L'ancien Figaro

Part 4

Chapter 43,648 wordsPublic domain

Ma naissance ne fut pas plus célèbre que celle de Lazarille de Tormès: fils d'une femme de mauvaise vie, je fus vendu par elle à l'âge de cinq ans à un vieux mendiant; j'appris des camarades de mon sort, dans les tavernes où mon maître allait s'enivrer avec des confrères dignes de lui, mille jolis tours d'adresse que je mis en pratique dans plusieurs occasions assez importantes. Une seule manqua et me fit un nom: j'allais être pris, je défilais avec deux aigrefins de ma taille, et, trop fier pour mendier désormais, nous associâmes nos rares talents. Je gravissais avec légèreté cette échelle de drôleries qui conduit raide à la potence, lorsque l'exemple de mon meilleur ami, suspendu par le cou à un gibet, refroidit subitement mes principes chevaleresques. Ayant trop de coeur pour en revenir à mon premier état, pas assez pour persévérer dans le second, je me fis mouchard. Là se développa le génie que m'avait donné la nature. J'ai servi tour à tour à Londres, à Paris, à Vienne; les mystères de l'Escurial, le sphynx du Saint-Office, les énigmes du Vatican, ne furent pour moi que des secrets de Polichinelle: j'étais un joyau qu'on se prêtait par considération. J'ai tramé dans la machine infernale, mis, un des premiers, le feu à Moscou, et jeté le cri de sauve qui peut à Waterloo. J'étais présent au dix août. J'ai porté des rafraîchissements à l'Abbaye dans les premiers jours de septembre. J'ai traité de puissance à puissance avec Robespierre, soupé avec Lequinio, qui soupait avec le bourreau. J'étais un des gendarmes d'élite qui ont mis à mort le duc d'Enghien dans les fossés de Vincennes. Je fus un moment revêtu d'un caractère semi-diplomatique pour vendre Paris aux Cosaques; depuis j'ai parcouru Avignon, Grenoble, Nîmes, où périt Brune, et finalement Lyon. Tout jusque-là m'avait réussi. Ma fortune donna contre un écueil. Chargé de mettre des papiers parmi ceux d'un général royaliste, je refusai: j'avais fait l'honnête homme, je fus destitué; je le devins tout à fait. S'il n'y avait que la vertu qui surnageât, que d'Excellences on pourrait noyer dans un verre d'eau.

En devenant honnête, je devins furieux; cela se voit souvent, surtout lorsque la rancune est plus forte que l'amour-propre: je résolus de faire mes Mémoires; je les fis. J'allais les publier, lorsqu'un de mes amis, ancien prêtre, aujourd'hui père légitime d'une demi-douzaine de marmots qu'il élève à la Lancastre et pour les arts libéraux, homme de moeurs douces et d'esprit prudent, me représenta que les minutes officielles de mes aventures existaient, signées de ma main, au dépôt des archives, et qu'ainsi l'anonyme même ne saurait me mettre à l'abri des investigations de mes anciens compagnons d'armes. Je ne voulais pas donner quinze et brisque sur mon jeu, et mourir martyr après avoir vécu comme un gredin. Je me tus: je serrai mes paperasses, comme fit le courageux Ducis quand il écrivait contre Napoléon. Mais j'enrageais, j'enrageais... Je découvris bientôt un nouvel argument à l'appui du premier.

C'est moi, disais-je, qui ai révélé à Napoléon les conciliabules secrets du mont Saint-Valérien; le Calvaire a repris sa splendeur, certains messieurs, que l'on dit y apparaître encore, pourraient bien se piquer d'être plus chrétiens que l'Évangile. Taisons-nous: tout n'est pas gain pour ceux qui écoutent.

C'est moi, disais-je, qui ai démontré la connexion de l'affaire Pichegru avec celle de Georges; bien que M. Basterèche l'ait dit en toutes lettres à la tribune, il doit peu me convenir à moi de traiter Pichegru d'assassin. On lui élève une statue et, quoi qu'en dise l'article 8 de la Charte, ses amis et les amis de leurs amis pourraient se montrer plus royalistes que le roi. Taisons-nous: tout n'est pas gain pour ceux qui écoutent.

Si, ajoutai-je encore, je me vantais d'avoir mis le nez jadis dans les papiers de Cambacérès, on pourrait me faire des questions embarrassantes sur la cause de leur disparition, et si je disais ceci et cela, je pourrais passer pour un calomniateur, parce que je ne les ai plus devant moi, et que du reste je ne voudrais pas les avoir dans ma poche, Dieu m'en garde! Ainsi taisons-nous: tout n'est pas gain pour ceux qui écoutent.

Si je racontais l'histoire de la souricière (celle de Bayonne, bien entendu), je sais bien que le prince de T.... et l'archevêque de P.... ne m'accuseraient pas de mensonge. M. le duc de R..... pourrait faire une seconde publication, à cet égard, aussi risible que la première, mais ni lui, ni moi, ni nos amis, ne regagnerions nos entrées, et je ne vois là que dangers sans honneurs pour sortir d'un pas de clerc. Sylla, en affranchissant ses esclaves, se créa par cette adresse des légions de clients. Taisons-nous: tout n'est pas gain pour ceux qui écoutent.

J'aurais parlé, disais-je encore, de l'affaire des sous-traitants à qui Napoléon fit rendre gorge un peu à la turque: c'est moi qui avais arrêté le gros maréchal-ferrant millionnaire: mais que d'allusions à l'affaire Ouvrard! On dit que celle-ci tient à tant de choses si délicates, à ceci, à cela, à presque tout enfin. Je veux croire que ce sont des propos de gobe-mouches, c'est bon. Mais taisons-nous: tout n'est pas gain pour ceux qui écoutent.

On sait, disais-je enfin, comment est mort Paul Ier, et moi aussi, je le sais: mais si, comme le dit M. Dulaure, les Anglais ont semé l'or sterling à la brouette dans les quarante-quatre mille communes de la France, pour faire bouillir le vif-argent dans toutes les cervelles gauloises, aux bons vieux jours de Foucher, Carrier, Marat et Compagnie, ne trouveraient-ils pas dans quelques petits coins de leur escarcelle, toute délabrée qu'elle me paraît aujourd'hui, de quoi acheter à bon compte la peau de moi, chétif, dussé-je, comme une grenouille dépouillée, ne vivre que juste ce qu'il faut après pour la voir bien et dûment tannée pour en faire un tambour. Pas de ça, s'il vous plaît. Taisons-nous: tout n'est pas gain pour ceux qui écoutent. Et je jetai mes Mémoires au feu....

COUPS DE LANCETTE.

Dans un pays qui touche à la Turquie, les uns reçoivent des cordons, les autres n'obtiennent que la corde.

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M. T. L. assure qu'il est un homme.

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A Londres, la nommée Marie Cocnet d'Ouvrard, qui se dit fille du munitionnaire de Sainte-Pélagie, a été condamnée à la peine capitale pour avoir volé une montre.--On la croit de la famille.

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Lundi, 21 août 1826.

ALBUM DE CHÉRUBIN.

_A-compte._--Femme qui donne un _à-compte_ sur une affaire amoureuse ne tardera pas à la solder.

_Déclaration d'amour._--_Déclaration_ de guerre contre la vertu.

_Esprit._--Une belle femme sans _esprit_ est un dieu qu'on admire et auquel on ne sacrifie pas.

_Familiarité._--Porte ouverte à l'amour.

_Hélas!_--Expression de la douleur, aussi fugitive que celle du plaisir.

_Impôt._--Le regard d'une jolie femme est un _impôt_ sur notre coeur.

_Jalousie._--Saint Jérôme est presque une autorité en amour. Il dit que la _jalousie_ d'un mari est sottise, car si une femme est facile, il est impossible de la garder; et si elle est chaste, elle n'a pas besoin qu'on la surveille.

_Laideur._--Elle est une autre Vesta qui conserve religieusement le feu de la chasteté.

_Mélange._--Le je ne sais quoi d'une femme se compose d'un _mélange_ d'attraits, d'appas et de charmes qui séduit, engage, entraîne.

_OEillade._--Lancée par une coquette, c'est un filet qui sert à prendre des dupes.

_Paradis._--Un religieux arabe a dit que Dieu avait un paradis à part pour les femmes, parce que si elles entraient dans celui des hommes, elles en feraient un enfer.

_Secret._--La Fontaine prétend qu'une femme ne peut garder un _secret_. Malgré le _bonhomme_, il est une justice à leur rendre: jamais elles ne divulgueront le _secret_..... de leur âge.

_Tartufe._--Il est des tartufes femelles, mais ce sont les moins dangereux.

_Vertu._--Rien ne conspire plus contre la vertu des femmes qu'elles-mêmes.

_Yeux._--Agents provocateurs du plaisir.

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Jeudi, 24 août 1826.

ANNIVERSAIRE

Il y aura, ce soir, à minuit, deux cent cinquante-quatre ans! La paix avait été signée entre les factions: la liberté des cultes en était la conséquence... Tout à coup, la cloche de Saint-Germain-l'Auxerrois annonce le signal, et, de proche en proche, le tocsin appelle tous les assassins au meurtre: ils sont prêts sur tous les points de la France. Rome approuvait la mort de Coligny... Il tombe sous le fer d'un valet!... _Besme! cela_ est-il fait? s'écrie une voix.... Un cadavre qui tombe aux pieds de Guise lui sert de réponse... Il le foule! Va, Guise, va porter cette tête à Médicis. Ne crains pas. Hideuse, défigurée, sanglante, elle ne fera pas reculer Charles IX! Un ennemi mort sent toujours bon. Réjouissez-vous donc, respirez à l'aise, il y en a cent mille!!!! O rigueurs salutaires!....

COUPS DE LANCETTE.

--Où Bazile court-il donc, avec cet air si gai?

--Comment! tu ne sais pas?

--Non!

--C'est aujourd'hui jour de fête.

--Oh! oh! et quelle est donc cette fête, qui donne un éclat si vif à tes yeux creux et à ta physionomie plombée?

--La Saint-Barthélemy, parbleu!

--Infâme!....

* * * * *

Mademoiselle Maria se plaint que les journalistes s'acharnent sur elle comme des corbeaux. Certes, notre méchanceté est connue, mais nous n'aurions jamais osé dire celle-là.

* * * * *

Il y a des gens bien élevés, en Russie: les potences ont quinze pieds de haut.

* * * * *

Savez-vous pourquoi le bibliothécaire B... serait bien placé aux finances?--Non!...--Parce qu'il ne touche pas au dépôt qui lui est confié.

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La statue de Louis XIV qui a été érigée à Lyon a coûté, tous frais faits, 537,950 francs. Que l'on dise ensuite dans vingt biographies que Louis XIV ne vaut rien.

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_L'Etoile_ est payée pour mentir. Elle va prouver dans son prochain numéro que, lors de la Saint-Barthélemy, les protestants se sont suicidés eux-mêmes pour faire tort aux jésuites.

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--Un juge présidant les dernières assises A certain vagabond reprochait son larcin. --Ah! parbleu! répond-il, dites donc des sottises, Sans les voleurs, bientôt vous crèveriez de faim.

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M. Lecomte, qui est généreux comme un Arabe, offre CENT FRANCS à l'homme de bonne volonté qui ira chercher querelle aux journalistes. Nous serons plus libéraux. Nous offrons _cinq cents francs_ à l'homme de corvée qui aura le courage de déclarer publiquement que M. Lecomte est un bon acteur, un bon auteur et un homme d'esprit.

* * * * *

L'AMI DES MONSTRES

M. Geoffroy Saint-Hilaire est un professeur du Jardin des Plantes et membre de l'Académie des sciences (section d'histoire naturelle). C'est un homme fort savant et fort laborieux. Il se passe fort peu de séances de l'Académie des sciences sans que M. Geoffroy Saint-Hilaire n'ait quelques monstruosités nouvelles à signaler à l'attention de l'Académie. Les monstres sont une de ses manies, car il en a encore une autre dont nous parlerons tout à l'heure; M. Geoffroy Saint-Hilaire voit des monstres partout: il conserve chez lui, dans l'esprit-de-vin, des veaux à deux têtes, des chats à six pattes, des enfants à quatre jambes, des jumeaux attachés par le ventre, etc., etc. Avez-vous un doigt de plus ou de moins, vous êtes monstre; et M. Geoffroy Saint-Hilaire a été tenté de se déclarer monstre lui-même en se voyant dans une glace, parce qu'il a la plus extraordinaire construction d'oreilles qu'on puisse imaginer.

M. Geoffroy Saint-Hilaire arrive ordinairement à l'Académie armé de vases et de bocaux renfermant des monstres. Lundi dernier, le savant professeur est arrivé précédé d'une terrine de Nérac, de ces terrines pouvant contenir six perdreaux truffés. _C'est un pâté_, s'écrie-t-on de toutes parts; _c'est un pâ â té_, s'est écrié un académicien aussi éloquent que notre ami Bridoison; chacun se lève, et tous les membres du docte corps demeurent la bouche ouverte et les yeux fixés sur la bienheureuse terrine. Quel désappointement! Le professeur prend la parole: «J'ai l'honneur de présenter à l'Académie, dit-il, un enfant né il y a huit jours....» Chacun se rassied et se bouche le nez.... M. Geoffroy Saint-Hilaire s'aperçoit de l'effet produit par sa harangue et continue: «J'emporte mon monstre à la bibliothèque, et je le montrerai à ceux qui le désireront.»

M. Geoffroy Saint-Hilaire a encore une autre manie, de trouver une analogie entre l'homme et les moindres animaux. Dernièrement il expliquait l'analogie qu'il prétend exister entre l'espèce humaine et le lézard. Il avait apporté un de ces animaux dans une fiole; la fiole passait de mains en mains: elle arrive à un académicien, homme de beaucoup d'esprit, qui la passe à son voisin, en disant: «Mon confrère, permettez-moi de vous passer notre confrère.»

Avec tout cela, M. Geoffroy Saint-Hilaire est un homme profondément instruit, d'une élocution facile et élégante; il a de plus l'honneur d'être opposé de principes et d'opinion à un autre académicien riche de places, de dignités et de sinécures, et dont on a dit: «Ce cuvier-là, c'est le tonneau des Danaïdes.»

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UNE JOURNÉE

(_Extrait de l'album d'une dévote._)

..... J'ai été réveillée ce matin, à dix heures; on entrait dans mon boudoir sans se faire annoncer; j'ai cru que c'était mon mari, et j'allais le tancer de la bonne façon de son impertinence..., c'était mon directeur. D'abord il a aperçu sur un fauteuil une robe neuve apportée la veille, puis il m'a vue cacher avec précipitation quelque chose sous la couverture. Il a voulu savoir ce que c'était: je résistai, il insista, mit la main... c'était un roman! Comme il m'a sermonnée, ce bon M. Papelard, sur Satan, sur les vanités du monde! Il m'a prouvé par un argument que je n'oublierai jamais que la chair est bien fragile. On a frappé, mais la clé était en dedans: j'ai reconnu la voix de mon mari, qui voulait me souhaiter le bonjour; je l'ai prié d'aller faire un tour.

Pendant que M. Papelard achevait la péroraison d'un discours dont l'introduction avait été si violente, j'ai fait ma toilette. Point de coquetterie devant mon directeur, il chiffonne un fichu trop mondain, met la main sur tout ce qui est de luxe. Nous sommes sortis pour aller au sermon, il a pris mes Heures et un petit sac contenant les économies que je fais faire à mon mari, pour en verser une partie dans le tronc d'un séminaire et prendre un abonnement à la _Sentinelle_.

A notre retour, nous nous sommes encore enfermés: il avait, disait-il, à m'expliquer le texte du sermon, que je n'avais pas bien compris et qui était: _Aperite portas vestras_, et j'ouvrais de grandes oreilles.

J'ai trouvé une lettre adressée à mon mari par mon fils que j'ai mis à Saint-Acheul. Il se plaint de la vie qu'il y mène, le petit insolent! Bien m'en a pris de ne pas laisser cette lettre entre les mains de son père, il serait homme à mettre son fils dans un collége royal.

Mon mari m'a fait dire qu'il attendait deux amis à dîner; je lui ai répondu que je faisais maigre, et qu'il pouvait aller chez le restaurateur; j'ai eu soin surtout de lui défendre de rentrer avant onze heures.

Je voulais voir _Tartufe_, dont on m'avait tant parlé; j'avais eu soin de retenir une loge sang en rien dire à M. Papelard. Après le salut, j'ai été à la Comédie-française. Qu'il me tardait de voir ce _Tartufe_! Cette tragédie m'a fait pleurer.

COUPS DE LANCETTE.

Quand M. Ch. Nod... fait insérer dans un journal un article de trois colonnes, on peut écrire en bas de cet article: J'ai faim.

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Miracle! M. de Corbière a ouvert l'oeil droit. Au train dont il y va, on suppose qu'il sera tout à fait réveillé pour la fin de l'année.

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M. de Corb... a, dit-on, la maladie de la pierre.

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M. de C...-Tonn... ne passera pas sur le pont des Invalides pour se rendre au Champ de Mars, parce qu'il n'y a plus de garde-fous.

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Que dites-vous de M. Madrole?... L'écho répond.

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Les valets détestent la liberté, parce qu'elle ne leur permet pas de se montrer plus insolents que leurs maîtres.

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«La garde meurt et ne se rend pas.» M. de Vil... a retourné ce proverbe: il ne meurt pas et ne rend rien.

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PETIT DIALOGUE.--_L'Excellence_. Mon cher, concevez-vous l'insolence de tous ces folliculaires?--Monseigneur, j'en suis scandalisé... qu'ont-ils fait?--Ils ont l'audace de remplir leurs feuilles de l'éloge d'un comédien; ils ne parlent que de lui; que diraient-ils donc si je venais à mourir? (Le secrétaire reste un moment abasourdi; mais, reprenant bientôt son assurance, il répond:)--Rien, monseigneur.--Hein!--Rien, les grandes douleurs sont muettes.

(_Historique._)

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Si j'avais été à Paris lorsque Talma se mourait, disait M. l'abbé de L.., je serais bien entré dans sa chambre; pourquoi a-t-on des gendarmes?

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Dans le bureau d'un journal on remarque des épées, mais on cherche en vain des plumes: il paraît qu'il est plus aisé de se battre que d'écrire.

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Un jésuite, entrant à l'Opéra, s'écria: O le joli couvent!

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Mademoiselle Adeline, qui paye des impositions, disait un jour: Je vais chez le percepteur faire relever ma cote.

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POÉSIE BUREAUCRATIQUE

Combien le jour de l'an est un jour propice Pour présenter ses voeux et civilités; J'en ressens près de vous le plus grand délice Dans votre accueil gracieux et toutes vos bontés. Pour rendre à madame des honneurs mérités, Il faut citer toutes ses qualités, Les rares vertus de l'esprit et du coeur. Permettez à l'amitié ce sincère hommage, Inspiré par le sentiment le plus flatteur, Et que chacun de vos subordonnés partage. Je suis, avec le plus profond respect, etc.

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QUEL EST LE JOUR OU ON EST LE PLUS AIMABLE?

Un empereur, le jour où il arrive au trône à travers le droit d'aînesse.

Un roi, le jour où il croit sa puissance en péril.

Un ministre, le jour où il obtient un portefeuille, ou le lendemain du jour où il l'a perdu.

Un préfet, le jour où il lit sa nomination dans le _Moniteur_, et celui où il met son habit neuf pour la première fois.

Un avocat, le jour où il est sans argent et sans cause.

Un avoué, le jour d'une expropriation forcée.

Un roturier enrichi, le jour où le valet qui l'annonce dans une société brillante ajoute un de devant son nom.

Un noble ruiné, le jour où il épouse la fille d'un banquier qu'il croit millionnaire.

Le banquier, le lendemain du jour où il a fait banqueroute.

L'huissier qui le poursuit, le jour où il fait le procès-verbal de saisie du mobilier de son hôtel.

Un créancier, le jour où un débiteur sur lequel il ne comptait plus lui paye capital et intérêts.

Un auteur, le jour d'une première représentation.

Un nouvel acteur, le jour de son début.

Un acteur qui double un rôle, le lendemain du jour où son chef d'emploi a été sifflé.

Une danseuse, le jour où elle doit faire financer un milord.

Une vieille coquette, le jour où un myope lui a retiré vingt ans.

Un mari avec sa femme, le jour où il lui a fait une infidélité.

Une femme avec son mari, le jour où celui-ci part pour un long voyage.

Une fiancée avec son futur, le jour où l'on apporte la corbeille de mariage, bien garnie de cachemires et de diamants.

Un amant, le premier jour où il croit....

Mademoiselle Cinti, le jour où elle lit dans un journal qu'elle est excellente actrice.

M. Geoffroy de Saint-Hilaire, le jour où il découvre un nouveau monstre.

M. Auger, le jour où il trouvera un académicien.

M. Quatremère de Quincy, le jour où il sera défendu, sous peine d'entendre son discours, de siffler à l'Académie.

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PETITS DIALOGUES.

A...--Monsieur l'commissair', j'viens vous dire comme quoi j'ai été volé ce matin à six heures.--C'est votre faute, pourquoi vous avisez-vous de sortir à cette heure..., il est trop tôt.

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B...--Monsieur le commissaire, j'ai été attaqué à onze heures du soir, dans un des quartiers les plus fréquentés de Paris.--C'est votre faute, pourquoi vous avisez-vous de sortir à cette heure..., il est trop tard.

COUPS DE LANCETTE.

Avez-vous un bras cassé, une jambe estropiée, la pierre, etc., etc... M. Du..., célèbre dans la science chirurgicale, vous portera de suite des secours... spirituels.

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Quand on demande à M. Dupuytren comment vont ses malades, il répond: Ils se sont confessés.

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M. D... a remplacé le bistouri par un petit couteau.

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Les épiciers disent que le moyen de conserver la chandelle pendant l'été est de l'envelopper dans une ode de M. Ancelot.

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M. D. ne se rend plus chez les malades avec sa trousse, mais bien avec un bréviaire.

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Le docteur Du.., en apprenant qu'un de ses malades, dont il avait opéré la.... conversion, s'était rétabli pendant son absence, s'est écrié d'un air contrit: Quel malheur! il était si bien préparé à mourir!...

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A l'Opéra on veut de la moralité; ce n'est pourtant pas une fable.

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Au lieu des eunuques à qui on confiait la garde des femmes à Constantinople, on va mettre des jésuites.

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M. Sosthènes prétend que les voleurs sont des gens très-moraux, parce qu'ils forcent les jeunes gens qui ont peur d'être dévalisés à rentrer de très-bonne heure.

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Dernièrement, une dame de l'Opéra a fait une fière chute; mais, comme elle avait des caleçons, M. Sosthènes lui a fait grâce.

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M. Sosthènes de Larochefoucauld était alors chargé du _département des beaux-arts_. «Congréganiste zélé, dévot mondain parmi les gens de cour, bel esprit de cour parmi les dévots,» M. de Larochefoucauld devait sa position à l'abbé Legris-Duval et au père Ronsin, chefs successifs de la congrégation, dont il était l'instrument dévoué.

Dans les dernières années du règne de Louis XVIII, cet homme si dévot avait joué à la cour un certain rôle: madame Du Cayla, créature du parti religieux, gouvernait alors le vieux monarque, et M. Sosthènes était chargé de transmettre à la favorite les ordres de la congrégation.

Ses rapports quotidiens avec une femme aussi influente ne pouvaient qu'avoir les meilleurs résultats pour sa fortune. On ne pouvait songer à lui donner un _département ministériel_: il obtint l'administration des beaux-arts et, sur sa demande, on changea le titre de direction en celui de _département_.

Non content de ces titres à la gloire, il s'acquit «la plus étrange célébrité, en voulant officiellement moraliser à l'Opéra poëmes, musique, acteurs et actrices; sa dévote sollicitude s'étendait jusqu'aux robes des danseuses.»

M. Sosthènes a eu la nuit dernière un terrible cauchemar: il rêvait qu'il était à côté d'une danseuse sans caleçons.

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Le sieur Henry, qui quitta dernièrement la place d'inspecteur général de l'Académie royale de musique, dont M. Sosthènes l'avait gratifié, pour aller faire un tour aux galères, n'était peut-être pas aussi coupable qu'on a pu le croire; il est vrai qu'il avait fait des faux, mais il n'avait pas commis d'indécences avec les dames de l'Opéra.

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