Chapter 5
Ainsi conçu, l'édifice suffisait à tous les besoins du culte. Lorsqu'on voulait l'accroître, on ne s'attaquait pas d'ordinaire au sanctuaire ni aux chambres qui l'entouraient, mais bien aux parties d'apparat, hypostyles, cours ou pylônes. Rien n'est plus propre que l'histoire du grand temple de Karnak à illustrer le procédé des Égyptiens en pareille circonstance. Osirtasen Ier l'avait fondé, probablement sur le site d'un temple plus ancien (Fig.81). C'était un édifice de petites dimensions, construit en calcaire et en grès avec portes en granit: des piliers à seize pans unis en décoraient l'intérieur. Amenemhat II et III y travaillèrent, les princes de la XIIIe et de la XIVe dynastie y consacrèrent des statues et des tables d'offrandes; il était encore intact au XVIIIe siècle avant notre ère, lorsque Thoutmos Ier, enrichi par la guerre, résolut de l'agrandir. Il éleva en avant de ce qui existait déjà deux chambres, précédées d'une cour et flanquées de chapelles isolées, puis trois pylônes échelonnés l'un derrière l'autre. Le tout présentait l'aspect d'un vaste rectangle posé debout sur un autre rectangle allongé en travers. Thoutmos II et Hatshopsitou couvrirent de bas-reliefs les murs que leur père avait bâtis, mais n'ajoutèrent rien; seulement, la régente, pour amener ses obélisques entre deux des pylônes, pratiqua une brèche dans le mur méridional et abattit seize des colonnes qui se trouvaient en cet endroit. Thoutmos III reprit d'abord certaines parties qui lui paraissaient sans doute indignes de son dieu, le double sanctuaire qu'il relit en granit de Syène, le premier pylône. Il réédifia, à l'est, d'anciennes chambres, dont la plus importante, celle qui porte le nom de _Promenoir_, servait de station et de reposoir lors des processions, enveloppa l'ensemble d'un mur de pierre, creusa le lac sur lequel on lançait les barques sacrées les jours de fête; puis, changeant brusquement de direction, il érigea deux pylônes tournés vers le sud. Il rompit de la sorte la juste proportion qui avait existé jusqu'alors entre le corps et la façade: l'enceinte extérieure devint trop large pour les premiers pylônes et ne se raccorda plus exactement au dernier. Amenhotpou III corrigea ce défaut: il éleva un sixième pylône plus massif, partant, plus propre à servir de façade. Le temple en fût resté là, qu'il surpassait déjà tout ce qu'on avait entrepris jusqu'alors de plus audacieux; les Pharaons de la XIXe dynastie réussirent à faire mieux encore. Ils ne construisirent qu'une salle hypostyle (Fig.82) et qu'un pylône, mais l'hypostyle a 50 mètres de long sur 100 de large. Au milieu, une avenue de douze colonnes à chapiteau campaniforme, les plus hautes qu'on ait jamais employées à l'intérieur d'un édifice; dans les bas côtés, 122 colonnes à chapiteau lotiforme, rangées en quinconce sur neuf files. Le plafond de la travée centrale était à 23 mètres au-dessus du sol, et le pylône le dominait d'environ 15 mètres. Trois rois peinèrent pendant un siècle avant d'amener l'hypostyle à perfection. Ramsès Ier conçut l'idée, Séti Ier termina le gros oeuvre, Ramsès II acheva presque entièrement la décoration. Les Pharaons des dynasties suivantes se disputèrent quelques places vides le long des colonnes, pour y graver leur nom et participer à la gloire des trois fondateurs, mais ils n'allèrent pas plus loin. Pourtant le monument, arrêté à ce point, demeurait incomplet: il lui manquait un dernier pylône et une cour à portiques. Près de trois siècles s'écoulèrent avant qu'on songeât à reprendre les travaux. Enfin, les Bubastites se décidèrent à commencer les portiques, mais faiblement, comme il convenait à leurs faibles ressources. Un moment, l'Éthiopien Taharqou imagina qu'il était de taille à rivaliser avec les Pharaons thébains et devisa une salle hypostyle plus large que l'ancienne, mais ses mesures étaient mal prises. Les colonnes de la travée centrale, les seules qu'il eut le temps d'ériger, étaient trop éloignées pour qu'on pût y établir la couverture: elles ne portèrent jamais rien et ne subsistèrent que pour marquer son impuissance. Enfin les Ptolémées, se conformant à la tradition des rois indigènes, se mirent à l'ouvrage; mais les révoltes de Thèbes interrompirent leurs projets, le tremblement de terre de l'an 27 détruisit une partie du temple, et le pylône resta à jamais inachevé. L'histoire de Karnak est celle de tous les grands temples égyptiens. A l'étudier de près, on comprend la raison des irrégularités qu'ils présentent pour la plupart. Le plan est partout sensiblement le même, et la croissance se produit de la même manière, mais les architectes ne prévoyaient pas toujours l'importance que leur oeuvre acquerrait, et le terrain qu'ils lui avaient choisi ne se prêtait pas jusqu'au bout au développement normal. A Louxor (Fig.83), le progrès marcha méthodiquement sous Amenhotpou III et sous Séti Ier; mais, quand Ramsès II voulut ajouter à ce qu'avaient fait ses prédécesseurs, un coude secondaire de la rivière l'obligea à se rejeter vers l'est. Son pylône n'est point parallèle à celui d'Amenhotpou III, et ses portiques forment un angle marqué avec l'axe général des constructions antérieures. A Philae (Fig.84), la déviation est plus forte encore. Non seulement le pylône le plus grand n'est pas dans l'alignement du plus petit, mais les deux colonnades ne sont point parallèles entre elles et ne se raccordent pas naturellement au pylône. Ce n'est point là, comme on l'a dit souvent, négligence ou parti pris. Le plan premier était aussi juste que peut l'exiger le dessinateur le plus entiché de symétrie; mais il fallait le plier aux exigences du site, et les architectes n'eurent plus souci dès lors que de tirer le meilleur parti des irrégularités auxquelles la configuration du sol les condamnait. Cette contrainte les a souvent inspirés: Philae nous montre jusqu'à quel point ils savaient faire de ce désordre obligé un élément de grâce et de pittoresque.
L'idée du temple-caverne dut venir de bonne heure aux Égyptiens; ils taillaient la maison des morts dans la montagne, pourquoi n'y auraient-ils pas taillé la maison des dieux? Pourtant, les spéos les plus anciens que nous possédions ne remontent qu'aux premiers règnes de la XVIIIe dynastie. On les rencontre de préférence dans les endroits où la bande de terre cultivable était le moins large, près de Beni-Hassan, au Gebel Silsiléh, en Nubie. Toutes les variantes du temple isolé se retrouvent dans le souterrain, plus ou moins modifiées par la nature du milieu. Le Spéos Artémidos s'annonce par un portique à piliers, mais ne renferme qu'un naos carré avec une niche de fond pour la statue de la déesse Pakhit. Kalaat-Addah présente au fleuve (Fig.85) une façade (A) plane, étroite, où l'on accède par un escalier assez raide; vient ensuite une salle hypostyle flanquée de deux réduits (C), puis un sanctuaire à deux étages superposés (D).
La chapelle d'Harmhabi (Fig.86), au Gebel Silsiléh, se compose d'une galerie parallèle au Nil, étayée de quatre piliers massifs réservés dans la roche vive, et sur laquelle la chambre débouche à angle droit.
A Ibsamboul, les deux temples sont entièrement dans la falaise. La face du plus grand (Fig.87) simule un pylône en talus, couronné d'une corniche, et gardé, selon l'usage, par quatre colosses assis, accompagnés de statues plus petites; seulement les colosses ont ici près de 20 mètres. Au delà de la porte s'étend une salle de 40 mètres de long sur 18 de large, qui tient lieu du péristyle ordinaire. Huit Osiris, le dos à autant de piliers, semblent porter la montagne sur leur tête. Au delà, un hypostyle, une galerie transversale qui isole le sanctuaire, enfin le sanctuaire lui-même entre deux pièces plus petites. Huit cryptes, établies à un niveau plus bas que celui de l'excavation principale, se répartissent inégalement à droite et à gauche du péristyle. Le souterrain entier mesure 55 mètres du seuil au fond du sanctuaire. Le petit spéos d'Hathor, situé à quelque cent pas vers le nord, n'offre pas des dimensions aussi considérables; mais la façade est ornée de colosses debout, dont quatre représentent Ramsès, et deux sa femme Nofritari. Le péristyle manque (Fig.88) ainsi que les cryptes, et les chapelles sont placées aux deux extrémités du couloir transversal, au lieu d'être parallèles au sanctuaire; en revanche, l'hypostyle a six piliers avec tête d'Hathor. Où l'espace le permettait, on n'a fait entrer qu'une partie du temple dans le rocher; les avancées ont été construites en plein air, de blocs rapportés, et le spéos devient une moitié de caverne, un hémi-spéos. Le péristyle seul à Derr, le pylône et la cour à Beit-el-Oualli, le pylône, la cour rectangulaire, l'hypostyle à Gerf Hosseïn et à Ouady-es-Seboua, sont au-dehors de la montagne. Le plus célèbre et le plus original des hémi-spéos est à Déir-el-Bahari. dans la nécropole thébaine, et fut bâti par la reine Hatshopsitou (Fig.89).
Le sanctuaire et les deux chapelles qui l'accompagnent, selon la coutume, étaient creusés à 30 mètres environ au-dessus du niveau de la vallée. Pour y atteindre, on traça des rampes et on étagea des terrasses, dont l'insuffisance des fouilles entreprises jusqu'à présent ne permet pas de saisir l'agencement. Entre l'hémi-spéos et le temple isolé, les Égyptiens avaient encore quelque chose d'intermédiaire, le temple adossé à la montagne, mais qui n'y pénètre point. Le temple du Sphinx à Gizéh, celui de Séti Ier à Abydos sont deux bons exemples du genre. J'ai déjà parlé du premier; l'aire du second (Fig.90) a été découpée dans une bande de sable étroite et basse qui sépare la plaine du désert. Il était enterré jusqu'au toit, la crête des murs sortait à peine du sol, et l'escalier qui montait aux terrasses conduisait également au sommet de la colline. L'avant-corps, qui se détachait en plein relief, n'annonçait rien d'extraordinaire: deux pylônes, deux cours, un portique droit à piliers carrés, les bizarreries ne commençaient qu'au delà. C'étaient d'abord deux hypostyles au lieu d'un seul. Ils sont séparés par un mur percé de sept portes, n'ont point de nef centrale, et le sanctuaire donne directement sur le second. C'est, comme d'ordinaire, une chambre oblongue percée aux deux extrémités; mais les pièces qui, ailleurs, l'enveloppaient sans le toucher, sont ici placées côte à côte sur une même ligne, deux à droite, quatre à gauche; de plus, elles sont surmontées de voûtes en encorbellement et ne reçoivent de jour que par la porte. Derrière le sanctuaire, même changement; la salle hypostyle s'appuie au mur du fond, et ses dépendances sont distribuées inégalement à droite et à gauche. Et, comme si ce n'était pas assez, on a construit, sur le flanc gauche, une cour, des chambres à colonnes, des couloirs, des réduits obscurs, une aile entière, qui se détache en équerre du bâtiment principal et n'a pas de contrepoids sur la droite. L'examen des lieux explique ces irrégularités. La colline n'est pas large en cet endroit, et le petit hypostyle en touche presque le revers. Si on avait suivi le plan normal sans rien y changer, on l'aurait percée de part en part, et le temple n'aurait plus eu ce caractère de temple adossé, que le fondateur avait voulu lui donner. L'architecte répartit donc en largeur les membres qu'on disposait d'ordinaire en longueur, et même en rejeta une partie sur le côté. Quelques années plus tard, quand Ramsès II éleva, à une centaine de mètres vers le nord-ouest, un monument consacré à sa propre mémoire, il se garda bien d'agir comme son père. Son temple, assis au sommet de la colline, eut l'espace nécessaire à s'étendre librement, et le plan ordinaire s'y déploie dans toute sa rigueur.
La plupart des temples, même les plus petits, sont enveloppés d'une enceinte quadrangulaire. A Médinét-Habou, elle est en grès, basse et crénelée; c'est une fantaisie de Ramsès III qui, en prêtant à son monument l'aspect extérieur d'une forteresse, a voulu perpétuer le souvenir de ses victoires syriennes. Partout ailleurs, les pertes sont en pierre, les murailles en briques sèches, à assises tordues. L'enceinte n'était pas destinée, comme on l'a dit souvent, à isoler le temple et à dérober aux yeux des profanes les cérémonies qui s'y accomplissaient. Elle marquait la limite où s'arrêtait la maison du dieu, et servait au besoin à repousser les attaques d'un ennemi dont les richesses accumulées dans le sanctuaire auraient allumé la cupidité. Des allées de sphinx, ou, comme à Karnak, une suite de pylônes échelonnés, menaient des portes aux différentes entrées, et formaient autant de larges voies triomphales. Le reste du terrain était occupé, en partie par les étables, les celliers, les greniers des prêtres, en partie par des habitations privées. De même qu'en Europe, au moyen âge, la population s'amassait plus dense autour des églises et des abbayes, en Égypte, elle se pressait autour des temples, pour profiter de la tranquillité qu'assuraient au dieu la terreur de son nom et la solidité de ses remparts. Au début, on avait réservé un espace vide le long des pylônes et des murs, puis les maisons envahirent ce chemin de ronde et s'appuyèrent à la paroi même. Détruites et rebâties sur place pendant des siècles, le sol s'exhaussa si bien de leurs débris, que la plupart des temples finirent par s'enterrer peu à peu et se trouvèrent en contrebas des quartiers environnants. Hérodote le raconte de Bubaste, et l'examen des lieux montre qu'il en était de même dans beaucoup d'endroits. A Ombos, à Edfou, à Dendérah, la cité entière tenait dans la même enceinte que la maison divine. A El-Kab, l'enceinte du temple était distincte de celle de la ville; elle formait une sorte de donjon où la garnison pouvait chercher un dernier abri. A Memphis, à Thèbes, il y avait autant de donjons que de temples principaux, et ces forteresses divines, d'abord isolées au milieu des maisons, furent, à partir de la XVIIIe dynastie, réunies entre elles par des avenues bordées de sphinx. C'était le plus souvent des androsphinx à tête d'homme et au corps de lion, mais on trouve aussi des criosphinx à corps de lion et à tête de bélier (Fig.91), ou même, dans les endroits où le culte local comportait une pareille substitution, des béliers agenouillés qui tiennent une figure du souverain dédicateur entre leurs pattes de devant (Fig.92). L'avenue qui va de Louxor à Karnak était composée de ces éléments divers. Elle a 2 kilomètres de long et s'infléchit à diverses reprises, mais n'y reconnaissez pas une preuve nouvelle de l'horreur des Égyptiens pour la symétrie. Les enceintes des deux temples n'étaient pas orientées de la même manière, et les avenues tracées perpendiculairement sur le front de chacune d'elles ne se seraient jamais raccordées, si on ne les avait fait dévier de leur direction première. En résumé, les habitants de Thèbes voyaient de leurs temples presque tout ce que nous en voyons. Le sanctuaire et ses dépendances immédiates leur étaient fermés; mais ils avaient accès à la façade, aux cours, même à la salle hypostyle, et ils pouvaient admirer les chefs-d'oeuvre de leurs architectes presque aussi librement que nous faisons aujourd'hui.
3.--LA DÉCORATION.
La tradition antique affirmait que les premiers temples égyptiens ne renfermaient aucune image sculptée, aucune inscription, aucun symbole, et de fait le temple du Sphinx est nu. C'est là toutefois un exemple unique. Les fragments d'architrave et de parois employés comme matériaux dans la pyramide septentrionale de Lisht, et qui portent le nom de Khâfrî, montrent qu'il n'en était déjà plus ainsi dès le temps de la IVe dynastie. A l'époque thébaine, toutes les surfaces lisses, pylônes, parements des murs, fûts des colonnes, étaient couvertes de tableaux et de légendes. Sous les Ptolémées et sous les Césars, lettres et figures étaient tellement pressées, qu'il semble que la pierre disparaisse sous la masse des ornements dont elle est chargée. Un coup d'oeil rapide suffit à montrer que les scènes ne sont pas jetées au hasard. Elles s'enchaînent, se déduisent les unes des autres et forment comme un grand livre mystique, où les relations officielles des dieux avec l'homme et de l'homme avec les dieux sont clairement expliquées à qui sait le comprendre. Le temple était bâti à l'image du monde, tel que les Egyptiens le connaissaient. La terre était pour eux une sorte de table plate et mince, plus longue que large. Le ciel s'étendait au-dessus, semblable, selon les uns, à un immense plafond de fer, selon les autres, à une voûte surbaissée. Comme il ne pouvait rester suspendu sans être appuyé de quelque support qui l'empêchât de tomber, on avait imaginé de le maintenir en place au moyen de quatre étais ou de quatre piliers gigantesques. Le dallage du temple représentait naturellement la terre. Les colonnes et, au besoin, les quatre angles des chambres figuraient les piliers. Le toit, voûté à Abydos, plat partout ailleurs, répondait exactement à l'opinion qu'on se faisait du ciel. Chaque partie recevait une décoration appropriée à sa signification. Ce qui touchait au sol se revêtait de végétation. La base des colonnes était entourée de feuilles, le pied des murs se garnissait de longues tiges de lotus ou de papyrus (Fig.98), au milieu desquelles passaient quelquefois des animaux. Des bouquets de plantes fluviales, émergeant de l'eau (Fig.94), égayaient les soubassements de certaines chambres. Ailleurs, c'étaient des fleurs épanouies, entremêlées de boutons isolés (Fig.95) ou reliées par des cordes (Fig.96), des emblèmes indiquant la réunion des deux Égyptes entre les mains d'un seul Pharaon (Fig.97), des oiseaux à bras d'hommes assis en adoration sur le signe des fêtes solennelles, ou des prisonniers accroupis et liés au poteau deux à deux, un nègre avec un Asiatique (Fig.98). Des Nils mâles et femelles s'agenouillaient (Fig.99), ou s'avançaient majestueusement en procession, au ras de terre, les mains chargées de fleurs et de fruits. Ce sont les nomes de l'Égypte, les lacs, les districts qui apportent leurs produits au dieu. Une fois même, à Karnak, Thoutmos III a gravé sur le soubassement les fleurs, les plantes et les animaux des pays étrangers qu'il avait vaincus (Fig.100). Le plafond, peint en bleu, était semé d'étoiles jaunes à cinq branches, auxquelles se mêlent par endroits les cartouches du roi fondateur. De longues bandes d'hiéroglyphes rompaient d'espace en espace la monotonie de ce ciel d'Égypte. Les vautours de Nekhab et d'Ouazit, les déesses du midi et du nord, couronnés et armés d'emblèmes divins (Fig.101), planent dans la travée centrale des salles hypostyles, dans les soffites des portes, par-dessus la route que le roi suivait pour se rendre au sanctuaire. Au Ramesséum, à Edfou, à Philae, à Dendérah, à Ombos, à Esnéh, les profondeurs du firmament semblent s'ouvrir et révéler leurs habitants aux yeux des fidèles. L'Océan céleste déroule ses eaux, où le soleil et la lune naviguent, escortés des planètes, des constellations et des décans, où les génies des mois et des jours marchent en longues files. A l'époque ptolémaïque, des zodiaques, composés à l'imitation des zodiaques grecs, se placent à côté des tableaux astronomiques d'origine purement égyptienne (Fig.102). La décoration des architraves qui portaient les dalles de la couverture était complètement indépendante de celle de la couverture proprement dite. On n'y voyait que des légendes hiéroglyphiques en gros caractères, où les beautés du temple, le nom des rois qui y avaient travaillé, la gloire des dieux auxquels il était consacré, sont célébrés avec emphase. En résumé, l'ornementation du soubassement et celle du plafond étaient restreintes à un petit nombre de sujets toujours les mêmes; les tableaux les plus importants et les plus variés étaient comme suspendus entre ciel et terre, à la paroi des chambres et des pylônes.