Part 6
Madame de Genlis, une copie de son acte de naissance.
M. de Royer, un académicien.
Mademoiselle Delp... G..., le poëme de la _Pucelle_.
M. Ancelot, des marrons glacés.
M. Feletz, une petite souricière.
M. Bénaben, un cordon.
M. P..., un exemplaire du _Petit Carême_.
M. Jouy, un exemplaire de ses oeuvres complètes.
Le _Pilote_, une boussole.
La _Gazette_, le bon sens.
L'_Opinion_, le livre de l'esprit.
La _Quotidienne_, une paire de lunettes.
Le _Médiateur_, le _Traité des reptiles_.
_Figaro_, les articles du _Mentor_ et l'amitié du _Médiateur_.
COUPS DE LANCETTE.
Le théâtre de M. Comte n'est pas le seul sur lequel jouent de tout petite acteurs.
* * * * *
M. de C... est tellement occupé des affaires actuelles, qu'il ne dort plus guère que la nuit.
* * * * *
M. le comte de Pey... a eu un violent cauchemar la nuit dernière: l'ombre de Gutenberg, inventeur de l'imprimerie, est venue le tirer par les pieds.
* * * * *
Les propriétaires de journaux seront désormais contraints de porter sur leur dos une affiche qui indiquera leurs noms et prénoms, leur âge, leur domicile, l'heure à laquelle ils se lèvent et se couchent ordinairement.
* * * * *
Toutes les cartes déposées chez M. de P., le premier janvier, étaient timbrées.
Le 12 décembre 1826, Charles X ouvrait la session des chambres de 1827. Le roi disait dans le discours d'usage:
«J'aurais désiré qu'il fût possible de ne pas s'occuper de la presse; mais à mesure que la faculté de publier les écrits s'est développée, elle a produit de nouveaux abus, qui exigent des moyens de répression plus étendus et plus efficaces. Il était temps de faire cesser d'affligeants scandales et de préserver la liberté de la presse elle-même du danger de ses propres excès. «Un projet vous sera soumis pour atteindre ce but.»
Ce passage du discours de la couronne produisit dans le public l'impression la plus défavorable; on s'attendait cependant à quelque chose de ce genre. Depuis deux ans le clergé, la congrégation, les missions, le parti religieux tout entier exerçaient sur le faible Charles X une terrible pression afin d'obtenir de lui une législation sévère contre la presse, une pénalité «qui détruisît l'hydre d'un seul coup.»
Charles X, mieux que personne, savait combien un tel acte serait impolitique. Pourtant on triompha, non de ses répugnances, mais de ses craintes.
Le lendemain du vote de l'adresse, 29 décembre 1826, M. de Peyronnet donnait satisfaction à la congrégation, qui avait fait sa fortune, et déposait sur le bureau de la Chambre ce projet de loi qui devait, à lui seul, occuper presque toute la session de 1827.
Le projet de loi sur la presse était à peine connu qu'une clameur immense s'éleva. Ce fut un haro universel. De toutes parts s'élevaient les plus véhémentes protestations.
Dans ce projet, en effet, la violence le dispute à l'absurde, et ses dispositions prouvent que M. de Peyronnet n'avait pas même une vague notion de la matière qu'il prétendait réglementer. D'un seul coup, il atteignait toutes les industries qui concourent à la fabrication du journal ou du livre, le brocheur était frappé comme l'auteur, l'imprimeur comme le libraire.
Le projet comprenait trois titres: les écrits périodiques, les écrits non périodiques, et enfin les peines. La disposition la moins défavorable du premier titre était l'assujettissement de tous les écrits de moins de cinq feuilles à un timbre de un franc pour la première feuille et de dix centimes pour les autres.
Tous les journaux et écrits périodiques se trouvaient frappés du timbre; «le nom des propriétaires devait être écrit en tête de chaque exemplaire;» enfin «aucune société relative à un journal ne pouvait être contractée qu'en nom collectif, et les associés ne pouvaient en aucun cas excéder le nombre cinq.»
Le chapitre _des peines_ brillait par son laconisme: des amendes de 2,000 à 20,000 francs, et la prison pour la moindre contravention; il était à peu près impossible d'écrire cinq lignes sur n'importe qui ou n'importe quoi sans se trouver sous le coup de quelque disposition.
Ce projet parut si monstrueux, que, tandis que tous les corps de métier atteints signaient protestations sur protestations, tous les corps savants rédigèrent des pétitions. L'Académie elle-même, si docile au pouvoir de la Restauration, osa exposer ses doléances, dans une supplique au roi, supplique empreinte d'un dévoûment absolu.
En écoutant la lecture de ce projet, Casimir Périer s'écria avec force: «Vous supprimez l'imprimerie en France, et vous la transportez en Belgique au profit de l'étranger et des pays libres.» On ne pouvait mieux résumer l'opinion, et, dit M. de Vaulabelle, «le député de la gauche n'exagérait pas le résultat désastreux de l'oeuvre de M. de Peyronnet.»
Chateaubriand avait qualifié cette loi de «_loi de Vandale_;» le public et les petits journaux lui donnèrent le nom de «_loi de justice et d'amour_.» C'était la paraphrase d'un article attribué à M. de Peyronnet, dans lequel ce ministre chantait les louanges des mesures qu'il venait de prendre, mesures, disait-il, «_justes, utiles, favorables et douces_.» La qualification donnée au projet par le public et les petits journaux a prévalu dans l'histoire, et le projet de M. de Peyronnet a conservé la qualification ironique de _loi d'amour_.
Le 14 février 1827, la discussion du projet s'ouvrit à la Chambre; il devait pendant toute la session passionner les députés comme il avait passionné le public. Jamais on ne vit si grande affluence d'orateurs. Chacun s'empressait de se faire inscrire, et telle était l'ardeur à retenir son tour de prendre la parole, que le jour de l'inscription, dès six heures du matin, les orateurs arrivaient à la Chambre, et qu'à sept heures la liste était à peu près complète.
Mais déjà, depuis le 1er janvier, la discussion était ouverte dans tous les journaux. Les feuilles de l'opposition, pas n'est besoin de le dire, repoussaient le projet de toutes leurs forces. _Figaro_, bien que _journal non politique_, avait été des premiers à commencer le feu. Déjà, dans son article d'étrennes, il décoche un trait à M. de Peyronnet; le 5 janvier, paraît son premier article. La _loi d'amour_ va devenir sa grande affaire tant que durera la discussion.
Vendredi, 5 janvier 1827.
LES DEUX PRESSES.
DIALOGUE.
Le jour commence à paraître; la presse du _Figaro_, journal non politique, se repose à côté d'autres presses inactives, après avoir gémi pendant une grande partie de la journée. _Après avoir gémi_, vous entendez, lecteurs; or, puisqu'une presse gémit, elle peut aussi parler. Ne soyez donc pas surpris si la presse du _Figaro_, pour attendre patiemment le retour du jour, se met à lier conversation avec sa voisine. Ecoutez donc:
LA PRESSE DU FIGARO.--Ouf!!! dites donc, voisine, vous qui dormez là-bas, que pensez-vous de tout ce qu'on dit depuis quelques jours?
LA PRESSE VOISINE.--Ah! ah! c'est vous... Eh! eh! je dis que ça pourrait bien nous faire quitter la place. Et moi, qui suis arrivée d'hier seulement de l'imprimerie d'un journal politique, pour vous relayer, voisine!... dites donc, j'ai bien choisi le moment.
LA PRESSE DU FIGARO.--Est-ce que vous auriez imprimé le fameux projet?
LA PRESSE VOISINE.--Parbleu! oui, pour mes péchés;... c'est ce qui m'a tellement démantibulé les reins, que l'on m'a fait transporter ici, comme qui dirait à l'hôpital. Si vous saviez, ma chère, quel mal ça m'a fait, surtout quand j'appuyais sur le chapitre du timbre... Faut-il qu'ils soient timbrés, ceux qui...
LA PRESSE DU FIGARO.--Chut!... voisine, vous allez me parler politique, ça me compromettrait.
LA PRESSE VOISINE.--Ne sommes-nous pas seules?... Qui nous empêche de causer en liberté? Dites donc, voisine, en liberté, le mot est bon.
LA PRESSE DU FIGARO.--Divin!... Moi qui vous parle, avant d'imprimer ce méchant _Figaro_, j'ai servi à plusieurs éditions de la Charte; je mordais là-dessus en conscience, et je puis dire que je rendais joliment le caractère. Mais à la dernière édition, je ne sais si c'était la faute de l'éditeur ou de ses ouvriers; ce n'était plus la même chose, il y avait des articles entiers qui ne paraissaient plus.
LA PRESSE VOISINE.--Ça venait peut-être des remaniements?
LA PRESSE DU FIGARO.--Je l'ignore; dernièrement, j'imprimais un article qui racontait comment les Américains, pour une chose semblable...
LA PRESSE VOISINE.--Vous me faites trembler!... Depuis le temps que je sers, je les connais, ces gaillards d'imprimeurs, je sais ce que vaut la force de leurs poignets.
LA PRESSE DU FIGARO.--Vous prenez peut-être l'alarme pour rien.
LA PRESSE VOISINE.--Dieu vous entende!... mais la truffe a tant donné, cette année!...
LA PRESSE DU FIGARO.--Gare l'indigestion!...
LA PRESSE VOISINE.--J'entends venir quelqu'un!... Adieu; nous nous reverrons peut-être, un de ces jours, à Bruxelles.
PETITS JEUX INNOCENTS.
*** Je vous vends mon corbillon.--Qu'y met-on?--Un bâillon.
*** Si j'étais petit papier, que feriez-vous de moi?--Je vous ferais timbrer.
*** Pigeon vole,... aigle vole... M. de P... vole... (_Une voix._) Un gage! M. de P... n'est pas un aigle.
COUPS DE LANCETTE.
Odry trouve que M. le comte de Pey... a le regard _fisc_.
* * * * *
Quelles singulières gens que ces Français, disait M. Ben., aussitôt qu'on les dénonce, ils vous appellent mouchard.
* * * * *
AMENDEMENT. On pourra se servir, en toute liberté, des voyelles, mais il sera défendu d'user des consonnes.
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Si l'on nous avait crevé les yeux, on n'aurait pas besoin de nous arracher la langue.
* * * * *
De quoi vous plaignez-vous, vous a-t-on défendu de penser?
HYMNE AU TIMBRE.
Salut, ô noble timbre, source inépuisable d'impôts, qui alimentes les innombrables canaux du trésor de l'Etat, ou plutôt de ces messieurs. Admirable invention, plus utile et cent fois plus productive que celle de l'imprimerie; sangsue insatiable, dont le coeur est à Paris et la piqûre dans toute la France. Salut!...
Et toi, illustre maître d'armes, qui chantas l'indifférence avec tant d'amour, pourras-tu ne pas sortir de ton caractère insouciant, lorsqu'il s'agira de célébrer ta plus chère idole? Sans doute, ton coeur d'airain, qui résista aux charmes de Zelmire, ne sera pas insensible aux délices du timbre. Voilà enfin un sujet digne de tes inspirations; toi qui manies la plume aussi bien que le fleuret, écris comme tu t'es battu, ou plutôt, ne te bats pas les flancs pour écrire.
Le timbre! à ce nom seul, notaires, avoués, avocats, ou, pour parler sans métaphores, tripoteurs, renards, babillards, je vous vois, le front prosterné jusqu'à terre. Tremblez à ce nom légal, vous tous qui hasardez le sous-seing privé; vous qui souscrivez des lettres de change, des billets à ordre, un papier de cinq centimes pourra vous coûter cher. Cela vaut pourtant bien les corvées, les droits de mainmorte, le fisc de nos aïeux; mais le timbre est un mot qui sonne plus agréablement aux oreilles.
* * * * *
Jour à jamais célèbre, où il a été dit: Tout sera timbré! J'entends d'ici le son des belles pièces d'or tombant dans les cassettes ministérielles. O ventre! les beaux dîners qu'on te prépare pour fêter la victoire décisive remportée par l'ancien régime sur le nouveau!
Déjà, journaux, actes, billets payaient la dîme; déjà, mille ouvriers timbreurs des deux sexes, la plupart nobles ou émigrés, travaillaient sans relâche au bonheur public; c'est trop peu, on ne saurait donner trop d'extension aux entreprises utiles.
Amis, tout sera timbré, l'in-18 comme l'in-32, le papier Tellière comme le papier écolier; maisons, meubles, habits, châles, étoffes; on finira par tout timbrer, et nous aussi!...
COUPS DE LANCETTE.
On a dit autrefois: _Scipion l'Africain_; aujourd'hui, on dit: _M. de P. le Timbré_.
* * * * *
Les devises que les confiseurs mettent dans les diablotins seront-elles soumises au timbre?
* * * * *
La réimpression de la Charte sera-t-elle soumise à l'impôt du timbre?
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On assure que les dîners de M. P... sont annoncés par une cloche dont le timbre paraît charmant à l'oreille de ces messieurs.
* * * * *
--Excellence, que deviendront les imprimeurs!
--Ils se feront timbreurs.
* * * * *
La loi qui abolira l'imprimerie produira une fière impression.
* * * * *
_Aphorisme._ Toute la science du gouvernement est dans le timbre.
Mardi, 14 janvier 1827.
RÉPONSE
Aux questions de M. ODRY, le poëte, qui veut absolument savoir quel est le projet de l'oie.
AIR: _Et j'en rends grâce à la nature_.
Tu demandes, ô grand Odry, Quel est l'nouveau projet de l'oie? Je veux que tu sois attendri Par la réponse que j't'env oie D'un' péronnelle l'on se rit Quand elle barbotte et s'fourvoie Tout en voulant faire d' l'esprit... Voilà bien le projet de l'oie.
Sur les plus heureux écrivains, Comm' sur les plus petits homm' de lettres, Ell' prétend mett' ses vilain' mains, Si l'on voulait bien le permettre; En les accablant de ses dons, Il est naturel qu'elle croie Changer les auteurs..... en dindons... Voilà bien le projet de l'oie.
Depuis l'palais jusqu'au grenier, On grimace, on tourn' la prunelle, Tout, d'puis l'poëte jusqu'au chiffonnier, Est mis d'dans par la péronnelle; Elle aura rempli son objet, S'il faut qu'on se pende ou se noie Pour échapper à son projet... Voilà bien le projet de l'oie.
ENVOI ET CONSEIL.
Comm' dit c'littérateur brillant, Le timbre est une barbarie; Ma vieill', ce n'est pas en riant Que chacun ici-bas te l'crie; D'mande autre chos' pour t'amuser, Car, entre deux siècl', à coeur joie, Tu pourrais te faire écraser... Ça n'serait plus le projet d'l'oie...
Mercredi, 10 janvier 1827.
LA TERREUR PANIQUE,
COMÉDIE EN TROIS ACTES.
SCÈNE DIX-SEPTIÈME.
L'IMPRIMEUR, LE JOURNALISTE.
L'IMPRIMEUR.
Non, Monsieur, je n'entends pas..... Je ne veux plus.....
LE JOURNALISTE.
Il s'agit bien de ce que vous voulez et de ce que vous n'entendez pas.
L'IMPRIMEUR.
C'est de la politique, Monsieur, c'est de la politique, et toute pure..... La marquise de Chaves....., c'est clair...... M. de Bonald....., c'est clair......, trop clair.
LE JOURNALISTE.
Mais vous devenez plaisant.
L'IMPRIMEUR.
C'est possible, depuis la Bigarrure jusqu'à la Lancette je ne vois plus que politique, et je commence à trembler.
LE JOURNALISTE.
Vous êtes comme Pourceaugnac, vous ne voyez que des seringues.
L'IMPRIMEUR.
Encore de la politique!.... Vous voyez bien, Monsieur, que je ne puis rien faire de vous, et par conséquent pour vous. Votre titre est si décidé; votre titre seul vous compromet! J'aime mieux imprimer des catéchismes; si vous consentiez à modérer votre fougue... Mais non! vous n'êtes pas assez politique pour cela.
LE JOURNALISTE.
Eh bien! mon cher, c'est le mot; si je faisais le rampant, le flatteur, je serais politique..., vous en conviendriez?
L'IMPRIMEUR.
Eh! eh!
LE JOURNALISTE.
Je serais alors punissable.
L'IMPRIMEUR.
Certainement. (_A part._) Ah! çà, mais qu'est-ce qu'il dit là?
LE JOURNALISTE.
Donc, en employant le vert et le sec, je ne suis point politique, entendez-vous?
L'IMPRIMEUR.
Très-bien. (_A part._) Ce chien d'homme-là embrouille toutes mes idées!
LE JOURNALISTE.
Donc, je ne serais pas politique si je parlais politique?
L'IMPRIMEUR.
C'est fort, mais c'est juste.
LE JOURNALISTE.
Imprimez cela pour demain.
L'IMPRIMEUR.
Et si vous alliez me faire faire une sottise, une brioche, une boulette?
LE JOURNALISTE.
Allez, la Charte ne le défend à personne.
L'IMPRIMEUR.
La Charte, soit; mais que dit M. de P***?
LE JOURNALISTE.
Il use de la liberté que lui laisse la Charte.
COUPS DE LANCETTE.
On avait espéré qu'une pétition, adressée à M. de P... par les ouvriers auxquels il prépare une ruine certaine, produirait quelque _impression_ sur son esprit. Pas du tout, il a soutenu cette _épreuve_ avec _caractère_, il a montré une grande _indifférence_; bref, il a fait le _petit romain_. Cependant, il vient de _brocher_ quelques lignes d'une _justification_ tellement _incorrecte_, qu'elle le fera _caser_ parmi les _non-valeurs_.
* * * * *
La Faculté de médecine a trouvé, dit-on, un nouveau moyen pour guérir le mal du _péroné_.
Jeudi, 21 janvier 1827.
LES TIMBRÉS,
CHANSON NOUVELLE ENVOYÉE DE CHARENTON.
AIR: _Sans timbre_.
Je suis timbré! (_bis_) C'est aujourd'hui le cri de guerre; Chacun tremble à ce mot sacré; Déjà j'entends chaque libraire Dire, en étouffant de colère: Je suis timbré! (_bis_)
Je suis timbré! (_bis_) Dit ce poëte avec franchise: Mon Pégase à neuf est ferré; Si je rimais quelque sottise? Veuillez excuser ma bêtise... Je suis timbré! (_bis_)
Je suis timbré! (_bis_) Malgré la cabale ennemie, Je vais passer pour un lettré; Bientôt j'entre à l'Académie... Recevez-moi, belle endormie... Je suis timbré! (_bis_)
Je suis timbré! (_bis_) Dit ce coquin, que par sentence Un fer brûlant a déchiré... De parvenir j'ai l'assurance, Car, pour plaire à son excellence, Je suis timbré! (_bis_) Qu'ils soient timbrés! (_bis_) Ce Voltaire et sa secte impie Par qui nous fûmes dénigrés; Honneur à l'escobarderie! Sous le sceau de la barbarie... Qu'ils soient timbrés! (_bis_)
Ils sont timbrés! (_bis_) Bon P***, ceux qu'à table tu traites... Pour complaire à ces désoeuvrés, Désormais les plats et les bêtes Qui servent dans ces jours de fêtes Seront timbrés. (_bis_)
Soyez timbrés! (_bis_) Vous tous journaux _de la finance_, Contre la presse conjurés; Vous aurez plus d'esprit, je pense, Quand les autres, par ordonnance, Seront timbrés. (_bis_)
COUPS DE LANCETTE.
L'article du _Moniteur_ sur la loi de _justice_ et d'_amour_ rappelle ces vers de M. Victor Hugo:
Que n'ai-je aussi des baisers qui dévorent, Des caresses qui font mourir!
* * * * *
On disait à M. Pi....
--Cela passera difficilement.
--Je digère tout, répondit-il, en tapant sur son ventre.
* * * * *
_Péroné_ est un mot grec qui signifie: une agrafe, une chaîne.
* * * * *
M. Villemain a calculé que, si la loi passait, chacune de ses pensées lui coûterait 2,000 fr. de timbre.
* * * * *
M. le baron Dud***, voyant un Anglais qui dans un moment de colère frappait un nègre de sa cravache:
--Allons, dit-il, c'est bien, on trouve encore quelques saines doctrines.
Dimanche, 14 janvier 1827.
LA LOI D'AMOUR
AIR: _C'est l'amour, l'amour_.
C'est l'amour, l'amour, l'amour, Qu'un Tartare Omar nous déclare. Pour nous, le timbre en ce jour, C'est un cachet d'amour.
J'entends mille bouches unies Répéter ce joyeux refrain, La gaîté, la chanson bannies, Rentrent sous un ciel plus serein. Ivresse populaire, Rare et touchant accord! Quel pouvoir tutélaire Cause un si doux transport? C'est l'amour, l'amour, l'amour, etc.
Imprimeurs, commencez vos fêtes, Du repos goûtez les plaisirs, De pavots couronnez vos têtes, Un dieu nous a fait ces loisirs. Un dieu, de nos pensées Eteignant le soleil, Sur vos presses brisées Vous invite au sommeil... C'est l'amour, l'amour, l'amour, etc.
Dormez, innombrables familles; Le sommeil échappe à la faim. Pères, laissez dormir vos filles, Au réveil il faudra du pain! L'Espagne apostolique, A vos frais, mangera _La soupe économique_. Mais qui vous nourrira?... C'est l'amour, l'amour, l'amour, etc.
Chantez, brocheurs, pressiers, copistes, Femmes qu'on réduit à zéro, Auteurs, libraires, journalistes; Gloire à _Thymbræus Apollo_! De son pouvoir magique, O triomphe éclatant! Avec nous la Belgique Fait chorus en chantant:
C'est l'amour, l'amour, l'amour, Qu'un Tartare Omar nous déclare. Pour nous, le timbre en ce jour, C'est un cachet d'amour.
Lundi, 15 janvier 1827.
FIGARO.
_Proprement vêtu, c'est-à-dire le diamant à la cravate, la répétition-Bréguet pendue en sautoir, descend d'un fort joli cabriolet avec l'air d'un capitaliste; puis, prenant une physionomie de circonstance, il monte sur une estrade et salue le public avec une orgueilleuse civilité._
Messieurs (_avec sentiment_), Mesdames, il y a un an aujourd'hui que fort de ma conscience, de mon zèle...
BASILE (_criant de dessous l'estrade_).
De nos talents!
FIGARO (_à part et donnant un coup de pied à Basile_).
Brutal! je t'apprendrai à me casser l'encensoir sous le nez.
BRIDOISON (_se montrant à son tour_).
Mon cher, po...int... de fau.... au...sse... mo...o...o...destie; tous nos confrè...res se di...i...sent leurs vé...vé...rités sans scru...pu...u...u...pule.
FIGARO (_bas à Bridoison_).
Au nom du ciel, seigneur Bridoison, taisez-vous; vous allez me donner un ridicule. N'imitons pas, croyez-moi, ces comiques aristarques qui, s'essoufflant pour enfler avec peine les plus modestes pipeaux, croient bonnement emboucher l'héroïque trompette. Eh! mon Dieu, personne aujourd'hui n'est dupe du plus misérable charlatanisme. Les croque-morts de la littérature ont beau répéter _que la suspension de leur feuille est un sacrifice fait à la liberté; que, pour se rendre plus dignes de la faveur toujours croissante du public, elles paraîtront moins souvent et à des prix plus élevés; que, pour contenter les bilieux, les mélancoliques et les sanguins, trois ou quatre têtes se réuniront sous un même bonnet_, etc., etc., et autres parades semblables; les moins habiles savent à quoi s'en tenir; les journaux ne sont pas comme les ventrus: ils ne meurent jamais d'excès de santé. (_S'adressant au public_:) Messieurs, je vous en supplie, ayez la complaisance de faire semblant de n'avoir rien entendu. J'avais donc l'honneur de vous dire, quand Basile m'a interrompu, qu'il y a un an aujourd'hui que j'ai consacré ma plume, ma lancette, un peu d'esprit, suffisamment de malice, assez de gaîté, beaucoup de franchise à vos menus plaisirs. (_Basile bâille avec bruit._)
GRIPPE-SOLEIL, ANTONIO, L'ÉVEILLÉ, MARCELINE, SUZANNE.
A bas la cabale!
FIGARO (_avec emphase_).
Le Nil a vu sur ses rivages, etc., etc.
BRIDOISON.
Vraiment il parle bien.
BASILE (_criant_).
A bas la cabale!...
FIGARO (_continuant_).
Messieurs, je ne vous ferai pas de belles promesses; je ne vous dirai point que ma feuille est la seule... que ma feuille manquait dans la littérature... qu'elle est rédigée par des hommes du plus grand mérite, etc. Je vous répéterai ce que j'ai dit; il y a quelques années, à Mgr le comte Almaviva: _Mon intérêt vous répond de moi. Pesez tant dans cette balance..._
BASILE.
Je n'y tiens plus... Messieurs, ce n'est pas cela... _Bone Deus_! où en est l'éloquence!... Messieurs, la société, semblable à un serpent monstrueux qui, après avoir sucé le suc vénéneux des plantes de la philosophie, se recourbe en replis sur elle-même, toute prête à s'inoculer la rage des idées libérales.......
(_Des sifflets se font entendre._)
Qu'entends-je?
BRIDOISON.
C'est vo...otre serpent qui fai...sait des si...si...iennes.
FIGARO (_s'avançant vers le public_).