Part 7
Messieurs, je n'ai jamais été fier ni orgueilleux; aussi ma bonne mère Marceline m'a-t-elle dit souvent: Tu feras ton chemin, mon garçon. Je me suis bien décidé à ne pas la faire mentir, et c'est pour cela, Messieurs, que je viens resserrer les liens qui attachent le journaliste reconnaissant au public généreux et connaisseur. Non-seulement, Messieurs, il sera dorénavant loisible de vous abonner à ma feuille pour une année, pour six mois, pour trois mois, pour un mois même, mais vous pourrez encore le faire (c'est particulièrement à vous que je m'adresse, estimables étrangers, studieux élèves, capricieuses petites-maîtresses, rentiers économes, capitalistes prudents), vous pouvez encore le faire, dis-je, pour une, deux et trois semaines; oui, Messieurs, pour une semaine! et aux conditions qui sont exposées sur la première page de ma feuille.
BASILE.
La belle chute!
COUPS DE LANCETTE.
A l'instar des galériens condamnés à perpétuité, les journalistes seront marqués des lettres T. P: ce qui signifiera timbre perpétuel... ou autre encore.
* * * * *
Quelqu'un disait hier, en parlant de trois journaux fondus:--Ils forment une épée dont la garde est à Paris, rue de.... et la pointe, nulle part.
* * * * *
Le _Moniteur_ fait de l'esprit; ô scandale!...
* * * * *
M. de Jouy arrange Moïse; qui arrangera M. de Jouy?
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On prétend que l'acteur Peronnet, de l'Odéon, vient de présenter une supplique à l'effet d'obtenir un changement de nom.
ÉPITAPHE.
Ci-gît un gros pilote, ignorant nautonier, Qui, portant sur son bord Esculape et sa suite, Sans carte et sans boussole, osa, tout le premier, Du pays de l'Absurde aborder la limite. Chez les ventrus jadis il fut bien accueilli; Sur la mer du Pathos il fit plus d'un voyage; Maintenant, sans argent et léger de bagage, Il vogue incognito sur le fleuve d'Oubli.
COUPS DE LANCETTE.
_Panem et circenses._ Des truffes et des cordons.
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--Quoi de nouveau, ce matin?
--Rien, qu'un opuscule dédié à huit richards, par M. de T..., ayant pour titre: _De l'indifférence en matière de soufflet_, avec cette épigraphe:
L'habitude fait tout.
Tous ces messieurs ont souscrit.
ÉPITAPHE. Ci-gît monsieur de Montlosier, Qui mourut comme un écolier, Pour avoir pris de l'eau bénite Sur le doigt d'un jésuite.
FICHES DE CONSOLATION.
N'être condamné qu'à dix ans de galères quand on a tout fait pour la perpétuité.
Perdre l'équilibre dans un escalier fort raide, se résigner à dégringoler six étages sur les reins et s'arrêter à l'entre-sol.
Voir un homme s'élancer sur vous, s'imaginer qu'il a un poignard dans la main, et ne recevoir qu'un soufflet.
Commander son deuil pour un oncle affligé de trois maladies et quatre médecins; total: sept. Apprendre sa résurrection miraculeuse, mais trouver l'emploi du costume, grâce à une apoplexie foudroyante qui vous enlève votre chère moitié.
Pour un gastronome convié à un énorme bifteck, s'apercevoir qu'on a perdu en précautions apéritives le temps que les amphitryons ont employé à jouer des mâchoires; mais arriver juste pour le thé avec lequel on vous sert la tartine de consolation.
Etre destitué deux mois avant les 30 ans de service qui vous donnent droit à la pension, vous croire frustré de toute espérance, et recevoir, un an après de S. Exc., une lettre fort honorable, avec une légère gratification.
Aux Français, s'attendant à voir paraître Monrose dans l'Olive, du _Grondeur_, apprendre qu'il est indisposé subitement, craindre que Faure le remplace, et voir paraître Armand Dailly.
Tenir d'un rapporteur officieux qu'un homme s'est glissé dans votre maison, trembler pour l'honneur conjugal, et le trouver couché avec votre fille.
D'après les chiffres d'une fausse liste de la loterie, penser qu'on n'avait pas eu un seul numéro sorti sur un terne sec, et trouver qu'il vous est sorti un ambe.
Voir le feu à votre bibliothèque, craindre que tout ne soit consumé, et sauver de l'incendie.... les oeuvres de M. de Bonald.
Etre instruit de la banqueroute de votre agent de change, menacé de ne recevoir que cinq du cent, et en retirer sept et demi.
Acquérir la certitude que ce n'est pas votre meilleur ami qu'on a vu avec votre femme dans une loge grillée.
Napoléon, à Sainte-Hélène, disait en parlant des Bourbons: «Ils devaient, à leur rentrée en France, coucher dans mon lit, sans même en faire changer les draps.» C'eût été de bonne politique, en effet; ni Louis XVIII, ni Charles X ne le comprirent. Tout changer fut, au contraire, leur rêve et leur espoir. Ils croyaient pouvoir ramener la France aux beaux jours de Louis XIV, et la faire d'un seul coup, par un acte de volonté souveraine, rétrograder d'un siècle.
Sous les moindres actes de la Restauration, perce sa haine contre les hommes et les institutions de la Révolution et de l'Empire; aussi, était-ce faire sa cour et prendre le bon moyen pour arriver que d'attaquer le passé. Les petits ambitieux ne s'en firent pas faute et, la passion s'en mêlant, les efforts de la contre-révolution atteignirent les dernières limites de l'odieux et du grotesque.
L'un propose, sérieusement, d'en revenir pour les préfets, les maires, pour tous les fonctionnaires, en un mot, aux appellations en vigueur au temps de Henri IV; l'autre propose, non moins sérieusement, de supprimer la guillotine, _instrument révolutionnaire et anarchique_, et d'en revenir, pour le dernier supplice, au gibet, infiniment plus monarchique et, à ce titre, cher à tous les hommes religieux et dévoués à la cause royale.
Tout ceci n'est que ridicule; mais comment qualifier les persécutions de tous les jours? A la vérité, le temps des cours prévôtales était passé, on ne versait plus de sang, mais toute une génération était sacrifiée. Aux uns, on enlevait les dignités acquises; aux autres, les moyens d'existence; à tous, on fermait toutes les carrières. Les plus maltraités furent les anciens soldats de Napoléon, sans distinction de grade. On voulait épurer l'armée. Aussi, les officiers en demi-solde, qu'on retrouve mêlés à tous les complots, à toutes les conspirations, ont-ils puissamment contribué à la révolution de 1830.
COUPS DE LANCETTE.
A chaque titre que M. d'Ap... enlève à nos maréchaux, il s'écrie en s'essuyant le front:--Encore une victoire de gagnée!...
* * * * *
M. d'Appony ne veut plus que l'on dise: Un poulet à la Marengo.
PARODIE
Etre des libertés l'effroi, la tyrannie, Proscrire les talents, étouffer le génie, Suspendre les travaux du libraire incertain Aux sinistres accents de ta voix menaçante, Voir succomber enfin la presse chancelante, Quel rêve!... et quel plus beau destin.
ÉPITAPHE.
Ci-gît un journaliste, écrivain sans talents, Qui ne dut son nom qu'a l'intrigue; Qui, de peur des mouchards, cria selon les temps: Vive le roi! vive la ligue! Comme folliculaire il ne fit rien de bon. Il gagna, pour mentir, un modique salaire; Auteur de mélodrame, il fit très-maigre chère, Et vécut vingt-cinq ans sur un _Pied de mouton_.
A UN AMI.
Je t'aimais, comme on aime un ami du jeune âge, Je t'estimais..., mais sur l'honneur Je ne puis te voir davantage, Tu reçois _le Médiateur_.
Lundi, 15 février 1827.
LE QUI
_Qui_, sur les bords de la Gironde, Où le sort plaça son berceau, De son insipide faconde Ennuya jadis le barreau?
_Qui_, pour le malheur de la France, Couvert de maintes dignités, Garde, dit-on, son éloquence, Pour endormir les députés?
_Qui_, dans une autre Alexandrie, Rallumant la torche d'Omar, Voudrait, d'un plus vaste incendie, Charmer les enfants d'Escobar?
Ce n'est pas moi, Ce n'est pas toi, Ce n'est pas vous, Ce n'est pas nous.
Mais si ce n'est ni moi, ni toi, ni vous, ni nous, c'est donc un _conte_?
MUSÉE GROTESQUE
LIVRET D'EXPLICATION.
Nº 1.--M. P..., toisant d'un air chagrin la bouche de Gargantua.
Nº 787.--Lord Cochrane descendant de sa tortue à un relais, pendant qu'on lui selle une écrevisse.
Nº 375.--Les trois cents Spartiates de la rue de Rivoli défendant l'entrée de la cuisine de Grignon.
Nº 542.--Une caravane, rencontrée par des Arabes dans les déserts du Vaudeville.
Nº 224.--La déclaration d'amour du monstre à la fiancée de Zametti qui cherche à s'échapper en criant au secours.
Nº 545.--Diogène sortant de sa société des Bonnes-Lettres avec sa lanterne allumée, et examinant avec dédain la figure de tous ceux qui se pressent à la porte.
Nº 621.--M. Ancelot démontrant la possibilité du miracle de saint Pierre en marchant sur la Seine, qui se gèle à mesure qu'il avance.
Nº 172.--M. de Cuir-Bouilly se hissant sur la pointe du pied pour atteindre la stature de M. de Nonante-Cinq.
Nº 2.--Cadmus semant les dents des Spartiates modernes et ne recueillant que des mâchoires.
Nº 501.--Madame de G..., accroupie sur les degrés de Saint-Roch, et mangeant des pommes de terre frites sur le coin de son cachemire.
Nº 444.--M. le baron d'Eck... taillant son drapeau pour s'en faire une chemise.
Nº 425.--MM. El... et de T... faisant décider par un arbitre à qui des deux une calotte sied le mieux.
Nº 671.--Trait d'égoïsme. Le _Pilote_ refusant un picotin à un de ses collègues destitué.
Nº 52.--Voltaire attaquant M. de Jouy en contrefaçon devant la police correctionnelle.
Nº 272.--M. d'App... se servant de maréchaux de France en guise de muscades et les escamotant, tandis qu'un paillasse, coiffé à la financière, lui sert de compère en soufflant sur des gobelets.
Nº 5348.--Le beau grenadier traçant des petits amours sur les panneaux de M. Fenaigle, pour suivre un cours de Mnémosine.
Nº 1001.--Le maire de Perpignan faisant exécuter en effigie le carnaval sur la place de l'Hôtel-de-Ville.
COUPS DE LANCETTE.
L'auteur du _Pied de mouton_, ex-rédacteur du _Drapeau blanc_, va, dit-on, s'occuper d'un nouvel ouvrage, intitulé: le _Pied de nez_.
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Thémis a maintenant pour attributs un bâillon et un timbre.
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DÉCOUVERTE. L'imprimerie était une des sept plaies de l'Egypte.
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_Bravo_: fleur de rhétorique.--_Murmure_: réfutation.--_Clôture_: argument sans réplique.
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La liberté est trop lourde, a dit M. de Cur... Il se rappelle peut-être le temps où il traînait le char de la déesse.
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A chaque bêtise qu'il entend dire, M. de Saint-Ch... ôte son chapeau.
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On parle beaucoup du ventre de M. de V..., mais on ne dit rien de ses entrailles.
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M. Dudon, auquel s'adresse l'épigramme qui suit, avait cet avantage d'être une des «bêtes noires» de _Figaro_. Et véritablement, pour les coups de lancette, jamais homme ne présenta une plus large surface.
M. Dudon était un de ces hommes trop compromis pour pouvoir l'être davantage, comme tous les partis en traînent à la remorque; hommes de tous les dévoûments dangereux et bien payés, compères de tous les tours de passe-passe politiques. Serviteur à tout faire du ministère, on le mettait en avant dans toutes les questions scabreuses. Réussissait-on, tant mieux; échouait-on, on le désavouait.
A la tribune il recevait sans sourciller toutes les bordées d'injures de tous les partis; il eut presque autant à souffrir de l'extrême droite que de l'extrême gauche. Manuel l'appelait «un homme dangereux et compromettant pour son propre parti.» Le général Foy disait, en parlant de M. Dudon: «Il est des hommes dont la position est si malheureuse et si embarrassante, qu'ils ne peuvent monter à la tribune que pour débiter des calomnies.»
_Figaro_ revient à chaque instant sur les malversations dont M. Dudon était accusé, malversations qu'il appelle d'un nom beaucoup plus vif. Le petit journal n'était pas le seul à rappeler les accidents de la vie publique de l'homme-écran du ministre. M. Dupont (de l'Eure) lui criait en pleine chambre: «Liquidez vos comptes et ne calomniez pas d'honnêtes gens;» en pleine chambre encore, on lui jetait au visage cette rude apostrophe: «Je le déclare ici, je défie ouvertement M. Dudon de citer une seule transaction _véreuse_ (et certes, il en connaît beaucoup) à laquelle j'aie pris part. Je ne suis pas de ces hommes justement méprisés qui ont indignement abusé de leurs fonctions pour s'enrichir par des rapines et des _liquidations_ scandaleuses, qui ont forcé les ministres du roi à les chasser de leur administration, et à proclamer leur infamie.»
Pour tout dire, «M. Dudon avait été, sous l'Empire, enfermé à Vincennes pour avoir déserté son poste, abandonné l'armée d'Espagne et répandu la terreur dont il était saisi sur toute la route qu'il avait parcourue.» A la chute de l'Empire, il fut tiré de prison par M. de Talleyrand et chargé d'enlever à Orléans le trésor particulier de l'Empereur. Il réussit; il est vrai que l'histoire a qualifié de vol cette spoliation. Plus tard, il fut destitué par M. de Richelieu de la présidence de la commission de liquidation des créances étrangères.
C'est à ces deux aventures surtout qu'à tout moment il est fait allusion.
ÉPIGRAMME.
Lui, se vendre; et quel prix voulez-vous qu'on l'achète Sans craindre d'avoir fait la plus mauvaise emplette? --Alors, il s'est donné.--Donné pour rien, pardon; Mais qui même à ce prix pourrait vouloir du don?
Mercredi, 21 février 1827.
NOUVEAU DIALOGUE DES MORTS
L'EXCELLENCE.
Quel bruit désagréable arrive à mon oreille! Dieu me pardonne! l'enfer aurait-il aussi des imprimeries? Oui, ce sont les gémissements d'une presse...
GUTTENBERG.
La belle invention! En vérité, j'ai mérité la reconnaissance des hommes...
L'EXCELLENCE.
Quelle sottise dites-vous là, Monsieur l'imprimeur?
GUTTENBERG.
Voilà une ombre qui arrive tout au moins en droite ligne du royaume des Topinambours.
L'EXCELLENCE.
Monsieur au bonnet de papier, voudriez-vous, s'il vous plaît, m'apprendre quel privilége vous avez pour vous servir de cet instrument diabolique?
GUTTENBERG.
Je vois que Monsieur n'est ici que d'hier. Nous autres trépassés, tout morts que nous sommes, nous aimons à faire encore ce que chacun de nous faisait sur la terre; j'use amplement de la permission, et j'imprime.
L'EXCELLENCE.
Un article du _Moniteur_? une note secrète?
GUTTENBERG.
Fi donc! Voltaire, Fénelon, Rousseau, Bossuet.
L'EXCELLENCE.
Tous ces auteurs-là sont à l'index, et je me verrai forcé de sévir contre vous. Rappelez-vous le texte de la loi: défense d'imprimer...
GUTTENBERG.
On devrait, au contraire, me délivrer un brevet d'invention.
L'EXCELLENCE.
Comment! vous seriez le mauvais génie qui a perdu, par l'excès des lumières, les hommes que vous vouliez éclairer par la _philosophie_?...
GUTTENBERG.
C'est un caractère de nouvelle date, je n'employais que le _cicéro_...
L'EXCELLENCE.
Un bavard qui s'escrimait contre les ministres dans la chambre des députés des _Romains_.
GUTTENBERG.
J'ai toujours affectionné l'_italique_.
L'EXCELLENCE.
Vous osez parler de l'usurpateur devant une Excellence! Vous êtes, je le vois, un imprimeur enragé, un républicain, un petit Romain...
GUTTENBERG.
Je fais beaucoup de cas de ce caractère... Mais, en vérité, je ne comprends rien à tout ce que vous dites. Qu'étiez-vous donc sur la terre?
L'EXCELLENCE.
Je faisais des lois.
GUTTENBERG.
Si vous le voulez, j'imprimerai vos ouvrages?
L'EXCELLENCE.
Insolent! vous me plaisantez, je crois; sachez que ce matin encore j'étais ministre...
GUTTENBERG.
Et ce soir vous voilà mort, par suite sans doute d'un jugement, d'un arrêt...
L'EXCELLENCE.
Non pas, nous ne mourons plus ainsi. Figurez-vous que j'avais aboli l'imprimerie, et, pour le plus grand bonheur de mes concitoyens, j'avais ruiné quelque cent mille familles...
GUTTENBERG.
Cent mille familles! Je devine la fin de l'anecdote, il n'a fallu qu'un désespoir...
L'EXCELLENCE.
Au contraire, j'aurais vécu longtemps encore si, à force de timbrer les autres...
GUTTENBERG.
Je comprends; mais, M. l'ex-Vandale, ma presse est, Dieu merci, à l'abri de vos arrêts. J'aperçois Astaroth qui vient vous lire votre sentence; écoutez.
ASTAROTH, _lisant_.
«La susdite ombre est condamnée à être apprenti imprimeur sous les ordres de Guttenberg...»
L'EXCELLENCE.
Apprenti vous-même.
ASTAROTH.
«Pendant deux mille ans.» A l'ouvrage, petit.
L'EXCELLENCE.
Si je reviens jamais de ce bas monde, je ferai pendre tous les imprimeurs.
GUTTENBERG.
On vous formera, mon enfant.
COUPS DE LANCETTE.
On a vu M. de Sal... qui s'amusait à graver ces mots sur une pièce de quarante-huit: _Remède contre l'imprimerie_.
* * * * *
M. Ouvrard a obtenu la permission de sortir de Sainte-Pélagie pour trois jours. Deux gendarmes et un huissier l'escorteront partout. C'est la liberté que M. de P..... promet aux imprimeurs.
* * * * *
On dit que depuis hier M. le comte de P..... se sent le timbre fêlé.
* * * * *
M. de Saint-Chamans, que _Figaro_ appelle tantôt monsieur de C'est-charmant ou monsieur Tant-mieux, avait été un des plus chauds partisans, un des défenseurs les plus opiniâtres du projet de loi sur la presse. Ce surnom de Tant-mieux lui venait d'une phrase malencontreuse prononcée à la tribune: «Le projet de loi,» s'était-il écrié, «empêchera, dit-on, tout à la fois les bons et les mauvais livres, les bonnes et les mauvaises maximes; tant mieux.» (_Explosion de murmures._) «Oui, Messieurs,» répète M. de Saint-Chamans avec plus de force, «tant mieux! tant mieux! tant mieux! Tous ceux qui _croient_, en politique comme en religion, doivent _croire_ sur la parole seule de l'autorité légitime.»
Franchement une telle profession de foi valait bien quelques épigrammes.
M. de Sallaberry, dont il est question quelques lignes plus haut, était aussi fort partisan de la loi. C'est lui qui avait comparé l'imprimerie au _manioc_, d'où le surnom de M. Manioc que lui donnèrent les petits journaux de l'époque. C'est lui encore qui, dans le même discours, s'écriait avec véhémence: «Redoutons, Messieurs, le fléau de l'imprimerie, seule plaie dont Moïse oublia de frapper l'Egypte.» (_Interruptions et éclats de rire._)
ÉPITAPHE.
Entêté, ridicule, ennuyeux, Hélas! il gît ici, ce bon monsieur Tant-mieux, Qui voulait que lui seul sût lire. Quand ses graves discours faisaient pâmer de rire, Tout fier de leur effet, il s'écriait: Tant mieux! Je suis un fou: Tant mieux! Un sot même. Tant mieux! Tant mieux! tant mieux! tant mieux! Enfin, ces mots lui plaisaient tant à dire, Qu'à l'instant où la mort vint lui fermer les yeux, Il bégayait encor: Tant mieux!
COUPS DE LANCETTE.
M. de C'est-charmant pense que les muselières nous conviendraient mieux encore que la censure.
* * * * *
On a vu l'autre jour un Cosaque du Don se dévouer pour sauver son maître qui allait se noyer. Ils ont du bon, ces Cosaques.
* * * * *
Le fameux «_tant-mieux_» de M. de Saint-Ch... est destiné à partager (sublime à part) la célébrité du _qu'il mourût_! et du _qu'en dis-tu_?
ÉPITAPHE.
J'ai vécu des produits de ma plume vénale; J'ai vécu d'un journal par moi mis à l'encan; De honte j'ai vécu; j'ai vécu de scandale; J'ai vécu de la croix; j'ai vécu du turban; J'ai vécu, j'ai vécu, gazetier famélique, Quatre-vingts ans passés... Mais je voulus, enfin, Vivre un matin de l'estime publique, Et le soir, j'étais mort de faim.
COUPS DE LANCETTE.
M. de V... assure que MM. de P... et Fren... sont des hommes d'un grand prix.
* * * * *
Mademoiselle Adel... disait: Si jamais je prenais un mari, ce serait M. de Laboë... que je voudrais, il vote toujours pour l'adoption.
* * * * *
M. Dud... est tellement dévoué à son maître, qu'il irait partout, au seul commandement de celui-ci. Quand donc lui plaira-t-il de l'envoyer au diable?
* * * * *
--Le mensonge déshonore.
--C'est possible, répondit M. de V..., mais ça n'ôte pas un portefeuille.
* * * * *
M. de Villèle, grâce à la façon hardie dont il avait mené les dernières élections, avait réussi à se constituer une imposante majorité. Il n'avait, il faut lui rendre cette justice, reculé devant aucun moyen. Il avait donné pleins pouvoirs aux préfets, en leur notifiant qu'ils répondaient «sur leurs places» du vote des électeurs de leur département. Cette notification eut les meilleurs résultats. Partout on employa l'intimidation; les destitutions des fonctionnaires _mal-pensants_ étaient à l'ordre du jour. Dans certaines provinces, on eut recours à la gendarmerie. De son côté, le clergé agissait.
Donc le ministère eut sa majorité. La Chambre _introuvable_ de 1815 était _retrouvée_.
On appela cette majorité les _Trois-Cents_ de M. de Villèle; puis, par allusion aux trois cents combattants des Thermopyles, on les appela _les Spartiates_.
Les députés étaient admirablement choyés. M. de Villèle leur avait dit: «Vous êtes ici non pour discuter, mais pour voter.» Ils obéissaient, il fallait bien les en récompenser.
C'était alors le bon temps des dîners ministériels. Tous les députés bien pensants avaient, dit-on, leur rond de serviette chez MM. de Villèle et de Peyronnet. «On tenait, dit un petit journal, les députés par la gueule.» Un autre disait: «Quand on a la bouche pleine, on ne parle pas;» ou encore: «Un homme qui digère ne refuse rien.» Et le public riait.
Figaro fait chorus. Sans cesse il revient aux tables ministérielles; il énumère avec complaisance les truffes, les primeurs, les mets délicats servis aux Spartiates affamés. Il fait le compte des bouteilles bues; il voudrait avoir pris mesure de la taille des _Trois-Cents_, pour savoir s'ils ont beaucoup engraissé pendant la session. Pour les Spartiates, il réserve ses plus méchants quolibets, ses plus mordantes épigrammes. On dirait qu'il essaye de leur couper l'appétit. Il n'y réussit pas, et c'est d'un ton dolent qu'il s'écrie: «Leur appétit nous ruine.»
Il est vrai que cette majorité coûtait gros; grasse était la solde des Spartiates.
--Monsieur, demandait un jour Charles X, combien pensez-vous qu'il faille à un député pour vivre honorablement à Paris?
--Je pense, Sire, qu'avec six mille francs...
--Six mille francs! dites-vous, s'écria le roi, il en est auxquels je donne plus du double et qui se plaignent de mourir de faim.
Et le roi ne comptait ni les places ni les sinécures.
Il y a cependant à ceci une moralité assez bonne à méditer pour les gouvernements: c'est cette majorité si chèrement et si déloyalement obtenue qui renversa le ministère Villèle et prépara la chute de Charles X.
COUPS DE LANCETTE.
Samson n'en avait qu'une pour combattre ses ennemis; beaucoup plus heureux, M. de V... en a trois cents.
* * * * *
Ces messieurs veulent bien dire des absurdités, mais sans que le public en soit instruit: au moins voilà du respect pour le public.
ÉPIGRAMME
TRADUITE DE MARTIAL.
Pourquoi veux-tu, Truffus, pour un mot indiscret Couper la langue à ton esclave? Ne sais-tu pas que le peuple te brave, Et qu'il parle, quand il se tait?...
COUPS DE LANCETTE.
Dorénavant, tout écrivain qui n'aura pas 50,000 francs de rentes, sera un homme sans considération et sans talent. D'après cette nouvelle découverte, M. de Rothschild va se trouver le gros génie de l'époque.
* * * * *
.....«J'en appelle à votre conscience......»
(_Silence universel._)
* * * * *
Les prières des agonisants sont à l'ordre du jour.
Samedi, 17 mars 1827.
LE DÉCALOGUE DU SPARTIATE.