L'ancien Figaro

Part 10

Chapter 103,549 wordsPublic domain

Ci-gît un maréchal de dévote mémoire, Qui lisait son bréviaire avant d'aller au feu; Pour monter aux honneurs on dit qu'il crut en Dieu, Et qu'on lui paya cher cette oeuvre méritoire. Pour mourir en chrétien, ce héros circoncis Se fit ensevelir dans un sarreau de serge, Puis il entra tout droit en paradis A cheval sur un cierge.

* * * * *

Depuis le commencement de cette année 1827, M. Villèle sentait le pouvoir lui échapper. Bien des fois déjà sa position avait été menacée, mais jamais aussi sérieusement. Toujours quelque compromis l'avait sauvé. Il est vrai que, pour se maintenir, il n'avait reculé devant rien. Depuis longtemps il avait fait litière de ses convictions et de ses principes. Lui, qui se flattait de gouverner, il n'avait jamais fait qu'obéir à la pression du parti le plus fort. Sa carrière ministérielle ne fut qu'un long sacrifice à sa dévorante ambition.

Mais, à la fin de la session de 1827, il comprit au vide qui se faisait autour de lui que l'heure de sa chute était proche. Il récapitula les défaites du ministère et fut épouvanté. Un ambitieux, cependant, ne rend pas les armes sans combat; M. de Villèle se résolut à frapper un grand coup, à oser. L'heure des concessions était passée; toutes les combinaisons, toutes les tentatives étaient usées; un coup d'État pouvait seul lui conserver le portefeuille. Mais ce qui, dans sa pensée, devait le sauver le perdit. Lui-même hâta sa ruine en précipitant les événements.

Six mois avaient suffi au ministère pour perdre sa majorité dans la Chambre élective; la Chambre des pairs résistait en face.

M. de Villèle entreprit de briser ces deux oppositions. D'un seul coup, _soixante-seize_ pairs furent nommés. Cette fournée devait rendre la majorité aux ministres du roi. Le même jour, une autre ordonnance prononçait la dissolution de la Chambre et convoquait les colléges électoraux pour nommer de nouveaux députés.

Protégé par la censure,--retirée par ordonnance du même jour,--M. de Villèle avait eu le temps de préparer les départements, ses agents intriguaient partout, il se croyait sûr des élections.

Les événements allaient tromper son attente.

COUPS DE LANCETTE.

On a beau agrandir la chambre, elle sera toujours moins large que leur conscience.

* * * * *

On annonce que M. Comte part pour les départements. Il va donner des leçons d'escamotage.

* * * * *

M. de V. ne voit dans les élections qu'un jeu de cartes.

* * * * *

L'anecdote et les _coups de lancette_ qui suivent sont une allusion à ce fameux _Cabinet noir_, qui empêcha tant de gens de dormir sous la Restauration. Violer le secret des lettres, et ouvertement encore, semblait chose toute naturelle.

ANECDOTE. Un monsieur de la poste, un jour, par ignorance, D'une lettre rompit le mobile cachet, Pour voir, assurait-il, si les bourgeois de France Avaient pour lui quelque secret. Il fut pris sur le fait. Le cas était pendable; Rien ne pouvait excuser le coupable: Le peuple le plaignait. «Cessez, dit un intrus, Ne plaignez pas ce roi des drôles, Il a d'assez bonnes épaules Pour porter deux lettres de plus.

COUPS DE LANCETTE.

Ils espèrent gagner la partie avec les valets.

* * * * *

On espère que M. de V... n'arrivera jamais à la majorité.

* * * * *

Ils brisent le cachet des lettres pour revenir aux lettres de cachet.

ÉPITAPHE

DE STELLA MESSALINA, DE CHAMBER-BASSE,

Décédée le 6 novembre 1827.

D'un ministre corrupteur Ci-gît la prostituée, Bien et duement polluée Par un vil entreteneur. Hélas! des moeurs les plus pures Brilla sa minorité; Mais dans sa majorité On ne trouva que souillures! _Chamber-basse_ fut son nom, Basse, autant que se peut faire, Fille de corruption, Elle eut les traits de sa mère.

COUPS DE LANCETTE.

MM. Vil..., Corb.... et Peyr.... ne tiennent plus qu'à un fil; c'est le sort de tous les pantins.

* * * * *

Que les ministres se sauvent, et la France est sauvée.

* * * * *

Dans l'opinion de M. de Villèle, la brusque dissolution de la Chambre et la convocation immédiate des colléges électoraux devaient assurer la nomination des hommes présentés par le ministère et lui rendre ainsi la majorité nécessaire. L'administration avait pu dresser à loisir et d'avance toutes ses batteries; l'opposition, prise au dépourvu, ne devait pas avoir le temps de se reconnaître et de se concerter. Ce fut la dernière erreur de M. de Villèle.

Ces mesures inattendues, hautement qualifiées d'embûches indignes, irritèrent profondément le corps électoral. L'indignation fit taire les scrupules et les dissentiments. Toutes les oppositions se donnèrent la main, toutes les opinions se rallièrent contre un ministère abhorré, dont on ne voulait plus à aucun prix. Les préfets essayèrent de renouveler les fraudes et les violences de 1824; peines perdues, leurs complices mêmes les abandonnèrent et les trahirent, entraînés par l'irrésistible courant de l'opinion. On devinait la défaite avant le combat.

A Paris, les huit candidats de l'opposition furent acclamés plutôt que nommés par une immense majorité. Le ministère ne fut ni surpris ni effrayé de ce résultat, il l'avait prévu. Restaient les départements, qui pouvaient tout sauver encore, le cabinet y comptait, mais que pouvait entraîner l'exemple de la capitale. Pour avoir plus facilement raison des départements, on résolut de les frapper d'épouvante. Le spectre de la Révolution, ressource suprême des tyrannies dans l'embarras, fut tiré de la boîte aux accessoires gouvernementaux, et c'est dans le sang que tomba le ministère Villèle.

La victoire remportée à Paris par l'opposition était à peine connue, que la ville s'illumina comme par enchantement. C'était le dimanche 28 novembre 1827.

Le lendemain, lundi matin, les journaux ministériels, en enregistrant la défaite du cabinet, parlèrent en termes amers de l'allégresse publique et prédirent les plus terribles événements. «Nous allons voir la Révolution à l'oeuvre,» disaient-ils. Le soir même, leurs prédictions se réalisaient.

Le lundi soir, en effet, les illuminations furent plus brillantes que la veille, surtout dans les quartiers Saint-Denis et Saint-Martin. Là, par conséquent, se portait la foule. On criait, on tirait des pétards; mais, en somme, tout se passait le plus tranquillement du monde.

Il était déjà neuf heures du soir, les lumières s'éteignaient, la foule se retirait lentement, lorsque tout à coup éclata une de ces émeutes sans émeutiers comme savait, au besoin, en organiser la police. Une soixantaine d'individus à mines hétéroclites, qui firent subitement irruption dans la rue Saint-Martin, donnèrent le signal des désordres, ils brisaient à coups de pierres les vitres des maisons dont les illuminations s'étaient éteintes. Bientôt, ces violences ne leur suffirent plus: aidés de quelques désoeuvrés et d'un assez grand nombre d'enfants, ils renversèrent les voitures que le hasard amenait dans cette direction et commencèrent des barricades. Les curieux, épouvantés, cherchaient à fuir; ils ne pouvaient; de tous côtés la rue était interceptée. Cependant, pas un agent de police ne paraissait, pas un gendarme; les postes voisins laissaient faire.

A onze heures seulement, la force publique donna signe de vie. Les faux émeutiers étaient loin. Il n'y eut, de la part de la foule, aucune provocation. Quelques cris de: A bas les gendarmes! poussés par des gamins, se firent seuls entendre. La troupe tira cependant, sans sommation, puis chargea. Il y eut des morts et des blessés. Quelques malheureux furent tués aux fenêtres, d'autres sabrés, tandis qu'éperdus ils s'enfuyaient par les rues latérales. A une heure, on entendait encore des feux de peloton.

Le lendemain, chose incroyable, les mêmes scènes se renouvelèrent. La police n'avait pris aucune mesure, elle n'avait même pas fait déblayer les rues Saint-Martin et Saint-Denis; les essais de barricades étaient toujours debout. Toute la journée, la circulation des voitures fut interrompue.

Puis, le soir, mardi, dès sept heures, les mêmes individus recommencèrent leurs attaques. Comme la veille, la police était absente. Les habitants de la rue demandèrent main-forte aux postes voisins; les postes refusèrent de sortir, ils avaient des ordres. Les bourgeois, alors, essayèrent de rétablir l'ordre eux-mêmes. Ils arrêtèrent quelques-uns des misérables et les conduisirent au poste; on les relâcha presque aussitôt.

Les barricades, cependant, allaient leur train. L'une d'elles, vis-à-vis du passage du Grand-Cerf, s'élevait presque à la hauteur d'un premier étage. Cette fois, les perturbateurs allèrent jusqu'à maltraiter quelques boutiquiers. Leur besogne faite, les misérables se retirèrent; puis, comme la veille, la troupe arriva de trois côtés à la fois. Les soldats ne trouvaient aucune résistance, n'importe, ils faisaient feu; les gendarmes sabraient. Jusqu'à une heure fort avancée de la nuit, la tuerie continua dans un rayon assez étendu. Il y eut des morts, un grand nombre de blessés.

Le lendemain, à Paris, la consternation fut grande, l'indignation plus grande encore. La capitale se leva en masse pour accuser la police, complice du ministère. Des plaintes furent déposées, la cour évoqua l'instruction. Mais, après trois mois d'enquête, le parquet fut obligé de rendre une ordonnance de non-lieu. C'était à la police de signaler les coupables, de les trouver; le pouvait-elle? Il resta prouvé qu'on avait tiré sur des citoyens inoffensifs, qu'on avait sabré des curieux et des passants: voilà tout.

Si, comme tout le fait croire, le ministère n'avait pas reculé devant un crime abominable, le crime ne lui servit de rien. Les électeurs des départements furent épouvantés, c'est vrai; l'opposition fut moins forte, mais elle conserva encore une majorité de plus de cinquante voix. C'était la chute du Cabinet, les ministres le comprirent. Le 26 décembre, les journaux annoncèrent le départ de M. de Villèle pour la Bretagne.

Mardi, 20 novembre 1827.

BIGARRURES.

Tout Paris a été illuminé hier; l'allégresse était au comble: les pétards éclataient de tous cotés, les feux de joie se multipliaient à l'infini; les rues Saint-Denis et Saint-Martin étaient resplendissantes de lumières. La présence inutile d'une cinquantaine de gendarmes à cheval a seule troublé cette grande fête de famille. En vain les priait-on de marcher au pas; un vieil officier, placé sur le flanc du détachement, a commandé à sa troupe de partir au grand trot, et, brandissant son sabre, on l'a entendu s'écrier: «Frappez! frappez-les!»

Cette scène de désordre avait lieu dans la rue Saint-Denis au coin de la rue Mauconseil.

Mercredi, 21 novembre 1827.

BIGARRURES

Dans la déplorable soirée d'avant-hier, M. Duvillard, officier de gendarmerie, de service au théâtre Feydeau, s'est permis d'éteindre à coups de pied quelques lampions placés à la porte du libraire Jehenne. M. Duvillard obtiendra sans doute une bonne note chez M. Franchet[5] pour cet acte de _courage_ et de _patriotisme_.

COUPS DE LANCETTE.

La rue Saint-Denis va, dit-on, prendre le nom de rue des Boucheries.

* * * * *

Quand la foule ne veut pas se retirer, on la somme.

* * * * *

Autrefois il y avait guet à pied, guet à cheval; aujourd'hui, il y a guet-apens.

* * * * *

On n'a tué personne; on a seulement envoyé quelques prévenus devant leur juge naturel.

Jeudi, 22 novembre 1827.

L'AVEUGLE ET SON FILS.

L'AVEUGLE.

Viens par ici, mon enfant; j'entends des cris de joie. Il y a bien longtemps que les accents de l'ivresse populaire ne sont parvenus à mes oreilles.

L'ENFANT.

Oh! papa, si tu pouvais voir combien les maisons sont brillantes! Neuf heures du soir viennent de sonner, et l'on se croirait au milieu d'un beau jour.

L'AVEUGLE.

J'ai souvenance que dans mon jeune temps les habitations des citoyens étaient souvent ornées de semblables lumières; mais ce n'était pas toujours une preuve d'allégresse.

L'ENFANT.

Je sais ce que tu veux dire; mais alors on n'apercevait qu'aux premiers étages la lueur vacillante de quelques lampions; les grands hôtels seulement étaient éblouissants de clarté, tandis qu'aujourd'hui un cordon de feu brille aux lucarnes de toutes les mansardes.

L'AVEUGLE.

Aux mansardes mêmes! c'est une fête nationale; le pauvre n'illumine pas par ordre. Avançons.

L'ENFANT.

Entends-tu le bruit des pétards?

L'AVEUGLE.

On les a prohibés. Et comment des hommes qui devraient jouir paisiblement d'un bienfait ou d'une conquête.....

L'ENFANT.

Ce ne sont pas des hommes, papa, ce sont des enfants comme moi, qui, voyant leurs pères heureux, veulent aussi prouver leur allégresse. Nous n'avons pas la voix assez forte; un pétard, cela fait du bruit!

L'AVEUGLE.

Cela peut faire du mal, et l'on se croirait en droit de réprimer fortement la joie du peuple pour un léger accident causé par des têtes sans cervelle: peut-être même profiterait-on de l'imprudence de quelques inexpérimentés pour mêler à eux des gens qui auraient une vengeance à exercer, des haines à assouvir.

L'ENFANT.

Tu as raison, mon père, car je viens de voir passer près de nous une foule d'hommes en guenilles qui viennent de lancer leurs fusées dans les vitres des maisons voisines. Entends-tu le bruit des carreaux que l'on casse?

L'AVEUGLE.

Il y a des lois; les malfaiteurs seront punis.

L'ENFANT.

Cependant, mon père, ils viennent de se ranger pour laisser passer une patrouille, et celle-ci ne leur dit rien.

L'AVEUGLE.

Le peuple ne se réjouit pas souvent, on ne veut pas troubler ses plaisirs.

L'ENFANT.

Ah! mon Dieu, papa, combien de soldats viennent au loin.

L'AVEUGLE.

N'aie pas peur, mon enfant; on a besoin souvent de déployer l'appareil militaire quand la foule est grande. Mais ces armes, que tu as le bonheur de voir briller, n'ont été tirées que pour défendre les citoyens, on ne veut que les protéger: ce sont les ennemis de l'ordre qui doivent seuls trembler, puisque ces soldats qui s'avancent vers nous ont mission de veiller à ce qu'il ne nous soit fait aucun mal.

L'ENFANT.

Mais quel bruit viens-je d'entendre? on dirait une décharge de mousqueterie.

L'AVEUGLE.

Ce sont les pétards dont tu parlais tout à l'heure.

L'ENFANT.

Je ne me trompe pas, une balle vient de siffler à mon oreille.

L'AVEUGLE.

Enfant, ne reconnais-tu pas le bruit que fait une fusée en s'échappant des mains de celui qui l'allume?

(Le même sifflement retentit une seconde fois aux oreilles de l'aveugle; il étendit la main vers son fils pour le rassurer; l'enfant n'était plus à ses côtés, il gisait sur le pavé.)

COUPS DE LANCETTE.

--Il y a donc eu beaucoup de personnes tuées hier? demandait mademoiselle Duch... à un gendarme qui se trouvait dans les coulisses le lendemain du désastre de la rue Saint-Denis.

--Mais non, répondit le naïf militaire; pas trop.

* * * * *

C'est comme parrain des 76 que M. Vil... a fait distribuer des dragées au peuple.

* * * * *

M. Vil... fait quelques corrections au calendrier, il vient de changer le jour des Morts.

CORRESPONDANCE MILITAIRE

JEAN PICHU A SES PARENTS.

Jeudi, 29 novembre 1827.

Respectables parents,

I n'y a qu'un mois et un jour que je sui-t-au service, et l'on vient déjà de m'lancer au feu. Attention!... J'vas vous narrer la chose. V'là qu'à dix heures du soir not' coronel mont' sur son grand cheval de bataille. «Fantassins.... qui dit.... i n's'agit pas d'ça: la patrie est en danger; i faut nous mett'en route.» Moi, j'étai-t-en train d'jouer à _breling-chiquet_; j'plante la partie là, et je cour-t-aux armes. Nous défilons tous en silence, tambour battant, le long d'not'faubourg, et nous faisons, une pause au coin d'la rue St-Denis, qui ce jour-là était tout illuminée d'lampions comme un volcan. Alors j'apercevons çà et là pas mal de _péquins_ (sauf vot' respect), qui avaient l'air de t'nir conciliabule... A c'te vue, le ventr' commence à me _grouiller_... mais, à mesure que nous avançons, v'là les _péquins_ qui _fouinent_... ça me donne du courage. Une échelle barre not'marche triomphante; all' nous sert à monter à l'assaut... oui; mais on fait d'la résistance... Pour lors, not' coronel qui n' s'embête pas dans les feux d'file, nous crie: En joue... feu!... Moi, j'tire!... pass'que, voyez-vous, mes bons parents, l'soldat est un état à part; nous sommes tous des automates, comm' dit not' coronel, qui d'vons toujours obéir sans préambule. Après cett' petite charge, nous nous précipitons sur les fuyards à travers les lampions. Au détour d'une rue, moi, j'vois un bergeois en retard... j'veux l'empoigner.... Pan! i m'donne un soufflet soigné, et s'sauve en m'appelant blanc-bec, dont j'ai la joue encore tout' rouge. V'là pour le premier jour. Le lend'main, c'est à r'commencer. Je r'çois un éclat de pétard sur l'oeil gauche, et pour changer j'ai la figure toute noire. L'troisième jour, même manége; mais i n'y avait plus personne. Stapendant, on me place t'en faction pendant quatre heures d'horloge, ousque j'attrapai un rhume de cerveau; j'battis la semelle avec un brave marchand de marrons en plein vent, qui m'permit d'prendre un air de feu à son fourneau. J'y brûlai un pan de ma nouvelle uniforme. J'croyais qu'à l'odeur du roussi mon coronel allait m'fourrer aux z'haricots... au contraire, i m'fit carporal sur le champ de bataille. Bref, je suis présent'ment à l'hôpital pour guérir ma chienne de catarrhe. Envoyez-moi de la bonn' réglisse vivement.

Adieu, papa, maman; je suit en toussant votre fils bien-aimé.

JEAN PICHU, fantassin.

COUPS DE LANCETTE.

La _Gazette_ parle de liberté comme une prostituée de pudeur.

* * * * *

Au lieu de décorer les gendarmes et de casser les boutiques, on ferait mieux de décorer les boutiques et de casser les gendarmes.

* * * * *

On a vu M. Piet assis sur les ruines du pot-au-feu ministériel, _ces deux grands débris se consolaient entre eux_.

* * * * *

La nuit dernière, M. V... a senti un bourgeois de la rue Saint-Denis qui le tirait par les pieds.

JOURNÉE D'UN BON GENDARME.

«Le premier devoir d'un bon gendarme qui veut devenir brigadier est d'aller à la messe, de même que le premier devoir d'un employé supérieur des postes est d'_inspecter_ les lettres, et celui de M. Piet d'avoir un chef de cuisine. Je me lève donc frais et dispos; je passe mon costume de ville, ma redingote bleue, je mets ma cravate et mes bottes à éperons; je prends ma grosse canne à pommeau d'ébène, je me mets en route... me voilà à l'église.

«Je me place d'ordinaire là où je vois le plus de monde; mais je laisse chanter les prêtres et dire la messe aux bonnes âmes qui m'entourent: ce n'est pas pour cela que je suis venu. Je regarde, j'observe, j'écoute, ce serait une bonne fortune pour moi si je pouvais mettre M. Franchet sur la trace d'un bon sacrilége!... Je serais brigadier demain.

«Rien à faire à l'église. Parcourons quelques quartiers de la capitale. Diable! qu'est-ce qu'on chante là-bas? _Les Bons Gendarmes!..._ Quelle audace! Si j'attrape cet Odry, qui est sans doute un des rédacteurs du _Constitutionnel_, il passera un vilain quart d'heure. Quelle est donc cette rumeur chez ce libraire? Ah! j'y suis, on saisit des _in_-32. Bien! saisissez toujours. J'en saisis moi-même plusieurs exemplaires. Cela montera ma bibliothèque.»

Le bon gendarme continua ses travaux philanthropiques. Dix-sept exploits signalèrent sa matinée; et midi sonnait à peine qu'il était déjà de retour à la caserne, le menton enfoncé dans sa cravate, agitant sa grosse canne, et sifflant la marche de _Robin des bois_ avec autant de plaisir qu'un étudiant sifflerait Quatremère de Quincy.

Enfin il fallut endosser la livrée guerrière. Le regard oblique de l'observateur fit place à l'air farouche d'un apprenti maréchal de France à 2 fr. 50 c. par jour. Ainsi costumé, il quitte sa caserne et reprend ses courses avec la ferme résolution de remplir sa mission avec conscience, afin d'être nommé brigadier.

«Oh! oh! voilà qu'on crie au voleur! à l'assassin! c'est mon affaire. J'empoigne l'individu, je le tiens ferme. Mais on se presse là-bas... qu'est-ce donc? C'est un élève en droit qui s'est échappé de Sainte-Pélagie. Un élève en droit! Vite, je lâche mon assassin, et je cours après l'étudiant. Je parie que ce mauvais sujet aura écrit contre le ministre ou contre les gendarmes. Si je l'attrape, je suis brigadier.»

L'étudiant courait plus vite et disparut.

Désolé de sa mésaventure, notre héros, après une longue promenade, finit par découvrir un simple perturbateur, et le conduisit au corps de garde. Il ne devint pas brigadier.

FEUILLE VOLANTE

ENVOLÉE D'UN VOLUME SUR LA VOLONTÉ

=Par M. Dud=***.

«Il ne faut jamais s'arrêter dans son _vol_.»

Prenons notre _vol_ée en riant du _vol_can _vol_tairien et ré_vol_utionnaire dont _vol_ontiers les malé_vol_es font peur aux _vol_uptueux. Qu'espère ce _vol_can ou plutôt ce camp _vol_ant de _vol_tigeurs _vol_ages, fri_vol_es et faux, _vol_ontaires, par ses é_vol_utions contre une ferme _vol_onté qui peut dans son _vol_ chasser ces _vol_atiles dans une _vol_ière?

Mais ces _vol_ereaux, par leur _vol_ubilité, pourront _vol_atiliser les esprits, et la ré_vol_te naître de cette _vol_atilisation. Il faut _vol_ontairement paraître affaiblir son _vol_, _vol_eter même, et, par d'adroites circon_vol_utions, s'emparer des béné_vol_es; puis faire _vol_te-face, et nous avons la _vol_e; car les _vol_tigeurs ne pourront con_vol_er à d'autres ré_vol_utions.

La _vol_onté ferme a fait _vol_er jusqu'à nous les noms de Scé_vol_e et de l'hôte des _Vol_sques. Nous _vol_erons aussi; et après sept ans ré_vol_us de travaux _vol_umineux, un char nous fera _vol_er à nos _vol_uptueuses demeures, où, grâce aux biens qui nous seront dé_vol_us, nous nous reposerons d'un long _vol_ en _vol_tigeant autour des _vol_ages en ba_vol_et.

Soyons _vol_ontaires; mais si les fri_vol_es ré_vol_tés, élevant _vol_onté contre _vol_, faisaient en_vol_er nos espérances, en_vol_ons-nous avec elles avant qu'ils ne nous rattrapent au _vol_.

Passant des adorateurs de _Vol_ianus aux anciens croyants de _Vol_a, et poussé par _Vol_turne jusqu'aux autels de _Vol_utma; voguant sur le _Vol_turnon en parcourant la _Vol_hinie, bien fourré dans notre _vol_vi, nous attendrons, pour _vol_ter et re_vol_er près de nos pénates, le temps où _Vol_taire et la ré_vol_ution ne rendront plus des esprits fri_vol_es et _vol_atilisés semblables aux malheureux atteints du _vol_vulus.

COUPS DE LANCETTE.

Suivant M. de Clerm... Tonn..., on ferait d'excellentes bourres avec la Charte.

* * * * *

Enfin M. de Peyr... vient de rendre justice à quelqu'un, il s'est donné sa démission.

* * * * *

Les démissions deviennent à la mode en Angleterre; E. Vil... devrait bien imiter les modes anglaises.

=CIRCULAIRE SECRÈTE=

TROUVÉE PAR UN INDIVIDU QUI VENAIT DE PRENDRE SON PASSEPORT

_Nascuntur mouchards, fiunt gendarmes._

A tous les intéressés qui ces présentes liront, salut.

Faisons savoir que les aspirants mouchards qui pullulent autour de nous d'une manière étourdissante (et, par cela, nous mettent à même d'être plus difficiles sur le choix), qu'ils doivent se dispenser de s'inscrire sur les rangs, s'ils n'ont pas les vertus morales et les qualités physiques requises par le présent cahier des charges:

Art. 1er. Il faut qu'un mouchard soit bête, parce qu'un homme d'esprit ajoute toujours quelque chose dans ses rapports.

2. Qu'il soit sans pitié, parce que son père peut être républicain.

3. Qu'il soit discret, parce qu'il connaît toutes les bévues administratives.