L'ancien Figaro

Part 11

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4. Il devra boire comme un Suisse, mais garder le sang-froid d'un Italien. _In vino veritas._

5. Il est de toute nécessité qu'il soit lâche: car la peur donne des jambes, et un poltron est moins exposé qu'un autre à laisser saisir sur lui sa carte d'électeur.

6. Il importe qu'il n'ait pas de religion, pour mieux surveiller la conduite des impies dans les églises.

7. Il est de rigueur qu'il soit escroc, pour ne pas faire rougir ses camarades. Il ne serait pas mal qu'il sortît du bagne.

8. Il lui est enjoint de ne pas faire de cuirs dans un salon et de ne parler que l'argot dans un cabaret.

9. Ses oreilles doivent être aussi étendues que l'esprit de César, pour entendre de quatre côtés à la fois.

10. Son omoplate doit être revêtue d'une épiderme fortement trempée, parce que les cuirasses de papier gris sont chères: l'administration a renoncé à en fournir.

11. On exigera des certificats authentiques d'une campagne sous le fameux Lebon, de trois ans de service sous Savary, et une attestation en règle de sa présence à Nîmes en 1815.

12. Il ne peut être affilié à aucune congrégation, parce que son temps est trop précieux.

_Nota._ S'il a toutes les qualités requises, il sera reçu à cinquante sous par jour. On lui paiera les coups de bâton à part et à la douzaine, et il aura des gratifications pour les avaries.

1828

COUPS DE LANCETTE.

Monseigneur a fait augmenter la garnison de Paris: est-ce pour donner des étrennes aux habitants de la rue Saint Denis?

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Malgré le jour de l'an, M. de Peyr... reste déconfit.

TÉLÉGRAPHE DE MONTROUGE

--Mingrat est calme dans sa prison.

--On espère que les électeurs du Jura opteront pour Sa Grandeur.

--On dit Contrafatto bien malade.

--L'empoisonneur Royer a été marqué; il a conservé toute sa tête pendant l'exécution.

--Un avocat général d'Amiens refuse de poursuivre les écrits clandestins sortis des presses du baron de Villebois, s'ils ne sont dénoncés à Bourges, à Lyon et à Paris.

--Les agraviados qui habitent Toulouse ont reçu l'ordre de quitter cette ville.

--Les catholiques de la paroisse de Saint-Sauveur, à Gand, seront appelés à l'office au son de trois cloches, au lieu d'avoir le chagrin de n'en entendre qu'une.

--Le père don Pablo Abbella vient d'être sacré évêque _in partibus_ de Thibériopolis.

--Ferdinand VII prend le titre de chanoine de la cathédrale de Barcelone. Il a reçu trois années d'avance de son traitement et quarante mille francs en sus. Le jour de sa nomination, il a assisté au _Te Deum_ et à l'embarquement des agraviados pour les galères de la côte d'Afrique.

--N'ayant pu empêcher qu'un bâtiment à vapeur, parti de Batavia, vînt mouiller à Singapore, on a eu soin de faire croire aux indigènes de ce port que le diable faisait marcher le bâtiment.

--On entretient toujours dans l'esprit du peuple des idées de sorcellerie. Un jeune garçon de ferme, aidé d'un vagabond, a abusé de la confiance d'un mari pour violer sa femme, sous prétexte de chasser le démon dont elle était possédée. Le tribunal de Laval a condamné les imposteurs.

--On ne compte que 4,206 enfants déposés à l'hospice de la Maternité.

--On continue à mettre en vigueur, à Francfort, la loi nouvelle qui ne permet que quinze mariages par an sur mille familles juives.

--Grande distribution de croix de la Légion d'honneur aux fonctionnaires qui ont fait preuve de zèle lors des élections du Nord.

--Pas de gratifications cette année aux commis du ministère des finances: elles avaient été données aux électeurs.

COUPS DE LANCETTE.

Je suis ici contre la volonté du peuple, s'est écrié M. de Vil..., et j'y resterai par la force des baïonnettes.

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M. de Corb... a été fouillé à la barrière de Rennes; pour la première fois, il n'avait pas fait la fraude.

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M. de Peyronnet a manqué faire une chute pour commencer la nouvelle année; nous la lui souhaitons bonne.

* * * * *

On dit que M. de Corbière n'est plus malade; il est toujours bien bas.

* * * * *

M. Martignac est ministre de l'intérieur, espérons que tout finira par des chansons.

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On dit que M. de Peyron.... se retire avec des millions; nous avions toujours cru que c'était un pauvre homme.

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On dit que M. de Clerm..... Ton..... bourre tout le monde, depuis qu'il ne fait plus fusiller personne.

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On dit que, dans le nouveau ministère, il y a déjà des chefs de division.

* * * * *

Le ministère n'est franc qu'à demi, il sera dissous.

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M. de Vatisménil est nommé député de la Corse; c'est bien pour son âge, on dit qu'il n'a que trente-huit ans.

* * * * *

Les élections auraient porté de mauvais fruits, si on les jugeait sur l'écorce.

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M. de Vatimesnil, étranger dans son pays, a été réduit à se faire nommer en pays étranger.

* * * * *

Montrouge est pour la France la barrière du trône.

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M. le duc de Wellington a l'ouïe dure, c'est peut-être qu'autrefois on lui a frotté les oreilles.

* * * * *

Il y avait des gendarmes au mariage de mademoiselle Laf...: voilà qui est bien ministériel.

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Deux académiciens sont, dit-on, nommés censeurs; est-ce que l'Académie s'ennuierait d'être honnête?

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L'année dernière, on comptait sur l'ineptie des députés; aujourd'hui, on craint leur adresse.

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Qu'on dise que les jésuites ne se fourrent pas partout, il y en a même aux galères.

* * * * *

M. le duc de Raguse est en procès avec son cuisinier; est-ce qu'il serait jaloux de ses lauriers?

* * * * *

Le chef de brigade Coco a partagé la disgrâce de M. Franchet: il aura une recette particulière.

* * * * *

On désirerait savoir quel commerce fait M. de Saint-C......

Samedi, 2 février 1828.

LA PARTIE DE CARTES

VILL.--Allons, Peyr, et vous, d'Herm, faisons une petite partie de cartes. Il faut bien maintenant que nous occupions notre temps à quelque chose.

DUD., _s'élançant vers la table_.--D'abord, je prends... les cartes. Que jouons-nous?

PEYR.--L'honneur.

DUD.--C'est amusant! jouer toute une soirée sans pouvoir gagner ni perdre.

VILL.--Je suis de votre avis; il faut rendre la partie intéressante. Je suis fort pour l'intérêt... Mais quel jeu choisissons-nous? le boston?

DUD.--A la bonne heure, on y fait des levées.

CORB.--Oui; mais de tous côtés on entend prononcer le mot de _misère_... ça donne des idées qui empêchent de dormir.

DEL., _d'un ton imposant_.--Enfin, messieurs, c'est un jeu séditieux.

TOUS.--Séditieux!

DEL.--On y parle d'indépendance.

PEYR.--C'est vrai, messieurs; revenons donc aux doux et naïfs plaisirs de nos ancêtres, _jouons_ le mariage.

VILL.--C'est un jeu divin; on peut y coter ses points, si on en fait. Où est l'heureux temps où je tournais et retournais le roi comme je voulais.

CORB.--Vous n'en cachiez pas moins bien votre jeu. (_Ils se placent et ils jouent tous successivement._)

PI.--Ce diable de Vill, comme il a rempli ses poches! il nous a tous gagnés.

VILL.--J'en ai gagné bien d'autres.

PI.--Grâce à mes brioches.

D'HERM.--Grâce à mes écoles.

CORB.--Quant à toutes les écoles, si vous m'aviez écouté...

PEYR.--Ah! ouais! parlez-moi du piquet: on y fait des tierces, même contre des cartes supérieures.

DUD.--Et l'écarté? c'est ça un jeu charmant; on peut y faire des voles!

PI.--Oui, c'est charmant; surtout quand on a la fourchette.

Jeudi, 7 février 1828.

UNE HEURE AVANT LE LEVER DU RIDEAU[6].

Tous les acteurs sont prêts, la pièce est sue, dans une heure on va commencer. Tandis que le public attend avec impatience le lever du rideau, les individus qui doivent concourir à l'ensemble de la représentation sont diversement occupés. Ceux-ci, s'imaginant que le comble de l'art est dans la manière de se présenter en scène, s'étudient devant une glace à prendre de nobles poses: ils feront d'excellents mimes: l'emploi des personnages muets est assez tombé en discrédit pour qu'il ne conduise plus aux subventions.

Ceux-là pensent que toute la magie du débit est dans la variété des inflexions de la voix; ils s'écoutent rendre des sons et, fiers de quelques intonations assourdissantes, ils ne s'aperçoivent pas qu'ils ne sont autre chose que des instruments à vent.

Nous sommes dans les coulisses; je veux vous conduire au milieu de chacun de ces groupes.

Le premier n'est pas nombreux; mais ceux qui le composent doivent faire trembler pour le sort futur du drame: ils ont stipendié les misérables qui peuplent nos parterres pour murmurer contre les artistes les plus remarquables. Ils n'ont d'autre but que d'empêcher l'effet d'une belle scène: par exemple, celle où un vengeur de la patrie accuse publiquement un traître, et brave les poignards de quelques scélérats en traînant le misérable devant les magistrats qui doivent le punir.

Le groupe le plus voisin est formé d'autres acteurs à qui l'usage a donné le nom d'_utilités_, ne sachant comment désigner leur nullité. Moins hardis que ceux que nous venons de voir, mais non moins dangereux, ils ont promis aux ennemis des premiers sujets de la troupe d'interrompre maladroitement une réplique sublime, de se faire siffler même, pour que le bruit pût couvrir la voix d'un des héros ou détourner l'attention publique d'une situation hardie ou d'une partie intéressante de l'exposition.

Par ici nous apercevons quelques débutants, qui se sont glissés par intrigue dans la société dramatique: le désir de porter l'habit de théâtre leur a donné de l'audace; mais, au lever du rideau, les spectateurs sauront bien reconnaître la fraude. Gare aux huées lorsqu'ils paraîtront!

Plus loin, et c'est là que doivent se porter nos regards, sont les principaux personnages de la pièce. Sans étudier leurs poses, ils en ont trouvé d'admirables; car ils se sont pénétrés de leurs rôles. Ils essaient quelques passages de l'ouvrage qu'ils vont représenter, et, sans avoir cherché des inflexions de voix, leur débit fait tressaillir, enflamme, inspire l'admiration. Ils ont demandé leurs inspirations à de nobles sentiments; ils n'ont cherché qu'à traduire l'expression de la vérité.

Dans une heure le rideau sera levé; dans une heure un drame vraiment national aura commencé. Quelques malveillants sans doute troubleront cette représentation; l'ensemble aura peut-être à souffrir de l'ineptie de quelques acteurs, des dispositions coupables de quelques autres, de petites jalousies, de grandes passions; de vils intrigants tendront à neutraliser les efforts des premiers sujets: mais un nouveau système administratif n'accordera plus de _feux_ aux comédiens nuls ou malintentionnés, pour les consoler du mépris et de la vengeance publique; la cabale ne sera plus grassement rétribuée pour applaudir à l'incapacité impudente et insulter au public qui paye.

Allons, courage! qu'une noble émulation tourne au profit de tous! Méritez un succès; car, si la représentation n'était pas satisfaisante, il faudrait craindre un déficit à la caisse.

COUPS DE LANCETTE.

Le corpulent Dec... se croit d'un grand poids à la guerre; ce n'est qu'une grosse charge.

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M. de Martignac a dit à un fonctionnaire de la Corse: «Pour vous conduire ainsi dans les élections, il fallait que vous fussiez sous-préfet.»

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Depuis longtemps on attaquait M. de Vaulchier, directeur général de l'administration des postes, sur le _cabinet noir_, nom donné au local dans lequel on décachète les lettres, soit au départ, soit à l'arrivée. Organisé par Louis XIV, il avait toujours été maintenu sous tous les régimes et, sous Charles X, il était devenu un des grands moyens d'espionnage de la congrégation. Voici les détails qui furent officiellement donnés dans la séance du 3 mai:

«Le cabinet était le laboratoire d'un comité de vingt-deux membres; ils profitaient des ténèbres pour se rendre, à des heures convenues, dans cet odieux repaire, et n'en sortaient qu'avec les plus grandes précautions pour se dérober aux regards du public. 30,000 fr. par mois, pris sur les fonds d'un ministère, servaient à solder ces vils employés. Dans la nuit du 31 janvier dernier (1827), le comité a été dissous.» (_Mémoires secrets_, 1828.)

Si triste que fût la cause du cabinet noir, M. Marcassus de Puymaurin essaya de la défendre. Toute sa logique consistait à dire que, puisqu'il avait existé, il devait être maintenu; qu'au surplus, le gouvernement n'employait ce moyen de connaître les manoeuvres de ses ennemis que pour le grand bien du peuple et la plus grande gloire de la religion.

--Parlez un peu moins de religion et de morale, lui répondit M. Daussant, et n'amollissez pas les cachets.

* * * * *

L'administration des postes a reçu l'ordre de fournir le nom des employés du cabinet noir. M. Roger n'est pas blanc.

* * * * *

Lorsque toutes les maisons des jésuites seront à vendre, nous aurons une chambre à louer.

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Quand M. Genoude imprime, ses presses gémissent.

ÉPIGRAMME.

Bon! Récam... guérir, c'est une gasconnade, Il a l'esprit dévot, mais n'a pas l'esprit sain; Et si Montrouge est si malade, C'est qu'il l'a pris pour médecin.

COUPS DE LANCETTE.

M. Pantoufle vient de faire une chanson-circulaire sur l'air: _Je suis libraire_.

* * * * *

On conseille à M. Gen.... de ne plus imprimer; il s'affiche.

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La congrégation va pendre la crémaillère plus loin; c'est chez nous qu'elle devrait être pendue.

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M. Pantoufle, parce qu'il a imprimé quelques livres, veut qu'on l'élise.

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Quand M. Pardessus discute une question de droit, il fait presque toujours une école.

* * * * *

Chacun dit: Où diable M. Pantoufle s'est-il fourré?

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Un honnête homme s'est fâché hier parce qu'on l'appelait _préfet_.

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Quoi qu'en dise Sganarelle, il est évident que le coeur n'est pas à droite.

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Il n'y a que deux académiciens qui aient pris M. de Pongerville pour _Lucrèce_.

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Extérieurement, M. de Martig... laisse maltraiter les préfets, mais il les caresse dans son intérieur.

Dimanche, 24 février 1828.

L'INFIRME

OU LA GAUCHE ET LA DROITE.

La gauche est pleine de vigueur, de force et d'adresse; elle écarte en se jouant tous les obstacles qu'on oppose à la marche du corps dont elle fait partie, et ce qu'on lui confie, elle le tient avec fermeté.

La droite se soulève avec peine: ses mouvements rétrogrades semblent indiquer qu'elle veut tout amener à elle, et cependant elle ne peut rien retenir; et à quelque emploi qu'on veuille la destiner, sa maladresse est telle qu'elle ne peut rien toucher sans briser ou salir.

La gauche, habituée aux plus rudes travaux, a la chaleur de la vie; la droite est glacée: c'est un membre paralysé.

L'infirme, persuadé qu'il fallait renoncer à compter sur la droite, a demandé à la gauche des moyens de subsistance, de fortune et de bonheur. Quant au membre paralysé, se contentant de le considérer comme un contre-poids nécessaire pour le maintenir en équilibre, il a remercié Dieu de ne pas le rendre impotent des deux mains.

Comme il est dans la nature des êtres inutiles de nuire pour se venger de leur nullité, la droite a contracté un tic insupportable qui la fait se jeter sur la gauche pour l'embarrasser dans ses travaux; cependant plus d'une fois elle s'est blessée en voulant arrêter le membre laborieux. Mais ces blessures ne sont pas de salutaires avertissements pour elle, la droite est privée de sensibilité.

Lorsque l'infirme veut méditer les pages du _Contrat social_, la gauche tourne les feuillets et la droite vient fermer le livre.

L'infirme a-t-il à réclamer contre l'arbitraire, la gauche l'aide à instruire la puissance inviolable, des méfaits du pouvoir violateur des lois; mais la droite, fidèle à son tic, vient répandre l'encrier sur le papier pour effacer les caractères.

Que la gauche cherche à corriger des arbres naissants des inclinaisons vicieuses, quand elle les étaye pour les redresser, la droite, par son mouvement, s'efforce de leur imprimer une pénible courbure.

Ces obstacles, que la droite oppose aux actions de la gauche, ont forcé celle-ci d'être prompte dans ses mouvements, de servir avec vivacité le corps du pauvre infirme, et d'édifier assez solidement pour que le tic de la droite ne puisse détruire son ouvrage.

Ainsi de ces deux mains, celle que la nature avait placée pour servir le corps, le nourrir, l'entretenir, veiller à ses besoins, n'est qu'un membre inutile qui absorbe une partie de la nourriture de l'infirme, sans rendre en travail ce qu'elle dérobe en substance au membre laborieux.

Les besoins de l'individu dont elle fait partie ont multiplié les facultés de la main gauche: elle est devenue forte et puissante pour que le corps ne pérît pas par la faiblesse et la nullité de sa soeur. La nécessité de neutraliser les mouvements nuisibles de la droite ont obligé la gauche à prendre une bonne direction, à frapper juste et à ne pas jouer avec le précieux dépôt qu'on a pu lui remettre.

On conclut, en voyant la différente destinée de ces deux mains, que la droite a besoin d'être enchaînée; qu'elle était créée pour le repos, puisqu'elle ne peut agir sans nuire au corps. Quant à la gauche, la liberté lui est nécessaire. Des étourdis ont pu donner autrefois à l'infirme le dangereux conseil de souffrir l'amputation d'un membre qu'il nourrit à rien faire; l'expérience, bien meilleur conseiller, lui a prouvé qu'on ne survivait pas toujours à une violente opération; et bien que presque toujours la droite ait contrarié les bons mouvements de la gauche, elle a servi aussi, en venant la frapper, à lui rappeler la ligne qu'elle doit suivre pour se maintenir ferme et vigoureuse dans le cas où elle croirait pouvoir ou faiblir, ou s'égarer.

COUPS DE LANCETTE.

M. de Curzay vient de mettre dans son jardin un petit comité directeur pour effrayer les moineaux.

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Le premier coup de cloche que donnera M. Royer-Collard annoncera l'enterrement des jésuites.

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Lors de la vérification des pouvoirs, la validité de l'élection de M. Syryès de Mayrinhac fut vivement contestée; elle fut maintenue, bien que l'on acquit la preuve de la présence au scrutin de quarante faux électeurs.

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M. Syrr. de Marinade pense qu'on a eu tort de ne pas appeler deux ou trois cents gendarmes, pour surveiller le scrutin.

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A force de parler, M. de Labourd..... a manqué de voix.

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Le 3 février, on procéda à l'élection du président de la Chambre. M. Royer-Collard fut élu. Il remplaçait au fauteuil l'éternel M. Ravez, qui ne se consola jamais de cet échec. La Chambre y gagnait un président impartial; mais l'opposition constitutionnelle y perdait son plus illustre orateur.

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MM. Barthélemy et Méry vont supprimer ces vers de la _Villéliade_:

..... Ravez à l'oeil de feu, Eternel président, bardé d'un cordon bleu.

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La _Gazette_ est toute rouge, on dit que c'est un reste du sang de novembre.

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Le ministère ne paraîtra jamais plus habile que lorsqu'il sera tout à fait gauche.

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On a supprimé la madone de _la Muette de Portici_; est-ce que la morale défend qu'il y ait une vierge à l'Opéra?

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Si l'on chasse les mendiants, à quoi serviront les aumôniers?

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M. de Fouc... ne sait que répondre à la justice; il aimerait mieux l'empoigner.

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M. de Fouc... pourrait bien être empoigné.

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M. Dud. vient de partir; il s'est dérobé lui-même à la reconnaissance de ses amis.

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M. de Fouc... ne saisit pas l'occasion aux cheveux, il l'empoigne.

En quittant la Préfecture de police, M. Delavau s'est ménagé une entrée dans les prisons.

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M. de Chabrol a obtenu le cordon bleu; un homme qui se noie s'accroche à tout.

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La _Quotidienne_ annonce que la Charte va être renversée en Portugal; quel dommage que ce ne soit pas en France, n'est-ce pas, bonne vieille?

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Dans la salle où don Miguel a prêté serment à la constitution, on remarquait un fort beau tableau; le sujet était: _le Baiser de Judas_.

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Montant à la tribune, M. Syryès de Mayrinhac se servit du mot _conséquent_ comme synonyme de _considérable_. A ce mot il dut sa célébrité. C'est lui qui avait dit: «L'agriculture produit trop.» On ne pouvait mettre de plus mauvais français au service d'une plus mauvaise cause. Ce mot _conséquent_ fit pendant longtemps les délices de tous les journaux grands et petits.

M. Syryès de Mayrinhac n'est pas un orateur CONSÉQUENT.

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Il y a longtemps que M. Mayrinhac fait des fautes de Français.

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Un illustre personnage vient d'inventer une nouvelle théorie du serment.

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M. de Vaulchier a lu à la Chambre un discours écrit; cela prouve qu'il connaît toutes ses lettres.

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Un écolier qui dirait: _une somme conséquente_ serait renvoyé de tous les colléges.

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La _Quotidienne_ fait, à son tour, l'apologie des fusillades de la rue Saint-Denis:

L'on revient toujours A ses premiers amours.

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Demain, séance extraordinaire, cour des Fontaines. M. Syryès de Mayrinhac montrera sa langue.

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Il paraît que don Miguel pense qu'il ne faut jurer de rien.

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M. de Chabrol a défendu l'administration des jeux; il est vrai qu'elle va sur des roulettes.

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«Avec la presse telle qu'elle est constituée, disait Charles X, nous ne pouvons jamais _faire le bien_.» De quel bien entendait parler le roi? La congrégation se chargeait de l'apprendre à ceux qui le demandaient. On n'arrivait au portefeuille qu'avec son _projet de loi sur la presse_ en poche; M. de Martignac avait le sien. Le 14 avril, il fut déposé sur le bureau de l'Assemblée. La nouveau projet était presque entièrement emprunté aux amendements introduits par la Chambre des pairs dans le célèbre projet de loi de _justice et d'amour_ de M. de Peyronnet. Libéral en apparence, il fut accueilli avec faveur. Plus tard, une lecture attentive y fit découvrir des précautions et des exigences qui diminuaient singulièrement les faveurs accordées.

Le nouveau projet rétablissait la liberté de publication et supprimait la _censure facultative_ et les procès de tendance; mais un cautionnement considérable était imposé à tous les écrits périodiques, politiques ou non. Il était fixé à 10,000 fr. de rentes pour les journaux quotidiens.

Cette mesure devait tuer nombre de journaux littéraires. Elle contribua au succès du _Figaro_, assez riche pour déposer le cautionnement demandé.

Cette loi fut adoptée le 14 juillet, après cinq jours de discussion, à la majorité de 139 voix contre 71.

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