L'ancien Figaro

Part 16

Chapter 163,604 wordsPublic domain

LEROUX.--Allons, Piton, finissons-en, M. le maire ne veut pas mettre des prénoms là dedans parce que M. le curé le gronderait. Faut aller chez M. le curé.

DURANTIN.--Il est à la ville, et je ne pourrai le voir que demain.

PITON.--Et s'il arrivait un accident c'te nuit? si une de ces petites créatures veniont à mourir?

LE MAIRE.--Laissez donc, ils sont bien constitués. D'ailleurs, si le malheur arrive, nous consulterons le curé et nous remplirons le blanc, comme si l'enfant avait été baptisé.

PITON.--Ce n'est pas régulier, et si j'avions fait une chose semblable sur le livret de mon escouade, j'aurions été cassé à la tête de la compagnie.

LE MAIRE.--On ne casse pas les maires comme les caporaux.

DURANTIN.--C'est peut-être ben pour ça que les communes sont si drôlement administrées.

LE MAIRE.--Silence, Durantin, vous pourriez vous compromettre. Retirez-vous tous, Piton; voyez M. le curé et apportez-moi ses ordres avec l'acte de baptême.

PITON.--Oui, monsieur le maire, et après j'écrirons à Paris.

ESQUISSES DE LA CHAMBRE DES DÉPUTÉS.

LA TRIBUNE DES JOURNALISTES.

C'est dans la tribune des journalistes que se joue la petite pièce de la Chambre des députés. Là, sont entassés dans un espace étroit, obscur, incommode, plus de vingt rédacteurs dont la plume infatigable transmet aux départements et à la postérité les élucubrations de nos représentants. Je dis vingt rédacteurs, quoiqu'ils soient plus de quarante, qui se relèvent toutes les deux heures et font sentinelle assidue pour empêcher qu'il ne s'échappe la moindre parcelle de ces préparations parlementaires destinées à endormir les électeurs. Jadis, les journalistes, placés dans l'enceinte de la salle, pouvaient du moins entendre les orateurs, saisir au vol l'interruption ou le député votant par assis et levé en faveur du budget; mais depuis qu'un beau jour M. Poiferré de Cère, aujourd'hui libéral, se fut avisé de les faire expulser de la salle, pour les empêcher de critiquer de trop près sa médiocrité ministérielle, ils ont été relégués dans le couloir obscur ou plutôt dans le grenier qu'ils occupent aujourd'hui.

Les journalistes sont rangés sur deux rangs; le second est occupé par les rédacteurs des feuilles des départements, et le premier par les rédacteurs des journaux de Paris, dans l'ordre suivant, de droite à gauche: la _Quotidienne_, le _Messager des Chambres_, le _Constitutionnel_, le _Courrier français_, le _Journal des Débats_, la _Gazette_ et le _Journal du Commerce_; le _Journal de Paris_, nouveau venu, occupe la première place du second rang. De tous ces rédacteurs, chose curieuse! il n'en est pas un seul, même celui de la _Gazette_, qui n'appartienne à l'opinion constitutionnelle; de sorte que, si dans les journaux ultras les séances des Chambres sont travesties au gré des absolutistes, c'est aux seuls directeurs de ces feuilles que ces altérations doivent être attribuées. C'est même un spectacle fort curieux et, selon moi, fort édifiant que de voir les rédacteurs de la _Gazette_ ou de la _Quotidienne_ partager l'hilarité si souvent provoquée par les discours de MM. de Laboullaye, Syrieys de Mayrinhac et consorts.

Ainsi, tandis que le tumulte règne dans l'assemblée, que la révolution interpelle Coblentz et que M. de Conny apostrophe M. Benjamin Constant, la plus parfaite union règne au banc des journalistes chargés de transmettre à la France l'histoire fugitive de ces violents débats. Là sont applaudis les hommes de talent, et la médiocrité honnie, de quelque côté qu'elle s'agite. M. Ravez et M. de Labourdonnaye, qui passèrent pour des Cicérons et pour des Démosthènes, ne sont plus que de simples mortels buvant de l'eau sucrée, voyageant de la tribune à leur place et de leur place à la salle des conférences. Combien de fois nous avons entendu d'excellents provinciaux de la Charente ou du Poitou, ravis d'admiration pour les discours de leurs députés, s'écrier, en les entendant pour la première fois: «Quoi! ce n'est que cela? Voyez à quoi tiennent les réputations dans ce monde!» et s'en retourner tout confus.

La tribune des journalistes ne contient que deux sténographes, dont l'un appartient au _Messager des Chambres_ et l'autre au _Journal des Débats_. Tous les autres rédacteurs se bornent à prendre des notes, d'après lesquelles ils rédigent les séances avec une exactitude qui n'est altérée que dans l'intérêt même des députés; le public est rarement informé de ces fautes grossières, de ces _lapsus linguæ_, de ces exubérances de tribune qui allongent la plupart des discours. On lui cache toutes les tortures qu'éprouvent et font éprouver à l'auditoire ces improvisateurs contre nature, qui viennent bégayer à la tribune d'insipides lieux communs et qui se croient des orateurs. Les discours que le public lit dans les journaux sont exempts de locutions triviales, de fautes de français et d'absurdités de tout genre, excepté celles qu'il est nécessaire de conserver pour ne pas altérer la physionomie politique et littéraire de quelques honorables membres. Toute cette lessive, comme disait Voltaire, est faite par les rédacteurs des séances.

Quelquefois, cependant, les orateurs eux-mêmes écrivent leurs improvisations et disent au public ce qu'ils n'ont point prononcé devant la Chambre. C'est ainsi que M. Dupin aîné vient rédiger dans les bureaux du _Constitutionnel_ toutes ses improvisations, et M. Benjamin Constant corriger les siennes dans les bureaux du _Courrier_. L'honorable M. Delaborde, M. Dupont de l'Eure et plusieurs autres encore, soigneux de leur réputation, imitent cet exemple, et ce qui, plus d'une fois, a paru très difficile pendant la séance, est devenu tolérable le lendemain. MM. les députés poussent plus loin encore leur sollicitude pour la publicité: on en voit tous les jours adresser aux journalistes leurs discours, accompagnés d'une épître plus ou moins flatteuse. Quelques-uns, plus hardis ou plus contents d'eux-mêmes, les expédient par un huissier, sans phrase ou terminés par cette question laconique: «Voulez-vous mon discours?» A quoi, plus d'une fois, je sais des rédacteurs qui ont répondu: «Non, je ne veux pas votre discours.» Cette réponse fut faite, il y a quelques années, par trois rédacteurs différents à l'honorable M. Méchin. En vérité, des républicains ne seraient pas plus grossiers.

MM. les ministres ne mettent pas moins d'intérêt que les députés à soigner leurs discours, et nous sommes quelquefois témoins de correspondances fort curieuses entre nos diverses Excellences et les sténographes du _Messager_. C'est surtout M. l'évêque de Beauvais qui paraît le plus inquiet du succès de ses improvisations. Dès qu'il prend la parole, les sténographes sont attentifs à leur poste, et Son Excellence est à peine descendue de la tribune qu'un huissier lui apporte son discours recueilli avec une merveilleuse promptitude. On voit alors M. Feutrier parcourir avidement ses homélies parlementaires, rayer les épithètes redondantes, supprimer les répétitions inutiles, arrondir sa période et faire disparaître avec coquetterie tout ce qui pourrait offenser l'harmonie ou la grammaire. M. de Martignac se contente d'expédier une ordonnance à l'imprimerie de son journal, souvent fort tard, pour exiger la suppression d'un mot ou d'une phrase qui lui semble hostile envers le faubourg Saint-Germain. Il faut bien vivre avec ses voisins: telle est sa maxime; aussi, je l'ai vu quelquefois très-libéral le matin au palais Bourbon et, le soir, obligé de faire amende honorable au château.

Les journalistes sont, comme on le voit, les auxiliaires indispensables du gouvernement représentatif; mais ils en sont aussi un des inconvénients les plus graves. C'est à leur excessive complaisance que la France doit d'être inondée d'insipides discours, mal composés, mal débités, mal écoutés et sur lesquels ils ont la faiblesse de jeter un vernis littéraire qui en déguise plus ou moins la médiocrité. S'ils se montraient impitoyables au point de laisser à chaque prétendu orateur sa physionomie naturelle, la France, alors, pourrait juger en connaissance de cause une foule de grands hommes qu'elle a cru envoyer à la Chambre. Les parleurs de profession seraient facilement distingués des orateurs véritables et les hommes qui font leurs affaires, de ceux qui traitent les affaires de la nation. On verrait fort bien alors ce que c'est que M. de Formont, ce que vaut M. Syrieys de Mayrinhac et quels représentants nous avons dans MM. Laboullaye, Laboëssière, Bizieu de Lézard, Sallaberry et Compagnie. C'est surtout de ces honorables membres que le rival de Démosthènes aurait pu dire: «Que serait-ce, si vous eussiez entendu le monstre!....»

LES AMIRAUX DE LA CHAMBRE ET M. DUPIN AINÉ.

Quand il a fallu discuter le budget des arts et des lettres, des poëtes comiques et tragiques se sont élancés à la tribune pour défendre les opinions qu'ils croyaient favorables aux lettres et aux arts; les savants en diplomatie, les publicistes se sont présentés pour la discussion du budget des affaires étrangères et de l'intérieur; les magistrats et les avocats n'ont pas manqué au budget de M. le garde des sceaux; les généraux les plus célèbres ont proposé de notables améliorations pour l'armée de terre et le régime de l'administration militaire; voilà des financiers qui entrent dans la lice pour éclairer avec M. Roy la question du crédit public et celle du meilleur emploi possible des fonds demandés aux contribuables: tout cela est dans l'ordre. Les hommes spéciaux parlent avec puissance des choses spéciales; ils préparent de bonnes délibérations, et, si de mesquins intérêts de parti ne l'emportent pas au moment des votes, les résolutions de la Chambre sont raisonnables.

Ce qui est arrivé pour la guerre, l'intérieur, les affaires étrangères et les finances, n'est point arrivé pour la marine. Les amiraux qui siégent à la Chambre n'ont pas trouvé une parole à jeter dans la discussion en faveur des institutions dont la marine a tant besoin et au profit des officiers d'une arme qui font, en temps de paix, un service plus fatigant que celui des officiers d'infanterie et de cavalerie en temps de guerre. D'honorables orateurs, peu versés en général dans les choses de la marine, bien moins faciles à apprécier que celles du génie, de l'artillerie et des autres professions savantes, ont décidé du sort des matelots, du matériel des armements et du traitement de table des capitaines de navire.

MM. Daugier et Halgan n'ont pas daigné faire ce que MM. Gérard, Clausel, Mathieu Dumas, Demarsey et Sebastiani ont fait avec un zèle et un talent que l'armée et les contribuables n'oublieront point. Ces honorables amiraux ont craint sans doute d'acquérir quelques droits à la reconnaissance des marins, et ils ont laissé la gloire d'une excellente opinion à M. Dupin aîné. MM. de Leyval, Benjamin Constant, Labbey de Pompières, Viennet, Clausel et Charles Dupin ont dit de bonnes choses assurément; mais la question n'a été réellement bien comprise que par M. Dupin aîné. Comment un avocat, qui n'a point été élevé dans un port et qui ne connaît guère plus la marine qu'un rentier revenu de Dieppe, où il a pris les bains pendant deux mois, est-il parvenu à saisir le point juste d'une discussion pour laquelle il faut encore autre chose que les notions vulgaires de l'administration et de la politique? C'est qu'il a étudié la matière avec une intelligence supérieure. MM. les amiraux Daugier et Halgan n'avaient probablement pas besoin de se livrer à des études nouvelles pour ouvrir un avis utile. Qui donc a pu les retenir?

Un fait reste à constater; c'est que, dans une chambre où siégent un vice-amiral et un contre-amiral, un docteur en droit a pris seul avec autorité la défense de la marine. Ne pourrait-on donner à M. Dupin le titre de capitaine de vaisseau honoraire? Il l'a mieux mérité vingt fois que tant d'officiers tirés par la Restauration de la ferme aux tabacs et d'autres écoles également propres à former des marins.

Lundi, 6 juillet 1829.

AUTOPSIE DU BUDGET.

On a ouvert dernièrement le corps de ce gigantesque animal, qu'on pourrait à bon droit appeler, comme la baleine royale, un énorme cétacé.

Il était bien malade et cependant d'une corpulence effrayante; les hommes de l'art ont constaté les phénomènes suivants:

Le coeur, assez sain, était attaqué par une foule innombrable de polypes, dont le plus considérable, le milliard, n'avait pas la plus petite place.

La rongeante _sinécure_ s'était emparée de la tête, et l'avait dévorée presque entièrement.

Le ventre offrait une complication effrayante de maux divers, tels que _l'impôt foncier_, _l'octroi_, etc.

Les parties basses étaient affectées de _la loterie_, de _la roulette_ et de _la police_; elles étaient dans un état effroyable.

Les docteurs, désespérés de n'avoir pu le guérir, ont rédigé un cahier d'observations qui leur servira à étudier les moeurs et le caractère de l'enfant du défunt: car le budget est un animal qui a l'incroyable propriété de se reproduire en mourant. Le petit a été mis en nourrice jusqu'à l'année prochaine.

BIGARRURES.

Les journaux anglais annoncent positivement l'entrée de M. de Polignac au ministère, en qualité de président du conseil.

* * * * *

M. de Polignac est arrivé hier à Paris, à la suite de l'orage.

Vendredi, 7 août 1829.

FORMATION D'UN NOUVEAU MINISTÈRE.

Le _Moniteur_ de demain donnera la liste des ministres nommés, dit-on, dans le conseil d'hier. Voici les noms que nous avons pu recueillir:

_Président du Conseil_: M. de Polignac.

_Ministre de la Justice_: M. Castelbajac.

_Ministre de la Guerre_: M. de Martignac.

_Ministre des Cultes_: M. le général d'Ambrugeac.

_Ministre de la Marine_: M. de Balzac.

_Ministre du Commerce_: M. le duc de Rastignac.

_Ministre de l'Instruction publique_: M. de Mayrinhac.

_Ministre de l'Intérieur_: M. le duc d'Esclignac.

_Ministre de la Maison du Roi_: M. de Saintenac.

_Ministre des Finances_: M. d'Escayrac.

_Directeur général des Haras_: M. de Mornac.

_Directeur général des Postes_: M. Blaniac.

_Directeur général des Ponts et Chaussées_: M. de Cressac.

_Directeur général des Contributions indirectes_: M. le marquis de Vérac.

_Directeur-général des Douanes_: M. de Saunac.

_Directeur des Beaux-Arts_: M. de Flangeac.

_Préfet de Police_: M. de Foirac.

On ne sait pas encore quels postes sont réservés à MM. de Sivrac, marquis d'Abzac, de Guernisac et Solliac.

* * * * *

Le 31 juillet 1829, les journaux avaient annoncé l'arrivée à Paris de M. de Polignac. «Le soin de sa santé, le besoin de respirer l'air natal l'y appelaient,» disaient-ils. Ce prétexte ne trompa personne. On s'attendait aux événements les plus graves.

Ils ne tardèrent pas à se réaliser. Depuis longtemps Charles X brûlait de se séparer des ministres qui lui avaient «arraché des concessions énormes; «s'il avait attendu, c'est que le vote du budget de 1830 pouvait seul lui rendre sa liberté d'action. Le budget voté, la Chambre séparée, Charles X se trouvait du temps devant lui. Il était le maître, il le fit bien voir.

Le 8 août, les ministres furent mandés à Saint-Cloud, et le roi leur annonça sa résolution de choisir un nouveau conseil. Il eut, pour tous ces hommes qui avaient perdu leur popularité à son service, des paroles de reproche, d'amertume et de colère. Il semblait s'en prendre à eux de la triste situation où se trouvait le gouvernement. Son dernier mot fut: Plus de concessions.

Puis, il leur dit les noms de ses nouveaux conseillers. Les ministres disgraciés se retirèrent tristement: dans leur pensée, la monarchie était perdue.

Le ministère Polignac devait en effet mener rapidement la royauté à l'abîme. Mais aussi, quelle imprudence, quelle impéritie de la part du roi. «Allons, s'était écrié M. Royer-Collard, Charles X est toujours le comte d'Artois de 1789.»

C'est que jamais les plus implacables ennemis de la maison de Bourbon, «s'imposant la tâche de précipiter sa chute, en lui infligeant des ministres impopulaires, n'auraient pu choisir des noms plus détestés.» Polignac, Bourmont, Chabrol, Courvoisier. Ces noms résumaient en quelque sorte les souvenirs les plus tristes, les plus désastreux des quarante dernières années. Ils semblaient, ces hommes, dont s'entourait Charles X, la personnification vivante de toutes les douleurs, de toutes les hontes du passé, émigration, complots, trahisons, invasion de l'étranger, réaction, vengeances.

Aussi jamais on ne vit inquiétude plus générale, irritation plus vive. Ce fut une panique universelle; toutes les transactions commerciales furent suspendues, il y eut à la Bourse, ce thermomètre de l'opinion, une baisse énorme.

Mais Charles X ne voulait rien voir, rien entendre. Il fermait les yeux à la lumière, il se bouchait les oreilles, pour que la vérité ne pût venir jusqu'à lui. «Malheureuse France, malheureux roi!» s'était écrié le _Journal des Débats_; ce cri éloquent résumait la pensée de tous, il devint comme le mot d'ordre.

Le premier moment de stupéfaction passé, il y eut une explosion de haines et de colères. On devinait trop les intentions du roi; la nomination du cabinet Polignac était une déclaration de guerre, on accepta la guerre.

Dès le lendemain, une foule de brochures inondèrent la France, dénonçant la royauté à l'opinion. C'étaient _le Cri d'alarme_, les _Conseils au roi_, la _Biographie des nouveaux ministres_, la _Pol-Ignacide_; _Feu partout, voilà le ministère Polignac_, et bien d'autres encore. Les journaux faisaient chorus.

En tête des plus hardis, il faut placer le _Figaro_. Le dimanche 9 août, il parut encadré de noir. Il prenait le deuil: était-ce de la constitution ou de la monarchie? Le numéro fut saisi, la transparence des allusions ne laissait aucun doute sur la pensée des rédacteurs. Cette saisie fut comme un brevet de popularité. Le lendemain le numéro valait dix francs et, comme on en tirait dans les caves, il en fut distribué plus de 10,000 exemplaires. Poursuivi, Bohain fut condamné à six mois de prison et à mille francs d'amende (29 août).

J'ai cru devoir donner le texte entier de ce numéro qui a conservé une grande célébrité et qui est devenu à peu près introuvable.

Dimanche, 9 août 1829.

On parle du rétablissement de la censure par ordonnance. Nous déclarons, n'ayant point à craindre les tribunaux, que nous braverons cette mesure, qui forcément doit être prise. Si nos presses sont enlevées d'assaut par les gendarmes, nous ferons composer et imprimer notre feuille dans les caves. Nos abonnés peuvent en tous cas être tranquilles; ils recevront le journal, dussions-nous le faire imprimer hors Paris, voire même en Belgique.

Paris, 8 août 1829.

NOUVEAU MINISTÈRE.

_Présidence et affaires étrangères_: M. de Polignac.

_Instruction publique et affaires ecclésiastiques_: M. Montbel.

_Intérieur_: M. Labourdonnaye.

_Commerce_: à nommer.

_Guerre_: M. Bourmont.

_Justice_: M. Courvoisier.

_Marine_: M. Rigny.

_Finances_: M. Chabrol de Crussol, ancien ministre de la marine.

_Préfet de police_: M. Renneville.

M. d'Hermopolis est chargé de la feuille des bénéfices.

Aujourd'hui, à l'ouverture de la Bourse, tous les yeux étaient fixés sur une douzaine d'individus qu'on n'avait pas vus y paraître depuis la chute du ministère Villèle; bientôt ce bataillon sacré s'est mis en mouvement et s'est empressé de vendre. Une demi-heure après, les noms des nouveaux ministres ont circulé dans l'assemblée, et une baisse de 4 fr. environ est survenue. C'est débuter par un coupe-gorge.

BIGARRURES.

--Au lieu d'illuminations, à une solennité prochaine toutes les maisons de la France doivent être tendues en noir.

--C'est à la sollicitation de lord Wellington, _duc de Waterloo_, que M. Bourmont a été nommé ministre de la guerre.

--Le nouveau préfet de police va tout rétablir sur l'ancien pied; on espère que bientôt il laissera rentrer les jésuites et sortir les filles.

--M. de Belleyme avait en vue l'extinction de la mendicité; M. de Renneville travaillera à l'extinction de la publicité.

--Les syndics de la faillite de M. le prince de Guéméné ont été écroués hier, pour avoir refusé dix pour cent que ce seigneur avait eu la générosité de leur offrir.

--M. Malitourne, auteur de l'_Histoire de la Restauration_, qui n'a pas encore paru, a reçu une lettre de cachet pour le chapitre des cuisines du château, dont il a l'idée.

--M. de Belleyme a donné sa démission aux voleurs!

--M. de Linguet a voulu donner hier une sérénade à l'un de ses patrons. Une erreur l'a fait rosser par les gens. On vient de publier, rue Saint-Honoré, au _Mont-d'Or_, chez les marchands Janet et Cotelle, à côté de l'hôtel de M. le marquis d'Aligre, une jolie chansonnette avec accompagnement de guitare ou de lyre, par MM. Philidor et Monsigny.

--M. Beauregard a paru ce matin devant la grande Tournelle, chambres assemblées. Il est resté quatre heures sur la sellette. On dit qu'il a gravement chargé le sieur Martainville, son complice.

--Hier, une rixe violente a eu lieu à la buvette de MM. les avocats entre MM. Berryer fils et Hennequin. La robe du dernier ayant été déchirée, le lambeau a été remis au greffe par M. l'huissier de la chambre. Me Dupin aîné plaidera dans cette affaire.

--M. de Mérindol a été promu, en lit de justice, à la place de réformateur du système décimal.

--Le lansquenet a fait beaucoup de victimes à la dernière soirée de madame la duchesse d'Aiguillon.

--Une bande de faux saulniers inquiète depuis quelques jours la généralité d'Orléans. Les employés de la gabelle ont déployé le plus grand sang-froid pour réprimer leur audace.

--M. J. Pain vient d'être nommé pair de France.

--M. de Marcellus vient d'être nommé directeur de l'Opéra, en remplacement de M. Lubbert, exilé dans ses terres pour une querelle avec M. le Premier.

--L'Ecole polytechnique va prendre le titre d'Ecole des cadets.

--La Bourgogne va présenter une requête signée de tous les notables de la province, tendant à obtenir quelque soulagement à l'égard des subsides.

--Un huguenot, écrit-on de Foix, fut pendu la semaine dernière pour délit de sa religion.

--Trois brelans secrets ont été dépistés hier par MM. les agents de M. le lieutenant civil.

--Quelques jeunes seigneurs, légèrement pris de vin, eurent hier une rencontre avec des hommes du port qu'ils maltraitèrent. Justice sera faite des manants du port.

--Hier, à la Comédie-Française, de jeunes gentilshommes ont vigoureusement étrillé l'ombre de Ninus, pour avoir grossièrement heurté leurs banquettes et causé la chute de l'un d'eux.

--M. Sosthène de Larochefoucauld doit être ordonné jeudi prochain; la cérémonie aura lieu à Saint-Thomas-d'Aquin. Madame Du Chayla prendra le voile le même jour; les choristes de l'Opéra chanteront un motet; Mademoiselle Taglioni dansera un psaume.

--Le gouvernement français a demandé l'extradition de MM. Mingrat et Contrafatto, appelés à diriger les affaires ecclésiastiques et l'instruction primaire des deux sexes. Une dépêche télégraphique a dû enjoindre à M. l'abbé Molitor de se trouver après-demain au plus tard à Paris; il est nommé directeur de la maison royale de Saint-Denis.

--M. Bénaben a été habillé hier à neuf par ordre de la police.

--M. l'abbé Liautard, maintenant curé à Fontainebleau, vient d'être canonisé vivant.

--Le ballet des _Eléments_ doit être repris mardi à l'Opéra; le nouveau directeur, l'infatigable M. de Marcellus, poursuit les répétitions de _Cythère assiégée_.

--M. Dupuytren vient d'être nommé syndic de la corporation des chirurgiens-barbiers.

--Le sieur Lourdoueix a passé aujourd'hui, dans la cour de la Sainte-Chapelle, la revue des membres de l'ancienne censure.