Falaise, élevé, comme celui de Domfront, sur un promontoire escarpé, les remparts sont moins anciens que le donjon, dont les détails architectoniques semblent appartenir au XIIᵉ siècle, observation
qui est appuyée par un passage des chroniques de Robert du Mont, cité par M. de Caumont.--En 1123, Henri Iᵉʳ fit refaire le donjon et les murs d’enceinte du château d’Arques, et il exécuta des travaux semblables à Gisors, à Falaise, à Argentan, à Exmes, à Domfront, à Amboise et à Vernon.
Les donjons de Sainte-Suzanne, de Nogent-le-Rotrou, ceux de Broue, de l’Islot, de Tonnay-Boutonne, de Pons, de Chamboy, de Montbazon, de Lavardin, de Montrichard, de Huriet dans le Bourbonnais, sont également très intéressants par leur situation, leurs plans et les détails de leur construction. Ces ouvrages,
et ceux que nous avons étudiés d’abord, présentent cette particularité d’être construits sur un plan carré ou rectangulaire qui paraît avoir été adopté par les architectes.
Dès la fin du XIIᵉ siècle, la forme cylindrique prédomine dans la construction des donjons et des tours; elles résistaient mieux aux efforts destructifs de l’assaillant, leur surface convexe présentant la même résistance, et sa forme permettait, ainsi que nous l’avons vu dans le chapitre précédent, pour les tours, de défendre, par les courtines adjacentes, l’approche de la base de
ces tours et de s’opposer plus efficacement aux travaux de sape. D’ailleurs, les progrès réalisés pendant la période de l’architecture dite _gothique_ par l’adoption générale de la voûte sur croisée d’ogives, si simple et d’une construction si facile, avaient évidemment exercé une
grande influence sur les dispositions architectoniques des ouvrages militaires. Les lourds planchers en bois des donjons primitifs, si souvent incendiés, furent remplacés par de légères voûtes reliant solidement les murs circulaires, donnant aux différents étages un sol moins tremblant et plus durable que les énormes poutres et solives qui formaient les planchers.
D’ailleurs, les toitures aiguës sur plan circulaire des donjons et des tours résistaient mieux, par leurs formes, aux projectiles ou aux matières incendiaires, qui brisaient les angles de la toiture des donjons carrés et en brûlaient les charpentes.
Cependant, la forme des donjons a beaucoup varié au XIIᵉ siècle; à Houdan, le donjon est une grosse tour cantonnée de quatre tourelles; à Étampes, il est composé de quatre tours réunies formant en plan un _trèfle_ à quatre feuilles; les étages voûtés présentent des dispositions curieuses, entre autres celle d’un puits très profond dont l’orifice se trouvait dans la salle du premier étage. Quelques historiens font remonter cet ouvrage au XIᵉ siècle, mais les détails de l’architecture et des sculptures indiquent qu’il est prudent de ne l’attribuer qu’aux premières années du règne de Philippe-Auguste.
Le donjon de Provins, du XIIᵉ siècle, élevé sur une _motte_ en maçonnerie, présente des dispositions très originales; l’enceinte est circulaire, la base du donjon est carrée, et aux angles s’élèvent quatre tourelles cantonnant les pans de l’octogone partant de ce carré, et se relient à la tour, également octogone, par des arcs-boutants. Le donjon de Gisors a également la forme d’un octogone dont un des pans est tangent à l’enceinte circulaire couronnant la _motte_ féodale; construit au XIIᵉ siècle, le château de Gisors fut considérablement agrandi par l’enceinte que Philippe-Auguste éleva sur un grand espace autour de la motte dont les murs sont renforcés de tours carrées.
Le château Gaillard, élevé à la fin du XIIᵉ siècle sur le promontoire dominant le cours de la Seine aux Andelys, présente des dispositions très spéciales, car le
donjon rond est entouré d’une première enceinte circulaire, ou plutôt de la forme d’un carré dont trois angles auront été arrondis, et qui est elle-même enveloppée d’une autre enceinte elliptique, se rattachant aux défenses du château, composée de demi-tours ou plutôt de segments réunis par une très étroite courtine, ouvrage puissant où l’architecture ne s’est manifestée que par la solidité de ses robustes maçonneries. C’est le donjon dans toute sa rudesse militaire, qui ne comporte aucune espèce d’ornement.
Philippe-Auguste, après avoir fait de Gisors une forteresse aussi puissante que celle du château Gaillard dont il s’empara, fit aussi bâtir le château de Dourdan et, pour sa demeure à Paris, le palais-forteresse du Louvre. Au moment de la mort de son suzerain, Enguerrand III fit commencer à Coucy une forteresse qu’il termina, en moins de dix ans,--1223 à 1230,--qui dépassa par ses proportions grandioses et
ses défenses formidables tout ce qui avait été construit jusqu’à cette époque, manifestation superbe affirmant les prétentions ambitieuses, qu’il exprima, dit-on, pendant la minorité de ce prince et dont la forteresse de Coucy peut être considérée, au point de vue architectonique, comme l’expression la plus caractéristique.
Parmi les châteaux et les donjons les plus importants construits au XIIIᵉ siècle, il faut citer, après ceux que nous avons indiqués: la tour blanche d’Issoudun, la tour de Blandy, le donjon octogone de Châtillon-sur-Loing,
Semur, les forteresses royales d’Angers, élevées par saint Louis; de Montargis, Boulogne, Chinon et Saumur; le donjon ou tour Constance à Aigues-Mortes, attribuée à saint Louis, le château de Najac, élevé par son frère, Alphonse de Poitiers; ceux de Bourbon-l’Archambault, de Chalusset, de Clisson, reconstruit ou commencé par Olivier Iᵉʳ, sire de Clisson, après son retour de terre sainte, etc., etc.
L’architecture militaire se développe encore au XIVᵉ siècle par le remaniement d’anciennes forteresses, suivant les progrès réalisés dans l’attaque et, par conséquent, dans la défense des places dont les sièges avaient fait constater les défauts. Il en fut de même pour la construction des tours qui, jusqu’à cette époque, avaient plusieurs étages d’archères ou de meurtrières,
disposition excellente pour défendre les courtines adjacentes et les abords, mais qui avait pour inconvénient dangereux d’indiquer les parties les plus faibles et les plus faciles à détruire. L’usage des canons eut pour premier effet de faire augmenter l’épaisseur des murs avant de modifier les forteresses, en reportant les défenses au sommet des murs couronnés par des mâchicoulis fixes en pierre. Les principaux châteaux furent construits à Vincennes, près Paris, par Philippe de Valois et Charles V, et à Avignon, par les papes Benoît XII, Clément VI, Innocent VI et Urbain V, les gigantesques bâtiments que nous étudierons dans la quatrième partie. Gaston Phœbus, comte de Foix et de Béarn, construisit des donjons carrés à la Bastide de Béarn, à Montaner, à Mauvezin; à Lourdes et à Foix, un donjon circulaire.
Au nombre des châteaux et donjons achevés ou construits entièrement au XIVᵉ siècle, on peut citer, d’après Anthyme Saint-Paul, ceux de Roquetaillade, de Bourdeilles, de Polignac, de Briquebec, d’Hardelot, de Rambures, de Lavardin, fondé au XIIᵉ siècle, de Montrond, de Turenne, de Billy, Murat et Hérisson, le curieux donjon de Montbard, ceux de Romefort, de Pouzanges, de Noirmoutier, etc., etc.
Dans les dernières années du XIVᵉ siècle et dès les premières du XVᵉ, Louis d’Orléans, fils de Charles V, profita de la démence de son frère Charles VI pour se fortifier dans des places sur lesquelles il pût appuyer ses entreprises ambitieuses. En 1393 et les années suivantes, il acquit plusieurs domaines dans le Valois: Montépilloy, Pierrefonds et la Ferté-Milon qu’il rebâtit complètement; il acheta la seigneurie même de Coucy en 1400, après la mort du dernier descendant mâle d’Enguerrand III.
Coucy, Pierrefonds, la Ferté-Milon sont trop connus par des ouvrages spéciaux, surtout ceux de Viollet-le-Duc, pour que nous ayons à les reproduire; mais nous les avons cités parce que ces colossales forteresses, ces immenses donjons sont l’expression suprême de la puissance féodale, qui s’est manifestée par de superbes bâtiments,
aussi admirables par leurs proportions grandioses que par les détails raffinés de leur construction.
Il se construisit encore quelques châteaux en Albigeois, en Auvergne, en Limousin, en Guyenne, en Vendée, en Provence, notamment à Tarascon; les donjons de Trèves en Anjou.
Au XVᵉ siècle, la Bretagne se couvrit de châteaux importants, comme ceux de Combourg, de Fougères, de Montauban, de Saint-Malo, de Vitré, d’Elven, de Sucinio, de Dinan, de Tonquédec, etc.
Vers la fin du XVᵉ siècle, on construisit un grand nombre de châteaux remarquables par leurs dispositions et la richesse de leurs décorations; mais si ces beaux ouvrages sont dignes de l’attention des artistes, ils échappent à nos recherches, qui avaient pour but d’étudier par les monuments les principaux caractères de _l’architecture militaire_ à l’époque dite _gothique_.
CHAPITRE III
PORTES ET PONTS.
D’après les études qui précèdent sur les enceintes de villes, les châteaux, les donjons, on peut, sans remonter aux époques romaines et en se bornant à circonscrire les recherches historiques à la période de l’architecture dite _gothique_, se faire une idée de l’importance que les architectes attachaient à la construction des portes qui défendaient l’enceinte et à celle des ponts qui précédaient l’entrée ou les abords.