Part 14
M. de Polignac va passer avec le paquebot de Londres, un bail de trois, six ou neuf, pour le départ ou le retour.
CHARYBDE ET SCYLLA.
Nous pourrions bien, chose incroyable, Regretter un peu Martignac, Si nous tombions, chose effroyable! De Martignac en Polignac.
COUPS DE LANCETTE.
M. de Polignac a fait insérer dans plusieurs journaux sa protestation d'attachement à la Charte.
Et l'amour vient sans qu'on y pense.
* * * * *
On dit que la Chambre va reprendre l'acte d'accusation des anciens ministres; la France n'a pas attendu si longtemps pour les condamner.
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M. P... a fait une déclaration d'amour à la Charte; Tarquin, aussi, assurait Lucrèce de son respect avant.........
J'AI DU BON TABAC.
Le Trésor a des millions dans ses sacs, Et la Régie encor garde par entreprise Le monopole des tabacs. Monsieur Roy dit que c'est de bonne prise.
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M. de Polignac retourne aujourd'hui à Londres.
Jean s'en alla comme il était venu.
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La loi sur le monopole des tabacs blesse tous les droits, quoiqu'elle ait l'air d'avoir pour elle tous les droits réunis.
Mercredi, 18 février 1829.
MONOPOLE DES HARICOTS[12].
On assure que S. Exc. Mgr le ministre des finances doit porter, vers la fin de ce mois, à la Chambre des députés un projet de loi sur les haricots devant être mis en régie. Quelqu'un, que nous avons tout lieu de croire au fait des choses ministérielles, a la bonté de nous communiquer le projet et l'exposé des motifs que M. Roy a préparés. Nous offrons à nos lecteurs ces deux pièces, qui deviendront peut-être historiques, comme la loi sur le monopole des tabacs, et les bonnes raisons dont le ministre l'a appuyée en la présentant.
EXPOSÉ DES MOTIFS.
_«Messieurs_,
«Notre amour pour l'ordre légal vous est connu: vous savez si nous voudrions faire quelque chose qui fût une violation des droits communs. Vous nous rendez la justice de croire à la pureté de nos intentions et à la bienveillance toute particulière que nous portons à la classe intéressante des cultivateurs.
«Nous venons cependant vous proposer une mesure exceptionnelle et que vous qualifieriez peut être d'attentat à la liberté de la culture, si nous ne prévenions des interprétations fâcheuses.
«Le besoin excuse bien des choses.
«43,000,000 sont un argument, selon nous, sans réplique aux objections que l'on fait contre le monopole des tabacs; 300,000,000 ne nous semblent pas moins concluants en faveur du monopole des haricots. 300,000,000! Oui, Messieurs, nous estimons à ce taux le produit de l'impôt dont nous venons vous proposer de frapper le légume qui nourrit à lui seul peut-être un cinquième de la population française, et auquel Soissons ne doit pas moins sa renommée qu'à la victoire de Clovis contre Siagrius, à la défaite de Charles le Simple et au trop fameux tournoi de 1559. 300,000,000! et nous avons besoin d'augmenter les revenus de l'Etat.
Cette nécessité vous est démontrée. L'administration est fort coûteuse, quelque zèle que nous mettions à réduire les gros traitements. Comment voulez-vous que nous donnions moins de 15 à 20,000 fr. à nos employés supérieurs? Un petit marchand, un industriel, un homme de lettres, travaillent nuit et jour pour gagner de 5 à 6,000 fr.; nos chefs de division travaillent beaucoup moins et gagnent beaucoup plus, c'est dans l'ordre; l'usage le veut ainsi avec raison. Il faut que nous trouvions des fonds pour les majorats à faire aux nobles pairs qui rendront des services à la France: idée lumineuse que nous avons eue et qui eût honoré nos prédécesseurs. Il faut que nous puissions trouver de quoi pensionner les hommes qui ont besoin d'être aidés par le gouvernement, comme, par exemple, M. le baron Louis... L'impôt sur les haricots pourvoira à tout cela.
«Est-il nécessaire que nous vous démontrions la légitimité de cet impôt? D'abord il est constitutionnel tout autant que celui des tabacs; ensuite il rapportera 300 millions, ce qu'il faut surtout ne pas perdre de vue.
«Les haricots ne se cultiveraient, dans le système du projet de loi, que pour le gouvernement. Un mode de perception de l'impôt serait établi, et des agents seraient préposés aux recettes et à l'inspection de la culture. On dira, Messieurs, que cela est impossible; tout est possible au génie de la fiscalité.
«Une considération vous décidera, j'espère, et celle-là nous la réservions pour la dernière, afin de vaincre des répugnances, si, dans une assemblée aussi sage, aussi éminemment éclairée, il y avait des hommes assez peu versés dans l'économie politique pour se refuser à un projet que nous ne craignons pas d'appeler sublime, bien qu'il soit notre ouvrage. Cette considération, la voici. Le vin et les liqueurs fortes payent un impôt parce qu'ils sont dangereux; la presse est imposée en raison des périls où elle peut mettre la monarchie et la vanité des hommes d'État: laisserons-nous plus longtemps le haricot sans responsabilité morale?
«Que celui de vous, Messieurs, qui croit les haricots innocents et sans danger pour la société, rejette la loi que M. Syryès de Mayrinhac, directeur de l'agriculture, va avoir l'honneur de vous lire; nous y consentons.»
PROJET DE LOI.
TITRE Ier.
_Art._ 1er. La culture des haricots est faite au profit du gouvernement et administrée par lui.
_Art._ 2. Tout cultivateur doit sa récolte au gouvernement; il la versera en nature dans les sacs de l'État, si mieux il n'aime la racheter par une somme fixée à 50 centimes par litre pour les haricots blancs, et 70 centimes pour les haricots rouges, noirs, gris, flageolets, et autres, dits _haricots de fantaisie_.
_Art._ 3. Le gouvernement pourra donner des licences pour la culture des haricots à ceux des sujets français qui auront rendu d'importants services à la monarchie.
TITRE II.
_Art._ 1er. Dans chaque commune, un agent sera préposé à l'inspection de la culture des haricots.
_Art._ 2. Cet agent sera nommé par notre ministre des finances, sur la présentation d'une liste de candidats désignés par l'élection.
_Art. 3._ L'élection sera faite par l'assemblée des notables des communes.
_Art. 4._ Composeront l'assemblée des notables:
1º Les évêques, curés, vicaires et desservants;
2º Les maires et adjoints;
3º Les percepteurs et receveurs des contributions;
4º Les officiers de tous grades de terre et de mer retraités avec 600 francs de pension au moins.
_Art._ 5. Chaque agent recevra un traitement de 2,000 fr.
_Art._ 6. Il y aura un _directeur général des haricots_ aux appointements de 25,000 francs.
_Art._ 7. Le commerce des haricots sur les marchés et places ne pourra être fait que par des débitants patentés par nous.
_Art._ 8. Toute contravention aux dispositions de la présente loi sera punie d'une amende de 10,000 francs au moins et de 100,000 francs au plus.
Fait, etc.
On dit que si cette loi passe aux Chambres cette année, à la session prochaine, le ministre en présentera une plus importante encore sur les cornichons. Le _projet des cornichons_ s'élabore déjà, à ce qu'on assure, dans les bureaux.
COUPS DE LANCETTE.
M. de Martignac est un homme qui parle, mais ce n'est pas un homme de parole[13].
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Quand le gouvernement adresserait aux contribuables un million de remerciements, il leur serait encore redevable d'un milliard.
* * * * *
M. le ministre des finances a occupé la tribune pendant toute une séance, avec le budget. On n'en est jamais quitte à bon marché.
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Nos faiseurs de budgets ont toujours trouvé des dépenses pour augmenter la recette; mais ils n'ont pas encore cherché la recette pour diminuer la dépense.
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Le ministère est tout honteux, il n'ose regarder ni à droite ni à gauche.
* * * * *
On croit que M. de Martignac est à la fin de sa période; bientôt, peut-être, on pourra dire au général Sébastiani:
Tu nous as fait, Horace, un fidèle rapport; Enfin, la loi triomphe et Martignac est mort.
Samedi, 4 avril 1829.
ESQUISSES DE LA CHAMBRE DES DÉPUTÉS.
M. L'ABBÉ FEUTRIER ET M. FRAYSSINOUS.--M. LE VICOMTE DE MARTIGNAC ET M. DE CORBIÈRE.--M. DE PORTALIS ET M. DE PEYRONNET.
M. l'évêque de Beauvais est le plus joli de tous les ministres qui se sont succédé depuis la Restauration. Son Excellence a la main belle, la jambe superbe, le maintien élégant, un teint pétri de lis et de roses; les chérubins n'ont pas plus de fraîcheur et les archanges plus de majesté. Aussi, quand M. Feutrier monte en chaire ou à la tribune, les regards de toutes les dames se portent incontinent sur lui: chacun admire l'air de béatitude et de satisfaction répandu sur toute sa personne, et le silence règne sans le secours de la sonnette du président. Ce n'est pas que M. de Beauvais soit un homme éloquent, un Cicéron, un Démosthènes, pas même un abbé Maury; mais Son Excellence a de si blanches mains, une si large croix d'or descend sur sa poitrine, un anneau si brillant orne ses doigts de rose, que l'attention se porte involontairement sur lui et qu'on l'écoute même avant qu'il ait parlé. Il parle enfin, et ceux qui l'ont entendu prêcher au faubourg Saint-Germain ou qui l'ont vu officier pontificalement à Beauvais, le retrouvent à la tribune tel qu'il leur apparaissait dans la chaire et sous le dais. Tous ses discours exhalent un parfum des saintes Écritures et présentent le rare assemblage des formes allégoriques du mandement et de la grâce touchante de l'homélie.
M. l'évêque d'Hermopolis, son prédécesseur, était, sous tous les rapports, un homme différent: un corps maigre et petit, un teint jaune et bilieux, une voix sévère, des formes anguleuses, le distinguaient de M. Feutrier. Celui-là n'eut jamais les suffrages des dames: sa tête était clair-semée de cheveux blancs qu'il laissait flotter sur ses épaules, à l'instar des prophètes, et pourtant, malgré les défauts d'un débit mal accentué, il produisait plus d'effet à la Chambre. M. Feutrier parle pour ne rien dire, ou plutôt, encore peu habitué aux usages parlementaires et craignant de se compromettre, il borne ses harangues à quelques lieux communs qui laissent après lui sur la même question les mêmes incertitudes.
Telle est la tactique ordinaire de M. de Martignac. Prodiguer les démonstrations sentimentales à défaut d'arguments, ménager ses adversaires dans l'impuissance de les combattre, parler de ses chagrins ministériels et des dégoûts de la puissance avec une candeur qui fait toujours des dupes: voilà le système adopté par M. le ministre de l'intérieur. Son Excellence a d'ailleurs un vrai talent d'élocution: sa voix flexible et sonore se prête facilement à l'impression qu'il veut produire; mais cette impression est toujours fugitive, parce qu'elle n'est pas le résultat d'une conviction profonde. Tout le monde admire l'orateur, chacun est ébloui, charmé de ses paroles; mais personne ne change d'avis après qu'il a parlé. Nous avons vu, il y a peu de jours, Son Excellence recevoir les félicitations des membres de tous les côtés de la Chambre qu'elle avait essayé de mettre en contradiction avec eux-mêmes; à droite et à gauche, on rendait justice à l'écrivain élégant, au déclamateur habile, mais on ne lui apportait pas une seule voix.
Admirons, toutefois, dans M. le ministre de l'intérieur l'influence prodigieuse qu'un simple changement de position exerce sur les hommes. Je me souviens qu'il y a quatre ou cinq ans, lorsque M. de Martignac était simple directeur général sous le ministère Villèle, il défendait avec chaleur la plupart des mesures proposées par le triumvirat déplorable. Son accent, aujourd'hui souple et insinuant, était fier et insultant pour le côté gauche; cette poignée de membres échappés aux fraudes électorales, cette minorité décimée semblait à peine digne de ses regards ou de sa pitié. Maintenant tout est changé: M. de Martignac réserve son ironie pour les castors de M. de Sallaberry et ses politesses pour M. Etienne. Lequel croire de bonne foi, du directeur général de 1824 ou du ministre de 1829? Aussi, Son Excellence a-t-elle beau protester de sa franchise, les députés lui disent en face que sa franchise est la première de toutes les finesses et que les montagnes changent plutôt de place que les hommes de principes.
Quoi qu'il en soit des antécédents de M. de Martignac, nous ne lui ferons pas l'injure de le comparer à M. de Corbière. Celui-ci était un ours dans toute la force du terme, un brutal, un vrai paysan du Danube, à l'éloquence près; nulle politesse envers les femmes, pas le moindre sentiment des convenances, l'habitude de ne répondre à aucune lettre, une paresse incurable, une insouciance de bonne renommée véritablement extraordinaire. M. de Martignac est d'une exquise urbanité, galant et respectueux avec les dames, obligeant avec tout le monde, même dans ses refus, et très-jaloux, quoi qu'il ait dit, de la faveur publique. Ses yeux bleus sont pleins de douceur, ses manières engageantes, son abord très-affable. Quand on les quitte, ses collègues disent: _Je vous salue_! M. de Martignac ajoute en souriant: _Adieu_! Sa mise est recherchée sans affectation, et les dames des tribunes, auxquelles il tourne le dos, trouvent que son toupet de cheveux gris produit plus d'illusion que la perruque de M. Portalis.
M. Portalis est, de tous les ministres, celui que la nature a le plus disgracié, après M. Decaux! Figurez-vous un gros homme enveloppé, depuis la tête jusqu'aux pieds, d'une énorme simarre ou soutane et portant à la main un petit chapeau à trois cornes: tel est l'aspect que présente M. le garde des sceaux lorsqu'il s'avance, précédé de deux huissiers, vers le banc des ministres. Sa figure, composée de traits lourds et insignifiants, est celle d'un vieux procureur ou d'un de ces curés de village que je rencontre souvent dans les boutiques de lithographies. Rien de spirituel, de pensif ni d'énergique ne se lit sur son front; la face de la Justice, telle qu'on la gravait jadis en cul-de-lampe sur le _Bulletin des lois_, n'avait rien de plus impassible que celle de M. Portalis. Son organe sourd et parfois nasillard, sa lenteur naturelle ou calculée et ses subtilités de légiste lui donnent quelque ressemblance avec ces prêtres de l'antiquité chargés de rendre les oracles. Mais, malheureusement, le temps des oracles est passé, et la Chambre prête rarement une oreille attentive aux paroles de M. le garde des sceaux. Chacun sait qu'il a été porté au pouvoir par l'influence du nom de son père, et l'on ne s'occupe guère de le troubler dans la jouissance de sa succession.
Le souvenir de la fatuité de son prédécesseur a, d'ailleurs, été fort utile à M. Portalis. Qui n'a plus d'une fois éprouvé je ne sais quelle colère soudaine en voyant entrer dans la Chambre le fameux comte de Peyronnet, la main appuyée sur le flanc, la tête haute et le regard dédaigneux, comme un pacha dans un conseil d'eunuques? Qui ne se souvient de ces apostrophes insolentes adressées par lui à la minorité opprimée qui, seule, défendait alors les droits méconnus du pays? Non, Walpole n'était pas plus audacieux lorsqu'il insultait à Windham et aux restes de l'opposition mourante dans le parlement d'Angleterre! Ces souvenirs ont protégé la médiocrité de M. Portalis; sa figure, du moins, n'a rien qui soit incompatible avec sa dignité, et, puisqu'il n'est pas nécessaire de ressembler à l'Apollon du Belvédère pour être ministre de la justice, autant valait M. Portalis que tout autre pour occuper cette place dans un ministère sans couleur.
ÉPITAPHE.
Ci-gît l'avocat des abus, Le patron de la servitude. Il aima peu la Charte et se fit une étude De sauter _par-dessus_.
COUPS DE LANCETTE.
L'ÉLÈVE.--J'ai peur du tonnerre, je porte la fleur-de-lis, et j'aime papa.
L'EXAMINATEUR.--C'est très-bien, vous entrerez d'emblée à l'École polytechnique.
* * * * *
Les personnes qui connaîtraient un homme sans occupation, âgé de quarante ans au moins, qui serait décidé à parler pendant deux ou trois heures en faveur du projet de loi des ministres, sont priées de l'adresser à M. de Martignac. On lui promet une récompense honnête.
* * * * *
On cherche la liste des gens qui avalent le budget; l'_Almanach royal_ paraîtra demain.
Vendredi, 10 avril 1829.
LE MINISTRE ET SON MÉDECIN[14].
_Rue de Grenelle.--5 heures du matin._
LE MINISTRE. Arrivez, docteur, arrivez; je souffre horriblement.
LE MÉDECIN. Grand Dieu! qu'avez-vous? comme vous voilà défait!
--Ils me tueront, mon ami! je n'en puis plus... Dans le moment de la crise, j'étais fort; maintenant, je suis abattu.
--Vous avez la fièvre... N'avez-vous pas eu le délire aussi?
--Le délire? attendez... Oui, à huit heures, hier soir, je me suis surpris parlant tout seul...
--Êtes-vous bien sûr que l'accès n'a commencé qu'à huit heures?
--Franchement, je n'en sais rien; je crois bien qu'à quatre heures et demie il y avait déjà quelque chose...
--J'en suis persuadé, moi; sans cela, vous seriez-vous hasardé?...
--J'ai eu raison, n'est-ce pas, docteur?
--Si j'avais été dans la salle des députés au moment où le scrutin vous a frappé (_montrant le front_), rien de cela ne se serait passé. Je vous aurais fait demander à la salle des conférences, je vous aurais saigné, et deux palettes de sang auraient sauvé vous et la liberté du malheur qui vous arrive à tous deux.
REDITE.
On tient pour Polignac, l'homme selon la cour, Deux paquebots tout prêts sur le double rivage: L'un à Douvres, pour son passage; L'autre à Calais, pour son retour.
COUPS DE LANCETTE.
Le ministère croit qu'il a de la tête parce qu'il est entêté.
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M. de Pol... s'embarque pour revenir en France;... tant va la cruche à l'eau....
* * * * *
LE PASSAGER ÉTONNÉ.
Cinq fois je suis entré dans un vaisseau, Et quatre fois j'ai fait naufrage. Des voyages sur mer tel est, dit-on, l'usage. Expliquez-moi par quel bonheur nouveau Le Polignac qui si souvent voyage N'est pas encor tombé dans l'eau?
* * * * *
Des nouvelles de Calais annoncent que décidément M. de Polignac revient sur l'eau.
* * * * *
L'_alter ego_ de don Miguel, c'est le bourreau.
* * * * *
Pour l'esprit, Martignac est vraiment un démon. Comme avec grâce il dissimule! Et qu'il sait bien vous dorer la pilule, Pour y mieux cacher le poison. Aux libertés, si, par exemple, On désire élever un temple, Il en décore le fronton. Le portique et le péristyle A tous les yeux sont d'un beau style. On entre... C'est une prison.
Dimanche et lundi, 19 et 20 avril 1829.
ESQUISSES DE LA CHAMBRE DES DÉPUTÉS.
M. BENJAMIN CONSTANT.--M. SYRIEYS DE MAYRINHAC.
M. Benjamin Constant a passé la plus grande partie de sa vie au sein de nos assemblées politiques. Il a pris part à tous leurs débats, il a vieilli au milieu de leurs orages. Infatigable athlète, il écrivait sous le Consulat, sous l'Empire, à la Restauration, pendant les Cent-Jours. En 1816, il écrivait encore; il écrira jusqu'au dernier soupir et mourra sur la brèche. La tribune est devenue son élément: là seulement il est à l'aise, il respire, il jouit. Il faut le voir s'agiter, les jours de discussion, lorsque quelque orateur verbeux lui gaspille son temps et retarde pour lui l'heure de la parole: tantôt il se promène, les yeux fixés sur l'horloge; tantôt il se pose avec impatience en face de l'ennemi, quel qu'il soit, qui parle avant son tour. Enfin, cet ennemi descend de la tribune, et M. Benjamin Constant s'y précipite, s'y cramponne, la presse de ses deux mains avec amour, avec passion..... Le président vient de lui accorder la parole.
L'honorable orateur est un homme d'une haute stature: son teint est pâle, sa figure pleine de finesse et d'expression; ses cheveux, blonds et rares, retombent en boucles sur ses épaules. Sa voix, sèche et fatiguée, n'a pas beaucoup d'étendue, mais elle s'anime par moments et laisse à peine sentir le léger grasseyement qui la caractérise. Toutefois, M. Benjamin Constant paraît plus orateur quand on lit ses discours que lorsqu'on les entend. La mauvaise habitude qu'il a prise d'écrire chacune de ses phrases sur une petite feuille isolée et la faiblesse de sa vue le forcent de se baisser, en quelque sorte, au retour de chaque période pour retrouver la phrase suivante, qu'il a l'air de jeter avec humeur au visage de ses adversaires. Il en résulte un mouvement de tout son corps, régulier et monotone, qui fatigue les spectateurs et qui nuit beaucoup à l'effet oratoire. Aussi, les discours de M. Benjamin Constant exercent-ils plus d'influence le lendemain que le jour même, et sur le public que dans la Chambre où ils ont été prononcés.
L'effet est bien différent lorsque l'honorable député improvise. L'habitude de la tribune et la connaissance parfaite qu'il a des assemblées délibérantes lui donnent, dans ce cas, de très-grands avantages. Aussi, le voit-on presque toujours sortir avec honneur de ces épreuves difficiles qui ont été fatales à plus d'une grande réputation. Elégance de l'expression, élocution insinuante, mots spirituels, arguments décisifs, rien ne lui manque pour captiver l'attention distraite, pour ébranler les résolutions prises d'avance, ou retenir les membres pressés de dîner. Nous l'avons vu plusieurs fois arrêter la retraite de tout un centre affamé, qui semblait n'avoir plus d'oreilles après cinq heures et demie. Un autre jour, il trouvait le moyen de piquer la curiosité par sa manière adroite de poser une question ou son intention hardie de la résoudre.
Malheureusement pour le succès de la cause, M. Benjamin Constant n'a pas toujours gardé dans ses opinions cette fixité qui est le fruit d'une conviction profonde et qui appartient surtout aux caractères forts. C'est plutôt la faute de son temps, dira-t-on, ou de son imagination que celle de son caractère. J'aime à le croire; mais les chefs de parti, même lorsqu'ils sont à la tête du parti national, ont besoin d'une grande réserve et de beaucoup d'esprit de conduite pour conserver leur influence. Les nations se montrent plus sévères pour leurs représentants que pour elles-mêmes, et souvent le parterre le plus illettré juge avec équité des plus rares chefs-d'oeuvre. Cette position difficile de M. Benjamin Constant a beaucoup contribué au développement de son talent. Comme il avait traversé des temps divers avec des opinions qui semblent diverses, il s'est vu attaqué avec énergie par des adversaires qui lui cherchaient des torts passés pour se défendre de son éloquence présente: cette guerre continuelle de tirailleurs l'a rendu plus redoutable en le forçant d'être plus avisé.
Nul ne saurait, d'ailleurs, contester les éminents services que cet honorable député a rendus à la cause constitutionnelle. La Chambre n'eut jamais de membre plus laborieux et plus infatigable. Aujourd'hui même encore, après tant de succès, M. Benjamin Constant travaille avec toute l'ardeur d'un jeune débutant; il parle à la tribune, écrit dans les journaux, entretient avec les départements une correspondance assidue: son âme ardente suffit à tout. De tous les orateurs de la Chambre, c'est lui qui fait la plus grande consommation d'eau sucrée; à le voir y plonger avec avidité ses lèvres altérées, on croirait que quelque feu secret circule dans ses veines. Sa démarche est toujours agitée; il va, il vient, s'assied, se lève et s'assied encore, écoute, prend des notes, réfute les ministres, démasque ses adversaires et ne prend du repos qu'au moment du scrutin. Il est presque toujours malade pendant l'intervalle des sessions; il mourrait s'il cessait d'être député.